‹ Glossaire du patois normandChapitre 4 sur 33 · L.

L.

DÉCORSE (s. f.): diarrhée.

DÉCORSER: donner la diarrhée. En parlant des bestiaux, dire qu'ils sont décorsés, c'est souvent exprimer l'idée qu'ils ont le ventre vide; qu'ils n'ont plus le corps rempli.

DÉCRAPITER (v, a.): déchirer, égratigner. Au figuré, calomnier. A.

DÉCROUER: tomber de haut, dégringoler.

DÉCULER (v. n.): quitter enfin son siége. L.

DEDANS: mettre quelqu'un dedans, le tromper. Id., patois Lorrain.

DÉDIRE (SE): se détériorer; ne pas conserver la bonne apparence qu'on avait donnée.

DÉDRAGEONNER (v. a.): détacher les drageons, les rejets de l'artichaut ou d'une autre plante. L.

DÉDUIT: espiègle. Voyez INVECTIF. Manche.

DÉFAÇON. Voyez FAÇON.

DÉFAIRE: délayer. Défaire de la farine dans du lait pour faire de la bouillie. L.

DÉFENSABLE (en parlant des bois et des arbres): qui, par sa force de résistance, est en état de se défendre contre les attaques des bestiaux.

DÉFELER: jeter son fiel, décharger sa colère.

DÉFERMER: déchoir. A.

DÉFICELER: délier, ôter la ficelle. Patois Lorrain.

DÉFINER: finir.

DÉFLUXION: fluxion. Du verbe defluere, donné par Nicot.

DÉFRANER: diminuer, dépérir.

DÉFRIPER (v. a.): rendre uni un linge ou un vêtement fripé.

DÉFUBLER; DÉSAFUBLER: enlever un vêtement dont on était affublé.

DÉGAIEUX: difficile, dégoûté. Voyez GAIEUX.

DÉGALONNER: mettre à mal. Que le diable te dégalonne!

DÉGANNER: contrefaire quelqu'un dans sa parole ou dans ses gestes. De regeminare, ou plutôt de regannire. On dit, en patois Bourguignon, rejanner.

DÉGELÉE: volée. Dégelée de coups de bâton.

DÉGESTÉ: qui gesticule, étourdi.

DÉGOINER (SE): se contrarier, se disputer. A.

DÉGOIS: caquet. Roman.

DÉGOSILLER: vomir, rendre gorge, rejeter par le gosier.

DÉGOTTÉ: spirituel, avisé, rusé. B.

DÉGOTTER (v. a.): supplanter. Patois Lorrain. Ce verbe signifie aussi en Normandie désappointer.

DÉGOTTER (SE): se dégourdir, perdre de sa gaucherie et de sa timidité.

DÉGOUGINER: déniaiser. En Roman, desgougener, ôter les chevilles ou goujons de fer d'une porte.

DÉGOULINER: couler goutte à goutte. MM. Du Méril.

DÉGOUT: point où l'eau tombe goutte à goutte. Du latin gutta. En Roman, dégoust signifie le suc de la viande qui rôtit. On lit les vers suivants dans un mystère, ou tragédie de madame Sainte-Barbe (c'est le bourreau qui s'adresse à son valet, en parlant des seins de cette martyre):

Fais les rostir, toi Godifer; Trempe ton pain dans le dégoust.

DÉGOUTATION: objet de dégoût.

DÉGRABOLISER: médire de quelqu'un. B.

DÉGRAMIR (SE): souffrir à l'aspect d'une chose qu'on désire et dont on est privé. L.

DÉGRAVINER (v. a.): dégraper l'enduit d'un mur. Voyez RAVINE.

DÉGRÊLER (SE): se disposer à chanter; chanter, en parlant des oiseaux. Au figuré, en parlant des personnes, chanter avec prétention.

DÉGRÊLER ou DÉGRÊLIR (SE): s'égayer, se divertir. A.

DÉGRIOLER ou DÉGRILLOLER: glisser sur une surface polie comme la glace. Voyez GRILLER.

DÉGROUER: dégeler. Voyez GROUE. A.

DÉGROULER: dégringoler. Du verbe crouler.

DEHAIT: affliction. Du roman deshet; du celtique-breton dihet.

DEHAUMER: décoiffer, battre. De heaume, casque.

DEILLOT: doigtier. Voyez DAILOT.

DÉJETER (v. a.): jeter, repousser çà et là.

DÉJUQUER: descendre du juchoir. Voyez JUC.

DÉLABRE (s. m.): mauvais sujet, qui aime à mettre les choses en délabrement. B.

DÉLAITER: enlever du beurre frais, par plusieurs lotions successives, le babeurre dont il recèle encore une partie. Ce babeurre s'appelle lait de beurre, parce qu'en effet il a la couleur du lait.

DELANDOUX: éteignoir.

DÉLÉCHER (SE): se lécher les lèvres avec délectation, quand on a mangé ou bu quelque chose qui flatte le goût.

DÉLIER: délayer.

DÉLIGENCE: diligence.

DELLAGE (s. m.): réunion de plusieurs delles.

DELLE (s. f.): portion de terre labourable. De l'anglais deal, partie.

DÉLOUSER (SE): se plaindre avec amertume. Du verbe latin dolere. S.-I.

DÉLURÉ: luron, madré. Id. en patois Lorrain.

DÉLURER: déniaiser. L.

DÉMAIN (A). Être à démain, c'est être mal placé pour l'exercice de la main. A main et à démain: de tous côtés, à tort et à travers. Voyez AMAIN.

DÉMANICLAQUER: disloquer. L.

DÉMARCHER (SE): marcher avec affectation de belles manières. De démarche.

DÉMARRER (v. a.): faire quitter un lieu. Démarrer les bestiaux d'un herbage, c'est les en faire sortir. Il se prend aussi dans le sens neutre, et signifie partir.

DEMAUNE: demi-aune. L.

DÉMENCE: ruine. Ce pont est tombé en démence.

DÉMENÉ ou DÉMENET: travaux du ménage.

