PREMIÈRE PARTIE - CHAPITRE PREMIER[1]
_Le Pays_
=Limites=
=Etendue et population.= — La colonie du Haut-Sénégal-Niger, Territoire Militaire compris, a comme limites politiques et administratives : au Nord, les territoires sahariens relevant du Gouvernement Général de l’Algérie ; à l’Est, le Territoire du Tchad, faisant partie du Gouvernement Général de l’Afrique Equatoriale Française ; au Sud, et de l’Est à l’Ouest, la colonie anglaise de la Northern Nigeria, la colonie française du Dahomey, la colonie allemande du Togo, la colonie anglaise de la Gold Coast, les colonies françaises de la Côte d’Ivoire et de la Guinée ; à l’Ouest les colonie et territoire français du Sénégal et de la Mauritanie.
L’ensemble représente une superficie approximative de 3 millions de kilomètres carrés, peuplée de 5.600.000 habitants environ.
Mais une portion notable de cette superficie, environ 1.200.000 kilomètres carrés, se compose des terrains en partie arides et désertiques qui forment le Territoire Militaire du Niger, peuplé de 800.000 habitants.
Le territoire civil de la colonie, ou Haut-Sénégal-Niger proprement dit, a donc une superficie de 1.800.000 kilomètres carrés environ, soit plus du triple de la superficie de la France, et compte à peu près 4.800.000 habitants, c’est-à-dire une moyenne de 2 habitants et demi (exactement 2,66) par kilomètre carré.
Ainsi réduite à la partie qui, seule, fait l’objet du présent volume, la colonie du Haut-Sénégal-Niger correspond à peu près à l’ensemble des territoires que, par suite d’une longue habitude, on appelle encore communément _le Soudan Français_.
Ses limites géographiques restent imprécises du côté du Nord-Ouest, du Nord et du Nord-Est, en raison de la nature désertique de ces régions et de la vie plus ou moins nomade que mènent leurs habitants ; on peut toutefois assigner à ses marches sahariennes, comme confins extrêmes, les points de Tichit au Nord-Ouest, de Taodéni au Nord et de Tessalit (en face et à hauteur de Timiaouine) au Nord-Est : par le premier de ces points, le Haut-Sénégal-Niger touche à la zone d’influence de la Mauritanie, par le second à la zone de pénétration algérienne et par le troisième à la zone d’action saharienne du Territoire Militaire du Niger. Mais en réalité la zone d’administration directe de la colonie ne dépasse guère à l’Ouest le 17° parallèle de latitude nord, soit approximativement la ligne Kiffa-Oualata, tandis qu’à l’Est elle s’étend un peu au Nord du 19° parallèle, soit à la ligne Araouâne-Bou-Djebiha. Au Nord de cette ligne brisée Kiffa-Oualata-Araouâne-Bou-Djebiha, nous exerçons surtout un rôle de police et de surveillance et nous ne possédons pas de postes fixes ni d’établissements permanents.
=Limite avec la Mauritanie.= — La limite entre le Haut-Sénégal-Niger et la Mauritanie, prise à hauteur de Tichit, est formée d’abord par l’extrême pointe que pousse, entre Tichit et Tidjikja, la région sablonneuse du Djouf, puis par une ligne suivant à peu près le bord oriental des hauteurs qui encerclent le plateau du Tagant, pour contourner ensuite vers l’Ouest la partie méridionale de ces hauteurs jusqu’aux monts Assaba, point de départ de la vallée du Gorgol-Noir.
De ce point, la limite, tournant assez brusquement vers le Sud-Est, va rejoindre vers Fété-Dioullé, au Sud-Ouest de Kiffa, la vallée connue sous les noms de Tartafout, Bakhambora et Karakoro, et la suit depuis Fété-Dioullé jusqu’à son confluent avec le Sénégal, près et en amont du village de Kabou, entre Ambidédi et Bakel.
La limite avec la Mauritanie est ensuite constituée par le Sénégal lui- même, depuis l’embouchure du Karakoro jusqu’à celle de la Falémé ; à partir de ce dernier point, le Sénégal abandonne complètement le Haut- Sénégal-Niger pour donner sa rive droite à la Mauritanie et sa rive gauche à la colonie du Sénégal.
