TROISIÈME PARTIE - CHAPITRE PREMIER
_Les langues._
[Illustration : Carte 6. — Familles linguistiques du Haut-Sénégal- Niger.]
=Classification et répartition des langues du Haut-Sénégal-Niger=
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=I. — Nomenclature et classification.=
J’ai parlé suffisamment, je crois, de la formation historique des diverses langues du Haut-Sénégal-Niger, en traitant des origines des peuples, pour n’avoir pas à y revenir ici et je me contenterai pour l’instant d’examiner ces idiomes, tels qu’ils existent actuellement, et de rechercher comment il convient de les classer.
Ainsi que j’ai eu l’occasion de le dire plus haut, une classification linguistique est beaucoup plus aisée à établir qu’une classification ethnique ; si celle que je vais proposer en ce qui concerne le Haut- Sénégal-Niger ne peut être considérée que comme une ébauche provisoire, cela tient seulement à l’état encore trop rudimentaire de notre documentation à l’égard d’un certain nombre de langues et dialectes.
J’ai cru devoir adopter une terminologie qui corresponde, au moins pour la généralité des cas, à celle employée dans ma classification ethnique. J’ai donc réparti les idiomes divers entre plusieurs _familles linguistiques_ qui peuvent se subdiviser en _groupes_, ces derniers se composant de _langues_ qui, à leur tour, comprennent des _dialectes_ et des _sous-dialectes_.
J’entends par « famille linguistique » un ensemble de langues qui, quoique souvent très différentes les unes des autres au point de vue grammatical et surtout à celui du vocabulaire, peuvent cependant être rapportées toutes à une origine commune et présentent entre elles des analogies de principe nettement définies. Il peut se faire qu’une famille n’ait pas cessé de conserver une parfaite homogénéité ; il peut se faire aussi que, dans le cours des âges, soit par suite des différences des milieux dans lesquels ont évolué ses diverses fractions, soit en raison d’influences étrangères qui se sont exercées plus ou moins selon les endroits, divers courants se soient formés dans une même famille, dont les aboutissements constituent ce que j’appelle des « groupes » : l’origine initiale des divers groupes d’une famille est commune, mais la formation de chacun s’est accomplie selon un processus spécial.
J’appelle « langue » un idiome qui a des caractéristiques suffisantes pour vivre son existence propre au milieu des langues voisines et former une unité à part ; les différentes langues d’un même groupe, et même celles de deux groupes d’une même famille, sont évidemment parentes, tant par leur vocabulaire que par leur syntaxe et leur morphologie, mais elles constituent cependant des idiomes distincts, à tel point qu’un individu parlant l’une de ces langues ne comprendra pas, à moins d’études spéciales ou d’un contact prolongé, les gens parlant l’une des autres. Mais deux idiomes ne présentant entre eux que des différences toutes superficielles, différences consistant en expressions ou locutions d’une spécialisation toute locale et surtout en variantes phonétiques, ne constituent pas deux langues distinctes : ce ne sont plus que des « dialectes » d’une même langue ; deux individus parlant chacun l’un de ces dialectes pourront, avec plus ou moins de facilité, se comprendre entre eux, au moins en gros, dès leur premier contact. Enfin des différences encore moins profondes, encore plus localisées, n’arrivent à constituer que de simples « sous-dialectes ».
D’une façon générale mais non absolue, une famille linguistique correspond le plus souvent à une famille ethnique, un groupe linguistique à un groupe ethnique, une langue à un peuple, un dialecte à une tribu ou à une fraction géographique d’un peuple, un sous-dialecte à une sous-tribu ou sous-fraction. Mais je ne saurais trop insister sur ce point qu’une telle correspondance est sujette en l’état actuel à de nombreuses exceptions : tel peuple en effet ou telle fraction de peuple, appartenant dans son ensemble à une famille ethnique donnée, peut parfaitement avoir abandonné sa langue propre pour adopter celle d’un peuple appartenant à une autre famille : je citerai seulement deux cas typiques, celui des Peuls d’origine sémitique parlant aujourd’hui une langue nègre et celui des Soninké de Dienné qui ne parlent plus que le songaï. D’autre part, un peuple originellement unique peut s’être subdivisé en plusieurs peuples aujourd’hui distincts, sans pour cela que la langue mère se soit subdivisée en autre chose que de simples dialectes : c’est le cas des Banmana, des Malinké et des Dioula, dont l’ensemble constitue trois peuples différents au point de vue ethnique, bien que les idiomes parlés par eux ne soient que des dialectes d’une même langue. Enfin il peut arriver que deux tribus n’appartenant pas au même peuple parlent deux sous-dialectes d’un même dialecte, tandis que deux tribus d’un même peuple peuvent parler deux dialectes si différents qu’ils mériteraient presque d’être considérés comme deux langues distinctes : certains Malinké du Ouassoulou par exemple parlent, avec des différences à peine perceptibles, le même dialecte que les Dioula, tandis que certains Malinké de la Gambie parlent un dialecte nettement distinct du malinké du haut Niger. Il y a là toute une série de phénomènes assez complexes dans lesquels les raisons d’ordre historique, géographique et surtout économique ont joué un rôle bien plus considérable que les causes d’ordre purement ethnique.
Il me faut rappeler en outre qu’une famille linguistique, comme une famille ethnique, peut très bien ne se composer que d’un groupe unique ; parfois même elle ne comprend qu’une seule langue. D’autres fois, nous rencontrerons des familles qui, quoique riches en groupes et en langues, ne sont représentées dans la région qui nous occupe que par l’un seulement de leurs groupes ou par une de leurs langues.
Divers essais de classification des langues de l’Afrique Occidentale ont été tentés ; jusqu’à ces derniers temps, ils n’étaient guère basés que sur des comparaisons de mots et étaient souvent, ou arbitraires, ou purement géographiques. Tout récemment l’école allemande, représentée notamment par Hartmann, Lippert, Meinhof, Struck et Westermann pour le domaine des langues africaines, a jeté les bases d’une classification plus rationnelle[249]. Les derniers travaux de quelques maîtres de cette école répartissent les langues de l’Afrique — Madagascar et les parlers créoles non compris — en cinq familles : sémitique, hamitique (à laquelle sont rattachées les langues hottentotes), bantoue, soudanaise et buschmann. En ce qui concerne les langues du Haut-Sénégal-Niger, la même école les classe dans les trois familles sémitique, hamitique et soudanaise, en rattachant le peul, comme le touareg, à la famille hamitique. Il y a là un point qui me semble absolument inadmissible, je veux parler du rattachement à la famille hamitique de la langue peule, qui ne présente à peu près aucune des caractéristiques des langues hamitiques et dont au contraire toutes les caractéristiques principales se retrouvent dans les langues proprement nègres, soit soudanaises soit bantoues[250].
D’autre part il me paraît un peu prématuré de ranger dans une famille unique des langues telles que le ouolof, le songaï, le mandingue et le mossi, pour ne parler que de celles se rattachant au sujet du présent ouvrage : assurément ces diverses langues, comme le peul d’ailleurs, offrent ensemble bien des points communs, mais le plus souvent elles n’en offrent pas plus les unes vis-à-vis des autres que chacune d’elles n’en présente vis-à-vis des langues bantoues ; toutes sont des langues nègres, mais c’est là leur seul trait d’union. Si l’on veut tenir compte de ce trait d’union, il faudrait adopter une « famille nègre », dans laquelle le bantou ne constituerait qu’un seul groupe, au même titre que le mandé par exemple. Mais je préfère subdiviser la « famille soudanaise » de MM. Struck et Westermann, qui n’est en somme qu’un groupement surtout géographique, en un certain nombre de familles linguistiques réelles, dont chacune mérite à mon sens ce nom de « famille », au même titre que la famille bantoue ou, dans un autre domaine, la famille sémitique.
