‹ Histoire de l'idée laïque en France au XIXe siècleChapitre 3 sur 28 · II

II

Si l'opposition dans la Chambre des députés semblait réduite à l'impuissance, un grand mouvement commençait dans le pays; à défaut de la tribune, la presse dénonça le danger d'une réaction religieuse. Cette campagne avait commencé assez tard après 1815; dans les premiers jours de la Restauration, la bourgeoisie redoutait seulement le triomphe de la noblesse. Mais l'union du trône et de l'autel conduisit bientôt à la lutte contre le clergé. On peut suivre cette évolution chez l'écrivain raffiné qui prétendit faire entendre la voix des paysans. Incroyant, mais ami de plusieurs prêtres, satisfait de la chute de l'Empire, Paul-Louis Courier jusqu'en 1820 réserva ses coups aux fonctionnaires à poigne, aux nobles, surtout aux courtisans; tout au plus dirigeait-il en passant une attaque rapide contre les couvents. Même la _Pétition pour les villageois qu'on empêche de danser_ distingue encore parmi les prêtres, en opposant l'indulgente bonhomie des vieux curés au zèle fanatique et hautain des jeunes. Mais ensuite Courier se jette à corps perdu dans la guerre anticléricale: l'affaire de Mingrat, le curé assassin condamné à mort en 1822, lui permet de combattre violemment le célibat ecclésiastique[23]. Bien plus populaire que Paul-Louis, Béranger a développé un des thèmes traditionnels de la littérature française, la satire contre les moines; sa colère se déchaîne contre les cagots, les trappistes, les missionnaires, surtout les jésuites. Mais le chansonnier national parle avec sympathie des «bons curés» bénisseurs, joyeux et peu gênants, dignes serviteurs du «Dieu des bonnes gens»; et il est sincèrement déiste.

Il est un Dieu, devant lui je m'incline, Pauvre et content, sans lui demander rien.

[23] V. Gaschet, _Paul-Louis Courier et la Restauration_, 1913.

La presse périodique, elle aussi, aborde bientôt les questions religieuses. Le _Mercure_ et la _Minerve_, très lus vers 1819, étaient rédigés par des voltairiens, Jouy, Tissot, Jay, auxquels Etienne se joignait souvent; Aignan, moins antichrétien, combattait l'Eglise romaine et témoignait quelque sympathie pour le protestantisme. L'héritage de ces recueils passa aux journaux quotidiens, le _Constitutionnel_ et le _Courrier français_; le premier fit sa spécialité de la guerre anticléricale: renseigné par de nombreux correspondants bénévoles, partout il arrivait à connaître les actes d'intolérance, les excès de zèle, les abus de pouvoir des prêtres, et ces détails étaient lus avec passion par la nombreuse clientèle bourgeoise qui le prenait pour guide. C'étaient les missionnaires qui, pendant les premières années de Louis XVIII, avaient soulevé les attaques et les plaintes. Plus tard ils cédèrent le pas aux jésuites. Ceux-ci dès 1825 devinrent le point de mire de toute la presse de gauche; leurs collèges, Saint-Acheul, Montrouge, apparurent comme les asiles mystérieux d'une société secrète qui joignait le pouvoir de tout faire à l'audace la plus dénuée de scrupules. Le gouvernement voulut frapper les deux journaux libéraux, mais la Cour royale de Paris sentit se réveiller chez elle l'esprit des vieux Parlements, et renvoya les prévenus acquittés par deux arrêts solennels déclarant que les lois anciennes contre la Compagnie de Jésus demeuraient toujours en vigueur[24]. Ce fut une grande victoire pour la presse libérale. Cependant la question cléricale ne passionna toute la France qu'après l'entrée en scène de Montlosier.

[24] 3 et 5 décembre 1825.

C'est en 1826 que le vieil émigré, admirateur du régime féodal, publia le «Mémoire à consulter sur un système religieux et politique tendant à renverser la religion, la société et le trône». Je vais, dit-il, révéler une vaste conspiration; les arrêts de la Cour royale ont indiqué le mal sans le punir. La souveraineté des prêtres s'établit; c'est un devoir de le montrer, quelque tristesse qu'éprouve un catholique à se charger de cette œuvre.

