‹ Histoire de la SuisseChapitre 7 sur 26 · 5 LECTURE

5 LECTURE

L’Helvétie romaine. — Les Helvètes avaient perdu leur indépendance ; leur pays ne formait plus qu’une petite partie de l’immense empire romain. Au fond de l’Helvétie, comme à Rome, on obéit à
Fig. 22. — Statuette de Mercure, retrouvée à Nyon. l’empereur. Les Helvètes sont ses sujets et ils doivent lui payer un tribut, c’est-à-dire une certaine somme d’argent chaque année. Cependant ils avaient conservé quelques libertés et pouvaient nommer des magistrats chargés de les protéger et de les défendre.

L’Helvétie, ou le pays habité par les Helvètes, n’était pas si grand que la Suisse actuelle. (Voir la carte en couleur n 1.) Au nord-est, se trouvait le pays des Rauraques, avec la ville d’Augusta ou Augusta Rauracorum. Nyon, nommée alors Noviodunum, était la ville principale d’un pays appelé pays des Équestres ; ce nom provenait de ce que d’anciens soldats, qui avaient servi dans la cavalerie, s’y étaient établis.

Fig. 23. — Statuette d’acteur.

Genava ou Genève était dans le pays des Allobroges ; on la désignait quelquefois sous le nom de Marché des Allobroges. Tous ces pays, de même que le Valais actuel, faisaient partie de la Gaule.

Le Tessin et la Suisse orientale appartenaient aussi aux Romains, mais ils étaient en dehors de la Gaule. Les Rhètes ou Rhétiens des Grisons et de la Suisse orientale étaient un peuple montagnard et sauvage que les Romains eurent beaucoup de peine à soumettre. Les Romains établirent un poste militaire à Curia ou Coire.

Sous les Romains, l’Helvétie se transforma complètement. Elle se civilisa et s’enrichit. La paix régna ; les habitants perdirent leur rudesse. Le latin, la langue des Romains, devint celle des Helvètes. La religion des druides fit place à la religion romaine avec ses nombreuses divinités. Des temples s’élevèrent à Jupiter, le dieu suprême, à Apollon, le dieu du soleil, à Minerve, la déesse de la sagesse, à Neptune, le dieu des eaux. Mercure, le dieu des marchands, était particulièrement honoré. En outre, chaque ville, chaque village, chaque fleuve avait son dieu particulier, son génie protecteur.

L’agriculture fit de grands progrès. Les Romains apprirent aux habitants à mieux cultiver leurs champs. Il est très probable que ce sont les Romains
Fig. 24. — Amphore, retrouvée à Avenches.qui ont introduit en Helvétie plusieurs plantes de rapport ou d’ornement, telles que la vigne, le cerisier, le prunier, le pêcher, l’abricotier, le noyer, le rosier, le lis, etc. Le bétail suisse était déjà renommé. Les marchands italiens venaient acheter dans notre pays des fromages, du beurre, du suif, de la cire, du miel et des bois.

Le commerce était facilité par la construction de bonnes routes. Plusieurs de ces routes traversaient les cols des Alpes et faisaient communiquer la Suisse et l’Italie. L’une des principales franchissait le Grand Saint-Bernard, passait par Aventicum et Vindonissa et continuait
Fig. 25. — Vase d’albâtre. ensuite vers le nord. Une autre venait de la Gaule et unissait Genève à Avenches.

Des villes bâties en pierre et des bourgs remplacèrent les villages helvètes, formés de simples cabanes. Parmi ces villes, il y avait dans la Suisse allemande actuelle Aquœ, (Baden), qui était déjà connue par ses bains, Salodurum (Soleure), Turicum (Zurich). Dans l’Helvétie de l’ouest, les localités étaient nombreuses. On peut citer Lousonna (Lausanne), Viviscus (Vevey), Minnodunum (Moudon), Urba (Orbe), Eburodunum (Yverdon), Octodurum (Martigny). À Neuchâtel, il y avait déjà un bourg. La principale ville était Aventicum (Avenches), le chef-lieu de toute l’Helvétie.

Avenches existait déjà avant la conquête de l’Helvétie par les Romains. Mais c’est sous l’empire

Fig. 26. — Plan d’Aventicum. — Échelle 1/30 000

romain qu’elle prit une grande importance. Les ruines qui ont été retrouvées nous montrent qu’il y avait là une grande ville. Avenches était alors trente fois plus grande qu’aujourd’hui (fig. 26). On croit qu’elle avait 40 000 habitants environ. Elle était
Fig. 27. — La Tornallaz. entourée d’une haute muraille, garnie de 80 tours. Mais il ne reste qu’une seule de ces tours ; on l’appelle la Tornallaz.

Il y avait à Avenches de très beaux édifices. Autour de la place publique s’élevaient des temples, de grands palais, des colonnades. L’amphithéâtre, sorte de cirque immense, pouvait contenir 12 000 personnes ; c’est là que des hommes armés, appelés gladiateurs, combattaient entre eux ou contre des bêtes féroces, pour l’amusement du public. Il y avait aussi un théâtre, des bains, de riches maisons dont la salle principale était pavée en mosaïque.

Avenches fut longtemps riche et prospère. Mais de cette magnifique ville romaine, il ne reste aujourd’hui que des ruines. Une haute colonne se dresse seule au milieu des débris des anciens édifices ;
Fig. 28. — Le Cigognier. on l’appelle le Cigognier, parce que les cigognes construisaient autrefois leurs nids à son sommet.

Ainsi, une grande ville a pu être complètement détruite. Le moment vint où l’empire romain fut envahi par les ennemis qui depuis longtemps menaçaient ses frontières. Les Helvètes n’étaient plus les rudes guerriers du temps de Divico. L’amour du luxe et des plaisirs les avait affaiblis. Quand les peuplades sauvages du nord arrivèrent, ils ne purent leur résister ; les villes furent brûlées et le pays dévasté. La civilisation recula pour longtemps.

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