Certains membres de l’école allemande ont cru aussi devoir rattacher le haoussa à la famille hamitique : je me permettrai, là encore, de ne pas partager leur manière de voir ; je ne nie aucunement l’empreinte considérable exercée par les langues hamitiques sur le haoussa, empreinte que j’ai signalée moi-même à diverses reprises ; mais je considère le haoussa, non pas comme une langue hamitique influencée par des langues soudanaises — théorie de M. Meinhof —, mais comme une langue nègre influencée par le voisinage des langues hamitiques, ce qui est assez différent.
Quoi qu’il en soit, mes études personnelles m’ont amené à répartir entre sept familles linguistiques distinctes les langues parlées actuellement par les indigènes de la colonie civile du Haut-Sénégal-Niger. Si nous y ajoutons les langues les plus importantes parlées par les étrangers (ouolof et haoussa), nous arrivons au total de _neuf familles linguistiques_ pour un pays peuplé de moins de cinq millions d’habitants : ce total peut paraître énorme, mais il n’étonnera pas ceux qui ont étudié la question sur place et qui savent quelle tour de Babel est l’Afrique Occidentale. Encore la colonie du Haut-Sénégal-Niger est- elle relativement moins richement partagée, sous le rapport de la diversité des langues, que certaines autres colonies voisines ; la Côte d’Ivoire en particulier, à laquelle on n’attribue guère plus de deux millions d’habitants, abrite à elle seule six familles linguistiques distinctes, sans compter les langues étrangères.
Les neuf familles linguistiques du Haut-Sénégal-Niger sont :
1o la _famille sémitique_, représentée par une seule de ses langues, l’_arabe_ ;
2o la _famille hamitique_, représentée par deux langues du _groupe berbère_ : le _zenaga_ et le _tamacheq_ ou langue des Touareg ;
3o la _famille tekrourienne_, qui ne renferme à ma connaissance qu’une seule langue : le _foulfouldé_ ou _poular_, ou langue des Peuls et des Toucouleurs ;
4o la _famille songaï_, qui ne renferme elle aussi qu’une seule langue : le _songaï_ ;
5o la _famille mandé_, représentée par ses trois groupes[251] :
A. _groupe mandé-tamou_ (deux langues : _bozo_ et _soninké_) ;
B. _groupe mandé-tan_ (deux langues : _kâgoro_[252] et mandé proprement dit ou _mandingue_, avec ses quatre dialectes _banmana_, _khassonkè_, _malinké_ et _dioula_)[253] ;
C. _groupe mandé-fou_ (trois langues : _soussou_ ou diallonké, _samorho_ et _sia_, et quatre dialectes mal définis : le _blé_, le _natioro_, le _ouara_ et le _sembla_)[254] ;
6o la _famille sénoufo_, qui ne renferme qu’une seule langue, le _sénoufo_, possédant de nombreux dialectes dont dix au moins parlés au Haut-Sénégal-Niger (le _bamâna_ ou dialecte des Minianka, le _siénérhè_, le _tagba_, le _mbouin_, le _karaboro_, le _komono_, le _nanergué_, le _folo_, le _tourka_ et le _sémou_)[255] ;
7o la _famille voltaïque_, représentée par ses sept groupes :
A. _groupe tombo_ (trois langues : _tombo_, _dogom_ et _déforo_) ;
B. _groupe mossi_ (quatre langues parlées au Haut-Sénégal-Niger : le _môrhé_ ou _mossi_ (auquel se rattachent le dialecte mossi parlé par les _Samo_ et le dialecte des _Yansi_), le _gourmantché_, le _nankana_ et le _dagari_ (auquel se rattache le dialecte _birifo_)[256] ;
C. _groupe gourounsi_ (trois langues parlées au Haut-Sénégal-Niger : le _nounouma_ (auquel se rattache sans doute le dialecte des _Nioniossé_), le _sissala_ et le _boussansé_)[257] ;
D. _groupe bobo_, ne renfermant qu’une seule langue, le _bobo_ (quatre dialectes : _kian_, _tara_, _boua_ et _niénigué_) ;
E. _groupe lobi_ : deux langues, le _lobi_ et le _dian_, plus deux dialectes, le _gan_ et le _pougouli_, qui se rattachent vraisemblablement à la langue dian ;
F. _groupe koulango_ : une seule langue, le koulango, représentée au Haut-Sénégal-Niger par le dialecte _lorho_ ;
G. _groupe bariba_ : deux langues parlées au Haut-Sénégal-Niger, le _bariba_ et le soumba, ce dernier représenté par le dialecte _takamba_[258].
8o la _famille sénégalaise_, représentée par l’un de ses groupes, le _groupe ouolof_, qui ne comprend lui-même qu’une langue, le _ouolof_, parlée au Haut-Sénégal-Niger par des colonies ouoloves assez nombreuses[259] ;
9o la _famille nigéro-logonaise_[260], représentée par la principale de ses langues, le _haoussa_, parlée par quelques colonies haoussa et de nombreux voyageurs et commerçants.
Il y a lieu d’ajouter à cette liste les cinq dialectes parlés par les _Padorho_, les _Dorhossié_, les _Tiéfo_, les _Toussia_ et les _Vigué_, dialectes qui sont à rattacher probablement soit à la famille sénoufo soit à la famille voltaïque.
Cela porte le nombre des idiomes parlés dans le Haut-Sénégal-Niger à _31 langues_ et à _30 dialectes_ connus, sans compter les dialectes qui restent à découvrir et les nombreux sous-dialectes locaux.
=II. — Répartition géographique, ethnique et numérique[261].=
Nous allons examiner maintenant de quels groupements ethniques les langues et dialectes énumérés ci-dessus sont les idiomes nationaux et en même temps quel est le domaine géographique propre de chaque famille ou groupe linguistique ; nous chercherons aussi à définir le domaine réel de certaines langues qui sont parlées par d’autres indigènes que ceux dont elles constituent l’idiome maternel.
1o _Famille sémitique (arabe)._ — L’arabe est parlé dans l’Azaouad, le Hodh et le Nord du Sahel : il y est la langue maternelle, non seulement des Maures d’origine arabe (Kounta, Bérabich et Beni-Hassân), mais aussi de la presque totalité des Maures d’origine berbère, qui ont depuis longtemps abandonné l’usage du zenaga, ainsi que de tous les Harrâtîn. De plus l’arabe est parlé, en outre de leur langue propre, par les Soninké Azer habitant les localités sahariennes et par beaucoup de Songaï et de Touareg de Tombouctou et des environs de cette ville ; il est compris en outre par un certain nombre de Songaï, de Soninké, de Peuls, etc., habitant dans le voisinage des Maures et entretenant avec eux des relations commerciales. Toutefois le domaine de l’arabe, en tant que langue parlée tout au moins, est fort restreint dans le Haut- Sénégal-Niger ; si son aire géographique est étendue, il ne faut pas oublier qu’elle couvre surtout des régions à peu près inhabitées, et il convient de se souvenir qu’il est rare de trouver au Soudan des gens parlant l’arabe en dehors des Maures. On peut estimer à 120.000 au maximum le nombre des indigènes de la colonie parlant l’arabe, dont 104.000 Maures et Harrâtîn dont il est la langue maternelle, 10.000 Soninké de la zone saharienne et 6.000 individus de familles ethniques diverses. — Il est à noter que les Maures du Hodh donnent à la langue qu’ils parlent le nom de _hassânia_ ou _hassâni_ (langue des Beni- Hassân) et non pas le nom de _arabia_ (langue arabe) ; ils réservent cette dernière expression pour l’arabe littéral.
