VII).
[347] V. la profession de foi de l'auteur (1re série, lettre XVII): «J'affirme l'infaillibilité de la raison et la puissance de la science... Je proclame la religion indéfiniment progressive, comme la science... Chacun de nous porte son temple en soi; chacun est son propre prêtre».
Deux années après la naissance de l'_Opinion nationale_, Auguste Nefftzer fonda le _Temps_, et lui donna comme programme la défense de la liberté sous toutes ses formes. La liberté religieuse y figurait en bonne place; Nefftzer déclara toujours qu'un des moyens les plus sûrs de la garantir était la séparation de l'Église et de l'État, mais son opportunisme prudent lui faisait comprendre qu'on était loin d'une pareille solution. Un de ses principaux collaborateurs fut Edmond Scherer; l'ancien théologien de Strasbourg appela auprès de lui l'ancien pasteur de Genève. Scherer se révéla bientôt comme un critique littéraire de premier ordre; il ne cessa de revendiquer les droits de la raison vis-à-vis de l'autorité religieuse, non sans se demander parfois avec inquiétude ce que deviendrait la morale quand elle aurait perdu le support théologique, dont il reconnaissait la faiblesse. Le _Temps_ fut suivi par _l'Avenir national_, fondé en 1864; Peyrat soutint dans ce journal une politique plus radicale, plus franchement novatrice que celle de ses émules. Ainsi, à propos de la séparation, il ne se contentait pas d'une adhésion de principe; cette réforme lui paraissait devoir être demandée, justifiée par tous les organes de l'opinion indépendante. Il trouvait encore le temps de traiter en dehors de son journal certaines questions religieuses; son _Histoire élémentaire et critique de Jésus_ n'a rien du charme de Renan; c'est un livre sec, précis, destiné à montrer combien nous savons peu de choses exactes et sûres concernant la personne du fondateur du christianisme. Les trois nouveaux journaux ne parvinrent pas à détrôner le _Siècle_, qui demeura jusqu'à la mort de Havin le grand organe de gauche; mais ils apportaient dans l'exposé des questions religieuses un esprit moins étroit, une critique moins superficielle. Nullement ennemis du sentiment religieux, presque tous ces anciens théologiens adoptent l'idéal du christianisme progressif, qui était alors soutenu avec talent par le protestantisme libéral.