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Les baillis autrichiens. Le serment du Grutli. — Après l’élection d’Albert d’Autriche comme empereur d’Allemagne, les trois pays d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald envoyèrent auprès de lui le landammann Werner d’Attinghausen, avec la mission de lui demander de confirmer leurs franchises et de leur donner un juge impérial. Albert refusa, mais il fit faire les plus belles promesses aux hommes des Waldstætten s’ils consentaient à accepter la domination autrichienne. « Je vous comblerai de biens, dit-il, et je créerai parmi vous des chevaliers. » Les Confédérés lui répondirent : « À ces brillants avantages, nous préférons la liberté de nos pères et la protection immédiate de l’empire. »
Ce fier langage irrita l’empereur. Au lieu de donner aux Waldstætten un juge impérial, il leur envoya des baillis autrichiens qui fixèrent leur résidence dans le pays, contrairement au droit et à la coutume. L’un d’eux, Gessler, qui devait dominer sur Uri et Schwytz, s’établit dans le château de Kusnach. Un second, Landenberg, désigné pour l’Unterwald, s’installa au château de Sarnen. Un sous-bailli, du nom de Wolfenschiess, fut placé au château de Rotzberg, non loin de Stans. Ces baillis étaient de véritables tyrans, qui s’entourèrent de gens armés et gouvernèrent avec une extrême rigueur. Ils augmentèrent les impôts, levèrent des taxes nouvelles et condamnèrent les habitants à l’amende et à la prison pour le moindre délit. Leur but était d’amener les montagnards à se révolter, pour les soumettre ensuite, par la force des armes, à la maison d’Autriche. Gessler fit construire dans le pays d’Uri une forteresse à laquelle il donna le nom de Zwing-Uri (Dompte-Uri).
À Altzellen, dans l’Unterwald, vivait un homme brave et courageux, du nom de Conrad Baumgarten. Un jour, le sous-bailli Wolfenschiess, passant par ce village, vit la femme de Conrad et lui ordonna de lui préparer un bain. Celle-ci obéit, puis saisissant un prétexte, alla chercher son mari qui était occupé à couper du bois dans la forêt voisine. Conrad arriva aussitôt et tua le tyran dans son bain.
Un honnête paysan du Melchthal (Unterwald), nommé Henri an der Halden, s’était attiré la haine du bailli Landenberg, parce qu’il encourageait ses compatriotes à ne rien sacrifier des libertés que leur avaient léguées leurs pères. Pour une légère faute commise par Arnold, fils de Henri, Landenberg fit saisir une belle paire de bœufs que possédait celui-ci. Le valet du bailli vint détacher les bœufs de la charrue, en s’écriant : « Si les paysans veulent manger du pain, qu’ils tirent eux-mêmes la charrue. » Hors de lui, Arnold frappa le valet de son bâton noueux et lui cassa deux doigts, puis franchissant les montagnes, il se réfugia dans le pays d’Uri. Le père d’Arnold fut arrêté par ordre de Landenberg et comme il ne pouvait ou ne voulait pas révéler la retraite de son fils, le bailli confisqua ses biens et lui fit crever les yeux.
Vers le même temps, Gessler traversant le village de Steinen, dans le pays de Schwytz, vit une belle maison neuve qui appartenait à Werner Stauffacher, paysan très estimé dans la contrée. Celui-ci était assis devant sa demeure ; Gessler lui demanda à qui était cette jolie maison. « Elle appartient à monseigneur le roi, répondit modestement Stauffacher, c’est votre fief et le mien. » — « Je représente ici le roi, répliqua Gessler d’un ton menaçant, et je ne veux pas que les paysans bâtissent, sans ma permission, de si belles maisons et vivent comme s’ils étaient des seigneurs. » Les paroles du bailli remplirent Stauffacher d’inquiétude. Il les rapporta à sa femme, qui fut indignée de ce langage. « Jusqu’à quand, dit-elle à son mari, faudra-t-il supporter de telles insultes ? Va trouver les hommes d’Uri et d’Unterwald sur lesquels tu peux compter ; concerte-toi avec eux et cherchez ensemble les moyens de secouer le joug de la tyrannie. »
Fig. 75. — Le Grutli.
(On peut y accéder de Brunnen en bateau. La gravure permet de distinguer le petit port où l’on débarque et plus haut la maison du gardien.)
Sur ce conseil, Stauffacher se rendit dans le pays d’Uri, où il vit Walter Furst et Arnold de Melchthal. Ces trois hommes s’entretinrent des malheurs de leur patrie et convinrent de la délivrer du pouvoir des baillis. Ils se réunissaient dans une prairie solitaire, le Grutli (Rutli), située au bord du lac des Quatre-Cantons, au pied du Seelisberg. Dans la nuit du 7 novembre 1307, une dernière assemblée eut lieu au Grutli. Chacun des trois conjurés avait amené dix hommes de confiance de son pays. Tous jurèrent de défendre la liberté, d’expulser les baillis et de tout sacrifier pour la délivrance de la patrie. L’exécution du complot fut fixée au 1 janvier 1308. Jusque-là, chacun devait garder un secret absolu sur les décisions prises.
Fig. 76. — Monument de Guillaume Tell à Lausanne.
Fig. 77. — Tellsplatte.