2o _Famille hamitique (groupe berbère)._ — Le _zenaga_ est encore parlé par quelques fractions des Maures de la Mauritanie, notamment dans les sous-tribus maraboutiques des Oulad-Daïmân et des Idao-el-hadj, mais, dans la partie du Hodh dépendant du Haut-Sénégal-Niger, bien rares sont les familles ayant conservé l’usage du berbère. Il s’en rencontre cependant quelques-unes chez les Idao-Aïch et peut-être chez d’autres tribus, sans que le nombre des gens parlant le zenaga dans le Haut- Sénégal-Niger dépasse vraisemblablement 3 à 4.000 individus au grand maximum. Mais, si le zenaga a à peu près disparu du Sahara Soudanais en tant que langue vivante, son empreinte y est demeurée profonde : on la retrouve dans les noms de lieux, presque tous berbères, et dans les termes nombreux qu’elle a fait passer dans l’arabe hassânia, ainsi que, bien qu’à un degré moindre, dans quelques langues nègres (le soninké notamment).
Le _tamacheq_ ou _tamacherht_ au contraire n’a pas disparu : il est encore parlé par tous les Touareg et leurs Iklân ou Bella. En dehors des gens dont il constitue la langue maternelle, il semble n’être compris que de très rares individus. On peut donc estimer à 60.000 au maximum (dont 57.000 Touareg et Bella) le nombre des indigènes du Haut-Sénégal- Niger parlant le tamacheq.
3o _Famille tekrourienne (peul)._ — Le peul, qu’il serait peut-être plus logique d’appeler le toucouleur, est parlé à la fois par les quelque 38.000 Toucouleurs qui se sont installés dans le Haut-Sénégal-Niger et par les 404.700 Peuls, Rimaïbé et Silmimossi. Le domaine de cette langue est géographiquement très étendu en raison de l’éparpillement des Peuls à travers le Soudan, mais il est, comme le domaine de ce peuple lui- même, excessivement morcelé. De plus, il est assez rare que le Peul soit compris par des gens dont il n’est pas la langue maternelle : c’est une langue répandue en beaucoup de régions du Soudan parce qu’on rencontre des Peuls un peu partout, mais ce n’est pas une langue d’échange. On peut estimer à 450.000 environ le nombre des individus parlant le peul dans le Haut-Sénégal-Niger, dont 443.000 pour lesquels il constitue la langue maternelle.
Bien que la langue peule soit une, elle renferme, en raison même de la dispersion des gens qui la parlent, un nombre assez considérable de dialectes : le plus pur de tous semble être celui parlé par les Toucouleurs, qui observent beaucoup plus scrupuleusement que la généralité des Peuls les règles morphologiques et syntaxiques les plus caractéristiques de la langue ; parmi les dialectes spéciaux qui se sont créés chez les Peuls du Haut-Sénégal-Niger, on peut citer ceux du Sahel, du Massina, de la haute Volta Noire, des pays mossi, du Liptako, etc. Enfin il convient de mentionner une sorte de dialecte banal, participant un peu de tous les autres, employé par les Peuls et Toucouleurs qui voyagent beaucoup ; ce dialecte banal leur permet de se faire comprendre aisément dans les diverses régions qu’ils traversent.
4o _Famille songaï (langue songaï)._ — Le songaï se présente sous un tout autre aspect que celui du peul : les Songaï proprement dits (Arma, Sorko et Gabibi) ne dépassent guère le nombre de 100.000 au Haut- Sénégal-Niger (101.582 d’après les recensements de 1909). Mais je ne crois pas m’avancer trop en disant qu’ils forment à peine le quart de la population parlant leur langue. Tout d’abord le songaï est devenu la langue maternelle d’un nombre appréciable de Soninké à Dienné et dans la région du Massina ; de plus il est parlé et compris, en outre de leurs langues propres, par presque tous les indigènes habitant à proximité du Niger depuis Mopti jusqu’à Say : Bozo, Soninké, Banmana, Tombo, Peuls, Touareg, etc. Il constitue dans toute cette région une véritable langue internationale, la _koïra-kiné_ ou « langue du pays », dont on use pour toutes les relations commerciales ou politiques. Je croirais volontiers que plus de 400.000 indigènes du Haut-Sénégal-Niger comprennent couramment le songaï.
5o _Famille mandé._ — Le _bozo_ n’est sans doute guère parlé que par les Bozo eux-mêmes, c’est-à-dire par 15.000 individus environ. Il se divise cependant en plusieurs dialectes, notamment ceux de Dia, du Massina et du Pondori, plus un dialecte mélangé de banmana et de songaï qui est parlé dans la région du Bara et près de Niafounké.
Le _soninké_, non seulement n’est pour ainsi dire pas parlé en dehors des Soninké, mais n’est même pas parlé par tous les Soninké : sur les 245.392 individus représentant ce peuple dans le Haut-Sénégal-Niger, plus de 40.000 ont abandonné leur langue pour le dioula (ceux de la Boucle du Niger et notamment du Dafina), 10.000 au moins l’ont abandonnée pour le songaï (cercles de Dienné, Mopti, Niafounké), plus de 30.000 pour le banmana (cercles de Koutiala, San, Ségou, Bamako, etc.) et environ 10.000 pour le malinké (Sud du cercle de Kayes notamment) ; en sorte qu’il n’en demeure guère que 135.000 ayant conservé l’usage de leur langue. Chose digne de remarque, ceux qui se trouvent isolés parmi les Maures sont restés plus fidèles à leur idiome national que ceux qui se sont répandus dans le Sud et l’Est du Soudan.
Le _kâgoro_ n’est plus parlé aujourd’hui que par une dizaine de milliers d’individus au maximum ; la plupart des Kâgoro d’ailleurs parlent le dialecte banmana (Kaarta et Kaniaga), et quelques-uns le soninké (Bakounou), en outre de leur langue.
Quant au _mandingue_, comprenant les quatre dialectes khassonkè, banmana, malinké et dioula, il est la langue maternelle d’environ 1.070.000 indigènes du Haut-Sénégal-Niger : 11.191 Khassonkè, 538.450 Banmana, 146.733 Malinké, 106.066 Foulanké parlant le dialecte malinké, 218.820 Dioula, 8.450 Boron et plus de 40.000 Soninké parlant le dialecte dioula. Mais ce n’est pas tout : dans toutes les régions où les Mandé du Centre ou les Dioula forment la majorité de la population, c’est-à-dire dans les cercles de Sokolo, Ségou, Bamako, Kita, Bafoulabé, Kayes, Satadougou, Bougouni, Sikasso, la langue mandingue s’est propagée avec une telle force qu’elle est comprise et parlée par l’immense majorité, sinon la totalité, des autres habitants, en outre de leurs idiomes respectifs (arabe, peul, soninké, kâgoro, soussou, samorho, sénoufo) ; de plus, le banmana s’est répandu dans de nombreux districts du Sahel et de la rive droite du Bani où cependant les Banmana ne sont qu’en nombre relativement restreint ; le dioula est devenu la langue commerciale de presque toute la moitié occidentale de la Boucle du Niger, au Sud du domaine du songaï ; enfin il s’est constitué dans le Sud-Ouest de la Boucle et dans la vallée du haut Niger une sorte de dialecte banal qu’on appelle _kan-gbê_ « la langue blanche, la bonne langue », sorte de synthèse de la langue mandingue que parlent tous les voyageurs et que tout le monde comprend plus ou moins le long des grandes voies commerciales. Aussi je crois demeurer encore au-dessous de la vérité en estimant à 1.500.000 au minimum le nombre des indigènes du Haut-Sénégal-Niger possédant l’usage de la langue mandingue, c’est-à- dire presque au tiers de la population totale de la colonie.
