‹ Histoire de la SuisseChapitre 4 sur 26 · CHAPITRE II LES HELVÈTES

CHAPITRE II LES HELVÈTES

1. Arrivée des Helvètes. — Les Helvètes habitèrent longtemps au nord de la Suisse actuelle, en Allemagne, dans la région du Rhin. Ils aimaient la guerre et ils se joignirent à deux peuples, les Cimbres et les Teutons, pour envahir la Gaule, c’est-à-dire la France actuelle. Un jeune chef intrépide commandait les Helvètes ; c’était Divico. Sur les bords de la Garonne, ils rencontrèrent les Romains, à qui appartenait le sud de la Gaule. Les Romains furent battus et durent passer sous le joug. La bataille eut lieu près d’Agen, environ un siècle avant Jésus-Christ.

Quelque temps après, nous retrouvons les Helvètes sur le plateau suisse, entre le Jura et les Alpes. Ils étaient divisés en quatre tribus ; la principale était celle des Tigurins. Les Helvètes cultivaient la terre et faisaient du commerce avec les peuples voisins.
Fig. 16. — Guerrier helvète. Mais c’étaient avant tout des guerriers fiers et courageux. L’une de leurs principales villes était Avenches.

2. Orgétorix. — Les Helvètes aimaient les aventures. Ils savaient qu’il y avait en Gaule des territoires plus fertiles que le leur. Un de leurs chefs les plus riches, nommé Orgétorix leur proposa de quitter leur pays et d’aller s’établir en Gaule. Ils acceptèrent et préparèrent l’expédition.

Mais Orgétorix était un ambitieux. Son projet était de devenir roi des Helvètes. Or, les Helvètes ne voulaient point de roi. Ils punissaient de mort par le feu ceux qui cherchaient à le devenir. Lorsqu’ils surent le projet d’Orgétorix, ils lui ordonnèrent de paraître devant l’assemblée du peuple. Orgétorix, se sentant perdu, se tua.

3. Émigration des Helvètes. — L’expédition était prête ; les Helvètes partirent.

Ils brûlent leurs villes et leurs villages. Puis le peuple tout entier se met en route, les hommes à pied, les femmes et les enfants dans des chariots. Des tribus voisines se joignent à eux. À la tête de l’immense colonne marche le vieux Divico. C’était en l’an 58 avant Jésus-Christ.

Les Helvètes se dirigent sur Genève. C’est là qu’ils veulent passer le Rhône, pour continuer ensuite vers le sud.
Fig. 17. — Jules CésarMais Jules César, célèbre général romain, ne voulait pas les laisser s’établir en Gaule. Il leur barre le passage du fleuve. Les Helvètes suivent alors la rive nord du Rhône, passent le Jura et font route vers l’ouest. Ils traversent la Saône. Mais avant d’avoir tous franchi la rivière, ils sont attaqués par Jules César ; leur arrière-garde est mise en déroute.

Alors Divico se présente à César, avec d’autres guerriers, et lui demande la paix. César répond que les Helvètes doivent avant tout lui livrer des otages. « Des otages, s’écrie Divico ; nos pères nous ont appris à en recevoir et non à en donner. Les Romains devraient s’en souvenir. » Divico et César se séparent.

Les Helvètes continuent leur route, suivis de près par les Romains. La bataille ne pouvait tarder. Elle eut lieu près de Bibracte, non loin de la ville actuelle d’Autun. César en a fait le récit. Il raconte que les Helvètes furent complètement battus et qu’un grand nombre d’entre eux furent tués. Mais son récit n’est pas tout à fait exact.

Le choc des deux armées fut terrible. Les Romains étaient mieux armés que les Helvètes ; ils étaient aussi mieux préparés pour les grandes batailles. Après avoir vaillamment combattu, les Helvètes se retirèrent sur une colline, prêts à se défendre encore. Mais Jules César ne les attaqua pas de nouveau. Il raconte d’ailleurs que dans la lutte pas un Helvète ne tourna le dos.