DÉMENEURES (s. f.): promenoir de petit enfant auquel on veut apprendre à marcher.

DÉMEN: démenti. S.-I.

DÉMENTER (SE): s'occuper de, se mêler de. En Roman, se démenter signifiait se tourmenter. Roman.

DEMEURÉ: paralysé. Demeuré d'un bras, etc. L.

DÉMION (s. m.): moitié de la chopine. Roman. Du mot français demi.

DEMOISELLE (s. f.): petite mesure d'eau-de-vie. A peu près le seizième d'un litre. L.

DEMOISELLE (s. f.): le grèbe huppé. B.

DEMOISILLON (s. m.): jeune fille de peu de conséquence, qui affecte les manières d'une demoiselle.

DÉMON: éteignoir d'église pour les cierges.

DÉMUCHER: mettre au jour ce qui était muché, caché. En roman, démusser: cacher, couvrir. Voyez MUCHER.

DÉPARTEMENT: départ. On disait autrefois dans le même sens départie, comme dans ces vers de Henri IV:

Cruelle départie! Malheureux jour! Que ne suis-je sans vie, Ou sans amour!

DÉPATOUILLER: tirer de la boue une personne qui y a enfoncé ses pieds, ses pattes. Se dépatouiller.

DÉPERSUADER: dissuader.

DÉPÉTRAILLER: découvrir sa poitrine avec indécence. Roman. De pectus.

DÉPÉTRASSER. Même sens que le verbe dépétrailler. On dit à Rennes, être dépétraillé; se dépétrasser y signifie tomber de son long.

DÉPÉTRONNER un arbre: extirper les rejetons qui ont poussé à son pied. A.

DÉPIAUTRER: enlever la peau, écorcher.

DÉPICHER: mettre en pièces.

DÉPIT: mépris. Du verbe latin despicere.

DÉPITER: défier. Je t'en dépite: je te défie.

DÉPITEUX, EUSE: méprisant, dédaigneux. Basselin dit p. 54:

La belle alors me respond, despiteuse.

DÉPOTER: vendre pot à pot du cidre ou du poiré; faire passer du cidre d'un fût dans un autre.

DÉPOTÉYER. Même sens que dépoter.

DÉPOTÉYEUR: celui dont le commerce consiste à dépoter ou dépotéyer.

DEPUIS (DU): depuis. S.-I.

DÉQUENILLER: sortir en hâte, partir au plus vite, comme les chiens qui quittent le chenil. En Roman, décaniller: décamper. Dans le patois Lorrain, dégueniller.

DÉRACLÉE. Voyez DÉRATELÉE.

DÉRACLER: développer. Même sens que dérangler.

DÉRAIN; DERIN; DRIN: le dernier.

DÉRANGLER: détailler, développer. S.-I.

DÉRAT; DÉRAIL: portions de graisse qui tiennent aux boyaux, et qu'on râcle pour les employer.

DÉRATELÉE: grande quantité rassemblée comme avec un râteau. Se prend en mauvaise part.

DÉRÊNER (v. n.): ne cesser de parler, raconter. Ce verbe, dans la Coutume de Normandie, signifie se défendre en justice.

DÉRÊTILLER: agiter les membres en mourant, s'étendre convulsivement. L.

DÉREUNGER (v. n.): ruminer.

DÉRI: en dérive. Du latin rivus, ruisseau. A.

DÉRIS (s. m.): ce que laissent en se retirant les eaux débordées.

DERLINGUER: faire du bruit, comme la sonnette: derlin, derlin. On dit, en patois Berruyer, derliner, qui vient aussi de l'onomatopée.

DÉROMPRE: cesser, discontinuer.

DÉROUTER (SE): se déranger, en parlant soit du temps qui devient mauvais, soit de personnes dont la conduite se déprave. De route, déroute.

DERRAIN. Voyez DÉRAIN. S.-I.

DERRAINEMENT: dernièrement, S.-I.

DERRUNER: déranger. C'est l'opposé d'ARRUNER. Voyez ce mot.

DÉRUSIONNÉ: fin, espiègle, rusé (Vire).

DERTRE: dartre. L.

DÉSERTER: essarter. Du celtique eyssart, lieu inculte. En Roman, asserter.

DÉSHABILLÉ: sorte de robe de femme.

DÉSOREILLER: enlever l'oreille, essoriller.

DESPUIS; DÉCEPUIS: depuis. On dit aussi du depuis. En Roman, dendespey: depuis le temps.

DESSAISINE (s. f.): grand nombre, troupe. D'essaim.

DESSAISONNER: changer l'assolement d'un champ; faire hors de saison.

DESSAIVER: désaltérer, étancher la soif. A.

DESSERGER: décharger.

DESSEULER: isoler, rester seul. Patois Rouchi.

DESSOIVER. Voyez DESSAIVER. A.

DESSOULER: cesser d'être ivre, ou saoul. En patois Walon, d'sôlé.

DESSOUR: sous, dessous. A.

DESSUR: dessus.

DÉTAMER: perdre son étamure par l'usage ou accidentellement. Ce vase est détamé; il faut le faire rétamer. Ce vase a perdu son étamure; il faut lui en faire appliquer une nouvelle. Id. patois Lorrain.

DÉTÉ; DÉTEUL: fruits tombés avant terme, et qui, peu loin de leur maturité, sont recueillis pour le pressoir. Voyez QUIS. MM. Du Méril écrivent detteuses (sans doute en sous-entendant pommes).

DÉTEINDRE (v. a.): éteindre. En Roman, desteindre.

DÉTEUNER (SE): sortir de sa maison pour prendre l'air. Voyez TEUNE. A.

DÉTEURD (s. m.): entorse. Déteurd de reins, effort dans les reins. A.

DÉTEURDRE: détordre, tordre. A.

DÉTIÉDIR: tiédir. L.

DÉTOURBER: déranger, troubler dans le travail. En Roman, destourber: troubler, empêcher. Dans le Roman de Rou, Wace dit:

Por çon se doit li rois pener Del dur Willaume destorber: Qu'il ne puisse plus haut monter, Ne en Angleterre passer.

