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Chapitre 8

Nous traiterons d’abord des propositions complétives et interrogatives, puis des propositions relatives : en second lieu des propositions subordonnées circonstancielles : finales, consécutives, conditionnelles, comparatives, concessives, causales, temporelles.

On trouvera dans l’emploi des modes tantôt des différences importantes avec la syntaxe moderne (propositions complétives, conditionnelles) , tantôt des différences insignifiantes (propositions relatives, finales) . Une grande liberté — qui n’est pas d’ailleurs l’arbitraire, mais qui provient quelquefois d’une conception logique non gênée par des règles étroites — règne dans cette partie de la syntaxe, comme dans celles que nous avons déjà étudiées.

En ce qui concerne l’emploi des modes, la règle générale, conservée par l’usage moderne, est que l’indicatif est de rigueur quand il s’agit d’un fait réel, tandis que le subjonctif s’emploie quand il s’agit d’un fait simplement possible ou douteux.

Ajoutons que le subjonctif, dans les propositions subordonnées — directes ou circonstancielles — est d’un usage plus fréquent dans la langue ancienne que dans la langue moderne (cf. les propositions complétives, conditionnelles, concessives et même temporelles).

Dans les propositions complétives ou subordonnées directes le verbe peut être, suivant le sens du verbe de la proposition principale, au subjonctif, à l’indicatif ou même à l’infinitif.

Après les verbes qui signifient croire, estimer, penser (a. fr. cuidier), sembler, être vis (impersonnel neutre), l’ancienne langue emploie volontiers le subjonctif, pour peu que l’action marquée par le verbe de la proposition subordonnée soit fausse ou simplement douteuse (ce qui est souvent le cas avec sembler, être vis) .

Ex. :

Comme on le voit par ces exemples, il n’est pas nécessaire pour employer le subjonctif que la proposition principale soit négative ou interrogative, comme dans la langue moderne.

Autres exemples :

Cette construction avec le subjonctif était encore fréquente au xvii siècle.

Ex. :

Cf. supra : Ço lor est vis qu’il tiengent Dieu medisme.

Après les verbes narratifs : dire, raconter, narrer, tesmoigner, etc., le verbe est à l’indicatif, comme dans la langue actuelle. Mais quand ces verbes sont accompagnés d’une négation ou qu’ils sont interrogatifs, le subjonctif est de règle, parce que la négation ou l’interrogation introduisent une nuance de doute.

Ex. :

Le subjonctif peut même être employé en dehors de ces cas :

Cf. encore au xvii siècle : Vous diriez qu’il ait l’oreille du prince. (La Bruyère.)

Après les verbes marquant un acte de la volonté, c’est-à-dire l’ordre, la défense, le conseil ou la prière, etc. : commander, mander (même sens que commander), dire (idem) ; défendre ; conseiller, loer (même sens) ; prier, etc., on trouve plus souvent le subjonctif que l’infinitif.

Ex. :

Il se produit quelquefois un changement de construction et on trouve l’impératif dans la subordonnée.

Ex. :

On rencontre aussi quelquefois, même après que, l’infinitif négatif en fonction d’impératif.

Après les verbes marquant la crainte ou l’empêchement : criendre, doter, se redoter ; se garder ; ne laissier, etc., le subjonctif est de règle ; l’indicatif se rencontre aussi ; il marque alors l’accomplissement positif d’une action, l’idée d’appréhension étant laissée de côté.

Ex. :

Quant à l’emploi de la négation ne dans la subordonnée, après les verbes marquant la crainte, il est assez libre : à côté de la construction Criem qu’ele seit perdude, on trouve Molt criem que ne t’en perde (Alexis, 60).

Après les expressions marquant la douleur, l’étonnement, comme : c’est malheureux que, c’est merveille que, c’est étonnant que, l’ancien français, contrairement à l’usage moderne, emploie le mode indicatif. Ex. :

Une des particularités de l’ancien français c’est le non-emploi de la conjonction que dans les subordonnées complétives, surtout après une proposition principale négative. Les exemples de cette omission sont innombrables.