=Limite avec le Sénégal.= — La limite entre le Sénégal et le Haut- Sénégal-Niger est constituée par la Falémé[2], depuis son embouchure dans le Sénégal, jusqu’au point, situé un peu en amont de Satadougou, où cette rivière est formée par la réunion de la Balinko et de la Koundako. A partir de ce point, c’est la Guinée qui succède au Sénégal comme colonie limitrophe du Haut-Sénégal-Niger.
=Limite avec la Guinée.= — La limite entre la Guinée et le Haut-Sénégal- Niger est constituée : d’abord par la Balinko ou haute Falémé occidentale, puis par son affluent la Kassaya jusqu’aux collines d’où sort cette dernière ; ensuite, se dirigeant d’une façon générale vers l’Est, par les collines en question, puis par la Dialako, qui en sort également, jusqu’à son confluent avec la Koundako ou haute Falémé orientale. La limite descend alors le cours de la Koundako jusqu’au point où cette rivière reçoit la Kolounko, puis elle remonte le cours de la Kolounko depuis son embouchure jusqu’au mont Sagou, où la Kolounko prend sa source ; la frontière franchit alors le mont Sagou, descend le ruisseau Koroko depuis le versant oriental de la montagne jusqu’au Bafing ou haut Sénégal occidental, descend le Bafing sur 26 kilomètres environ jusqu’au point où il reçoit la Fariko, puis quitte ce fleuve pour se diriger approximativement vers l’Est en décrivant une courbe infléchie vers le Sud qui sépare le cercle de Kita (H.-S.-N.) des cercles de Dinguiray et de Siguiri (Guinée) et qui aboutit au Bakhoy ou haut Sénégal oriental à peu près à hauteur et à l’Ouest de Niagassola. La limite descend le Bakhoy vers le Nord sur 30 à 40 kilomètres, puis le quitte pour se diriger vers l’Est et ensuite vers le Sud, de façon à décrire une sorte d’arc de cercle autour de Niagassola, pour se continuer dans une direction à peu près Sud-Sud-Est jusqu’à ce qu’elle atteigne le Niger à une cinquantaine de kilomètres en aval de Siguiri. La frontière traverse alors le Niger et se dirige vers le Sud-Est jusqu’à la rencontre de la Sankarani et remonte ensuite cet affluent du Niger, en se dirigeant vers le Sud-Sud-Ouest, sur 60 kilomètres environ ; puis elle quitte cette rivière pour se continuer par une ligne en zigzags d’une direction générale Sud-Est (Est-Nord-Est, puis Sud-Sud- Ouest, puis Sud-Est), jusqu’à ce qu’elle atteigne, sur le cours supérieur de la rivière Ouassouloubalé et à 15 kilomètres environ au Nord-Ouest de Maninian, le point de jonction des trois cercles de Bougouni (H.-S.-N.), Kankan (Guinée) et Touba (Côte d’Ivoire).
=Limite avec la Côte d’Ivoire.= — La limite du Haut-Sénégal-Niger, partant du point précédemment défini, se dirige d’abord vers le Nord-Est jusqu’à la rencontre du Baoulé ou haut Bani occidental, le traverse, continue dans la direction de l’Est jusqu’au Dékou ou Dégou, franchit ce cours d’eau, se dirige vers le Sud-Est jusqu’à la rencontre du Banigbê (appelé aussi Banifing), traverse cette rivière, gagne vers l’Est le Bafing, descend vers le Nord le cours du Bafing pendant 15 kilomètres environ, puis le quitte pour se diriger sensiblement vers l’Est, en passant au Nord de Tengréla, jusqu’au Bagoé ou mieux Bagbê ou haut Bani oriental. Ensuite elle remonte le Bagbê vers le Sud pendant une quarantaine de kilomètres, le quitte pour se diriger sensiblement vers l’Est-Nord-Est, en passant au Nord de Tiorhotiéri et de Toungboro, jusqu’à la rencontre d’une rivière appelée Bani dont elle descend le cours jusqu’à son confluent avec la Léraba ou haute Comoé occidentale, puis descend la Léraba elle-même pendant une centaine de kilomètres jusqu’au parallèle 9° 25′ environ de latitude Nord, point le plus méridional de la colonie. Elle se dirige ensuite vers le Nord-Est, puis vers l’Est, jusqu’en un point situé entre Gagouli ou Galgouli au Nord et Yologo au Sud, point d’où, par une direction générale Sud-Est, elle gagne la Volta Noire entre Kpéré au Nord et Tantama au Sud, par 9° 30′ environ de latitude Nord.
