07
La scène qui suivit ne se déroula pas tout à fait dans le sens des désirs de Gonzague. Le constat se dressait ; Jacques impassible, assistait à l’effarement de Thérèse pleurant de rage. Le commissaire, requis au bon moment, et qui s’y attendait du reste, prévenu depuis plusieurs jours, dressait son procès-verbal, tout en clignant de l’œil les divers acteurs de l’aventure. Gonzague avait cherché partout son caleçon et sa chemise, pour se revêtir : d’un coup de pied, Jacques, en entrant, s’était empressé de les jeter hors de sa portée. Se jugeant ridicule dans sa nudité, il débandait et ne savait plus quelle contenance tenir. Le cauchemar continuait. Quelques propos aigre-doux s’échangeaient entre le mari et la femme ; le commissaire s’évertuait à les endiguer par une sévère admonestation ; mais, il devenait de plus en plus difficile d’imposer silence à Thérèse qui, le poing levé, apostrophait aussi bien Jacques que le représentant de l’autorité, leur criant.
— N’est-ce pas abominable de s’introduire ainsi chez les gens ! De quel droit cet homme vous dérange-t-il, M. le Commissaire, et pourquoi vous soumettez-vous à son appel ? Il est mon mari, c’est vrai, mais il se fait entretenir par une cocotte, après avoir trafiqué de mon corps dans des tableaux vivants qu’il imaginait. Je ne le lui envoie pas dire. Vous devriez avoir la pudeur de lui expliquer qu’il ne lui est pas permis d’intervenir dans la vie tranquille que je mène à présent.
— Madame, vous répondrez au tribunal.
— Je m’en moque du tribunal ! Je ne lui dois rien, hein, ni à vous, n’est-ce pas ! Vous ne manquez pas de toupet de violer mon domicile pour rendre service à un maquereau.
— Je vous somme de vous taire, ou je m’assurerai de votre personne pour outrage à un magistrat dans l’exercice de ses fonctions. Dépêchons-nous de clôturer cette scène, cela vaudra mieux.
— Cette scène ! Qu’est-ce qu’elle prouve ? Monsieur est dévêtu, parce qu’il a été malade, et que j’allais le frictionner, le masser. Là, vous voyez bien que je dis la vérité, puisque je suis toute habillée… et, vous pouvez regarder, il n’y a pas de trace, il ne m’a rien fait, tenez, examinez, M. le Commissaire.
— Madame.
— Vous n’avez pas peur que je vous mange ! Touchez mon chat, s’il y a une seule goutte… de jouissance, je consens à ce que vous me fouettiez.
— Madame, je vous en conjure.
— Non, non, ne m’empêchez pas de vous convaincre ; je veux que vous me touchiez, Monsieur le Commissaire, et que vous constatiez dans le procès-verbal que j’ai la peau fraîche et pure, que rien ne s’est passé de répréhensible, que l’adultère n’a pas été commis ; cela a son importance. Je ne suis pas d’ailleurs si répugnante ! Avouez-le, Monsieur le Commissaire, je le lis dans vos yeux, palpez mes cuisses, oui, c’est ça, mettez votre doigt sur… mon clitoris, sur le reste ; trouvez-vous quoi que ce soit, établissant l’acte d’amour ? Et, si vous me supposez capable de consentir à des actes hors nature, voilà mes fesses, Monsieur le Commissaire, elles sont immaculées, si ça vous dégoûte de toucher, vous pouvez bien remarquer qu’elles sont fraîches, intactes, sèches, et toute la raie est ainsi, tenez, je vous l’ouvre ; oh ! je ne suis pas timide, parce que je suis bien faite et que je suis propre. Voyons, dites, ai-je l’air d’une femme qu’un amant vient de baiser ou d’enculer ! Ah ! vous touchez, vous vous convainquez, et, vous pouvez me fouetter, si ça doit vous assurer de ma sagesse. Ah ! ah ! ne chatouillez pas, je suis très, très surexcitable, et quand les gens me plaisent, comme vous, Monsieur le Commissaire, je suis capable de toutes les complaisances, même à la barbe de mon mari, et sans me cacher. Quelle crapule ! Avait-il bien besoin de vous déranger. Oui, oui, fouettez, vous verrez que rien ne me giclera ni par devant, ni par