Du verbe latin turbare, disturbare. L.

DÉTOURBIER (s. m.): empêchement. On trouve dans Nicot, destourber et destourbier.

DÉTRAT (s. m.): sentier. Des substantifs latins stratum et tractus. A.

DÊTRE (A): à droite. Du vieux mot français dextre; en latin, dextra.

DÉTRUIRE (SE): se suicider. L.

DEUL: peine. Faire deul: attrister, faire peine. En Roman, doeul. En celtique-breton, dol. Du latin dolor.

DEUMET. Voyez DUMET.

DEVALLÉE: pente, descente. Roman. Du celtique-breton deval. Du latin vallis, vallée.

DEVALLER: descendre d'un point élevé vers une vallée. En Roman, adevaler. Devaller, en patois Walon. Avaller, en patois du Jura. Regnier (sat. XI) employait le verbe devaller:

Ils contrefont le guet et de voix magistrale: «Ouvrez de par le roi!» Au diable un qui dévalle!

DEVANT QUE: avant que. Encore usité au XVIIe siècle.

DEVANTEAU; DEVANTIAU; DEVANTET: tablier;--parce que ce vêtement se place devant la personne. Devantie, devanté, en patois du Jura. En patois Walon, devaintri.

DEVANTÉE; DEVANTELÉE (s. f.): plein un tablier, ou devanteau.

DEVANTELIÈRE (s. f.): sorte de jupon ample et long, que les femmes portent à cheval pour ne pas recevoir d'éclaboussures. De DEVANTEAU. B.

DEVANTIÈRE. Voyez DEVANTELIÈRE. L.

DÉVARUBLE; DÉVORABLE: qui déchire, use et détruit ses vêtements. De varou. Voyez DEVOURER et VAROU.

DÉVÊLER (v. a.): seconder une vache qui vêle. L.

DEVIGNON: dessein, projet.

DEVINADE (s. f.): énigme. En langue romane, devignaille, adevinaille, advinal. En patois Walon, advinat. Du latin divinatio.

DEVINAILLE (s. f.). Voyez DEVINADE.

DEVISE (s. f.): borne de champ. Roman. Du latin divisio. B.

DEVOURER: dévorer, mettre en pièces. M.

DIA: mot dont on se sert pour faire tourner à gauche les chevaux ou les boeufs de trait. Roman. En patois du Jura, guia. Du grec [Grec: dia], de côté.

DIABLE: poisson de mer, d'un aspect hideux, lequel porte en Normandie divers noms, tels que lièvre-de-mer, mollet, et seigneur. B.

DIABLE: le Cyclopterus lumpus. B.

DIAIBLE ou DIÈBLE: diable. S.-I.

DICHENAVANT: désormais, dorénavant.

DIDASSER ou DIDACER: redire, rabâcher. De dicere.

DIEULEVERD. Voyez BADOCHET. Orne.

DIFFAMER: gâter, salir. A.

DIGARD: petit poisson de mer, appartenant au genre Gastérostées.

DIGOURE (s. f.): instrument pointu, épée; mot pris en mauvaise part. En Roman, digoire. Voyez DIGUER.

DIGUE; VIEILLE DIGUE: vieille femme désagréable.

DIGUER: se servir du diguet, piquer, aiguillonner. En Roman et en Français, donner de l'éperon.

DIGUET: morceau de bois pointu, pour aiguillonner. L.

DINANT (DÉJEUNER) ou DÉJEUNER DINATOIRE: déjeûner de précaution qui tient lieu de dîner. Id. en patois Lorrain.

DINDANDERIE (s. f.): dinanderie.

DINDEAU ou DINDOT: dindonneau.

DIOLEVERD ou DIOLEVÈRE. Voyez BADOCHET.

DIRE: jouer. Faire dire une flûte ou autre instrument de musique. Roman.

DISPUTER (v. a): gronder vivement. M.

DO: avec. Voyez O.

DOBICHE (s. f.): vieille femme désagréable.

DOBICHER (SE): s'habiller de haillons.

DOCHE (s. f.): patience (Rumex patientia). De l'anglais dock.

DODEIGNE (s. f.): tête qui branle.

DODINER (de la tête): branler la tête légèrement et fréquemment. On trouve dans Rabelais (l. I, ch. 8): «Lui-mesme se bersoit en dodelinant de la teste.» Le Duchat fait venir dodeliner de l'italien dondolare, ou de notre mot dodo, parce que, dit-il, «on remue le berceau des enfants, afin qu'ils fassent dodo.» Dans plus d'un canton normand, dodiner signifie dorloter. Id. dans le patois Walon.

DODO: lit, terme enfantin. Faire dodo: dormir. Du latin dormire.

DODO: lambin, paresseux, qui a l'air de faire dodo, de dormir. En Roman, dodin.

DOGUE (s. f.). Voyez DOCHE.

DOGUER. Voyez TOQUER. Roman.

DOLE-LA-BOISE: flatteur.

DONA; DONAS: homme sans esprit, imbécile.

DONAISON (s. f.): donation. En Roman, donazon.

DONDON (s. f.): grosse fille. Du qualificatif roman dondé: gros et gras.

DONE: poupée. Au figuré, fille de mauvaise vie. Du latin domina; de l'italien donna, femme.

DONNEUR D'ANTIENNES: homme qui manque souvent à sa parole.

DONRAI (JE): je donnerai. Tu donras, il donrait.

Et je vous donray, par ma foy!

dit Pathelin, dans son Testament.

DORÉE (de beurre, de confitures, de miel, etc.): tartine ou morceau de pain doré (métaphoriquement) de beurre, de confitures, etc. En Roman, dorée: tarte, pâtisserie. L.

DORER: étendre sur une tartine de pain, soit des confitures, soit du miel, soit du beurre. Ces deux dernières substances sont de couleur d'or. L.

DOUCIEUX: doucereux, fade.

DOUDOUX: dragées, bonbons. Redoublement de l'adjectif doux. M.

DOUELLE (s. f.): douve de tonneau; petite douve. Contraction de douvelle, par syncope. De dolium.