Montlosier, dans la première partie de son livre, expose les «faits». C'est un fait que l'existence de la Congrégation: de plus en plus répandue, elle domine les ministres, compte 105 députés parmi ses membres, enrégimente les ouvriers par l'association de Saint-Joseph, s'infiltre dans tout le peuple en gagnant les marchands de vin. Elle est aidée par le parti jésuitique, le parti ultramontain, et par un autre encore: «c'est ce qu'on peut appeler le parti _prêtre_. Il est composé de ceux qui, à tout risque et à tout péril, veulent donner la société au sacerdoce. Pour ceux-là, la puissance du pape n'est pas en première ligne: ils ne la considèrent que comme subsidiaire. Ils sont prêts à abandonner quand on voudra la doctrine de la suprématie de Rome sur les rois, pourvu que les rois reconnaissent la leur».

A côté de la Congrégation, les jésuites. Ils progressent chaque jour, usant de tous les moyens, prenant tous les masques, ultramontains à Rome, gallicans en France, idolâtres en Chine, semant partout l'intrigue et le trouble. Enfin l'ultramontanisme, encouragé par le Concordat, fait des conquêtes continuelles dans le clergé. Mais c'est un tort de croire le parti prêtre uniquement composé d'ultramontains ou de jésuites; les prêtres gallicans ne sont pas moins exigeants. Frayssinous expose les prétentions de ce parti avec prudence, tandis que La Mennais dédaigne ces ménagements. On réclame pour l'Eglise le droit de statuer, non seulement sur la foi et les mœurs, mais sur la discipline; on veut que le clergé fasse les lois.

Dans une seconde partie, Montlosier décrit les «dangers résultant de ces faits». Ces dangers sont d'autant plus grands qu'il n'existe plus de fortes institutions, comme les anciens Parlements, pour contenir les corps religieux. La Congrégation qui, d'après un recensement récent, compte 48.000 membres, effraye tout le monde par sa puissance[25]. Les jésuites n'ont rendu aucun service à la religion; ces hommes qu'on célèbre comme les ennemis des philosophes ont élevé dans leurs collèges Raynal, d'Alembert, Helvétius, Voltaire. Beaucoup d'entre eux ont été condamnés comme rebelles ou régicides. L'histoire nous montre cet ordre chassé trente-sept fois de divers pays par les rois. L'ultramontanisme est également en faveur: un Boulogne, un Clermont-Tonnerre sont comblés d'honneurs; on parle de rétablir la Sorbonne, mais une Sorbonne ultramontaine. Le prêtre devient chaque jour plus envahissant, et la haine contre lui augmente, grâce à la maladresse de nos hommes d'État[26]. L'ancien régime avait le pouvoir absolu pour tenir tête aux envahissements du clergé; on ne craignait point d'exiler l'archevêque de Paris. Aujourd'hui les prêtres, quoique le régime de liberté leur soit odieux, savent très bien s'en servir: «ils vous opposent, selon leur choix, partiellement ou tout à la fois, le pouvoir de Dieu et celui de la Charte, l'autorité du pape et celle du régime constitutionnel.»

[25] «Je sais que la France entière est imbue de l'opinion qu'elle est gouvernée aujourd'hui, non par son roi et par ses hommes d'Etat, mais comme l'Angleterre des Stuarts, par des jésuites et par des congrégations.»

[26] Voici leur système, dit Montlosier: «Employer la religion comme moyen politique, et la politique comme moyen religieux; faire obéir au roi par l'ordre de Dieu, faire obéir à Dieu par l'ordre du roi... Je ne crois pas qu'il y ait pour tous les hommes, et surtout pour le peuple français, rien de plus révoltant.» (p. 156.)

