7 LECTURE
Bienfaits du christianisme. — C’est sous la domination des Francs que le christianisme s’établit définitivement en Suisse. Le chef suprême de l’Église était le pape de Rome. Au-dessous de lui étaient placés les évêques. À leur tour, les évêques dirigeaient les prêtres et les moines. Dans la Suisse occidentale, il y avait trois évêques, ceux de Genève, de Lausanne et de Sion ; dans le reste du pays, ceux de Bâle, de Constance et de Coire. Parmi les évêques de cette époque lointaine, on cite Marius ou Saint-Maire, évêque de Lausanne. Il a écrit l’histoire de son temps. Pour se reposer de ses travaux, il cultivait les champs de ses mains et sculptait des vases de bois pour le culte.
L’Helvétie avait été dévastée par les invasions des peuples germaniques. Une fois fixés, les envahisseurs avaient recommencé à cultiver le sol. Mais ce travail était long. Une grande partie du pays restait couverte de forêts et de marécages. Bien des vallées aujourd’hui très peuplées étaient alors sauvages et complètement inhabitées.
Ces lieux déserts étaient justement ceux où les ermites et les moines aimaient à s’établir. Cherchant la solitude, ils se retiraient loin des hommes, au milieu des bois et des broussailles. Ils y bâtissaient quelques cabanes et une petite chapelle. Ils abattaient les arbres et se mettaient à cultiver la terre. Un monastère était fondé. Les moines construisaient un moulin, des greniers, une boulangerie ; ils fabriquaient des vêtements et des meubles.
Fig. 31. — Couvent et bourg de Disentis.
(Le couvent est situé à gauche, dominant le bourg. Il fut fondé dans la sauvage vallée du Rhin antérieur par un disciple de Colomban.)
Ils avaient leurs fermiers et leurs serviteurs. Autour de leur couvent, le pays se peuplait, et les moines apprenaient aux habitants l’agriculture et les métiers.
Le Jura a été en partie défriché ainsi par les moines. Beaucoup de localités de la Suisse doivent leur naissance à d’anciens couvents ; par exemple : Saint-Gall, Disentis, Lucerne, Einsiedeln, Romainmôtier, Saint-Ursanne, Saint-Imier, Moutier, etc. L’abbaye de Saint-Maurice est de fondation très ancienne. Un roi burgonde, Sigismond, lui accorda de grands avantages. Il y créa un chœur de 500 moines ; en se relayant tour à tour, ces religieux exécutaient un chant qui ne devait jamais s’arrêter.
Les mœurs du temps étaient rudes et les lois cruelles. Les Romains avaient des esclaves en grand nombre. Les Germains n’abolirent pas l’esclavage. Mais l’Église chercha à adoucir les lois et à améliorer le sort des esclaves. Le maître n’eut plus le droit de vie et de mort sur son esclave, ni le droit de l’enlever de son village et de le vendre au loin. Avec le temps, l’ancien esclavage disparut.
Sans doute, les paysans étaient encore bien malheureux. On les appelait des serfs. Ils devaient cultiver la terre de leurs maîtres et vivaient misérablement. Chez les Burgondes, le serf qui s’enfuyait de chez son maître était puni de trois cents coups de fouet. Pourtant le servage était moins dur que l’esclavage. Les serfs des couvents étaient mieux traités que les autres.
La population vivait dans une grande ignorance. Les seules écoles étaient celles des monastères. On y apprenait la grammaire, l’arithmétique, la musique ; on y lisait les livres des anciens auteurs grecs et latins. Ainsi les couvents étaient le refuge de ceux qui voulaient s’instruire. Les religieux ont rendu de grands services en empêchant notre peuple de tomber dans une complète barbarie.