DOUET: ruisseau, lavoir, lieu où on lave le linge; conduit, aquéduc. Du latin ductus, ou du celtique-breton douvez et douez: fossé rempli d'eau.

DOUILLANT: douloureux, très-sensible à la douleur. De dolens. B.

DOUI: doué ou douet, lavoir. M.

DOUILLARD: doucereux, fade.

DOUILLETER: dorloter.

DOUILLON: Voyez BOURDIN. Roman.

DOULIANCHE (s. f.): plainte amère, doléance. S.-I.

DOURDÉE (s. f.): volée de coups.

DOURDER: frapper rudement quelqu'un.

DOUTANCE (s. f.): doute.

DOUVE (s. f.): étang, fossé plein d'eau autour d'une habitation. Roman.

DRAGLER: godailler. S.-I.

DRAGONNER: transporter de colère. S.-I.

DRAINER: parler lentement. Du verbe traîner. B.

DRAIT, E: droit, e. Dret: c'est cela.--Tout fin drait: c'est tout-à-fait cela. Patois du Jura. De directus.

DROIT (AU): vis-à-vis, en comparaison de. S.-I.

DRAMER: battre. De ramus, branche, verge, ou du breton dramen, poignée de ce que l'on coupe avec la faucille.

DRANGÉE: dragée, bonbon.

DRAS: vêtement. Wace dit (Etablissement de la Conception):

Dras de dolor et de plor prist.

DRAPET; DRAPEL; DRAPEAU; DRAPIAU: linge. De drap.

DRENOEUD; DRENOU: double ou triple noeud. Ce cordon est noué à drenou. Dans quelques cantons de la Manche, un noeud à drenou est un noeud mal fait, et qui se dénoue parfois de lui-même. Voyez NOU.

DRÈS: dès. Roman.

DRETTEMENT: directement. S.-I.

DRIÈRE: derrière; le derrière.

DRIGAN: petite toupie. B.

DROGUER: faire droguer quelqu'un; le faire attendre ennuyeusement; croquer le marmot. Id. Patois Lorrain.

DROIT EN GOUT: d'un goût net et sans mélange, en parlant des boissons dont la saveur est irréprochable. B.

DROUE (s. f.): espèce d'avoine. A.

DRUGER: s'amuser bruyamment; cabrioler; courir çà et là. Du vieux français druges; avoir les druges: faire des mouvements désordonnés.

DRUGIR. Voyez DRUGER.

D'S: des. D's asperges; d's hommes: des asperges, des hommes. C'est une syncope. Patois Lorrain.

DUMER: perdre son poil; muer.

DUMET ou DEUMET: duvet. Du latin dumatum. Roman.

DURCEUR (dans le corps): obstruction.

DURER: endurer l'ennui, patienter. De la basse latinité, durare. Il faut durer: il faut patienter.

E.

É: elle, elles. Ne s'emploie que devant les consonnes. É dit; é disent: elle dit; elles disent.

ÉANSER; ÉHANSER: briser l'anse d'un vase.

ÉBARE (s. f.): cri; faire ébare: jeter un cri.

ÉBAUBIR: étonner; surprendre, au point de faire balbutier ou bégayer. Voyez BAUBE.

EBBE: flot montant. Dans les langues du Nord, ebb. Moisant de Brieux rapporte ce vieux proverbe normand: tout ce qui vient d'ebbe s'en retournera de flot.

ÉBÉLUER: troubler la vue, donner la berlue. B.

ÉBERLUETTE; ÉBERLOUETTE: berlue, éblouissement.

ÉBLAQUER: écraser comme une poire bléche. Voyez BLEC.

ÉBLÉTER: rompre les mottes de terre. Voyez BLÊTES.

ÉBLÉTEUX: sorte de petit maillet à long manche pour pulvériser les mottes.

ÉBLINER: écobuer.

ÉBLOUIR. Voyez ÉGALIR. O.

ÉBOÊTER; ÉBOUDINER; ÉBOUINER: écraser; étriper; faire sortir les boyaux.

ÉBOGUILLER (et non ÉBOQUILLER): éblouir, empêcher de voir. Voyez BOGUES et BOGUÉYE.

ÉBOUQUETER: épointer; casser le bout. L.

ÉBOUSSER ou plutôt ÉBROUSSER: enlever les feuilles, les fleurs ou les graines d'une plante ou d'un rameau, en les pressant dans la main que l'on tire. Du vieux mot brou, feuillage. A.

ÉBOUTER. Voyez ÉBOUQUETER.

ÉBRAI: cri aigre et fort. Du verbe braire.

ÉBRAIRE (S'): pousser des cris aigres et hauts.

ÉBRAYER (S'): Même sens.

ÉBRÉCHÉ: privé d'une ou de plusieurs dents incisives, dont l'absence fait une brèche dans la bouche.

ÉBRÉSILLER. Voyez BRÉSILLER.

ÉBRITER: ébruiter, divulguer.

ÉBROTTÉ: ÉBROSTÉ, ébréché. (Manche.)

ÉBROYER: broyer, écraser.

ÉCACHER: écraser. De l'ancien français esquacher. En patois Walon, écasser: fouler. S.-I.

ÉCAILLOUER: enlever les cailloux sur des terrains cultivés.

ÉCALE (s. f.): écaille d'huître, de moule; coquille d'oeuf. OEuf à l'écale: oeuf à la mouillette. En patois Troyen, écale signifie brou de noix.

ÉCALER: ouvrir des huîtres, etc. Par extension, écosser. Eichallier, en patois de Grenoble, c'est dépouiller les noix de leur brou.

ÉCALER (v. n.): éclater, se briser avec bruit, avec éclat.

ÉCALOPPER. Voyez DÉCALOPPER.

ÉCALOTTER, ou DÉCALOTTER. Voyez DÉCALOPPER.

ÉCAME: barrière de cimetière, souvent ayant la forme d'un échalier, servant d'une espèce de banc où l'on s'assied pour causer en attendant l'office de l'église. Du latin scamnum.

ÉCAMION: camion, petite épingle.

