‹ Histoire de PendennisChapitre 63 sur 76 · Tome 3 · 13

Tome 3 · 13

Les renseignements que le major Pendennis avait obtenus par Strong, et par sa propre intervention, en qualité d’ami, dans les affaires de la famille Clavering, étaient tels, que le vieux gentleman songea presque à suspendre l’exécution des desseins qu’il nourrissait pour l’avantage de son neveu. Donner à Arthur une femme et deux beaux-pères comme les deux personnages que l’ingénue et infortunée lady Clavering avait entraînés au mariage, ce ne pouvait être un bien pour lui ni pour aucun homme. Et, quoique l’un de ces maris neutralisât l’autre, en quelque sorte, et que l’apparition d’Amory ou Altamont en public dût être le signal de son immédiate disparition et du châtiment qu’il méritait (car le forçat évadé avait tué l’officier chargé de le garder, et la corde devait inévitablement mettre fin à ses jours, s’il retombait jamais entre les mains des autorités anglaises) ; cependant aucun tuteur ne pouvait désirer pour son pupille une épouse dont le père devait être ainsi traité ; et le vieux gentleman avait toujours pensé qu’Altamont, ayant la potence en perspective, éviterait de se faire reconnaître, et que lui, major Pendennis, tenant la menace de cette fatale découverte suspendue sur Clavering, qui devait tout perdre à l’apparition d’Amory, réduirait le baronnet à n’être qu’un esclave entre ses mains.

Mais si la Bégum payait encore un certain nombre de fois les dettes de Clavering, toute sa fortune passerait à tirer d’embarras cet incorrigible vaurien ; il ne resterait aux héritiers, quels qu’ils fussent, qu’un trésor vide ; et miss Amory, au lieu d’apporter à son mari un bon revenu et un siège au parlement, ne lui apporterait que sa propre personne et sa généalogie avec cette lamentable note sus. per coll. à côté du nom du dernier mâle de sa race.

Pourtant il restait encore une autre voie ouverte au vieil intrigant qui méditait sur toutes ces choses ; et cette voie, le lecteur la connaîtra bientôt, s’il veut se donner la peine de lire une conversation que le major Pendennis eut avec l’honorable baronnet, membre du parlement pour le bourg de Clavering.

Lorsqu’un homme en pénurie d’argent disparaît du milieu de ses amis et de ses égaux, se dérobe, pour ainsi dire, par un plongeon aux regards de la bande d’oiseaux au milieu de laquelle il a coutume de nager, c’est merveilleux de voir en quel coin éloigné et caché il remonte à la surface pour reprendre haleine. J’ai connu un flâneur de Pall-Mall, un daim de Rotten-Row, et des plus fashionables, qui disparut du milieu de ses camarades de club et de parc, et qui fut retrouvé très-heureux et très-affable dans un restaurant à dix-huit pence de Billingsgate. Un autre gentleman, de beaucoup de savoir et d’esprit, après avoir dépensé plus que ses revenus (si je disais que c’était un homme de lettres, certains critiques jureraient que j’ai voulu insulter la profession d’homme de lettres), m’envoya son adresse, qui était à une petite taverne appelée le Renard sous la colline, à laquelle on n’arrivait qu’en descendant sous une très-sombre et caverneuse voûte dans le Strand.

Un tel homme dans une telle pénurie peut avoir une maison, mais il n’y est jamais ; il a une adresse où on lui laisse ses lettres, mais il n’y a que des niais qui s’y rendent avec l’espoir de l’y voir. Un petit nombre de fidèles savent seuls où le trouver, et possèdent le fil d’Ariane qui aboutit à sa retraite. Aussi, après les discussions que sir Francis Clavering avait eues avec sa femme, et après les malheurs qui en avaient été la suite, il ne fut plus possible de le trouver à la maison.

« Depuis que je le presse pour mon livret (il me doit quatorze livres sterling), il ne rentre jamais avant trois heures, feint de dormir le matin quand je lui apporte son eau, et s’esquive tandis que je suis en bas, » dit M. Lightfoot à son ami Morgan. Il lui annonça aussi qu’il allait rejoindre milady pour être sommelier chez elle, et se marier avec sa vieille Bonner.

