‹ Histoire de la SuisseChapitre 12 sur 26 · CHAPITRE IV LA SUISSE DU IX AU XIII SIÈCLE

CHAPITRE IV LA SUISSE DU IX AU XIII SIÈCLE

1. Division de l’empire de Charlemagne. — L’empire de Charlemagne ne dura pas. Ses successeurs furent trop faibles pour gouverner un aussi vaste État. L’empire était formé de trois peuples principaux, que nous appelons aujourd’hui les Allemands, les Français et les Italiens. Ces trois peuples se séparèrent. Mais les frontières des États changèrent souvent. L’autorité des rois était très faible. Chaque seigneur voulait être le maître sur son territoire. Par suite, les guerres étaient fréquentes. Les troupes armées dévastaient les campagnes et les paysans souffraient souvent de la famine. La mort de Charlemagne fut suivie, pour le peuple, d’une longue période de misère.

Dans la Suisse actuelle, les seigneurs puissants cherchaient à se rendre indépendants. Les montagnes du pays leur permettaient plus facilement qu’ailleurs de résister aux souverains des grands États. C’est ainsi qu’un nouveau royaume de Bourgogne fut fondé dans la Suisse occidentale. Le nord-est de la Suisse et la Rhétie firent partie du duché d’Alamanie, qui comprenait aussi une partie de l’Allemagne du sud. (Voir la carte en couleur n 2.)

2. Le second royaume de Bourgogne. — Un seigneur puissant dominait dans la Suisse occidentale ; c’était le comte Rodolphe. En 888, il se fit couronner roi de Bourgogne, sous le nom de Rodolphe I, dans l’abbaye de Saint-Maurice, en Valais. Ce royaume est appelé royaume de Bourgogne transjurane ou second royaume de Bourgogne.

Fig. 33. — Monnaie de la Bourgogne transjurane.

Sous Rodolphe II, successeur de Rodolphe I, le royaume atteignit sa plus grande puissance. Il s’étendait jusqu’à Bâle et à l’Argovie, jusqu’à la Saône et à la France méridionale. Rodolphe II épousa Berthe, fille du duc d’Alamanie. À sa mort, son fils Conrad était trop jeune pour régner. La reine Berthe prit le pouvoir. Elle fut généreuse et bienfaisante. La tradition la représente voyageant à travers son royaume, de Lausanne à Payerne et à Neuchâtel, filant sa quenouille tout en chevauchant, rendant la justice et faisant du bien. Le souvenir de la bonne reine Berthe s’est conservé dans le pays.

Conrad, devenu roi, eut à combattre les bandes armées des Hongrois et des Arabes ou Sarrasins. C’étaient de nouveaux barbares pillards dont la Suisse souffrit horriblement. Rodolphe III, successeur de Conrad, fit don de ses États à l’empereur d’Allemagne. Après la mort de Rodolphe III, qui eut lieu en 1032, l’empereur Conrad II, surnommé le Salique, vint prendre possession du royaume. Il

Fig. 34. — La reine Berthe apprenant aux jeunes filles à filer.
(D’après un tableau de A. Anker.)

fut couronné roi de Bourgogne à Payerne et fit, quelque temps après, son entrée solennelle à Genève. La Bourgogne fut réunie à l’empire d’Allemagne.

3. Les Zæhringen. — Le royaume de Bourgogne ayant perdu son indépendance, toute la Suisse fit partie de l’empire. Durant le XII siècle, ce furent les ducs de Zæhringen qui gouvernèrent la plus grande partie du pays, au nom de l’empereur d’Allemagne. Leurs États s’étendaient du Léman au lac de Constance. Les nobles de la Suisse occidentale acceptèrent difficilement leur autorité ; ils se soulevèrent, mais ils furent battus.

Les ducs de Zæhringen cherchèrent à diminuer la puissance des nobles. Ils entourèrent plusieurs villes de remparts, pour leur permettre de résister aux troupes armées des seigneurs qui tenaient la campagne. En 1178, le duc Berthold IV fonda la ville de Fribourg sur la Sarine. Quelques années plus tard, en 1191, son fils et successeur, Berthold V, fonda la ville de Berne, sur l’Aar. Les deux princes cherchèrent à attirer les habitants dans ces villes en leur accordant de grandes libertés. Ils y réussirent et les cités nouvelles se peuplèrent rapidement.

