CHAPITRE VII
ÉDUCATION TECHNIQUE ET MORALE DES AVIATEURS
Il est utile que le pilote fasse une étude théorique sommaire de l'aviation pour mieux comprendre ce qui se passe et ce qui peut se passer. Inutile d'être ingénieur, mais il faut au moins pouvoir comprendre les défauts et les qualités d'un appareil, d'un dispositif, etc.
Il est utile de savoir diriger le montage, le démontage, la mise au point même, la réparation d'un moteur. Les mécaniciens sont souvent incompétents ou inattentifs: c'est une grande force que de ne pas être obligé de s'en rapporter à eux.
Enfin, il est INDISPENSABLE, pour économiser du temps et des risques inutiles et pour arriver aux meilleurs résultats possibles, d'étudier méthodiquement le vol. Le vol est un art qui a son bon et son mauvais style.
Au point de vue moral, le pilote doit avoir l'horreur du danger stérile: il doit savoir évaluer clairement les risques de chaque instant. Il peut tenter les actions les plus audacieuses en ne perdant pas de vue que le moyen le plus élégant est le moins onéreux de risques. Mais il faut savoir choisir le meilleur moyen, la meilleure solution: c'est ce que l'on devrait apprendre à l'Ecole.
Le risque, en aviation, est une monnaie dont on paye les succès. Il ne faut la dépenser qu'en bon acheteur, ne faire que de bonnes affaires. Il restera toujours, hélas! un aléa irréductible: mais même pour celui-ci, le fait de bien le connaître et d'y penser est une force.
J'ai indiqué trois parties de l'enseignement: la théorie, la mécanique, le vol.
La théorie doit être enseignée, non par des ingénieurs de laboratoire, mais par ceux qui ont conçu et réalisé les meilleurs appareils, car, en aviation, la théorie même tient encore de l'empirisme: elle est de l'empirisme scientifique.
Les professeurs de mécanique doivent être: d'une part, les ingénieurs qui ont fait ou qui font les meilleurs moteurs; d'autre part, les mécaniciens qui ont l'habitude d'entretenir et de réparer les mêmes moteurs.
Enfin, les professeurs de vol doivent être choisis par les meilleurs aviateurs. Les grands pilotes actuels sont des apprentis auprès de ceux qui voleront dans quatre ou cinq ans: mais c'est en coordonnant, en synthétisant leurs méthodes que l'on parviendra rapidement au progrès. Un élève de la future école volera en un an ou deux mieux qu'aucun de ses maîtres s'il a su prendre à chacun ses meilleures solutions.
Tous les bons pilotes ne seront pas forcément bons professeurs, mais les élèves auront vite apprécié la valeur des conseils de chacun et les résultats obtenus seront le vrai critérium de la bonne doctrine.