CHAPITRE III[25]
=Orographie=
A qui rechercherait les altitudes élevées, le système orographique du Haut-Sénégal-Niger se présenterait comme plutôt maigre : il ne semble pas en effet que l’on rencontre dans la colonie des sommets dépassant mille mètres, et encore le nombre de ceux qui atteignent cette altitude est-il fort restreint. On les trouve dans la région de Hombori (boucle du Niger) et peut-être dans le cercle de Satadougou, près des sources de la Falémé, au point d’aboutissement vers le Nord du massif dit du Fouta- Diallon.
Ce dernier massif s’étend en réalité depuis les sources du Bandama et du Bâgbê (Côte d’Ivoire) jusqu’à celles de la Gambie (Guinée), suivant une direction générale Sud-Est Nord-Ouest ; il donne naissance d’une part à tous les petits fleuves côtiers qui se jettent à la mer entre Grand- Lahou et Bathurst (Bandama, Sassandra, Cavally, Nuon ou Cestos, Saint- Jean, Saint-Paul, Makona, Sherbro, Roquelle, Grande et Petite Scarcies, Konkouré, Rio-Grande, Gambie) et, d’autre part, aux branches principales du Niger et du Sénégal (Bâgbê, Baoulé, Sankarani, Milo, Tembiko, Tinkisso pour le Bâni et le Niger, Bafing et Falémé pour le Sénégal). Les plus hauts sommets de ce massif sont situés dans la région où se touchent la Guinée, le Libéria et la Côte d’Ivoire (Nimba ou Nuonfa 1.644 m., Momy 1.400 m., Dou 1.339 m., Soulou 1.121 m., Gouékouma 1.026 m., d’après les observations barométriques de M. Aug. Chevalier en 1909). Le massif semble s’abaisser en se dirigeant vers le Nord-Ouest et ce sont ses derniers contreforts dans cette direction qui, seuls, touchent à la colonie du Haut-Sénégal-Niger dans les cercles de Satadougou, de Kita et de Bamako.
Là ils se soudent, pour ainsi dire, à un autre système, beaucoup moins important comme altitude et comme étendue, qui sépare la haute vallée du Niger du bassin du Sénégal. Ce système est constitué par une sorte de crête irrégulière tombant par pentes abruptes et étagées du côté du Niger, à très peu de distance du fleuve, parfois même bordant le fleuve lui-même, comme à Koulikoro, d’une haute falaise rocheuse, et se prolongeant, sur le versant d’où sortent le Bakhoy, le Baoulé et leurs affluents, en une série de collines tantôt isolées et tantôt groupées ou ramifiées qui s’étendent vers l’Ouest de façon à déterminer les vallées très resserrées de ces branches du Sénégal et ensuite du Sénégal lui- même jusqu’à Kayes.
Ce système prend fin vers le Nord à partir de l’endroit où le Niger s’élargit et s’étale avant de pénétrer dans la région lacustre, c’est-à- dire à hauteur de Ségou environ. On ne rencontre plus ensuite qu’une succession de mamelons très peu élevés et de plateaux bas, d’où émergent parfois quelques collines isolées qui, en raison même de leur isolement, ont au premier abord des aspects de montagne que leur altitude est loin de justifier.
Sur la rive droite du Niger, entre ce fleuve et le Bâni, apparaît un troisième système qui se soude vers le Sud, du côté d’Odienné (Côte d’Ivoire), avec les dernières ramifications orientales du massif dit du Fouta-Diallon et qui suit la direction du Niger, venant clore son étroite vallée du côté de l’Est à peu près comme le système précédemment décrit la clot du côté de l’Ouest, quoique avec un relief moins considérable. Comme il arrive aussi pour la chaîne de la rive gauche, celle de la rive droite est moins abrupte sur le versant qui ne regarde pas le fleuve et se prolonge de ce côté par des ramifications qui déterminent les vallées des hautes branches du Bâni (Baoulé et Bâgbê), pour mourir peu à peu en arrivant près de la région des canaux et des inondations.
Le quatrième système, plus original peut-être, commence au delà du Bâni et enserre tout le bassin supérieur de la Volta, qu’il sépare du bassin du Niger : c’est ce système que l’on a appelé tantôt le plateau central nigérien et tantôt le plateau de la Volta. Nous avons vu que le cours de la branche principale de la Volta est sensiblement parallèle au cours du Niger et forme une boucle inscrite à l’intérieur de la boucle de ce dernier fleuve : il résulte de ce phénomène que le système orographique qui nous occupe en ce moment se présente, d’une façon générale, sous la forme d’un arc de cercle parallèle lui aussi à la vallée du Niger, avec cette restriction qu’il épouse plus volontiers les contours du bassin de la Volta que ceux du Niger. Ce système a encore ceci d’analogue avec les précédents que son versant le plus abrupt et le plus accentué est en général celui qui regarde le Niger.
Il commence à la Côte d’Ivoire par les massifs de collines séparant la haute Comoé du Bandama vers l’Ouest (monts du Niarhafolo) et de la Volta vers l’Est (monts de Kinnta) : ces deux branches initiales se soudent au Sud-Ouest de Bobo-Dioulasso, entre Sikasso et Gaoua, pour former le massif d’où sortent la Comoé, le Bougouriba, la Volta Noire et quelques affluents du Bâni ; ce massif s’allonge ensuite pour suivre la rive gauche de la haute Volta Noire, puis se redresse entre Koury et Bandiagara pour former des sortes de falaises qui, par Douentza et Hombori, ferment, depuis le Bâni jusqu’à ce dernier point, la vallée du Niger[26], présentant vers Hombori leurs altitudes culminantes et se dirigeant ensuite, par des courbes irrégulières, vers le Sud-Sud-Est jusqu’à la route de Djibo à Dori. Cette sorte de demi-cercle de falaises, qui d’ailleurs offre un certain nombre de solutions de continuité, pousse vers le Sud des ramifications à pentes plus douces qui s’insinuent entre les différentes branches supérieures de la Volta et finissent par ne plus constituer que des mamelons bas ou des pitons isolés. Entre Dori et le Dahomey, la falaise regardant le Niger s’atténue d’abord et se ramifie, pour contourner les quelques affluents du bas Niger qui traversent le cercle de Fada-n-Gourma, puis se reforme pour constituer le long massif de l’Atakora, qui court presque en ligne droite le long de la limite Sud-Est de ce cercle, isolant le bassin du Pendjari (ou haut Oti) du bassin du Niger et allant se souder vers le Sud au massif d’où sortira l’Ouémé.
Ces quatre grands systèmes montagneux n’ont pas tous la même structure géologique et chacun d’eux se présente sous des aspects qui varient plus ou moins d’une région à une autre : en général le granit domine dans le Sud, avec des traces variables de quartz, tandis que le grès devient plus abondant dans le centre et que le calcaire ne se montre que dans le nord, à partir de la latitude de Koury. La latérite ferrugineuse domine à peu près partout sur les plateaux et les mamelons ou crêtes de faible hauteur. Aussi bien la géologie du Haut-Sénégal-Niger n’a été étudiée d’une façon scientifique et rationnelle que tout récemment, au Nord par M. Chudeau, au Sud par M. Henry Hubert, aux travaux desquels je crois préférable de renvoyer directement le lecteur.
[Note 25 : Voir la carte 1 à la fin du présent chapitre.]
[Note 26 : Cette ligne de falaises porte en songaï le même nom (_Hari- bongo_ « tête de l’eau ») que la pointe occidentale du lac Faguibine.]