Les Helvètes prirent le chemin du retour, suivis par l’armée romaine. Le moment arriva où ils manquèrent de vivres et ils durent se soumettre à César. Il leur ordonna de rentrer dans leur pays et de rebâtir leurs villes et leurs villages.

Plus tard, le Valais et la Rhétie furent aussi conquis par les Romains.

C’est ainsi que toute la Suisse actuelle dut accepter la domination romaine.

4. L’Helvétie sous les Romains. — Les Romains étaient un peuple très puissant de l’Italie. Par leurs conquêtes, ils avaient peu à peu soumis tous les pays qui entourent la mer Méditerranée.
Fig. 18. — Soldat des légions romaines.
(Le soldat est représenté en marche ; ses vivres sont attachés à un bâton et son casque accroché à l’épaule droite.) Rome, leur capitale, était devenue une ville considérable et magnifique. Les Romains avaient longtemps vécu en république ; mais peu de temps après Jules César, le pouvoir passa aux mains d’un seul homme, l’empereur.

La Gaule tout entière faisait partie de l’empire romain. Elle avait été conquise par Jules César après la soumission des Helvètes. L’Helvétie devint une partie de la Gaule romaine. La Rhétie forma une province distincte, beaucoup plus grande que le canton actuel des Grisons.

L’Helvétie fut longtemps la frontière de l’empire, du côté des Germains, qui habitaient l’Allemagne actuelle. C’est pourquoi elle était occupée par une nombreuse armée romaine. Cette armée gardait la frontière le long du Rhin ; sa principale place d’armes était Vindonissa (aujourd’hui Windisch, en Argovie). Les Romains construisirent à travers l’Helvétie d’excellentes routes militaires ; Vindonissa était le point central où se réunissaient ces routes.

Fig. 19. — Ruines du théâtre d’Augusta.

Les Helvètes s’habituèrent peu à peu à la domination romaine. Le pays devint prospère et se couvrit de villages. Mais un peu plus d’un siècle après la bataille de Bibracte, il eut à souffrir de nouveaux malheurs.

Àla mort de l’un des empereurs romains, une lutte éclata entre des généraux qui cherchaient à s’emparer du trône. Les Helvètes s’étant déclarés pour l’un d’eux, les troupes qui soutenaient son adversaire se vengèrent en dévastant le pays. Cécina, qui les commandait, battit les Helvètes au Bœtzberg (montagne du Jura, en Argovie). Il pilla Aventicum (Avenches), la capitale de l’Helvétie, et fit périr Julius Alpinus, le premier magistrat de cette ville. On crut que tous les Helvètes allaient être massacrés. L’empereur Vitellius devait se prononcer sur leur sort. Un Helvète, nommé Claudius Cossus, se rendit auprès de lui et lui parla d’une manière si touchante que l’empereur fit grâce aux vaincus.

Ensuite l’Helvétie passa par une longue période de paix et de prospérité. Le sol fut de mieux en mieux cultivé. Le pays s’enrichit par l’industrie et le commerce. De nombreuses écoles instruisirent la jeunesse. La Suisse occidentale surtout adopta complètement la religion, les usages et la langue des Romains. Là s’élevait la grande ville d’Aventicum, avec ses palais de marbre, ses temples superbes, ses théâtres, ses bains. Une autre belle ville était Augusta (actuellement Augst, près de Bâle).

5. Introduction du christianisme. — Les Romains avaient introduit chez les Helvètes le culte de Jupiter et d’une foule de dieux et de déesses. Mais cette religion fut remplacée plus tard par le christianisme. Les chrétiens furent longtemps persécutés. Une légende raconte qu’une légion romaine, appelée la légion thébéenne, fut massacrée à Saint-Maurice, en Valais, parce qu’elle ne voulait pas renoncer à la religion chrétienne.

Trois cents ans environ après Jésus-Christ, la nouvelle religion, partie de l’humble bourgade de Nazareth, en Galilée, s’était déjà répandue en Helvétie. De nombreuses églises chrétiennes étaient fondées et plusieurs villes avaient leur évêque.

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