Ex. :

L’omission de la conjonction que est surtout fréquente après savoir, être certain, etc.

Ex. :

Enfin l’ancienne langue pouvait aussi omettre la conjonction que devant une proposition consécutive.

Ex. :

Quatre vers plus haut on trouve :

Il n’est pas rare, dans une proposition complétive, que la conjonction que soit répétée après une phrase placée en incise.

Ex. : Sachiez que, si Dieus vueut, que tuit morrons.

Elles commencent par un pronom interrogatif (qui, nul, etc.), par un adverbe interrogatif (come, coment), ou par une conjonction, en particulier par si. Le mode est l’indicatif, comme dans la syntaxe moderne. Mais on trouve souvent le subjonctif : il correspond dans ce cas à un conditionnel (ou même à un futur) dans la proposition interrogative directe : c’est d’ailleurs la construction latine.

Ex. :

L’interrogation avec le verbe à l’infinitif précédé d’un pronom interrogatif est connue de l’ancienne langue.

Ex. :

La syntaxe de ces propositions ne présente pas de différences sensibles avec la syntaxe moderne. Ainsi on emploie le subjonctif, comme aujourd’hui, quand le relatif introduit une phrase qui marque un but, une intention.

Ex. :

Aujourd’hui cette construction n’est possible qu’après un substantif indéterminé : en ancien français, comme en latin, le substantif pouvait être déterminé.

On trouve, comme dans la syntaxe moderne, le subjonctif après une proposition principale négative ou interrogative.

Ex. :

Dans les phrases comme : N’i at celui n’ait poor de sa vie (Aimeri de Narbonne, 1089.), la construction est la même, malgré l’omission du relatif. Cf. supra.

Quand un superlatif sert d’antécédent au pronom relatif, le verbe de la subordonnée est au subjonctif ou à l’indicatif, comme dans la langue moderne, suivant la nuance qu’on veut exprimer. Seulement encore ici la langue du moyen âge a plus de liberté que la langue actuelle.

Les pronoms relatifs indéfinis qui qui, que que, etc., se construisent avec le subjonctif.

Ex. :

Ex. :

Dans la phrase suivante : deux brebis siennes que il dit que je li ay mangies (Ménestrel de Reims, 405.), le premier que sert de régime à mangies, tandis que le second est une conjonction. On sait que cette tournure complexe, mais logique et commode, s’est maintenue jusque dans la langue moderne.

La phrase peut d’ailleurs, par suite d’une confusion entre le pronom relatif et la conjonction, se présenter sous une autre forme.

Ex. :

Le pronom relatif régime suivi de il (qu’il) est souvent remplacé par qui ; la confusion a été facilitée par le fait que l finale s’étant amuïe de bonne heure, qu’il s’est réduit, dans la prononciation, à qu’i, qui.

Ex. :

Elles se construisent, comme aujourd’hui, avec le subjonctif. Elles sont introduites par les conjonctions : que (dont les sens sont assez variés) et ses composés : a fin que (qui ne paraît pas antérieur au xiv s.), pour que, pour ce que (qui pouvait être réduit à pour ce), etc.

Ex. :

Elles peuvent marquer un but atteint ou à atteindre. Dans le premier cas, le mode est l’indicatif ; dans le second cas, on emploie le subjonctif ; c’est l’usage moderne. Elles sont introduites par tant que, si que, que, etc. Ex. :

La conjonction que est souvent sous-entendue.

Ex. :

Quand la subordonnée consécutive commence par que nus plus, le verbe est ordinairement omis.

Ex. :

L’ancienne langue connaît toutes les formes de la proposition conditionnelle que présente la langue actuelle. Mais grâce à l’emploi de l’imparfait et du plus-que-parfait du subjonctif, elle possède un plus grand nombre de combinaisons.

Voici d’abord des cas où l’hypothèse, la condition sont indiquées par le verbe à l’imparfait du subjonctif, sans qu’il soit nécessaire de le faire précéder de la conjonction si, se, qui sert à introduire les propositions conditionnelles. Ex. :

Au vers 1717 de la Chanson de Roland, la même idée est exprimée par la tournure : S’i fust li reis...