derrière, et que Monsieur était bien vraiment indisposé. Savez-vous qu’il y a des mois et des mois que nous sommes séparés avec mon mari ! Pourquoi a-t-il attendu jusqu’à ce jour pour m’embêter ! Vous ne vous en doutez pas ? C’est parce que, l’autre soir, j’ai fouetté vigoureusement le cul de son chameau de bonne amie ! Et, bien plus fort que vous ne le faites, Monsieur le Commissaire ! Vous c’est gentil, c’est une caresse ! Hein, vous aimez de fesser un joli postérieur comme le mien ! Vous le voyez assez dites ! Ah ! il enrage, le Jacquot de La Férina ! Non, non, ne vous arrêtez pas encore, vous n’avez pas assez fouetté pour faire sortir la liqueur de monsieur, s’il m’enculait avant votre invasion ici. Puis, je sens à votre main que vous êtes amateur de claques sur la peau blanche d’un derrière ! Allez, ne vous gênez pas. Il mériterait bien, mon sale animal d’époux, que nous lui allongions ensemble une paire de cornes. À votre service, Monsieur le Commissaire, le jour où ça vous dira. Croyez-vous que Monsieur mon mari en ait une couche ! Il vous amène aujourd’hui ! Il n’ignore cependant pas que je reçois beaucoup, et que j’ai des relations plus intimes avec d’autres que ce pauvre ami. Quel imbécile de vous arracher à vos occupations pour si peu de chose ! Vous m’avez fouettée, et, vous le pouvez encore, si ça vous plaît, mais enregistrez que je n’ai rien d’impur dans le corps.
La scène abordait l’invraisemblable : Thérèse, les jupes en l’air, les cuisses et les fesses exposées à tous les regards, laissait son derrière à la portée du Commissaire qui, ému plus qu’il ne voulait le paraître, devant si belles rotondités, fouettait d’abord avec timidité, puis avec plus de résolution ; souriait à la jeune femme l’encourageant de ses plus libertines œillades. Le secrétaire transcrivait le procès-verbal d’une si distraite façon, qu’il en oubliait les trois quarts des mots. Jacques, pâle, ennuyé, n’osait intervenir, semblait prêt à regretter l’acte intempestif qu’il venait de commettre, en poursuivant le constat d’adultère de sa femme. Gonzague se dissimulait derrière un fauteuil, et admirait avec des yeux extasiés la hardiesse de Thérèse, entraînant le magistrat à oublier la gravité de sa mission. Les jupes de la fouettée qui retombaient, le pas en avant qu’elle faisait pour se reculer du Commissaire, équivalurent à la douche d’eau froide destinée à rappeler les esprits de tout le monde.
— Le constat est-il dressé ? demanda le Commissaire, d’une voix rauque.
— Je ne sais trop s’il est bien reproduit, murmura le secrétaire.
— Donnez, que je voie.
— Je retire ma plainte, formula Jacques à voix basse.
— De quoi, de quoi, s’exclama Thérèse, Monsieur change d’avis ! Je ne le veux pas. Nous en finirons une bonne fois. Je désire que l’affaire suive son cours jusqu’au bout, puisqu’elle est commencée.
— Madame, dit le Commissaire, si Monsieur se désiste, on peut instrumenter de manière à…
— Non, non, pas de constat, cria Jacques.
— Ce serait vraiment par trop commode de troubler les gens, riposta Thérèse, pour se rincer l’œil à voir fouetter Sa femme par M. le Commissaire de police.
— Indulgence et paix, conseilla celui-ci.
— Quoi, vous intercédez, vous !
— Mes yeux sont pleins de ce qu’ils ont admiré, ils prêchent la clémence.
— Ah ! Monsieur le Commissaire, que devient la morale de l’histoire ?
— La morale, si vous m’en croyez, vous poussera à la réconciliation conjugale.
— Pour cela, non ! Monsieur est trop féru de sa chamelle ! Qu’il aille la rejoindre, et qu’il ne m’embête plus.
— Nous allons dresser un procès-verbal de non-constatation.
— Comme vous voudrez ! Mais me permettriez-vous de dire à Monsieur mon mari tout ce que j’ai sur le cœur à son égard, sans que vous vous assuriez de ma personne pour outrage à un magistrat dans l’exercice de ses fonctions ?