Dans la troisième partie de son livre, Montlosier discute le «plan de défense du système». On exalte la vie dévote; mais elle est distincte de la vie chrétienne et convient seulement à une minorité. Les missionnaires, en prêchant la vie dévote, ont souvent nui à la vie chrétienne[27]. Les collèges soumis à l'autorité laïque sont moins corrompus que les petits séminaires. La religion de Jésus-Christ est une religion d'amour; ne la compliquons point par un fatras de règles et d'institutions inutiles. Le prêtre est grand par le célibat, par la prière, par l'humilité; qu'il ne dénature pas son caractère par la violence et l'orgueil. Les prêtres, comme les femmes, doivent être exclus des affaires publiques. «Les femmes sont des fleurs; les mettre dans les affaires, c'est les faner. Les prêtres sont des vases saints; les employer aux usages du monde, c'est les profaner.»

[27] «La morale des rites s'évaporant avec la véritable morale qu'on a eu l'imprudence de lui associer, rien ne reste.» (p. 191.)

Les mœurs d'un pays dépendent moins de sa religion que de l'esprit général de la nation. La France, en abandonnant ses anciennes institutions, a conservé les nobles sentiments d'autrefois[28]. Ne voulant pas d'un chef asservi, elle voit avec regret Charles X circonvenu par le clergé; comment ne pas déplorer «cette immersion du prêtre dans les choses du monde»? Il faut agir contre ces trames en se servant des anciennes lois qui ne sont point périmées. Voilà pourquoi l'auteur dénonce la violation de ces lois à toutes les cours royales de France.

[28] «O bienfait de la Providence! En perdant ses lois, elle a conservé le sentiment de la justice; en perdant ses institutions honorables, elle a conservé les sentiments d'honneur; en perdant ses institutions religieuses, elle a conservé le sentiment religieux. Au retour de l'émigration, ce spectacle singulier d'un peuple qui a perdu tout son corps, mais qui a conservé son âme, m'a frappé.» (p. 249.)

Ce livre eut un retentissement considérable, car il exprimait les craintes et les passions de toute une partie de la France; écrit par un royaliste sincère, par un catholique notoire, il rassurait ces modérés qui répugnent toujours à l'alliance avec les partis révolutionnaires[29]. Montlosier revint bientôt à la charge: «Dieu, disait-il en plaisantant, est patient parce qu'il est éternel, mais moi, je ne le suis pas»[30]. Inutile d'analyser tous ses ouvrages: ils ne font que répéter et confirmer le premier, mais avec plus de violence. Villèle surtout devient l'objet de ses invectives: qu'arriverait-il si le ministre, accusé par la Chambre des députés, comparaissait devant une Chambre des pairs dont lui, Montlosier, serait membre? «Je ne pourrais faire autrement que de vous condamner à mort[31]».

[29] Le succès du livre fit oublier d'autres ouvrages similaires qui avaient d'abord attiré l'attention. Celui de Kératry, par exemple, _Du culte en général_ (1825), avait plu au public par un mélange de convictions religieuses et d'attaques très vives contre le pouvoir politique du clergé.

[30] Dupin, _Mémoires_, III, p. 61. Sur les manies et les bizarreries de Montlosier nous avons une amusante lettre de Victor Jacquemont (v. Beauverie dans _Revue d'Auvergne_, 1922).

[31] _Les Jésuites, les Congrégations et le parti prêtre en 1827_, 1827, p. 185. L'ouvrage contient plus de détails que le premier sur l'envahissement des administrations publiques, et surtout de l'Université, par le clergé.

Les révélations de Montlosier ne rencontrèrent nulle part un accueil plus chaleureux qu'au barreau. Le vieil admirateur des légistes plut aux avocats; leurs consultations vinrent confirmer son avis sur l'autorité des anciennes lois rendues contre les jésuites. Beaucoup d'entre eux, tels que Dupin, Mérilhou, Barthe, Berville, s'étaient fait connaître en défendant les prévenus ou les journaux libéraux contre les poursuites intentées par le ministère public. L'un des plus ardents, Odilon Barrot, prenant à son compte une formule indignée de Lamennais, avait écrit au _Constitutionnel_ que la loi doit être athée. Le mot fit scandale et faillit attirer une censure à l'imprudent avocat[32].