=Limite avec la Gold Coast.= — A partir de ce point, la frontière devient commune au Haut-Sénégal-Niger et à la colonie anglaise de la Gold Coast. Elle remonte d’abord le thalweg de la Volta Noire vers le Nord jusqu’au 11° de latitude Nord, puis se dirige vers l’Est en suivant à peu près ce parallèle jusqu’à la rencontre de la Volta Rouge ; ensuite elle descend le thalweg de la Volta Rouge vers le Sud-Sud-Est pendant une dizaine de kilomètres pour se diriger après vers le Nord-Est jusqu’à la rencontre de la Volta Blanche ; puis elle descend ce dernier fleuve pendant quelques kilomètres pour remonter ensuite son affluent, la rivière de Tenkodogo, jusqu’à hauteur de Badima, au Sud-Sud-Est de Bitou, se diriger de là vers l’Est-Sud-Est sur une quinzaine de kilomètres et rencontrer alors le point où la frontière de la Gold Coast fait place à celle de la colonie allemande du Togo.
=Limite avec le Togo.= — La limite entre le Haut-Sénégal-Niger et le Togo suit une direction approximativement Est-Sud-Est, sur une longueur de 125 kilomètres environ, et atteint le 11° de latitude Nord à 16 kilomètres au Nord-Est du point où le Pendjari, en se réunissant avec le Pépiénou ou Yanga, forme l’Oti. De là, elle se dirige vers le Sud-Sud- Ouest jusqu’à la rencontre du ruisseau Nambi-Kouna, par 10° 48′ environ de latitude Nord.
=Limite avec le Dahomey.= — C’est le Dahomey qui, à partir de ce point, devient limitrophe du Haut-Sénégal-Niger. La frontière se dirige d’abord vers le Sud-Est jusqu’au sommet sud des monts Pangou, puis de là vers l’Est-Nord-Est jusqu’au point où le ruisseau Bourpoudabonga sort du massif de l’Atakora, par 10° 40′ environ de latitude Nord. Ensuite elle longe ce très long massif presque rectiligne, dans une direction générale Nord-Est, jusqu’à la rencontre de l’affluent du Niger appelé Mékrou, qu’elle atteint par 11° 30′ environ de latitude Nord et à proximité du méridien de Paris ; puis elle descend le Mékrou, dans une direction générale Nord-Est, jusqu’à son embouchure dans le Niger.
=Limite avec le Territoire Militaire du Niger.= — A partir de l’embouchure du Mékrou, qui se trouve à hauteur du village de Boumba, le Niger constitue la limite entre le Territoire Militaire et la colonie proprement dite du Haut-Sénégal-Niger, depuis le 1er janvier 1911. Cette limite remonte le thalweg du fleuve jusqu’en un point situé à peu près sur le 17° de latitude Nord et approximativement à moitié chemin entre Bourem et Bamba. En ce point, la limite quitte le Niger pour suivre une direction sensiblement Nord-Nord-Est jusqu’au 18° de latitude Nord, puis Nord-Est depuis ce parallèle jusqu’en un lieu sis entre Tessalit à l’Ouest et Timiaouine à l’Est par 20° 40′ environ de latitude Nord, de façon à laisser au Territoire Militaire la vallée du Tilemsi et l’Adrar des Iforhass et à la colonie civile le territoire des Kounta de Mabrouk.