Fig. 35. — Statue de Berthold V de Zæhringen, à Berne.

Berthold V fut le plus puissant des ducs de Zæhringen. Il mourut en 1218, sans laisser de fils.

4. La maison de Savoie. — La mort de Berthold V fut un événement important pour la Suisse. La maison de Zæhringen s’éteignit avec lui et les territoires qu’il avait réunis sous sa domination se séparèrent. La Suisse fut alors divisée en beaucoup de petits États, faisant tous partie de l’empire, mais gouvernés séparément. Parmi les comtes qui y possédaient des territoires, les principaux étaient ceux de Kibourg, de Habsbourg, de Neuchâtel, de Gruyère et de Savoie. Certaines villes, avec les domaines qui en dépendaient, étaient gouvernées par des évêques ; c’était le cas de Coire, Bâle, Lausanne, Genève et Sion. D’autres territoires appartenaient aux abbayes de Saint-Gall et de Saint-Maurice. Enfin quelques villes, telles que Zurich, Soleure, Berne, s’administraient elles-mêmes et ne relevaient que de l’empereur d’Allemagne.

La maison de Savoie profita de l’état de division du pays pour accroître sa puissance du côté de la Suisse occidentale. Le plus célèbre des princes de cette famille fut à cette époque le comte Pierre. C’était un homme habile, énergique et un soldat intrépide. Par des achats, des traités et

alt=La partie la plus ancienne du Château de Neuchâtel.
Fig. 36. — La partie la plus ancienne du Château de Neuchâtel.

Fig. 37. — Château de Chillon.

des conquêtes, il réussit à étendre peu à peu sa domination sur le Pays de Vaud, le Bas-Valais et une partie du canton de Fribourg actuel. Le comte de Gruyère et plusieurs seigneurs de l’Oberland durent lui prêter hommage. Même Berne, Morat, le Hasli lui demandèrent sa protection. Étant entré en lutte avec Rodolphe de Habsbourg, il resta victorieux.

Pierre de Savoie ne fut pas seulement un conquérant ; il sut aussi administrer sagement ses États et leur donner de bonnes lois. Il aimait à résider au château de Chillon, qu’il avait fortifié et agrandi. Il mourut en 1268. On l’a surnommé le Petit Charlemagne.

5. La maison de Habsbourg. — La famille de Habsbourg est originaire de l’Argovie. On y voit encore les restes du modeste château qui fut son berceau. Elle prit une grande importance sous le comte Rodolphe, qui fut l’un des personnages les plus illustres de son temps. C’était un homme simple de manières, généreux, bon pour les petits et, en même temps, très habile et très ambitieux. Il chercha par tous les moyens à augmenter ses domaines et arriva rapidement à être le seigneur le plus puissant du nord de la Suisse. En 1273, il fut nommé empereur d’Allemagne.

L’empire était alors dans une situation difficile.

Fig. 38. — Château de Habsbourg, en Argovie.

Le souverain n’avait aucun pouvoir. Les nobles ne reconnaissaient pas son autorité. Les guerres entre seigneurs étaient fréquentes. Le brigandage régnait partout.

Rodolphe de Habsbourg sut ramener l’ordre dans l’empire. Grâce à lui, le paysan et le marchand purent travailler en sécurité. Mais il se servit de sa puissance pour accroître encore ses biens. À la suite d’une victoire sur un seigneur révolté, il s’empara du duché d’Autriche dont il fit une possession héréditaire de sa famille. Depuis lors sa maison fut désignée sous les deux noms de maison de Habsbourg et maison d’Autriche.

En Suisse, Rodolphe fit la guerre à la ville de Berne. Il parvint à ajouter à ses domaines Fribourg et Lucerne. Lorsqu’il mourut, en 1291, sa famille dominait sur une grande partie des cantons actuels d’Argovie, Zurich, Thurgovie, Glaris, Zoug, Schwytz, Lucerne, Unterwald et Berne. La maison de Habsbourg-Autriche devenait un grand danger pour les villes et les territoires restés en dehors de ses possessions.

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