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Les ancêtres des Suisses. — Les grandes invasions germaniques dans l’empire romain eurent lieu principalement à la fin du IV siècle et au V siècle. Ce fut une période très troublée. L’occupation de plusieurs territoires de l’empire par les Germains ne fut pas partout accompagnée de guerres sanglantes. Mais l’Helvétie est une des contrées qui eurent le plus à souffrir. Les Alamans étaient un peuple violent et destructeur. Avant de s’établir, ils ravagèrent plusieurs fois la plus grande partie du pays. Les légions romaines le défendirent le plus longtemps possible. Elles construisirent le long du Rhin des forteresses, dont l’une donna naissance à la ville de Bâle. À la fin, elles durent se retirer en Italie et abandonner l’Helvétie à son sort.
Par suite des invasions des Alamans, une forte partie de la population disparut. Un grand nombre d’habitants périrent dans les combats ou moururent de misère ; d’autres s’enfuirent. Les Alamans et les Burgondes occupèrent les territoires abandonnés. C’est donc d’eux que la nouvelle population fut principalement formée. Les Suisses allemands et les Suisses romands descendent beaucoup plus de ces envahisseurs que des anciens Helvètes ou des populations lacustres. Les Alamans et les Burgondes sont les véritables ancêtres du peuple suisse actuel.
Les Alamans s’emparèrent des terres et réduisirent les anciens habitants à la servitude. Ils introduisirent leur langue, c’est-à-dire l’allemand ; ils donnèrent des noms allemands aux montagnes, aux rivières et aux localités. Dans la région où ils s’établirent, le latin, la langue des Romains, disparut. C’est pour cela qu’aujourd’hui on parle allemand dans la Suisse du nord et du nord-est et dans la Suisse centrale. Les Alamans détestaient les villes ; ils préféraient vivre dans les grandes fermes isolées et dans les villages. Leurs maisons étaient en bois et couvertes de chaume. Ils aimaient la guerre, la chasse et l’élevage des troupeaux. Les métaux précieux étaient rares. Le bétail servait de monnaie. Pour cinq francs de notre monnaie, on pouvait alors avoir une belle vache ; pour dix francs, un bœuf. À la tête du peuple était placé un duc, qui commandait l’armée. Mais, pour les choses importantes, les hommes capables de porter les armes se réunissaient en assemblées populaires et prenaient les décisions.
Les Burgondes occupèrent la Suisse occidentale. Ils étaient grands et forts ; les hommes hauts de deux mètres n’étaient pas rares chez eux. Ce sont eux qui ont introduit la race de bétail, appelée race tachetée ou race du Simmenthal, qui est très répandue dans nos contrées. Leur royaume s’étendait très loin vers l’ouest et le sud, jusqu’à la Loire et à la France méridionale. Genève fut l’une des capitales de cet État. Les Burgondes étaient plus civilisés que les Alamans. Ils laissèrent un tiers des terres aux anciens habitants. Peu à peu ils se fondirent avec eux et adoptèrent leurs mœurs et leur langue. Mais le latin se transforma. Avec le temps, il donna naissance à la langue française. C’est ainsi que le français devint la langue de la Suisse occidentale. Le roi Gondebaud fit beaucoup pour établir de bons rapports entre les Burgondes et les anciens habitants. La loi qu’il donna à son peuple a gardé son nom ; on l’appelle la loi gombette. Elle était très douce pour l’époque.
Grâce à leurs hautes montagnes, les Rhètes des Grisons furent à l’abri des invasions. Ils ne se mélangèrent pas avec les Germains et gardèrent leur langue. Cette langue, qui vient du latin, s’appelle le romanche. Elle est encore parlée dans une partie des Grisons.
La vallée du Tessin resta en dehors des territoires occupés par les Alamans et les Burgondes. Elle subit le sort de l’Italie et l’italien devint la langue de ses habitants.