06
Thérèse était costumée en toilette de ville, sur le point de sortir, lorsque Gonzague se présenta de nouveau. Elle ne refusa pas sa porte. À l’exubérance qu’il apportait à s’élancer, à saisir ses deux mains gantées pour les baiser, elle sourit. Il lui appartenait. Comme elle le savait riche et célibataire, il représentait bien ce qu’elle voulait pour en faire son patito. Il n’eût pas plus tôt embrassé une de ses mains, qu’elle la retira en poussant un petit cri, et en disant :
— Oh ! le brutal ! Vous me brisez la main… pour l’embrasser. Ah ! vous êtes rudement emporté, vous !
— Je vous ai fait mal ! Pardonnez-moi, par grâce, je vous en supplie. Il me semble pourtant ne pas avoir exagéré le mouvement ! Je brûlais tellement en votre honneur, que je n’ai sans doute pas été le maître de mes nerfs.
— Vous brûliez, vraiment, et pourquoi ?
— Vous avez été si bonne ! Le souvenir que je vous dois.
— Ah oui, mon pot de chambre ! Vous en servez-vous pour… vos petits besoins ?
— Je le vénère comme une relique.
— Vous placez joliment mal votre vénération !
— Il est le reflet de votre personne.
— Mon vase de nuit ! Ah bon, vous n’êtes pas galant ! Est-ce là tout ce que vous avez à me dire, j’allais sortir !
— Est-ce bien nécessaire, cette sortie !
— Dame, depuis plusieurs jours que je suis indisposée, je dois de nombreuses visites.
— Qui ne peuvent se remettre ?
— Dites donc, vous avez de l’astuce ! Vous prétendez m’obliger à garder la maison.
— Méchante, est-ce la garder que de m’accorder quelques instants !
— Je la connais celle-là ! On demande quelques instants, on vous prie de quitter vos gants, votre chapeau…
— Et le reste…
— Vous l’avouez ! Non et non, pas aujourd’hui, je ne suis pas en train, et, si réellement vous avez tant envie que ça de la petite chose, allez vous satisfaire avec mon vase de nuit. Où l’avez-vous placé ?
— Sur un fauteuil, dans ma chambre.
— Vous êtes fou, et vous méritez la schlague.
— Appliquez-la moi.
Il l’avait saisie par les deux bras, malgré sa résistance pour se dégager ; mais elle riait, et elle ne se plaignait pas. Elle s’amusait de l’exaltation qui le gagnait, et elle pensait que si elle voulait sortir, ça lui serait toujours facile, et que cette sortie serait d’autant plus désagréable qu’elle avait semblé tout accorder. Elle se laissait attirer contre sa poitrine, baissait la tête pour que ses lèvres ne l’atteignissent pas à la bouche, et elle dit :
— Ma foi non, je ne vous l’appliquerai pas : cela vous est encore un plaisir.
— Et vous ne voulez m’en faire goûter aucun.
— Je ne suis pas en train, je vous le répète.
— Avec ces yeux, ce frémissement des épaules, cette ondulation des reins, cette croupe si attirante par ce gentil et gros nœud.
— Non, non, laissez-moi, je veux sortir.
— Ne soyez pas méchante, ou c’est moi qui vous appliquerai la schlague.
— Oh, par exemple, essayez, j’appelle et on vous flanque à la porte.
— Vous n’aurez pas ce courage, je me brûlerais la cervelle sur votre palier.
— Farceur, va ! Non, non, non, ne me relevez pas les jupons, tout cela est fermé, et je vous le répète pour la dernière fois, je ne suis pas, pas en train.
— Moi, je le suis, voyez.
— Cochon, cachez-ça, reboutonnez votre culotte.
— Pas, tant que vous ne l’aurez pas touché.
— Là, quelle sensation en éprouvez-vous, avec mes gants.
— Appliquez-moi la schlague.
— Non, et en voilà assez. J’ai touché votre machin, je m’en vais, on m’attend.
— On ne peut soupirer après votre visite avec la même fièvre qui me consume ? Laissez-moi vous fouetter avec la main, et je vous rends la liberté.
— En voilà une audace !
— Vous m’avez menti.