ÉCANCHON. Voyez CANJON.

ÉCAPPER: échapper. De l'italien scappare.

ÉCARBOTTER; ÉQUERBOTTER (en parlant du feu de la cheminée): éparpiller mal à propos les charbons. En patois de Grenoble, eicharbota: éparpiller. Rabelais dit (Garg., liv. I, ch. 28), que «Grandgousier avoit au foier un baston dont on escharbotte le feu».

ÉCARBOUILLER: écraser et réduire en bouillie. Roman. Dans la Mayenne, on dit écabouir.

ÉCARER: impatienter. B.

ÉCAUCHER. Voyez ÉCACHER.

ÉCAUCHETTE (s. f.): casse-noisette. B.

ÉCAUPÉRER (S'): regagner ce que l'on avait perdu. Ce verbe signifie aussi se goberger, prendre trop ses aises, se donner des airs. De récupérer. A.

ÉCHAFOURÉE: échaufourée.

ÉCHALARD: échalas pour soutenir et protéger de jeunes arbres.

ÉCHALARDER: placer des échalas.

ÉCHALER: écorcer, écosser. Voyez ÉCALER. A.

ÉCHALIER: sorte de petit escalier, pratiqué dans une haie pour aller d'une pièce dans une autre. C'est à tort que La Monnoye dérive ce mot du substantif échalas; échalier vient du latin scala. L.

ÉCHALOURÉ ou ÉCHALOURI: échauffé. De calor, chaleur. A.

ÉCHAMPIR: se débarrasser.

ÉCHANGER (en parlant du linge): le laver avant de le mettre à la lessive.

ÉCHANTILLON: déversoir d'un moulin.

ÉCHARDE (s. f.): écaille de poisson; petit éclat de bois. Dans cette dernière acception, ce mot est roman. Du grec [Grec: eschara].

ÉCHARDER: enlever les écailles du poisson. Eichaca, dans le patois de Grenoble.

ÉCHAUBOUILLER (S'): s'exténuer de chaleur et de fatigue. C'est, à proprement parler, bouillir de chaleur. A.

ÉCHAUFFAISON; ÉCHAUFFURE, (s. f.): maladie provenant de froid après s'être échauffé[14].

[Note 14: Ce mot se trouve, ainsi que quelques autres, dans le Dictionnaire de l'Académie; il n'en appartient pas moins au patois Normand, puisqu'il y est pris dans un sens différent, spécial, particulier. J. T.]

ÉCHAUGUETTE: guérite, sentinelle. On fondit en 1818, à Lisieux, une vieille cloche, fondue pour la première fois en 1285 pour le clocher de la cathédrale, et connue sous le nom d'Echauguette, parce qu'elle avait été destinée aux cas d'alarmes. De l'islandais gaeti: épier, surveiller.

ÉCHAUGUETTER: surveiller, espionner. Du roman échauguette, poste d'observation (en latin, escubiæ). On lit dans le Roman d'Auberi:

Car les eschargaites le voient Qui l'est eschargaiter dévoient;

et dans le Roman de Rou:

Aillors deust on hebergier Et faire tous eschargaitier.

A.

ÉCHAUMETRER; ÉCHAUMITRER: effaroucher à force de coups. A.

ÉCHELETTES, (s.f.): sorte de petites échelles à échelons saillants et pointus d'un bout, que l'on fixe momentanément au bât d'un cheval pour transporter des bottes de foin, ou des bourrées. L.

ÉCHERDANT, E: envieux, jaloux.

ÉCHÉRE: jalousie. Avoir échère sur quelqu'un: en être jaloux.

ÉCHERPILLER: mettre en pièces. De charpie.

ÉCHINEUX: sorte de couperet, pour dépecer la viande. «Il signifie aussi un homme qui a une longue échine.» MM. Du Méril.

ÉCHOIR ou ÉCHOUER: assommer.

ÉCHOITE: ce qui échoit par succession ou par acquisition. Eschoites dans les Établissement de Normandie, p. 9.

ÉCLAME, (s. m.): homme chétif et de mauvaise mine, grand et flandrin.

ÉCLICHE: esquille; éclat. Voyez ÉCLIPE.

ÉCLINCHER: écliper, éclabousser; faire jaillir.

ÉCLIPE (s. f.): petite seringue de sureau. Du verbe cliper. L.

ÉCLIPÈQUE; ÉCLIPET: tiroir latéral dans les vieux coffres. B.

ÉCLIQUETTE (s. f.): batte dont se servent les masques en carnaval. De cliquetis: bruit d'armes.

ÉCLOCU: culot, oiseau dernier éclos. Ce mot est employé aussi dans la Mayenne. En Roman, clocu, éclocu. Ce substantif semble avoir quelque rapport avec le mot du patois Vitréen, équerbiton: avorton.

ECMICHER: excommunier. S.-I.

ÉCOCHE (s. f.): grand couteau de bois pour détacher les menues chenevottes qui sont restées dans le chanvre que l'on vient de broyer.

ÉCOCHER (v. a.): détacher les débris de chenevottes avec l'écoche.

ÉCOEURANT: dégoûtant

ÉCOEURER: décourager, dégoûter. En Roman, acueurer. Dans le patois Troyen, écoeur signifie dégoût. L.

ÉCOFFIR. Voyez ESCOFFIER.

ÉCOINCETER; ÉCOINTER: ébrécher, casser le coin d'un vase ou de tout autre meuble.

ÉCOMANT: affadissant.

ÉCOPIR: cracher, vomir. Voyez RÉCOPIT.

ÉCOQUETÉ, E: rouge comme la crête d'un coq. L.

ÉCORNIFLER (v. a): voler. D'écorner; le sens du français est bien plus restreint. MM. Du Méril.

ÉCOTUAU: oiseau qui a éclos le dernier de la couvée. Voyez ÉCLOCU. A.

ÉCOUDRER: sécher à demi. Voyez BÊNIR. L.

ÉCOUÊMELER: ébrécher, écorner. L.

ÉCOUER: couper la queue. Du vieux mot coue.