Le _soussou_ n’est parlé que par les 9.824 Diallonké des cercles de Satadougou et de Kita, le _samorho_ par les 23.705 Samorho des cercles de Sikasso et de Bobo-Dioulasso, le _sia_ par 6.000 individus, le _blé_ par 1.035, le _natioro_ par 2.745, le _ouara_ par 7.000 et le _sembla_ par 8.000 ; ces cinq derniers idiomes sont localisés dans le cercle de Bobo-Dioulasso.
6o _Famille sénoufo (langue sénoufo)._ — Le sénoufo est une de ces langues qui ne se sont pas répandues en dehors de leur domaine national ; il n’est parlé au Haut-Sénégal-Niger que par les Sénoufo eux- mêmes, mais, ces derniers atteignant le chiffre de 343.470, il s’ensuit que leur langue est encore l’une des plus parlées de la colonie. Au point de vue de leur importance numérique, les dialectes sénoufo viennent dans l’ordre suivant : bamâna ou minianka 129.312, siénérhè 81.273, mbouin 31.875, folo 23.790, tourka 21.205, karaboro 18.535, tagba, 17.170, nanergué 11.260, komono 5.605 et sémou 3.445.
DELAFOSSE Planche XIII
[Illustration : _Cliché Delafosse_
FIG. 25. — Groupe de Dioula.]
[Illustration : FIG. 26. — Un Khassonkè.]
7o _Famille voltaïque._ — Les langues du groupe tombo sont, semble-t-il, strictement limitées au domaine propre des peuples du groupe ethnique correspondant, c’est-à-dire à la région montagneuse du Nord-Ouest de la Boucle et aux plaines qui l’avoisinent immédiatement. Le _tombo_ y est parlé par 120.000 individus environ, le _dogom_ par 5 à 6.000 et le _déforo_ par 12.000.
Parmi les langues du groupe mossi, le _môrhé_, ou langue mossi proprement dite, s’est répandu non seulement parmi les 1.262.277 indigènes qui constituent aujourd’hui le peuple mossi, mais encore, avec des variantes dialectales assez peu sensibles, parmi les 48.707 Yansi et le plus grand nombre des 75.232 Samo[262] : il est donc actuellement la langue maternelle de plus de 1.387.000 individus. De plus, il sert de langue courante dans tous les pays où s’est portée l’influence politique des empires du Yatenga et de Ouagadougou et est parlé, en outre de leur langue maternelle, par la presque totalité des Dioula des cercles de Ouahigouya et Ouagadougou (105.000 environ), par les Silmimossi (15.000 au minimum), par un grand nombre de Peuls et de Rimaïbé (20.000 environ), de Nioniossé (20.000 environ) et de Boussansé (25.000 environ). En dehors des zones habitées ou gouvernées par les Mossi eux- mêmes, leur langue est comprise encore par beaucoup de commerçants soninké, dioula et haoussa, et par beaucoup d’indigènes dont les idiomes nationaux sont très voisins du mossi (Gourmantché, Nankana, Dagari). On peut donc évaluer à 1.600.000 environ le nombre des habitants de la colonie parlant le mossi, ce qui place cet idiome, par ordre d’importance numérique, au même rang que le mandingue et même un peu au- dessus de cette dernière langue. Toutefois, au point de vue de l’aire géographique d’extension et de l’importance en tant que langue d’échange international, le mandingue vient incontestablement au premier rang. — Le _gourmantché_ est parlé par 150.000 individus environ, le _nankana_ par 20.000 et le _dagari_, en y comprenant le dialecte birifo, par plus de 105.000.
Les différents dialectes qui se rattachent à la langue _nounouma_ (dialectes des Nioniossé, des Kipirsi, des Nounouma proprement dits, etc.) sont parlés, à titre de langue nationale, par plus de 150.000 individus et, de plus, en outre de leur langue propre, par un certain nombre de Dagari et de Pougouli : on peut chiffrer à 160.000 le nombre des indigènes parlant cette langue. Le _boussansé_ est la langue maternelle de plus de 105.000 individus ; le _sissala_ n’est guère compris que par 7 à 8.000 indigènes.
Le _bobo_ ne s’est pas répandu beaucoup en dehors des Bobo eux-mêmes ; on peut donc évaluer à 228.000 environ le nombre des individus parlant cette langue. Le dialecte _tara_ vient en tête, parlé par plus de 102.000 Bobo-Oulé ; le _boua_ vient ensuite avec plus de 62.000 Bobo- Fing, puis le _kian_ avec 36.666 Bobo-Gbê et enfin le _niénigué_ avec 24.817 Bobo-Niénigué.
Les langues et les dialectes du groupe lobi ne sont guère compris que des peuples ou tribus dont ils constituent les idiomes nationaux, soit 62.050 individus pour le _lobi_, 5.950 pour le _dian_ proprement dit, 5.550 pour le _pougouli_ et 1.100 seulement pour le _gan_ (cercle de Gaoua).
Le dialecte _lorho_ de la langue koulango n’est représenté que par les 4.000 Lorho du cercle de Gaoua.
Les langues du groupe bariba ne sont parlées au Haut-Sénégal-Niger que par 5.000 indigènes environ, dont 4.497 _Bariba_, et 540 _Takamba_ de langue soumba.
Les dialectes des tribus non classées des cercles de Bobo-Dioulasso et Gaoua n’ont qu’une assez médiocre importance : le _toussia_ est parlé par 10.045 individus, le _dorhossié_ par 3.700, le _vigué_ par 2.790, le _tiéfo_ par 2.000 et le _padorho_ par 500.
8o _Famille sénégalaise (ouolof)._ — La langue ouolove n’a qu’une extension très restreinte dans le Haut-Sénégal-Niger : en dehors des 3.205 Ouolofs établis à demeure en divers points de la colonie, elle est comprise par quelques autres étrangers originaires du Sénégal et par un certain nombre de Toucouleurs et Soninké du cercle de Kayes ; elle est surtout en usage parmi les bateliers qui font le service de la navigation entre Kayes et Saint-Louis. Au total, je ne crois pas qu’elle soit comprise par plus de 6 à 7.000 indigènes du Haut-Sénégal-Niger.
9o _Famille nigéro-logonaise (haoussa)._ — Il en est tout autrement du haoussa : les Haoussa établis à demeure dans la colonie ne sont pas nombreux, mais ceux qui y voyagent pour affaires et qu’on appelle généralement _Maraba_ dans la Boucle du Niger le sont bien davantage, qu’ils viennent du Haoussa propre en traversant le Niger du côté de Say ou de leurs très importantes colonies de la Côte d’Or et du haut Togo. Leur langue en tout cas s’est largement répandue dans le Sud-Est de la Boucle, où elle fait suite au mandingue comme langue d’échange, la limite entre les deux zones d’extension passant à peu près par le méridien de Ouagadougou. Le haoussa est la langue des marchés et l’idiome des voyageurs dans une partie du Gourounsi, dans l’Est du Mossi et surtout chez les Boussansé et dans les cercles de Fada-n-Gourma et de Say. L’évaluation du nombre des indigènes du Haut-Sénégal-Niger comprenant le haoussa est assez difficile ; je crois pourtant pouvoir estimer ce nombre à une centaine de milliers d’individus au minimum.