Après ses altercations avec Strong, le baronnet ne remit pas non plus les pieds chez lui, et chercha des lieux où ne pourraient l’atteindre les reproches du chevalier… ni, s’il est possible, ceux de sa conscience, auxquels un grand nombre d’entre nous pensent se dérober en changeant de scène et en ayant recours à d’autres stratagèmes du même genre.

Si bien que, quoique le vieux Pendennis, ayant son objet en vue, cherchât à rencontrer le voisin de campagne de Pen et son représentant au parlement, il lui fallut beaucoup de fatigue et de temps avant de pouvoir l’amener à un entretien confidentiel qui était nécessaire pour que le major pût atteindre son but : car, depuis que ce dernier avait été consulté comme ami de la famille, depuis qu’il connaissait les affaires conjugales et pécuniaires de Clavering, le baronnet l’évitait, comme il évitait toujours ses avoués et ses agents lorsqu’il y avait un compte à rendre ou une affaire à discuter entre eux, ne venant jamais aux rendez-vous que lorsqu’il avait en vue de se procurer de l’argent.

Donc, avant d’attraper cet oiseau timide et ombrageux, le major fit plus d’une vaine tentative pour le saisir. Un jour, c’était une invitation à dîner à Greenwich en compagnie de quelques amis, invitation à l’air si innocent que le baronnet l’accepta d’abord ; puis étant venu à soupçonner quelque piège, il s’abstint de s’y rendre, laissant le major (qui comptait représenter à lui seul le corps des amis en question) manger sa friture sans compagnie. Une autre fois, le major écrivit pour demander dix minutes d’entretien ; le baronnet répondit sur-le-champ et donna rendez-vous pour le lendemain à quatre heures précises chez Bays. Il avait soigneusement souligné le mot précises. Mais quoique les quatre heures arrivassent, comme cela était inévitable dans le cours du temps, nul Clavering ne fit son apparition. Bref, s’il avait emprunté vingt guinées à Pendennis, il n’aurait pu se montrer plus timide ni plus désireux d’éviter le major ; et ce dernier reconnut que c’était une chose de chercher un homme et une autre de le trouver.

Avant la fin de ce jour, où le patron de Strong avait donné au chevalier tant de bénédictions devant sa face et tant de malédictions derrière son dos, sir Francis Clavering, qui avait engagé sa parole et promis par serment aux conseillers de sa femme de ne plus faire ni accepter de billets, et de se contenter de la pension que sa victime lui accordait, était néanmoins parvenu à signer son respectable nom sur une feuille de papier timbré, que l’ami du baronnet, M. Moses Abrams, avait emportée en promettant de faire escompter le billet par une personne dans l’intimité de laquelle M. Abrams avait l’honneur d’être.

Il arriva que Strong entendit parler de cette affaire dans le lieu même où cette écriture avait été faite, dans le parloir de derrière de M. Santiago, marchand de cigares, où le chevalier avait l’habitude de passer une heure tous les soirs.

« Il s’est remis à son ancienne besogne, dit M. Santiago à son chaland. Moses Abrams et lui se sont rencontrés dans mon parloir. Moses a fait acheter un timbre par mon garçon. Ce devait être un billet de cinquante livres sterling. J’ai entendu le baronnet dire à Moses de le dater d’il y a deux mois. Il soutiendra que c’est un vieux billet, et qu’il l’avait complètement oublié dans le règlement fait l’autre jour avec sa femme. Je ne doute pas qu’on ne lui donne encore de l’argent, à présent qu’il est hors de toutes dettes. »

Un homme qui a l’habitude de mettre son malheureux nom au bas de promesses de payer dans six mois, a aussi la satisfaction de savoir que ses affaires sont connues et discutées, et que sa signature circule parmi les pires coquins et fripons de Londres.

La boutique de M. Santiago était tout à côté des rues Saint-James et de Bury, où nous avons eu l’honneur de visiter notre ami le major Pendennis dans son appartement. Le major se dirigeait lentement vers son logis, lorsque Strong, brûlant de colère et sentant le havane, marchait à grands pas sur le trottoir opposé.