[32] Barrot, _Mémoires_, I, p. 59. Le mot fut critiqué plus tard à la tribune par Guizot (30 mars 1831) et Lamartine (26 avril 1834); mais sur le fond ils sont d'accord avec Odilon Barrot.

La campagne des écrivains contre la Congrégation et les jésuites eut son écho dans le monde parlementaire. Le ministre des affaires ecclésiastiques, Frayssinous, confessa devant les Chambres l'existence de ces associations, jusque là contestée par les défenseurs du gouvernement. Cette franchise imprudente fut aussitôt mise à profit par ses adversaires. «La voilà donc reconnue officiellement, s'écria Casimir Perier, cette congrégation mystérieuse, dont l'existence a été souvent si formellement niée à cette tribune et par les feuilles ministérielles»[33]. Ce fut la Chambre des pairs surtout qui prit parti contre les jésuites. Elle renfermait un petit groupe irréductible de gallicans teintés de jansénisme: le principal était Lanjuinais, l'ancien conventionnel, dont la rudesse bretonne étonnait ses collègues[34]. Dès 1816 il avait protesté contre la loi supprimant les pensions des prêtres mariés: ne faudrait-il pas bientôt, pour toucher ses rentes, présenter un billet de confession avec un certificat de catholicité[35]? En 1823 il signalait, dans la seule ville de Paris, seize ou dix-sept couvents «des deux cordicolismes», «des jésuites et des jésuitesses pseudonymes», «des trappistes et des trappistesses en nom», et «une école pour préparer de loin nos enfants à la vie trappistique»[36]. A ces opposants vinrent se joindre tous ceux qui redoutaient une domination cléricale, fussent-ils catholiques ardents comme Lainé.

[33] 26 mai 1826.

[34] _Souvenirs_ de Pontécoulant, 1865, t. IV, p. 49.

[35] 12 mars 1816.

[36] 2 avril 1823.

La Chambre des pairs manifesta ses sentiments en 1827, à propos de la pétition présentée par l'infatigable Montlosier. Le rapporteur, Portalis, avec son érudition de juriste scrupuleux, démontra que les lois faites contre les jésuites depuis 1764 jusqu'à 1804 conservaient toute leur valeur. En vain le cardinal de La Fare, Fitz-James, Bonald prirent la défense de la Compagnie de Jésus et glorifièrent les services qu'elle avait rendus à l'Eglise. Le duc de Choiseul invoqua les traditions de ses ancêtres, hostiles aux jésuites; Lainé réclama l'application intégrale des lois à ce groupe de privilégiés; Barante affirma que l'ordre, depuis sa résurrection, n'avait produit ni un bon livre, ni un prédicateur de mérite; Pasquier déclara qu'il fallait dissoudre cette agrégation de sociétés secrètes, à moins que la Compagnie ne demandât franchement à être autorisée par la loi, ce qui mériterait d'être examiné au grand jour. 113 voix contre 73 renvoyèrent au gouvernement la pétition de Montlosier[37].

[37] 18 et 19 janvier 1827.

Un véritable déluge de brochures inonda la France; tous ceux qui savaient lire ou devant qui on lisait ces petits écrits apprirent à connaître les jésuites. Le clergé avait contribué à la propagande par ses attaques incessantes contre les débordements de la presse[38]. Dès 1825 le _Mémorial catholique_, organe des disciples de Lamennais, publiait une curieuse statistique: de 1814 à la fin de 1824, on avait mis en vente 1.598.000 exemplaires des œuvres de Voltaire, 480.500 de celles de Rousseau, 81.000 d'ouvrages isolés de l'un des deux, 207.900 des autres écrivains du XVIIIe siècle, 128.000 des romans de Pigault-Lebrun, 179.000 de livres pour la jeunesse faits sous la Restauration, 67.000 de résumés historiques également postérieurs à 1814. Les années suivantes voient grandir encore cette littérature anticléricale. En 1826 on enregistra la publication à Paris de 5.323 brochures de cinq feuilles ou au-dessous, parmi lesquelles les écrits contre le clergé ou les moines tenaient une grande place[39]. Toute la France libérale répétait la chanson de Béranger:

Hommes noirs, d'où sortez-vous? Nous sortons de dessous terre. Moitié renards, moitié loups, Notre règle est un mystère.