On peut considérer ces subjonctifs comme des subjonctifs optatifs ; mais en fait il y a dans la pensée une hypothèse.

Si l’hypothèse le rapporte au futur ou si elle est considérée comme simplement possible, le verbe de la proposition conditionnelle peut se mettre à la plupart des temps de l’indicatif (y compris le futur, à la différence de la langue actuelle) ; le verbe de la principale peut être à l’indicatif ou au conditionnel.

Ce sont les règles de la syntaxe moderne, sauf en ce qui concerne l’emploi du futur dans la proposition conditionnelle. Cet emploi du futur est très rare d’ailleurs et ne se trouve guère que dans des textes traduits du latin.

Ex. :

Il est inutile de donner des exemples de toutes les constructions possibles, qui sont nombreuses. Voici un exemple de l’emploi du futur dans la conditionnelle.

Ex. :

Quelquefois, mais rarement et principalement avec une négation, le verbe de la proposition conditionnelle est au subjonctif présent.

Ex. :

Le mode irréel, c’est-à-dire l’hypothèse se rapportant au passé ou à un présent irréalisable, s’exprime de différentes manières.

Le verbe de la proposition conditionnelle est : 1) ordinairement à l’imparfait du subjonctif (ou plus rarement au plus-que-parfait) ; 2) quelquefois, comme dans la langue moderne, à l’imparfait ou au plus-que-parfait de l’indicatif ; 3) plus rarement au conditionnel.

Le verbe de la proposition principale est à l’imparfait ou au plus-que-parfait du subjonctif : très souvent au conditionnel.

Ex. :

Ex. :

Des exemples de cette construction existent encore au xvii siècle.

Dans ces trois cas, le verbe de la proposition principale est, comme nous l’avons dit plus haut, au conditionnel (présent ou passé), à l’imparfait ou au plus-que-parfait du subjonctif. Il ne semble pas qu’on puisse établir de règle précise au sujet de ces emplois. Notons seulement que la formule la plus courante, quand les deux propositions du mode irréel concernent le présent ou le futur, paraît être : si j’osasse — je demandasse (= en fr. mod. : si j’osais, je demanderais) .

Nous avons vu plus haut qu’une phrase pouvait être conditionnelle, sans que la conjonction si y fût exprimée. Il en est de même pour les propositions en apparence relatives où qui signifie si on, si quelqu’un. Cf. les exemples à la syntaxe des pronoms relatifs et les exemples suivants.

Ex. :

Quand deux ou plusieurs propositions conditionnelles se suivent, se peut être répété ou sous-entendu.

Ex. :

Ces propositions peuvent aussi être unies par la conjonction que suivie du subjonctif, comme dans la langue actuelle.

Ex. :

On remarquera que la conjonction de liaison et, obligatoire dans la langue actuelle, n’est pas nécessaire dans l’ancienne langue.

D’autre part que peut être sous-entendu et le verbe se met au subjonctif.

Ex. :

Pour la suppression de la conjonction se après une proposition comparative, cf. infra.

Dans les conjonctions de comparaison le second terme n’est pas que, comme dans la langue actuelle, mais la conjonction de comparaison par excellence com : on disait si com, ensi com, tant com, autant com, tel com, etc. ; on a cependant mielz que, plus que, et non mielz com, plus com.

Le mode est l’indicatif, quand il s’agit d’un fait réel ou envisagé comme tel.

Ex. :

Le subjonctif apparaît quand la comparaison a un sens hypothétique et conditionnel, surtout après si com, tant com.

Ex. :

Il arrive quelquefois que le second membre de la comparaison renferme un verbe à l’imparfait du subjonctif, qui correspond à un conditionnel.