_Statistiques comparées._ — Si nous voulons maintenant résumer en quelques tableaux comparatifs les données qui viennent d’être exposées, nous trouverons que les neuf familles linguistiques se présentent au Haut-Sénégal-Niger, par rang d’importance, dans l’ordre suivant, en ne tenant compte que des individus, tribus ou peuples dont la langue maternelle appartient à chacune des familles indiquées :
1o famille voltaïque, avec environ 2.385.000 ressortissants.
2o — mandé, — 1.290.000 —
3o — tekrourienne, — 443.000 —
4o — sénoufo, — 344.000 —
5o — songaï, — 111.000 —
6o — sémitique, — 105.000 —
7o — hamitique, — 60.000 —
8o — sénégalaise, — 4.000 —
9o — nigéro-logonaise, — 2.000 —
Si maintenant l’on tient compte du nombre total des gens comprenant chaque idiome, que celui-ci soit ou non leur parler maternel, les 31 langues en usage au Haut-Sénégal-Niger se classent comme suit :
1o mossi 1.600.000 (dont 1.262.277 Mossi propres).
2o mandingue 1.500.000 (dont 1.029.710 Mandé du Centre et Dioula).
3o peul 450.000
4o songaï 400.000 (dont 101.582 Songaï seulement).
5o sénoufo 344.000
6o bobo 228.000
7o nounouma 160.000
8o gourmantché 150.000
9o soninké 135.000 (sur 245.392 Soninké).
10o arabe 120.000
11o tombo 119.000
12o dagari 106.000
13o boussansé 105.000
14o haoussa 100.000 (dont à peine un millier de Haoussa propres).
15o lobi 62.000
16o tamacheq 60.000
17o sia 25.000 (en y comprenant les dialectes connexes).
18o samorho 24.000
19o nankana 20.000
20o bozo 15.000
21o dian 12.500 (en y comprenant les dialectes connexes).
22o déforo 12.000
23o kâgoro 10.000
24o soussou 10.000 (dialecte des Diallonké).
25o sissala 8.000
26o ouolof 7.000
27o dogom 6.000
28o bariba 4.500
29o koulango 4.000 (dialecte lorho).
30o zenaga 3.500
31o soumba 500 (dialecte takamba).
Dialectes non classés 19.000
Enfin il peut être intéressant de connaître quelles sont les langues dominantes dans chacune des circonscriptions administratives. A cet égard, nous constatons que : l’arabe domine dans la zone saharienne et la résidence de Kiffa ; le soninké et le peul dans le cercle de Nioro, avec une tendance du mandingue vers la prédominance ; le mandingue et le soninké dans le cercle de Goumbou, où le peul tient aussi une place importante ; le mandingue dans le cercle de Sokolo ; le peul dans le cercle de Niafounké, le mandingue et le songaï lui disputant la prééminence ; le songaï dans les cercles de Tombouctou et de Hombori, où le tamacheq tient une place importante ; le peul dans le cercle de Dori, avec le mossi, le tamacheq et le déforo comme langues secondaires ; le tombo dans le cercle de Bandiagara, où le peul tient une place assez importante ; le peul dans les cercles de Mopti et de Dienné, avec le mandingue et le songaï comme langues secondaires ; le mandingue dans les cercles de Ségou, Bamako, Kita, Bafoulabé, Kayes, Satadougou et Bougouni ; le mandingue aussi dans le cercle de Sikasso, avec le sénoufo et le samorho comme langues secondaires ; le sénoufo dans le cercle de Koutiala, avec le mandingue comme langue secondaire ; le bobo dans la circonscription de San, avec le mandingue et le sénoufo comme langues secondaires ; le bobo et le mandingue dans le cercle de Koury, avec le peul et le nounouma comme langues secondaires ; le mossi dans les cercles de Ouahigouya et Ouagadougou, avec le mandingue, le peul et le nounouma comme langues secondaires pour les deux cercles et, en plus, le boussansé, le nankana et le haoussa pour le cercle de Ouagadougou ; le gourmantché dans le cercle de Fada-n-Gourma, avec le mossi et le haoussa comme langues secondaires ; le dagari et le lobi dans le cercle de Gaoua, avec plusieurs langues ou dialectes secondaires ; le sénoufo dans le cercle de Bobo-Dioulasso, avec le mandingue, le bobo et de nombreux idiomes comme langues secondaires.
=III. — Langues écrites et langues parlées.=
1o _L’arabe écrit._ — Des 31 langues en usage dans le Haut-Sénégal- Niger, une seule mérite le titre de langue écrite : c’est l’arabe. Et encore il serait peut-être plus exact de dire, quelque paradoxal que cela puisse paraître, qu’aucune des 31 langues parlées dans le Haut- Sénégal-Niger, y compris l’arabe, ne mérite le titre de langue écrite, mais que, en plus et en dehors de ces langues, il en existe une 31e qui s’écrit et ne se parle pas : l’arabe écrit. En effet il serait difficile de prétendre que l’arabe hassânia, que parlent les Maures, s’écrive ; au Soudan comme au Maghreb et ailleurs, il existe en réalité deux types de langue arabe : la langue parlée, qui diffère assez notablement selon les régions, tant au point de vue du vocabulaire qu’au point de vue de la phonétique, et que l’on ne peut rendre par l’écriture, et la langue écrite qui, elle, est la même partout, à quelques idiotismes locaux près, et qui n’est jamais parlée, sauf par quelques docteurs prétentieux dans les leçons qu’ils donnent à leurs disciples. On sait que l’arabe parlé élude presque toutes les voyelles brèves, supprime la plupart des flexions désinencielles et par suite les déclinaisons et presque tous les temps et modes des verbes et n’emploie qu’un nombre restreint de vocables et de formes dérivées, tandis que l’arabe écrit, même sous la plume du vulgaire, demeure fidèle à la plupart des règles morphologiques et syntaxiques de la langue littérale. Au Soudan peut-être plus qu’ailleurs, la différence est profonde entre les deux langues, non seulement au point de vue de la grammaire et de la lexicologie, mais aussi relativement à l’usage spécial qui est fait de chacune d’elles.
Les Maures, les Harrâtîn et les quelques milliers de Soninké que j’ai signalés plus haut comme parlant l’arabe ne font usage dans leur conversation que du _hassânia_, c’est-à-dire d’un dialecte parlé assez impur, fortement mélangé de vocables berbères, mais ne s’éloignant pas énormément par ailleurs du dialecte en usage dans le sud-oranais. Le plus grand nombre d’entre eux ne savent ni lire ni écrire et l’arabe n’existe pour ceux-là qu’en tant que langue parlée. Quant aux docteurs, aux marabouts et à leurs disciples, ils parlent le même _hassânia_ que les autres, mais ils se servent pour écrire de l’arabe correct, auquel ils réservent, comme je l’ai dit précédemment, le nom de _arabia_. Il n’est pas rare d’entendre un Maure dire en excellent arabe parlé : _La ’âref el-’arâbia_ « je ne sais pas l’arabe », ce qui dans sa pensée veut dire : « Je ne sais pas écrire l’arabe » ou « je serais incapable de comprendre de l’arabe écrit ».
Quant aux Noirs musulmans répandus un peu partout dans la colonie du Haut-Sénégal-Niger, il en est fort peu parmi eux qui soient capables de soutenir une conversation en arabe, alors qu’un très grand nombre lisent avec facilité l’arabe écrit et écrivent eux-mêmes couramment et correctement ; je ne serais même pas étonné que le nombre des lettrés fût, proportionnellement, plus élevé chez les musulmans noirs — les Soninké et les Dioula en particulier — que chez les Maures. Ceux de ces lettrés noirs qui ont acquis une grande pratique de l’arabe écrit et se sont assimilé un nombre assez considérable de mots et de formes, — et ceux-là, je le répète, sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le croit couramment, — arrivent à parler arabe, avec quelque difficulté, il est vrai, mais en disant ce qu’ils veulent dire ; seulement l’arabe qu’ils parlent est l’arabe écrit et les gens de langue arabe — les Maures dans l’espèce — ne les comprennent pas, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes des lettrés de profession.