ÉCOUESSIN: fourrage composé de paille, d'herbes et de quelques épis de céréales. B.

ÉCOUFFE; ÉCOUFLE (s. f.): cerf-volant. L'écoufle est un gros oiseau avec lequel a de la ressemblance, pour le vol, ce cerf-volant L.

ÉCOUPÈLE (s. f.): cime d'arbre que l'on abat. De coupeau, tête.

ÉCOUPELER: couper la cime, le coupeau. En terme de jardinage, escoupeler: tailler les branches. L.

ÉCOURRE; ÉCOUTRE: secouer. Du latin succutere. En ancien français, escousser signifiait battre le blé; escoussoir, escoussour, fléau.

ÉCOUSSE (PAR): par intervalle.

ÉCOUSSIN: moitié de la botte de foin, laquelle se forme de deux écoussins.

ÉCOUTER: attendre.

ÉCRABOUILLER. Voyez ÉCARBOUILLER.

ÉCRASE (s. f.): abondance excessive. Il pleut à toute écrase. Voyez CRAC (A). L.

ÉCREUTÉ: à demi-cuit Voyez GROISELÉ. B.

ÉCRIÈRE; ÉCRELLE: petit crustacé des ruisseaux, plus petit que l'écrevisse.

ÉCRILLER: glisser en marchant.

ÉCRIVACHER; ÉCRIVASSER: écrire très-mal; écrire sans raison.

ÉCRIVAILLER: écrire à tort et à travers.

ÉCRIVIN: sorte de crabe. B.

ÉCUIRIE: écurie. Du latin equus, d'où est venu aussi le mot écuyer. A.

ÉCUISSETER: arracher la cuisse. Au figuré, ôter une branche.

ÉDUCHIR: adoucir, en parlant d'un outil qu'on affile.

ÉFANT: enfant. Roman, ainsi que le mot afant. Patois Forésien. Patois Walon. Patois d'Alais.

ÉFESTOUI: enjoué, gai. De fête, qu'autrefois on écrivait et prononçait feste. A.

EFFABI: pâle, déconcerté, effronté. Vire.

EFFORBIR: reprendre des forces.

ÉFLOQUETER (en parlant de la laine): l'étirer et la nettoyer. Du latin floccus, flocon, anciennement floc. Floket, en patois Walon, signifie noeud, enlacement de choses flexibles.

EFFONDRER: enfoncer. Effondrer une volaille, c'est la vider. Effondrer une maison, c'est en enfoncer les portes ou les fenêtres. Roman.

EFFOUCAS (s. m.): homme ou femme évaporés, dont l'air est propre à effoucher.

EFFOUCHER: effaroucher, effrayer. Syncope. L.

EFFOUDRER: foudroyer. Au figuré, écraser. S.-I.

EFFOUILLE (s. f.): bestiaux produits ou engraissés durant l'année, dans une ferme, et dont on fait la vente. Cette année, l'effouille n'a presque rien produit A.

EFFOUQUETER: effaroucher, battre. L.

EFFRAISER (en parlant du pain): émier. Du roman effrester; du latin effringere.

EFFRITER: effrayer. Du mot effroi. B.

EFFRITÉ: décomposé, tout blême, tout défait.

ÉGACHIR: écraser, faire en quelque sorte du gâchis. A.

ÉGAILLER: éparpiller. «Egaillez-vous, mes gars!» C'était une locution familière aux chouans, en présence d'un danger, et qui signifiait: «Dispersez-vous, mes garçons!» Aiguaïer s'employait autrefois dans le sens de tremper dans l'eau. D'aqua, eau; aigue, en vieux français, et encore aujourd'hui aiguière: vase à contenir de l'eau. Ainsi s'égailler doit signifier se répandre comme l'eau d'un vase renversé.

ÉGALIR: faire éprouver un engourdissement momentané par l'effet d'un coup. C'est ce que produit le toucher de la torpille, ainsi que la fracture d'une branche de certains bois, tels que l'érable.

ÉGALUER: éblouir. Valognes.

ÉGAMELER; ÉGAMELIR: écraser.

ÉGAUGER: jauger, échantillonner; vérifier un poids, une mesure. D'æqualis, égal.

ÉGLAVÉ: mort de faim. M.

ÉGLU: glu. L

ÉGOHINER: égorger, couper le cou; blesser gravement. Au figuré, maltraiter de propos. D'égohine, petite scie. A.

ÉGOULER (S'): s'égosiller. Voyez ÉGUEULER (S').

ÉGRAT: petit endroit dont on a gratté la neige, pour y attirer les oiseaux.

ÉGRILLAS: déversoir d'un moulin.

ÉGRIMER; ÉGRINFLER: égratigner. En patois du Jura: égraffiner. On dit aussi, en patois Normand, égrincher, égrinfer, griffer. Voyez GRIN.

ÉGRINFLURE: égratignure. M.

ÉGRIPILLONNER: débarrasser un arbre de son gripillon. Voyez ce mot. L.

ÉGROUGE (s. f.): instrument à un rang de dents, qui sert à séparer de sa tige la graine de lin. Du verbe gruger. A.

ÉGRUGETTE (s. f.): égrugeoir.

ÉGUENÉ: avare; qui est ou a l'apparence d'être pauvre. D'egenus.

ÉGUEULER (S'): s'égosiller. Voyez ÉGOULER (S'). S.-I.

ÉHERNER: éreinter. Couteau éherné: qui a perdu son ressort. De rein. A Bayeux, un homme éherné ou érené est un homme insolvable. C'est le mot pris au figuré.

ÉJAPPER: aboyer, japper. Onomatopée. (Coutances).

ÉLAVARE: petite digue pour élever le niveau de l'eau.

ÉLÉNU: homme mal bâti, décharné, déguenillé.

ÉLEXIR: élixir.

ÉLIANÇOURE; ÉLIENÇOURE (s. f.): tube de sureau pour lancer de l'eau. Voyez CLIFOIRE.

ÉLIGNER: élaguer. Du mot ligne.

ÉLIMER: user, en parlant du linge.

ÉLINDER: glisser sur la glace, sur le feu. Voyez RINGLER. A.