— Moi ! Ah ! mais, vous n’êtes pas poli !
— En me disant que vous étiez fermée par là-dessous ; vous n’avez pas de pantalon.
— Le pantalon n’enferme pas ; ma volonté suffit. Ensuite, vous voulez que je vous le dise, j’ai un galant qui m’attend. Je l’aime, et je veux le rejoindre.
— Cruelle.
— Dame, je ne vous connais que de quatre ou cinq jours ! Et d’ailleurs, vous savez bien que je ne suis pas une vertu farouche ! Si vous cherchez cet article, ou tout au moins quelque chose d’un usage un peu exclusif, dans le genre, vous ne le trouverez pas chez moi. Je ne prends personne par surprise. Laissez mes jupes, grand têtu, je ne veux pas, je ne veux pas. Vous me brutalisez, vous me faites mal, je vais crier. Ah ! mais, le cochon, il n’entend rien. Non, non, ne me tapez pas si fort. Je n’aime pas qu’on me fouette. Là, là, attention donc, vous me froisserez ma robe, ah, vous êtes bien avancé, on dirait que vous n’en avez jamais vu, vilain, ne me claquez donc pas ainsi, vous me le marquerez, et puis quoi, vous léchez maintenant, petit chien, vous vous excitez, vous giclerez et vous me tacherez. Je ne le veux pas, ça ! Assez, assez, ne me fouettez donc pas si fort, on va venir, le domestique est à côté. Ah là là, vous me meurtrissez, vous me déchirerez la peau, j’ai le derrière très sensible. Mais, vilain cochon, léchez-le, si vous voulez, et laissez-moi partir.
— Oh ! le joli, joli, joli, petit cul !
— Petit ! Vous êtes difficile ! Non, ne continuez pas à fouetter ! Tiens, fais-moi feuilles de rose, si tu veux, et dépêche-toi. Bon Dieu, que les hommes sont enragés !
Gonzague, à deux genoux devant Thérèse, qui luttait bien mal pour se défendre, lui soutenait les jupes en l’air, et la fouettait avec conscience, tantôt sur la fesse gauche, tantôt sur la fesse droite, pour ne pas faire de jalouses, tantôt sur les deux. Puis, comme la fouettée un peu forte teintait de rouge les chairs rebondies, il s’empressait de déposer sur la peau une grosse, grosse caresse, obligeant la jeune femme à tournoyer devant lui sur le devant et sur le derrière, la reniflant sous les jupes, expédiant la langue au con, atteignant le bouton du bout d’un doigt agile, le branlant, prenant de plus en plus possession des sens de la charmante enfant, qui ne protestait plus, quittait ses gants, jetait son chapeau sur un meuble.
C’était elle à présent qui se maintenait retroussée et s’abandonnait aux dévotes caresses de Gonzague. Et, la luxure commençait ses fêtes de dévergondage.
Ayant le bas du corps de Thérèse à sa disposition, Gonzague s’accroupissait entre ses cuisses, pour les baiser avec ferveur, il saisissait le con dans sa bouche, il patouillait les mollets élégamment moulés par des bas de soie jaune, il baisotait les genoux, et il ne négligeait aucune attitude pour se repaître des sexualités féminines, pétrissant les fesses de ses mains brûlantes, les admirant dans leurs rondeurs prononcées, enfonçant son médium dans la fente, appuyant sur les reins pour qu’elle se penchât en avant, ne se lassant pas de peloter et de sucer. Elle lui dit :
— Ah ! chéri, tu t’en payes une tartine ! Il fallait me prévenir que tu étais si goinfre !
— Tu es un vrai régal !
— Il fallait bien que je le fusse pour contenter les yeux des paillards ! Ne me mouille pas tant avec ta salive ; ça ruisselle sur mes jambes.
— Tu me portes à la peau.
— Tire ton coup, et laisse-moi sortir.
— Tu y penses encore !
— On m’attend, je te l’ai déjà dit.
— Tu me contes une blague.
— Mon amant se fâchera.
— Ton amant ? Tu l’enverras à l’ours.
— Tu en parles à ton aise. Ah ! non, non, ne recommence pas à me fouetter.
— Fouette-moi alors.