Tandis que l’arabe parlé est localisé à peu près au pays des Maures et n’occupe que le dixième rang sur l’échelle de répartition numérique des langues du Haut-Sénégal-Niger, l’arabe écrit possède au contraire une importance considérable : connu et pratiqué par les lettrés musulmans de toutes races, il est la véritable et la seule langue littéraire du Soudan ; sa connaissance permet à des quantités d’indigènes vivant dans un milieu d’ignorance d’acquérir un degré d’instruction relatif mais fort appréciable ; elle développe d’autant mieux leur mentalité que, pour être acquise, elle a nécessité une gymnastique considérable de l’esprit et des efforts prodigieux de mémoire et d’application : il ne faut pas oublier en effet que les étudiants soudanais ne disposent d’aucun dictionnaire ni d’aucune grammaire et que c’est à force de lectures et d’exercices qu’ils arrivent à amasser leur bagage de connaissances littéraires ; si mince que soit ce bagage, je ne puis pour ma part m’empêcher d’admirer les efforts qui ont dû être déployés pour son acquisition. Il est regrettable seulement que les bibliothèques des lettrés soudanais ne renferment guère que des traités d’exégèse religieuse ou des ouvrages relatifs à des formules de prière, des récits de miracles ou des discussions sur des points insignifiants de droit canonique ; l’histoire n’y occupe qu’une place très secondaire, les sciences et la littérature proprement dite en sont complètement exclues.
Au point de vue pratique, la connaissance de l’arabe écrit permet aux lettrés de langues différentes de correspondre facilement entre eux et de se recommander les uns aux autres, par des sortes de sauf-conduits, ceux de leurs amis qui vont voyager dans des pays lointains. Cette facilité de correspondre entre eux est certainement l’une des principales forces des musulmans du Soudan, vis-à-vis des animistes privés de ce moyen de communication comme aussi vis-à-vis de l’autorité européenne. Il paraît bien établi d’autre part que tous les bienfaits d’ordre intellectuel et moral que l’on attribue parfois à l’influence de la religion musulmane sont dûs, non pas à cette religion en elle-même, mais uniquement au fait qu’elle a été l’occasion de la diffusion parmi les Noirs de la connaissance et de l’usage d’une langue littéraire.
Il ne faudrait pas cependant s’exagérer le nombre des Soudanais sachant lire et écrire l’arabe, j’entends de ceux capables de comprendre ce qu’ils lisent et écrivent et de composer quelque chose d’original, ne fût-ce qu’une simple missive, en arabe. Aucune statistique n’a été faite encore à cet égard, mais je crois que, le jour où il sera possible d’en faire une, on s’apercevra que sur les 1.139.000 et quelques musulmans du Haut-Sénégal-Niger, il n’y a guère plus de 20 à 25.000 individus en état d’écrire une lettre renfermant autre chose que des souhaits et des formules de politesse. Je crois également que les deux tiers au moins de ces lettrés appartiennent à la race noire, l’autre tiers étant fourni par les familles maraboutiques du Hodh et de l’Azaouad.
2o _Existe-t-il au Haut-Sénégal-Niger des langues écrites en dehors de l’arabe ?_ — J’ai par avance répondu négativement à cette question. Cependant il serait inexact de dire que l’arabe soit la seule langue du Haut-Sénégal-Niger qui s’écrive : j’ai dit seulement et je maintiens que l’arabe est la seule langue de la colonie méritant le titre de « langue écrite ». On rencontre bien quelques spécimens écrits de quatre autres langues — le tamacheq, le zenaga, le peul et le haoussa —, mais ils sont en trop petit nombre et d’un caractère trop spécial pour que ces langues puissent revendiquer l’appellation de langues écrites, au moins en ce qui concerne le Haut-Sénégal-Niger.
Le _tamacheq_ possède un alphabet spécial, aujourd’hui bien connu, dont les caractères de forme géométrique (cercles, rectangles, lignes droites et points) portent le nom de _tifinarh_. La connaissance de ces caractères n’est que très peu généralisée chez les Touareg en général et elle est excessivement rare chez les Touareg du Soudan et du Sahara Soudanais. Quelques femmes seulement en détiennent l’usage et s’en servent pour tracer des devises sur des tambours, des boucliers de cuir ou autres objets ; on rencontre parfois sur des rochers des inscriptions en _tifinarh_, mais les descendants de ceux qui les ont tracées sont incapables de les lire. Cet alphabet, qui ne possède aucun moyen de rendre la plupart des voyelles et se montre inférieur sous ce rapport à l’alphabet arabe lui-même, est par ailleurs excessivement défectueux. S’il existe quelques lettrés chez les Touareg, au moins dans les familles maraboutiques, ils se servent pour écrire de la langue et de l’alphabet arabes.
Les Maures qui font encore usage du _zenaga_ ont désappris complètement le maniement des caractères libyco-berbères qu’emploient encore, quoique d’une manière restreinte, les Touareg ; comme les tribus de langue berbère d’Algérie et du Maroc, c’est des caractères arabes qu’ils se servent pour transcrire leur langue, mais ce procédé lui-même est à peu près inusité au Haut-Sénégal-Niger. Les quelques Maures parlant le zenaga que l’on rencontre en cette colonie, ou bien sont complètement illettrés, ou bien connaissent l’arabe écrit, et alors c’est de cette dernière langue qu’ils usent lorsqu’ils veulent confier quelque chose au papier.
Quant au _peul_ et au _haoussa_, il arrive que des lettrés musulmans parlant ces langues les écrivent au moyen de l’alphabet arabe, en donnant à certains caractères de cet alphabet une valeur conventionnelle spéciale ou en modifiant la valeur de tel ou tel caractère au moyen de points diacritiques supplémentaires, de façon à adapter à peu près l’alphabet arabe à la phonétique de ces langues. Ils ont même inventé un signe spécial — un point épais placé au dessous de la ligne d’écriture — pour représenter la voyelle _é_, qui n’a pas de signe correspondant en arabe et qui est d’un usage fréquent en peul et en haoussa. Mais, même ainsi modifié, l’alphabet arabe est encore bien défectueux pour rendre les sons de langues aussi différentes des langues sémitiques que le sont le peul, le haoussa et toutes les langues nègres d’ailleurs ; la fréquence des voyelles, leur variété, leur importance morphologique, la quantité et la valeur des nasalisations constituent des obstacles qu’il est bien difficile de surmonter avec un instrument aussi peu approprié à l’expression des phonèmes vocaliques et nasaux que le système graphique des Arabes. De plus, il n’existe entre les lettrés peuls ou haoussa des diverses régions du Soudan aucune entente ni aucune possibilité d’entente sur les moyens à employer pour remédier aux inconvénients du système ; en sorte que, à part quelques pratiques qui se sont généralisées à peu près partout — comme la représentation de la voyelle _é_ par un point épais et celle du _d_ spécial des Peuls par un _thâ_ —, les procédés diffèrent selon les pays et même, dans un pays donné, selon les individus, et il n’est pas rare qu’une page écrite en peul ou en haoussa soit à peu près inintelligible pour tout autre que celui qui l’a écrite. Comme d’autre part il est pratiquement nécessaire, pour être capable de transcrire du peul ou du haoussa en caractères arabes, de connaître au préalable l’arabe écrit lui-même, la plupart des lettrés préfèrent se servir tout bonnement de cette dernière langue ; ils y sont d’autant plus portés que, s’ils ont à écrire à un correspondant parlant une autre langue que la leur, la lettre écrite en peul ou en haoussa ne serait pas comprise de ce correspondant tandis que la lettre écrite en arabe le sera toujours. Cependant, comme je le disais, on rencontre quelques spécimens de peul et de haoussa transcrits en caractères arabes : ce sont pour la plupart de petits poèmes imités ou traduits de l’arabe ; ce sont parfois aussi des lettres échangées entre deux Peuls ou deux Haoussa dont l’un réside en un pays où sa langue n’est pas comprise et qui peuvent, en usant de ce système, préserver mieux le secret de leur correspondance qu’en se servant de la langue arabe.