ÉLINGUE: fronde. De l'anglais sling. L.

ÉLINGUER: lancer, jeter au loin. Des vieux mots eslingueur, eslinguir.

ÉLOQUETER: mettre en pièces, en loques.

ÉLOSSER: ébranler, secouer. Voyez LOCHER. A.

ÉLUGEMENT: ennui causé par de sots propos.

ÉLUGER: ennuyer. Du latin lugere. En roman, élugir, être troublé.

ÉLUITE: élite, choix.

ÉLUITER: éliter, choisir.

ÉLUNÉ: privé de la vue.

ÉMAQUER: écraser. En patois du Jura, émacher.

ÉMAYER (S). Voyez ÉMOYER.

EMBABOUINÉ: mal tenu; dont les vêtements sont en désordre et de mauvais goût. De babouin. A.

EMBAQUETER: mettre une sorte de bâton ou de carcan aux animaux, pour les empêcher de passer à travers les clôtures. B.

EMBARLIFICOTER; EMBERLIFICOTER: embarrasser. Du verbe roman emberlucoquer ou embureliquoquer: couvrir la tête, et, au figuré, amuser de vaines paroles. C'est à peu près l'emberlicoquer ou emberlucoquer du patois Lorrain, verbe qui signifie coiffer de: par exemple, au figuré: coiffer d'une idée ridicule; au propre: embarrasser la tête d'affiquets.

EMBARNIR (S') (v. n): prendre de l'embonpoint.

EMBARRAS (FAIRE SON): se donner de l'importance. Patois Lorrain. On dit aussi: faire de ses embarras.

EMBATÉE: ce que l'on place sur un bât. L.

EMBÉRIONNÉ: embarrassé. A.

EMBERNOUSER: salir avec des excréments. En Roman, embresner. Voyez BERNOUSER. A.

EMBERON: embarras. A.-M. Du Méril écrit embront, et le traduit par essor.

EMBÊTANT: ennuyeux.

EMBÊTER: ennuyer.

EMBLAIER: emblaver. Semer du blé.

EMBLER: dérober, enlever.

EMBOBELINER: envelopper avec grand soin. Suivant Cotgrave, ce verbe, en Roman, signifie séduire par des mensonges. Dans ce cas, c'est une expression figurée.

EMBOFETER: emboîter; faire entrer dans une rainure ou une entaille.

EMBRÊLER ou EMBREULER: embricoler.

EMBRENINQUER: envelopper et embarrasser.

EMBROQUER: embrocher. S.-I.

EMBROUILLIAMINI; BROUILLIAMINI: confusion, embrouillement.

EMBRUNCHIR (S'): s'assombrir, devenir brun.

EMEILLÉ, adj. (Orne): inquiet, qui est en émoi; en vieux français émoie. MM. Du Méril.

EMENER: agiter. A.

ÉMERAS: joyeux, B.

ÉMET: tablier du pressoir, sur lequel on dresse la motte de marc B.

ÉMEULETER ou DÉMOULETER: déboîter une articulation, la luxer. V. et L.

ENCONTRE; A L'ENCONTRE: contre. Je ne vas pas à l'encontre: je ne dis pas le contraire. Dans la langue romane, la préposition alencontre signifie envers, à l'égard.

ENCOVIR: convoiter.

ENCRÉPI: invétéré. Mains encrépies: mains calleuses, comme si elles étaient enduites d'un crépi.

ENCRÉTINÉ (moulin encrétiné): qui ne peut fonctionner à cause de la crétine, grande crue des eaux. Voy. CRÉTINE. A.

ENCROUER: accrocher. Rester encroué: rester accroché. Roman.

ENCRUCHER: accrocher. Du Roman encrouer. A.

ENDAGNÉ: invétéré. A.

ENDAGNER: inviter. B.

ENDÉMENÉ: turbulent, désordonné, évaporé. Brantôme s'est servi de ce qualificatif pour désigner les femmes dont la conduite est reprochable. (Dam. Gal., t. II). Du latin demens. A.

ENDÊVER: endiabler. De l'italien diavolo; de l'anglais devil, mots qui signifient diable. On trouve desvé pour fâché dans les chansons de Thibaut, roi de Navarre; et le vers suivant dans la Farce de Pathelin, p. 63:

Il semble qu'il doye desver.

Dans la langue romane, endesver, c'est enrager, être égaré. Roquefort dérive ce verbe du latin deviare.

ENDEVERS: vers, devers.

ENDITER: indiquer, annoncer, faire connaître. Du Roman addicter, désigner; ou d'endicter, faire savoir. Enditier dans Joinville. L.

ENDORMOIR (s. m.): grande tasse de grès, qui tient le milieu entre la tasse ordinaire et l'écuelle. A.

ENDREIT; ENDREIT DE: envers, à l'égard de.

ENDREIT; ENDRET: endroit, lieu.

ENFALÉ se dit des volailles qui n'ont pu digérer les aliments contenus dans leur fale, leur jabot. L.

ENFANTOMER: ensorceler. B.

ENFLE (s. f.): tumeur, enflure. L.

ENFLUME: enflure. Du roman enfleume, que Borel tire du latin inflatio.

ENFONCER: tromper, faire dupe.

ENFONTUME. Voyez MORFONTURE.

ENFOUILLER: enfouir.

ENFOURSURE: enfonçure, fonçailles; fond de sangles d'un châlit.

ENFROIDURÉ: refroidi, frileux; qui grelotte. Roman. D'infrigescere, selon Monet. L.

ENFRONTER: affronter. S.-I.

ENGAGNER: irriter, mettre en colère. S.-I.

ENGALU: goulu. Du latin gula.

ENGASER (S'): s'embourber. De vase.

ENGAVER (S'): se bourrer d'aliments jusqu'au gavion. Voyez GAVION.

ENGELÉ: qui éprouve l'effet de la gelée. L.

ENGELEAU, et non pas ANGELOT: fromage engelé, c'est-à-dire dont le froid, la gelée, a empêché le sérum ou petit-lait de s'égoutter suffisamment.

