Chapitre 13
Je suis tellement du pays maintenant, que je m’y trouvais convié, obligé de faire cortège. Pasquala suivait aussi, avec les autres petites filles de la montagne.
Deux heures de l’après-midi. — Une journée de soleil et de calme, pareille à une journée d’été. La procession funéraire grimpait en zigzags, au milieu des bruyères et des fleurs, par le sentier de chèvre qui mène à la chapelle.
Au fond de la nef, on me fit asseoir à une place d’honneur, entre Giovannni et Grégorio Iovoritch, dans une niche ornée de vieilles figures byzantines peintes sur fond d’or.
Un enfant de chœur vint nous mettre à chacun un cierge allumé dans la main, et il fallut entendre toutes les litanies du rite slave, chantées par les popes à longs cheveux, sur des airs sautillants comme des danses de morts.
La saison s’avance, et décidément l’Europe nous oublie. — Nous passerons l’hiver dans ce pays sans doute.
Il faisait d’affreux temps sombres, ces derniers jours. — Avec ces hautes montagnes noires et ces gros nuages par-dessus, nous étions comme enfermés sous un dôme d’obscurité. — La chapelle, les villages, les grands bois d’en haut, tout était caché derrière les nuages. En plein midi, dans cette sorte de puits aux murailles gigantesques où l’escadre est venue se poser, il faisait une obscurité sinistre.
La pluie tombait de temps en temps, lourde, épaisse, torrentielle ; alors on ne voyait plus rien, et le vent gémissait avec une grande voix effrayante.
Et puis, quand les nuages se déchiraient, et que les terribles masses de pierre apparaissaient tout à coup au milieu du ciel, c’étaient des aspects d’épouvante et de fin de monde…
J’allais tout de même, le soir, dans l’enclos d’oliviers, retrouver Pasquala. — La mer était grosse, très mauvaise pour mon canot, et c’était lugubre d’arriver au milieu de cette nuit profonde, dans ces bois remplis de craquements, de bruits tristes comme des plaintes. — Il me semblait que je poursuivais là quelque œuvre maudite, et que toute cette nature me jetait une menace de mort…
Aujourd’hui, c’est passé ; le ciel est redevenu pur et bleu sur nos têtes ; le beau soleil chauffe la montagne ; c’est encore l’été.
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