Aucune des autres langues du Haut-Sénégal-Niger, à ma connaissance, n’est écrite même occasionnellement[263]. Ce n’est pas à dire qu’il n’existe pas de lettrés chez les Songaï, les Mandé, les Ouolofs, etc. ; mais, lorsque ces lettrés veulent confier quelque chose au papier, c’est toujours de la langue arabe qu’ils se servent et non pas de leur langue propre. Tout au plus transcrivent-ils, dans le cours d’une lettre rédigée en arabe et au moyen de caractères arabes parfois modifiés à la façon des Peuls et des Haoussa, des mots de leur langue maternelle dont ils ignorent l’équivalent arabe ou encore des titres ou des noms propres. Parfois aussi les instituteurs musulmans, pour se rappeler le sens d’une expression arabe peu usuelle qu’ils auront à expliquer à leurs élèves, transcrivent en marge du texte arabe, ou dans l’interligne, la traduction de cette expression en langue indigène. Mais cela ne peut à aucun titre constituer une littérature.
Les missionnaires chrétiens ont enseigné quelquefois à leurs néophytes un procédé de transcription de leur langue au moyen des caractères de l’alphabet latin : il ne semble pas que l’emploi de ce système ait dépassé les murs des écoles confessionnelles, sauf peut-être en ce qui concerne certains Ouolofs du Sénégal, convertis au christianisme depuis plusieurs générations. Les rares indigènes christianisés que j’ai rencontrés, lorsqu’ils avaient conservé quelque trace de l’instruction que leur avaient donnée les missionnaires, se servaient pour écrire, non pas de leur propre langue, mais de la langue française ; je dois ajouter qu’ils m’ont tous paru avoir besoin d’un effort moindre pour écrire en français que pour transcrire les mots de leur langue maternelle en caractères français.
3o _Littérature orale._ — Si aucune langue du Soudan en dehors de l’arabe ne mérite l’appellation de « langue écrite », si la littérature arabe soudanaise elle-même n’a guère produit — sauf de trop rares exceptions[264] — d’œuvres vraiment originales en dehors de quelques diaires et obituaires et de correspondances sans grand intérêt, il n’en faudrait pas conclure qu’il n’existe au Soudan aucune littérature. Il existe au contraire en cette partie de l’Afrique une littérature populaire d’une extraordinaire richesse, mais elle est uniquement orale.
Cette littérature n’est pas seulement riche ; elle est variée et aborde tous les sujets. L’histoire et l’épopée y sont représentées par de très curieuses traditions relatives à l’origine des peuples et des tribus, aux faits et gestes des héros ou des guerriers célèbres : les légendes reproduites ou simplement résumées dans la seconde partie du présent ouvrage peuvent donner une idée du genre et de la large part qui y est faite au symbolisme et au merveilleux. Les fables sont légion au Soudan : on en pourrait faire de volumineux recueils qui rappelleraient à la fois nos vieux fabliaux, notre Roman de Renard et le bonhomme La Fontaine ; c’est en général le lièvre qui est le héros de ces fables et qui joue aux autres animaux, à l’hyène notamment, les bons tours qui chez nous sont la spécialité du renard ; la moralité des fables soudanaises n’est pas plus morale que celle des nôtres, mais elle exalte le plus souvent la finesse et la ruse aux dépens de la force. A côté des fables existent des proverbes, plus réellement moraux en général et fréquemment pétris du plus merveilleux bon sens, et aussi des énigmes qui servent à passer les soirées et qui aiguisent l’esprit. La poésie proprement dite est largement représentée, soit par d’interminables chansons épiques, soit par des chansons satiriques ou licencieuses, soit par de simples chansons d’amour : ces dernières sont les plus répandues parmi le commun du peuple et sont chantées surtout par les femmes au cours de leurs danses, tandis que les chansons épiques et satiriques sont plutôt récitées par ces professionnels que nous appelons les griots[265]. Il faudrait encore, pour être complet, ajouter à cette énumération une sorte de littérature religieuse, comprenant des chants liturgiques, des formules de sacrifice, d’incantation et d’initiation, des légendes relatives aux génies et à leur action sur le monde, etc.
Tous les peuples du Soudan ne brillent pas de même au point de vue littéraire. Les Mandé, supérieurs par ailleurs, ne détiennent sous ce rapport qu’un rang assez médiocre et sortent rarement de la banalité ordinaire ; le côté poétique en tout cas leur fait généralement défaut. Les Sénoufo montrent peut-être un peu plus d’imagination, mais ils possèdent mal l’art de la composition. Les peuples voltaïques et notamment les Mossi semblent beaucoup mieux doués[266], ainsi que les Songaï. Mais ce sont surtout les Peuls qui se distinguent par l’allure poétique de leurs chansons. Je me permets, pour en donner quelque idée, de traduire ici deux chansons peules recueillies dans la Boucle du Niger par M. le capitaine Figaret, de l’artillerie coloniale, qui m’en a très obligeamment communiqué le texte. Comme la traduction ne peut leur conserver l’allure élégante et harmonieuse que leur prêtent les assonances de la langue peule, je reproduis ci-dessous le texte lui- même, en le transcrivant de mon mieux selon les lois ordinaires de la prononciation française.
Chanson d’amour (recueillie chez les Peuls Bari de Boromo, cercle de Koury).
_Kâmou balni balnougol bouguêdyi,_
_Misso missi missougol birâdam ;_[267]
_Fowrou oulli, diko laddé dyaboké..._
_Ndên é danêdyo wéli goundidâdé._
Le ciel s’assombrit du bleu sombre des guinées[268],
Le brouillard laisse égoutter une rosée de lait frais[269] ;
L’hyène rugit, l’aîné de la brousse répond...[270].
C’est alors qu’avec un ami au teint clair il fait bon chuchoter.
Chanson guerrière (recueillie chez les Peuls du Djilgodi).[271]
_Dyibo ouendou :_
_Ardi dyam yara loto, ardi boné yara dyidyam._
_Ndou filirâma kaï goudyi :_
_Alla doma fa ouéta, gaoué doma fa hîra._
_Lîlêté ndou dyadyâdi, ndou lîlatâké goudé rèoubé._
_Ouendou paté filâma ;_
_Gaoué bonndé ndèr ouendou, dyoga dyokâdyi ndèr ouendou ;_
_Talmêté ndou kôé maïbé, ndou talmatâké dèn talbé._
_Boukari Koutou fîli èn,_
_Filiri èn oudyouné gou, namtorîma lotyi goursi..._
_Méti ngardo kala dilla !_
_Yoppa tyoppi ouendou ndèr ouendou !_
_Kyendé-kyendé, bi-ngal Mossi-nké !_
_Kyendé-kyendé mèn bowâ, milla-milla mèn bowi._
A Djibo est un étang :
Celui qui apporte le bien peut s’y désaltérer et s’y baigner, celui qui apporte le mal s’y abreuvera de sang.