=Limite avec l’Algérie.= — A partir de la région de Tessalit-Timiaouine, c’est l’Algérie qui devient limitrophe du Haut-Sénégal-Niger. La limite, tout à fait approximative, passe entre le Tanezrouft au Nord et l’Adrar Timetrhine au Sud, puis entre l’Erg-ech-Châche au Nord et, au Sud, les hauteurs (Djebel-el-Haricha) qui dominent Taodéni, laissant au Haut- Sénégal-Niger ce dernier point (22° 40′ 19″ latitude Nord et 6° 12′ 49″ longitude Ouest), ainsi que l’emplacement probable des anciennes mines de sel de Teghazza, situé à 120 kilomètres environ au Nord-Nord-Ouest de Taodéni. La limite se dirige ensuite vers le Nord-Ouest, dans la direction du Cap Noun, rencontrant en un point imprécis du Djouf, connu sous le nom d’Erg Moughtir, la limite de la zone d’extension de la Mauritanie.
=Cercles frontières.= — Pour compléter cette description des limites du Haut-Sénégal-Niger, il me reste à donner la liste des cercles qui sont en bordure de cette vaste frontière. Ces cercles ou circonscriptions sont, en partant de Tichit et en suivant la même direction que ci- dessus : la résidence de Kiffa, limitrophe de la Mauritanie (cercles du Tagant et du Gorgol) ; le cercle de Kayes, limitrophe de la Mauritanie (cercle du Gorgol) et du Sénégal (cercles de Bakel et de Kédougou ou de la Haute-Gambie) ; le cercle de Bafoulabé, limitrophe du Sénégal (cercle de Kédougou) ; le cercle de Satadougou, limitrophe du Sénégal (cercle de Kédougou) et de la Guinée (cercles de Yambéring, Tougué et Dinguiray) ; les cercles de Kita et de Bamako, limitrophes de la Guinée (cercles de Dinguiray et de Siguiri) ; le cercle de Bougouni, limitrophe de la Guinée (cercles de Siguiri et de Kankan) et de la Côte d’Ivoire (cercles de Touba et de Korhogo) ; le cercle de Bobo-Dioulasso, limitrophe de la Côte d’Ivoire (cercles de Korhogo et de Kong) ; le cercle de Gaoua, limitrophe de la Côte d’Ivoire (cercle de Bondoukou) et de la Gold Coast ; le cercle de Ouagadougou, limitrophe de la Gold Coast et du Togo ; le cercle de Fada-n-Gourma, limitrophe du Togo et du Dahomey (cercles de Djougou-Kouandé et de Kandi) ; le cercle de Say, limitrophe du Dahomey (cercle de Kandi) et du Territoire Militaire (cercle de Niamey) ; les cercles de Dori, de Hombori ou du Gourma et de Tombouctou- nomades, limitrophes du Territoire Militaire (cercles de Niamey et de Gao) ; enfin les cercles de Tombouctou-nomades, de Niafounké ou de l’Issa-Ber, de Sokolo, de Goumbou et de Nioro ont vers le Nord une zone d’influence, d’action ou d’extension qui va rejoindre la limite de l’Algérie.
Sur les 29 cercles ou circonscriptions de la colonie, 10 seulement ne se trouvent pas en bordure des frontières : Tombouctou-sédentaires[3], Mopti, Bandiagara, Dienné, Ouahigouya, Koury, San, Ségou, Koutiala et Sikasso[4].
[Note 1 : Voir la carte 1, à la fin du chapitre III.]
[Note 2 : Sur une faible portion de son cours inférieur, à hauteur de Sénoudébou et de Tamboura, la Falémé a ses deux rives dans la colonie du Sénégal.]
[Note 3 : Les deux cercles de Tombouctou-nomades et de Tombouctou- sédentaires n’ont pas de limites respectives définies, mais, par suite de la façon dont se trouve répartie la population, Tombouctou- sédentaires se trouve de fait à peu près englobé dans Tombouctou- nomades.]
[Note 4 : Le cercle de Sikasso touche en réalité à la frontière de la Côte d’Ivoire, mais par un point géométrique seulement, point situé sur le Bagbê ou Bagoé et où se rencontrent les cercles de Bougouni, Sikasso et Bobo-Dioulasso (Haul-Sénégal-Niger) et celui de Korhogo (Côte d’Ivoire).]