ENGIGNIER: tromper, user d'engin.

ENGIN: moyen de ruse. Dans la vieille langue française, il signifiait industrie.

ENGOULER: saisir avec sa gueule, en parlant d'un animal. De gula. L.

ENGROULIR: engourdir de froid.

ENGRUGER: se passionner pour. Roman.

ENGUEUSER: duper.

ENHAIR: haïr, fuir, abandonner: en parlant d'oiseaux qui quittent leur nid, lorsqu'ils s'aperçoivent qu'on l'a visité. Dans le patois Roman, ce verbe signifie haïr fortement. L.

ENHANNER: ahanner. De la basse latinité, ahannare, anhelare.

ENHASÉ: affairé, pris en mauvaise part. Par extension, homme qui fait l'important; enflé d'orgueil. On trouve ce mot dans Henri Estienne. Nicot dit qu'il signifie affairé. De la particule en et du substantif hâte. Ainsi l'enhâsé serait un homme qui affecte de l'empressement pour faire croire qu'il a de grandes affaires. A.

ENHATER: hâter, presser. Du Roman enhâtir.

ENHARSÉ: enraciné, invétéré. B.

ENHEUDÉ: fixé par des heudes, liens pour empêtrer. Valognes.

ENHIEU; ENNIEU; ENGNEU: aujourd'hui. Voyez ENHUI. B.

ENHUI: aujourd'hui. Roman, ainsi qu'ennuia. Des mots latins in hoc die, hodie. Dans le Testament de Pathelin, ce mot est écrit ennuict (dans cette nuit), quoiqu'il y signifie simplement aujourd'hui:

Fauldray-je ennuict? Las! quel reproche!

ENLARGIR: élargir. En Roman, enlarger signifie étendre, augmenter. L.

ENLEUDER (S'): s'embarrasser, s'empêtrer. Voyez HEUDES. A.

ENLEUGIR: alléger. S.-I.

ENLISER: embourber. Voyez GLISE.

ENMITOUFLER (v. réfl.): s'envelopper la tête comme avec un amict; on dit aussi amitoufler. MM. Du Méril.

ENORDIR. Voyez ORDRE (Mettre en). L.

ENOSSER (S'): avaler un os qui embarrasse le gosier.

ÉNOTER: ôter les feuilles, les noeuds d'une branche.

ÉNOULER: moudre grossièrement.

ENQUÉRAUDER: ensorceler. Du Roman caraude, sortilége.

ENQUERCAUCHÉ; ENCARCAUCHI: empêtré. Vent encarcauché ou encarcauchi: vent qui souffle sourdement dans les arbres comme à l'approche d'un orage, et qui y semble arrêté, enchevêtré.

ENQUERVOISER: accrocher.

ENRAUDER (v. a.): ranger en raude les émondes que l'on a coupées. L.

ENROUSER: arroser. L.

ENRUBISQUEUX, SE: amoureux. De rut. A.

ENS: céans, dans, dedans. Alain Chartier dit (OEuv., p. 532):

Je pleure ens et me ry par dehors.

ENSANGMÊLER (Faire): irriter, mettre en colère. Voyez SANG-MÊLER. B.

ENSAQUER (v. a.): mettre dans un sac. L.

ENSASINEMENT: assassinat.

ENSASINER: assassiner.

ENSEMBLÉE: assemblée. L.

ENTEL: tel. MM. Du Méril.

ENTENTE: intelligence, faculté de bien entendre, de bien saisir; jugement. S.-I.

ENTEUNÉ: enfermé chez soi. Voyez TEUNE. A.

ENTEURI. Voyez ENTURI.

ENTICULÉ: articulé. S.-I.

ENTOMBIR. «Mot encore en usage en Normandie», dit Roquefort, qui assure que ce verbe signifie étonner, surprendre.

ENTORS: tortu. A.

ENTOUR: environ, à peu près. Roman.

ENTREBAT: la partie du bât qui est entre ses deux atelles.

ENTRE-CI-ET: entre ce moment-ci et tel autre; d'ici à.

ENTRETENANT (de bâtiments): bâtiments réunis qui s'entretiennent. L.

ENTRETRIPLER (S'): se battre à triple outrance. En Roman, atribler signifie accabler de coups. Dans le patois Walon, triplé, c'est «battre les terres afin qu'elles s'affaissent moins», dit l'abbé Cambresier dans son Dict. walon-français. A.

ENTROMPER: mettre le soc en terre; l'y enfoncer.

ENTROUBLIER (S'): perdre la mémoire; oublier. Dans les Chansons du roi de Navarre, entrobli signifie étourdi, troublé. En Roman, entroblier, entroblir: suspendre, troubler. On lit dans le Roman de Troye:

Ki set, et n'ensoigne et ne dit, Ne peut estre ne s'entroblit: Science, qui est bien oïe, Germe, florist et fructifie.

ENTURI: gâté par un long séjour dans la saleté. M.

ENVELIMER: envenimer. Voyez VELIN. Roman. Un ancien proverbe disait:

Paroles rapportées Sont envelimées.

ENVIER: envoyer. En patois Walon, invier.

ENVIRON: à. Il est environ son ouvrage: il est occupé à son ouvrage. Des Perriers (Nouvelle 129, intitulée: D'une jeune fille surnommée Peau-d'Ane) dit: «Comme elle était environ ces grains d'orge, ses père et mère fesoient soigneuse garde.»

ÉPAMI: absorbé, interloqué. S.-I.

ÉPANTABLE: épouvantable, monstrueux, très-gros. En patois Bourguignon, éponter; dans le patois Troyen, épanter signifie épouvanter. Molinet, dans ses poésies, semble avoir tiré de l'espagnol espantar le verbe français épanter, qu'ilemploie pour épouvanter.

ÉPAPLOURDIR: étourdir, éblouir d'un coup inattendu.

ÉPARÉ: clair, serein. Le temps est éparé. L.

ÉPARTIR: répandre, éparpiller, repartir. Guil. Guiart dit:

Ribaces qui de l'ost se partent Par les champs ça et là s'épartent.

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