Il a été entouré d’étalons[272] :
Dieu veille du soir au matin et les lances veillent du matin au soir.
Ses rives seront couvertes d’entrailles, elles ne seront plus couvertes de pagnes de femmes[273].
Autour de l’étang des haies de mimosa épineux ont été disposées ;
Des lances perfides sont dans l’étang, il y a des armes dans l’étang ;
Il sera planté de têtes de morts, il ne sera plus planté de nénuphars.
Boukari Koutou nous a entourés,
Il nous a entourés de milliers d’étalons, il a disposé en cercle des pirogues remplies de fusils...[274]
Que tout homme venu ici avec la colère s’en aille !
Qu’il laisse les oiseaux de l’étang dans l’étang !
_Kyendé-kyendé_[275], grand fils des Mossi !
Ce n’est pas _kyendé-kyendé_ que nous voulons, c’est _milla- milla_[276] qui nous fait plaisir.
· · ·
[Illustration : Carte 7. — Zones d’extension des langues principales.]
[Note 249 : Voir en particulier : _Die Sudansprachen, eine sprachvergleichende Studie_, par Diedrich Westermann (Hamburg, 1911, gr. in-8) et la carte linguistique de Bernhard Struck.]
[Note 250 : Voir plus loin les tableaux comparatifs du chapitre II.]
[Note 251 : J’ai distingué les trois groupes de la famille mandé en donnant à chacun comme nom le mot employé le plus généralement dans les langues du groupe pour exprimer le nombre « dix » ; je ne prétends pas du tout indiquer par là que ces diverses manières de rendre le nombre « dix » soient la caractéristique des différences séparant les trois groupes : il s’agit simplement d’appellations qui m’ont paru commodes et de nature à représenter objectivement la chose qu’elles sont chargées de représenter, de la même manière que les appellations de « langues d’oc » et « langues d’oïl » sont employées chez nous.]
[Note 252 : Le _kâgoro_ pourrait à la rigueur être considéré comme un simple dialecte intermédiaire entre le soninké et le mandingue ; on ne possède d’ailleurs que fort peu de renseignements sur cet idiome.]
[Note 253 : Le groupe mandé-tan possède deux autres langues, non représentées au Haut-Sénégal-Niger : le _ligbi_ (dialectes _ligbi_, _huéla_ et _noumou_), parlé à la Côte d’Ivoire et à la Côte d’Or, et le _vaï_, parlé au Libéria.]
[Note 254 : Le rattachement des langues _samorho_ et _sia_ est encore douteux, ainsi que celui des quatre dialectes mal définis. Le groupe mandé-fou possède beaucoup d’autres langues et dialectes non représentés au Haut-Sénégal-Niger : le _mendé_ et le _landorho_ (Sierra-Leone), le _toma_ et le _guerzé_ (Guinée), le _dan_, le _toura_, le _lo_ ou gouro, le _mona_, le _nouan_, le _ngan_ et le _gbin_ (Côte d’Ivoire).]
[Note 255 : De nombreux dialectes de la langue sénoufo sont en outre parlés à la Côte d’Ivoire.]
[Note 256 : En dehors du Haut-Sénégal-Niger, le groupe mossi possède à la Côte d’Or le _dagomba_, le _gbanian_, le _boura_ ou frafra et le _mampoursi_ ; il est probable que les deux premiers de ces quatre idiomes sont des dialectes appartenant à la même langue que le dagari et que les deux autres sont des dialectes appartenant à la même langue que le nankana — J’ai des raisons de croire que les _Samo_, en outre d’un dialecte de la langue mossi, possèdent un idiome spécial qu’il faudrait peut-être rattacher à la famille mandé.]
[Note 257 : Appartiennent au même groupe le _siti_ et le _dégha_ de la Côte d’Ivoire.]
[Note 258 : Ce groupe est surtout représenté au Dahomey et au Togo, tant par le bariba et le soumba que par d’autres langues ou dialectes (_kaouri_ ou kabré, _kotokoli_, _pila-pila_, _ouindji-ouindji_, etc.).]
[Note 259 : L’autre groupe ou _groupe sérère_ comprend le _kéguem_ ou sérère proprement dit et le _none_, parlés uniquement au Sénégal.]
[Note 260 : Je lui donne ce nom parce que son domaine s’étend, d’une manière générale, du bas Niger au Logone, affluent du Tchad.]
[Note 261 : Voir les cartes 6 et 7, pages 355 et 385.]
[Note 262 : Sous réserve du fait probable, mais non démontré encore, que les Samo feraient usage d’une langue nationale d’origine mandé et ne parleraient le mossi qu’à titre de langue secondaire.]
[Note 263 : L’une des langues mandé du groupe mandé-tan, le vaï, est une langue écrite et possède même un alphabet original, du type syllabique, qui lui est propre et a été créé de toutes pièces par les Vaï eux-mêmes. C’est probablement la seule langue nègre qui possède un système graphique non emprunté au dehors et qui en fasse couramment usage, bien qu’on ait signalé récemment un autre exemple de ce phénomène au Cameroun. Je ne cite ce cas que pour mémoire, la langue et l’alphabet vaï étant localisés à une province du Libéria et à une toute petite fraction de la colonie anglaise de Sierra-Leone.]
[Note 264 : Il convient en particulier de faire état, parmi ces exceptions, d’ouvrages d’histoire tels que le _Tarikh-es-Soudân_, le _Tedzkiret-en-Nisiân_ et d’autres non publiés encore.]
[Note 265 : M. Dupuis-Yakouba, adjoint principal des affaires indigènes à Tombouctou, vient de publier chez l’éditeur Leroux le texte et la traduction d’un véritable poème épique songaï célébrant les hauts faits des premiers Gow, qui constituèrent chez les Songaï la caste des chasseurs. Par son sujet, sa manière et ses dimensions, ce spécimen de la littérature orale du Soudan est tout à fait remarquable.]
[Note 266 : Voir les spécimens de littérature mossi publiés et traduits par M. Froger, adjoint des affaires indigènes, dans son _Etude de la langue des Mossi_.]
[Note 267 : Variante : _Bâdé sokki tyokkougol birâdam_, la brume laisse filer un filet de lait frais.]
[Note 268 : Il s’agit de ces cotonnades d’un bleu sombre tirant sur le noir, analogue à la teinte que prend le firmament à la tombée de la nuit.]
[Note 269 : Allusion à la rosée du soir qui prend souvent, à l’obscurité naissante, une teinte laiteuse.]
[Note 270 : L’aîné de la brousse est l’un des surnoms du lion.]
[Note 271 : Relative à une incursion que fit Boukari Koutou, empereur mossi de Ouagadougou, dans le Djilgodi vers 1890, incursion au cours de laquelle il fut repoussé par les Peuls près de la mare de Djibo.]
[Note 272 : Allusion à la cavalerie peule envoyée pour soutenir le choc de l’armée mossi.]
[Note 273 : D’habitude les rives de l’étang sont couvertes des pagnes que les femmes y ont lavés et qu’elles étendent sur le sable pour les faire sécher.]
[Note 274 : Allusion aux dispositions stratégiques prises par Boukari Koutou, qui avait envoyé sa cavalerie des deux côtés de l’étang pour faire un mouvement tournant et l’avait appuyée par un demi-cercle de fusilliers garnissant la rive sud.]
[Note 275 : Formule de salutation en usage chez les Mossi.]
[Note 276 : Formule de salutation en usage chez les Peuls.]