— À quoi bon, Madame ! Tout est bien qui finit bien. Laissez-moi me retirer en vous témoignant ma joie de vous avoir connue.
— Vous êtes bien aimable, Monsieur le Commissaire, n’oubliez pas ce que je vous ai dit : si une paire de cornes à confectionner à Monsieur vous sourit…
— Chut, ne parlons pas de ça.
— Au contraire, ne serait-ce que pour lui apprendre à être plus prudent et plus discret une autre fois.
Le Commissaire, son procès-verbal néant d’adultère établi, partit avec son monde. Jacques fit un mouvement pour se rapprocher de Thérèse ; elle se retroussa jusqu’à la ceinture par devant, posa le pouce sur son con, et dit :
— Regarde bien ça, et retiens mes paroles : n i ni fini pour toujours, la porte t’est fermée et bien fermée, cochon, qui m’as joué ce sale tour !
— On se reverra, Thérèse.
— Je ne le souhaite ni pour toi, ni pour moi.
Seule avec Gonzague, qui s’avançait tout penaud, elle ramassa prestement les verges qui gisaient sur le sol, et dont personne ne s’était occupé. Elle en cingla le pauvre homme sur le gras des cuisses, les reins, le derrière, avec une telle fureur qu’il se mit à fuir par le salon. Elle lui courut sus en disant :
— Ah ! tu vois à quoi tu as failli m’exposer ! Si tu avais été raisonnable, tu m’aurais laissée sortir, et le commissaire se serait cassé le nez. Aussi, pour toi, comme pour mon mari n i ni fini. Garde mon pot de chambre comme souvenir, sers-t’en de casque, si ça te convient, je ne te verrai plus jamais, jamais.
— Thérèse, mon adorée, grâce.
— Zut et zut.
Il tombait sur les deux genoux, et elle le battait à grands coups de verges, sans se préoccuper si elle atteignait le derrière ou le dos, les épaules ou les jambes. La flagellation s’annonçait impitoyable, et il se roulait aux pieds de la méchante, essayant de lui agripper les jambes. Elle le frappait sur les mains, sur les bras, menaçait de taper sur la queue s’il ne la laissait pas tranquille.
Il se mit à pleurer comme un enfant, joignit les mains, implorant pitié : il bandait encore, et les coups même, qu’elle lui administrait, exaspéraient ses sens. Elle riait avec cruauté de ses supplications, de ses contorsions, le narguait, le fouettait plus rageusement, se dégageait de ses mains, serrait les jupes entre ses jambes pour esquiver ses tentations de retroussage, dans lesquelles il commençait à s’acharner, l’empêchait de glisser vers le bas de sa robe.
— Pitié ! Thérèse, je suis fou d’amour. Votre main fouetteuse m’enflamme le sang.
— Zut, attrapez-moi ça.
— Thérèse, un seul baiser sur le bout de votre bottine.
— Au diable, tes baisers ! Quand tu seras disposé à me ficher la paix, je te permettrai de rhabiller et de partir.
— Je ne m’en irai pas, tant que tu ne m’auras pas rendu ton amour.
— Mon amour ! Tu n’as donc pas vu ta trompette de te figurer que je pourrais aimer un singe de ton espèce !
— Ne m’aime pas, mais donne-toi, comme l’autre jour ! Commande-moi ce que tu voudras, les choses les plus impossibles, j’obéirai à tes moindres volontés comme le plus fidèle des toutous.
— Tu m’obéiras ! Ah bien, mon pauvre agneau, tu ne sais pas ce que tu proposes !
— Prends-moi au mot.
— Reçois toujours cette dernière fessée.
Pan, pan, pan, les verges se levaient et s’abaissaient ; les fesses crépitaient, et comme les cuisses, elles s’écorchaient et saignaient. Gonzague se soumettait au supplice, il adorait la jeune femme, dans une attitude humble et courbée, où il présentait les parties charnues qu’elle désirait frapper. Il bandait ferme sous les coups, à l’étonnement, l’épatement de Thérèse, qui cessa de flageller et appuya le bout de sa bottine sur sa pine en disant :
— Elle est d’excellente construction, ta saucisse ; mais je te l’ai dit, je te le répète, n i ni fini.
— Non, non, ordonne-moi de me traîner à tes genoux, dans la rue, je le ferai.
— Grand merci, pour qu’on nous conduise au poste !