CHAPITRE III PEUPLES NOUVEAUX
ALAMANS, BURGONDES et FRANCS
1. Les Germains. — Pendant l’époque romaine, des peuples encore barbares habitaient dans le pays qui forme aujourd’hui l’Allemagne. Les Romains les appelaient les Germains.
Les Germains se divisaient en plusieurs grandes tribus. Ils étaient tous guerriers et voulaient s’emparer des terres riches et fertiles de l’empire romain. Les armées romaines les arrêtèrent longtemps. À la fin, les Germains forcèrent le passage. C’est cette entrée des Germains dans l’empire, qu’on appelle la migration des peuples ou l’invasion des barbares. Cette invasion ne s’est pas faite en une fois. Les Germains arrivèrent peuple après peuple et se fixèrent dans les différentes parties de l’empire romain.
2. Les Alamans. — Les premiers Germains qui envahirent l’Helvétie romaine furent les Alamans. C’étaient des guerriers pillards, qui détruisaient tout sur leur passage. Ils firent plusieurs invasions avant de s’établir en Helvétie. Au cinquième siècle, ils se fixèrent définitivement dans la contrée qui forme aujourd’hui la Suisse allemande.
Fig. 29. — Guerriers alamans.
(D’après une ancienne gravure.)
Les Alamans étaient païens. Ils aimaient la guerre et méprisaient le commerce. La chasse et l’élevage du bétail suffisaient à leurs besoins. Ce sont eux qui ont détruit les villes romaines en Helvétie, et en particulier Avenches. Ils s’emparèrent des terres et des troupeaux et firent des anciens habitants leurs serviteurs.
3. Les Burgondes. — Les Burgondes étaient aussi des Germains. Ils arrivèrent de l’ouest, c’est-à-dire de la Gaule, où ils avaient combattu contre les Romains. Vers le milieu du cinquième siècle, un général romain leur permit de s’établir en Savoie. C’est de là qu’ils avancèrent vers le nord dans le Pays de Vaud et jusqu’à l’Aar.
Les Burgondes étaient chrétiens. On les regardait comme les plus doux des barbares. Ils ne prirent pas toutes les terres pour eux ; ils les partagèrent avec les anciens propriétaires. Peu à peu ils se mêlèrent aux anciens habitants et ne formèrent plus avec eux qu’un seul peuple. C’est du mot Burgonde qu’est venu le nom de Bourgogne.
L’autorité, chez les Burgondes, appartenait à un roi. Le royaume burgonde ne comprenait pas seulement la Suisse occidentale ; il s’étendait vers l’ouest et vers le sud, dans l’ancienne Gaule. On l’a appelé le premier royaume de Bourgogne. Ce royaume a duré moins d’un siècle. Le plus célèbre de ses rois fut Gondebaud, qui mourut à Genève.
4. Domination des Francs. — Après leur établissement en Helvétie, les Alamans et les Burgondes ne restèrent pas très longtemps indépendants. Un nouveau royaume s’était formé en dehors de la Suisse, sur le cours inférieur du Rhin. C’était le royaume des Francs.
Les Francs étaient aussi des Germains. Par leurs conquêtes, ils s’emparèrent du nord de la Gaule. Clovis, l’un de leurs rois, étendit beaucoup leur territoire. Les Alamans étant entrés en lutte avec lui, ils furent battus en 496 et durent se soumettre à son autorité.
Plus tard, la guerre éclata entre les Francs et les Burgondes. Elle fut plus longue. Mais, à la fin, les Burgondes furent vaincus en 534.
Fig. 30. — Guerrier franc.
Toute la Suisse actuelle tomba sous la domination des Francs.
5. Progrès du christianisme. — Les Burgondes étaient chrétiens. Leurs vainqueurs, les Francs, l’étaient aussi. Le christianisme devint donc de bonne heure la religion des habitants de la Suisse occidentale.
Les Alamans étaient encore païens lorsqu’ils pénétrèrent en Helvétie. Le christianisme, qui y était déjà établi, eut tout d’abord à souffrir de leur invasion. Mais peu à peu ils se laissèrent gagner par les idées chrétiennes, tout en gardant en partie leurs anciennes croyances. Ils furent définitivement convertis par des moines venus d’Irlande, au commencement du septième siècle. Les plus connus de ces moines sont Colomban et Gall. Colomban quitta bientôt la Suisse. Mais Gall y resta ; c’est sur l’emplacement de sa cabane que s’éleva plus tard le célèbre couvent de Saint-Gall et la ville de ce nom.
D’autres couvents et de nombreuses églises furent construits. La Suisse entière adopta le christianisme.
6. Charlemagne. — Le plus célèbre des rois francs fut Charlemagne ou Charles le Grand. Il vainquit ses voisins dans de nombreuses guerres et s’empara de leur territoire. Ses États s’étendirent ainsi sur un espace immense. Ils comprenaient l’Europe centrale et occidentale, c’est-à-dire les pays qui forment aujourd’hui la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, la Belgique, la Hollande, et, en outre, la moitié nord de l’Italie et une partie de la Hongrie. C’était le souverain le plus puissant de son temps. Le pape le couronna empereur à Rome, en l’an 800.
Charlemagne chercha à maintenir l’ordre dans ce vaste empire. Il faisait rendre la justice par des comtes, qui gouvernaient en son nom. La Suisse, comme les autres pays, fut ainsi divisée en comtés. Charlemagne aida aussi l’agriculture et le commerce. Il augmenta le pouvoir de l’Église et créa des écoles.