[38] V., par exemple, les mandements de l'archevêque d'Aix et de l'évêque de Marseille. (_Documents sur l'histoire religieuse de la France pendant la Restauration_, 1913, pp. 22 et 30.)

[39] Ce chiffre fut indiqué à la Chambre des députés par Villèle (26 février 1827). Salaberry donne une liste de brochures irréligieuses très répandues: il y en a plus de quatre-vingts, dont vingt-cinq sur les jésuites. (_Souvenirs politiques_, II, p. 132). Cf. Burnichon, _La Compagnie de Jésus en France_, I, p. 314 sqq.

La loi sur la presse, la loi «de justice et d'amour», présentée par le ministère pour mettre fin à cette propagande, aboutit à un échec retentissant et ne fit que surexciter les colères contre le pouvoir du clergé, surtout contre les jésuites. On les craignait tellement qu'un homme tel que Benjamin Constant vint dire à la tribune pourquoi il les attaquait à son tour: «je profite du dernier moment peut-être pour marquer ma place parmi les hommes qui ont signalé le danger, et pour partager avec eux des périls et des haines honorables»[40]. Un député catholique appartenant à l'opposition de droite parlait de la même façon[41]. Villèle, qui se sentait affaibli par de pareilles attaques, affirma que le gouvernement n'était point dominé par le parti ecclésiastique;[42] mais depuis la loi du sacrilège on ne croyait plus à ces déclarations.

[40] 8 mai 1827.

[41] Discours de Gautier, 9 mai 1827.

[42] 9 mai 1827. Villèle avait été fâcheusement surpris par les aveux imprudents de Frayssinous en mai 1826. (Geoffroy de Grandmaison, _La Congrégation_, p. 317.) Il constatait le mécontentement causé dans le peuple de Paris par le spectacle du roi suivant à pied une procession. (_Mémoires_, V, p. 205.) Cussy raconte la démarche qu'un magistrat légitimiste, Bellart, fit auprès de Charles X pour le mettre en garde contre la Congrégation. (_Souvenirs_, II, p. 61.)

Cette explosion d'anticléricalisme prépara l'éclatante victoire des opposants dans la bataille électorale de 1827. Le ministère Martignac dut accorder une satisfaction à la nouvelle Chambre par les ordonnances de 1828. On se plaignait depuis longtemps que le clergé usât des petits séminaires, affranchis de l'Université, pour mettre la main sur l'enseignement secondaire. Le général Foy, entre autres, avait dès 1822 exposé le problème avec une grande netteté. La loi, disait-il, confie à l'Université l'éducation de la jeunesse; les petits séminaires tournent la loi, puisque, sur vingt élèves qui en sortent, il n'y en a pas un qui entre dans le clergé. «Ils auront reçu dans ces établissements qui ne sont pas nationaux une instruction qui ne sera pas nationale; et c'est ainsi que ces établissements auront pour effet de diviser la France en deux jeunesses». Il faut choisir entre le système du monopole et celui de la liberté complète[43].--L'antipathie contre le privilège des petits séminaires avait augmenté depuis qu'on savait sept d'entre eux dirigés par les jésuites. Les ordonnances de 1828 limitèrent à 20.000 le nombre total des élèves de ces établissements et défendirent aux membres des congrégations non autorisées d'enseigner en France. L'avènement du ministère Polignac apparut comme la revanche des jésuites; l'ardeur avec laquelle l'épiscopat se jeta dans la lutte électorale de 1830 contribua beaucoup à la victoire des 221, et par conséquent à la crise où Charles X perdit sa couronne.

[43] Foy ne repoussait pas _à priori_ le second régime: «C'est un système comme un autre, disait-il; on peut s'en trouver bien; il existe dans d'autres pays; il est peut-être plus approprié à l'esprit du siècle. (27 mars 1822.)