Ex. :

Dans des phrases comme les suivantes : Mielz vueil morir que je ne l’alge ocidre (Rol., i485) : j’aime mieux mourir plutôt que de ne pas aller le tuer ; mielz vueil morir que ja fuiet de champ (Ibid., 2738) : j’aime mieux mourir plutôt que de ne pas aller le tuer ; mielz vueil morir que ja fuiet de champ (Ibid., 2738) : j’aime mieux mourir plutôt que de ne pas le voir quitter le champ de bataille, le subjonctif n’est pas amené par la locution mieux que, mais par le verbe de la proposition principale sous-entendu devant la subordonnée : je veux plutôt mourir que je ne veux que j’aille le tuer.

Comme dans les propositions complétives, la conjonction que peut être omise, mais plus rarement, dans les propositions comparatives.

Ex. :

Dans la locution pas plus que si, l’ancien français peut supprimer si ; le verbe de la subordonnée, au subjonctif imparfait, équivaut alors à une proposition conditionnelle sans conjonction ; cf. supra.

Ex. :

Au lieu de que dans le second terme de la comparaison on trouve souvent que ce que.

Ex. : Ele ameroit mieus que il fust mors que ce que il feïst un pechié mortel. (Joinville, 7.)

Ce peut être supprimé et on a alors : que que.

Ex. : Je ameroie mieus que uns Escoz venist d’Escosse... que que (= plutôt que) tu le gouvernasses mal (Joinville, 21.)

Les propositions concessives se rapprochent par le sens des propositions conditionnelles. Elles peuvent n’être accompagnées d’aucune conjonction dans l’ancienne langue, surtout dans des formules marquant l’alternative, comme : vueillet o non, qu’il veuille ou non, qui sont des propositions concessives elliptiques.

Ex. :

Une autre forme de proposition concessive peut commencer par tout (aujourd’hui tout... que avec un adjectif seulement) construit avec le subjonctif sans que.

Les propositions concessives ou restrictives sont introduites ordinairement par des locutions conjonctives composées avec que, comme : jaçoit que, quoi que, que que, quel que, quand (plus tard quand même), pour... que (dans pour grand que), combien que, non obstant que, etc. Le mode est le subjonctif, sauf avec quand, quand même, qui se construisent avec le conditionnel.

Ex. :

Même en dehors des cas cités plus haut, il peut arriver qu’une phrase renfermant un verbe au subjonctif sans conjonction ait, en ancien français, un sens concessif ou restrictif, comme dans les formules modernes : fût-ce le roi lui-même ; fût-il la valeur même,... Il verra ce que c’est que de n’obéir pas (Corneille, Cid, v. 568.).

La construction de pour avec un adjectif (pour grand que) a amené une construction analogue avec un substantif.

Ex. : Pour proesce que il eüst ; pour meschief qui avenist au cors ; on pouvait dire aussi avec par ; par pooir que nous ayons ; mais cette formule est plus rare.

Comme on le voit, les propositions concessives ou restrictives — dont les nuances sont des plus variées — pouvaient être énoncées sans l’aide d’une conjonction, mais au mode subjonctif ; d’autre part les principales conjonctions concessives de la langue actuelle comme bien que, quoique (malgré que) étaient inconnues ou peu usitées dans l’ancienne langue.

Elles sont introduites par les conjonctions suivantes : que, quant (puisque), puisque, por o que, por ço que, de ço que, etc. Le mode employé est l’indicatif.

Ex. :

Dans l’expression de la fausse cause, non que, non pas que se construit avec le subjonctif, comme dans la syntaxe moderne.

Les propositions temporelles sont introduites par diverses conjonctions de temps comme : quant, comme (sens temporel, équivalent de quant) ; l’ore que (lorsque), dementre que (pendant que), tant com (tant que), que... que, marquant la durée ; ainz que, avant que, puis que, après que ; tresque, entro que, jusque, etc.

Le mode est l’indicatif, comme dans la syntaxe moderne, quand on veut parler d’un fait réel.

Ex. :

Le subjonctif marquant un fait hypothétique, qui n’existe pas encore, se rencontre surtout après : jusque (= jusqu’à ce que), ainz que, tant com, tant que, etc.

Ex. :

Ex. :

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