— Ah ! quel homme ! Et bien soit, déshabille-toi, et je vais te donner ta ration de verges.
— Par dessus le caleçon.
— Quelle marotte ! Ça m’est égal, je te l’appliquerai, comme tu voudras.
Il se redressa et se hâta de se dévêtir pour apparaître en caleçon : elle avait laissé retomber ses jupes, et aussi calme que si on ne l’eût pas dévorée de caresses, elle alla chercher un paquet de verges dans une pièce voisine. Elle revint, le tenant à la main, et, le voyant prêt pour la flagellation, elle lui commanda de s’agenouiller devant un fauteuil, les fesses bien développées. Elle fit une petite moue dédaigneuse, leva le bras, et d’un geste brusque, saccadé, lui administra plusieurs coups, à exciter les hurlements chez des êtres plus sensibles. Il ne lançait aucun cri, mais il s’affaissait à chaque cinglée, et poussait de gros soupirs.
— Tu ne sens donc rien, demanda-t-elle ?
— Oh si, mais la douleur s’étouffe sous la pensée de la main qui châtie.
— Ça me conviendrait davantage si je suivais l’effet des coups sur la peau de ton postérieur.
— Encore deux coups, et je retirerai mon caleçon, ma chemise.
— Tu me retiendras longtemps encore ?
— Je ne serai pas un ingrat.
— Tiens, voilà tes deux coups, et je souhaite qu’ils marquent, afin de te corriger de tes sales manies.
— Eh là, tu as la main dure, mais peu importe ! Tu ne te branles pas ?
— Que je me branle, et pourquoi ?
— Pour me prouver que tu éprouves quelque chose à me fesser.
— J’éprouverais peut-être, si je voyais ton cul : ton caleçon, pour être de bon goût, n’en remplace pas moins désavantageusement la chair.
— Je vais te la montrer. Branle-toi pendant que j’achève de me dévêtir.
— Maboule, maboule, tu es maboule ! Je te l’ai déjà dit. J’aime qu’on me branle, et je n’aime pas de me branler.
— Veux-tu m’obéir, ou je te déchire la robe.
— Pas de bêtise, hein ! Je tiens à cette toilette. Bon, bon, tu veux que je me branle, tiens, regarde, comme ça ?
— Lève-bien tes jupes que je t’admire jusqu’au nombril.
— Ça ne se peut pas, mon corset me gêne.
— Ôte-le.
— Tu abuses, Gonzague de mon cœur, contente-toi de ce que je te montre.
— Comment appelles-tu ce que tu touches.
— Mon bouton, cochon, et çà, mon con, salaud, et ceci, mon cul ! Es-tu satisfait ?
— Branle plus fort.
— Tu ne veux peut-être pas que je me l’arrache !
Thérèse, jupes sur le ventre, ramassées tant bien que mal, les cuisses nues, le chat effrontément en vue, se chatouillait le bouton, en face de Gonzague, débarrassé de son caleçon et de sa chemise, ces fesses un peu enflammées de la flagellation par les verges. Il s’approcha de la jeune femme et lui montra qu’il bandait. Dans un mouvement mutin en avant, elle lui tendit le con, comme pour l’engager à l’enfiler. Il n’accepta pas l’offre, mais l’arrêta dans son branlage pour la branler lui-même. Et alors, comme sa queue se trouvait à sa portée, elle la prit vivement dans la main et l’agita avec vigueur, la masturbant avec l’intention évidente de le faire jouir ainsi. Il hésita quelques secondes, puis la lui retira. Elle courut vers les verges, s’en empara, et revint pour lui en administrer une volée. Il ne se dérobait pas, il lui présentait l’ampleur de ses fesses, pour qu’elle frappât bien en plein, elle souriait et la concupiscence lui montait au cerveau, elle allait frapper, lorsque plusieurs personnes envahirent le salon, et elle reconnut parmi elles son mari Jacques Phoncinot.
— Qu’est-ce, que me veut-on ? s’écria-t-elle.
— Constatez, Monsieur le Commissaire, répondit Jacques, le flagrant délit est indiscutable, avec la présence de Monsieur, aussi peu vêtu.
— Oh ! la canaille, gémit Thérèse s’écroulant sur un fauteuil.