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Chapitre 9

Ces terribles montagnes font comme une muraille entre ce qui est ici et ce qui est ailleurs ; et je m’habitue à cette grande baie tranquille, à ce recoin isolé de la terre. Peu à peu j’apprends des mots slaves avec Pasquala, et les bonnes gens de la montagne me connaissent tous.

De belles journées de liberté passées dans ces campagnes silencieuses, à errer dans ces petits chemins ombreux qui montent ou descendent à pic, bordés de myrtes, de cyclamens roses et de fougères. De loin en loin, sous la verdure épaisse des bois, on rencontre de vieux hameaux aux pierres rongées par le temps, qui se tiennent on ne sait comment, penchés au-dessus des abîmes. Les gens y ont la mine craintive et sauvage ; mais les cabanes y sont entourées de rosiers et d’orangers en fleurs.

On se promène au hasard dans ces sentiers faits pour des pieds de chèvre et de temps en temps entre les branches, au-dessous de soi, à de surprenantes profondeurs, on aperçoit l’eau bleue sur laquelle notre escadre est endormie ; ou bien, en l’air, parmi les nuages légers, on entrevoit la tourmente de pierre du Monténégro qui se baigne tout en haut dans du soleil.

L’automne est la saison charmante dans ces pays méditerranéens. La campagne sent bon et les bois sont admirables. Le soleil, qui s’attarde ici pour mûrir les figues sucrées, les grenades rouges et les oranges, vient réchauffer chaque jour, dans certains replis de la montagne, de vrais édens, des coins privilégiés et délicieux, remplis encore de toutes les fleurs de l’été.

Des figuiers croissent partout dans les rochers, semant leurs fruits exquis sur la terre des chemins. — Qui en veut en ramasse. — Et les grenadiers, les bois en sont pleins ; leurs beaux fruits éclatent et s’égrènent par terre, jonchant la mousse et les feuilles sèches de petites perles qui ressemblent à des rubis. On ne les mange pas, ces grenades ; mais, quand on a très soif, on les fend d’un coup de pierre et on boit l’eau rose qui en découle, fraîche et parfumée. C’est Pasquala qui m’a enseigné cette manière.

Et, chaque soir, quand les dernières lueurs dorées se sont éteintes sur les cimes de pierre, quand l’obscurité est descendue dans les vallées profondes, chaque soir revient, l’heure où, là-haut, dans le bois, Pasquala m’attend.

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