« La peste soit de ces jeunes gens ! ils empoisonnent tout avec leur fumée, se dit le major. Voici venir un gaillard avec des moustaches et un cigare. Quiconque fume et porte moustaches est un homme de rien… Tiens ! c’est M. Strong… J’espère que votre santé est bonne, monsieur Strong ? »

Et le vieux gentleman, ayant fait au chevalier un salut plein de dignité, se disposait à entrer dans sa maison ; il cherchait la serrure de la porte, tenant d’une main tremblante sa clef brillante.

Nous avons dit que Strong et Pendennis avaient assisté tous deux, en qualité d’amis et de conseillers de la malheureuse famille du baronnet, aux longues et fatigantes discussions et conférences relatives au règlement des dernières dettes de sir Francis Clavering. Strong s’arrêta et tendit la main au négociateur son collègue, et le vieux Pendennis lui présenta deux doigts d’assez mauvaise humeur.

« Quelles bonnes nouvelles avez-vous ? demanda le major Pendennis d’un ton protecteur, en daignant faire une question au chevalier, car le vieux Pendennis avait vécu toujours en si bonne compagnie, qu’il s’imaginait vaguement faire honneur au commun des martyrs quand il leur adressait la parole. Toujours à Londres, Strong ? J’espère que votre santé est bonne.

— Mes nouvelles sont de mauvaises nouvelles, monsieur, répondit Strong ; elles concernent notre amie de Tunbridge-Wells, et je voudrais bien avoir un entretien avec vous. Clavering a recommencé ses vieux tours, major Pendennis.

— Vraiment ! Faites-moi donc le plaisir de monter chez moi, » s’écria le major, dont l’intérêt était éveillé.

Ils entrèrent ensemble au salon. Strong, ayant pris place dans un fauteuil, se soulagea du fardeau de son indignation en présence du major, et parla librement de l’insouciance et de la déloyauté de Clavering.

« Nulle promesse ne pourra le lier, monsieur, dit-il. Vous vous rappelez, monsieur, comment, lors de notre réunion avec l’avoué de milady, il ne se contenta pas de donner sa parole d’honneur, mais voulut s’engager par serment, à genoux devant sa femme, et sonna pour qu’on lui apportât une Bible, et jura qu’il consentait à la damnation de son âme si jamais il faisait un autre billet. Eh bien ! il en a signé un aujourd’hui même, monsieur ; et il en signera tant qu’on voudra pour avoir de l’argent comptant ; et il trompera qui que ce soit, sa femme, ou son enfant, ou son vieil ami qui cent fois l’avait secouru. Il y a un billet signé de lui et de moi qui sera payable la semaine prochaine…

— Je croyais que nous avions tout payé…

— Pas celui-là, dit Strong en rougissant. Il m’avait prié de n’en pas faire mention, et… et… j’avais la moitié de l’argent nécessaire, major. Et l’on tombera sur moi. Mais je ne m’en inquiète pas, j’y suis habitué. C’est lady Clavering qui me fait peine. C’est honteux que cette excellente femme, qui l’a vingt fois sauvé de prison, soit ruinée par la lâcheté de son mari. Un tas de voleurs de billets, de boxeurs, de canailles de toutes sortes, empochent son argent, et il ne se fait pas scrupule de jeter un honnête homme dans l’embarras. Le croiriez-vous, monsieur, il a accepté de l’argent d’Altamont… Vous savez de qui je parle.

— Vraiment ? de cet étrange personnage qui, je crois, est entré ivre un soir dans la maison de sir Francis, répliqua le major Pendennis, dont la physionomie demeura impénétrable. Qu’est-ce que cet Altamont, monsieur Strong ?

— Bien sûr, je n’en sais rien, si vous ne le savez pas, répondit le chevalier d’un air surpris et soupçonneux.

— À vous parler franchement, dit le major, j’ai mes soupçons. Je suppose… faites bien attention que ce n’est là qu’une supposition ; je suppose qu’il y a sans doute dans la vie de notre ami Clavering (qui, entre nous, capitaine Strong, il faut l’avouer, est un individu aussi décousu que pas un de ma connaissance), certains secrets étranges et certaines histoires qu’il n’aimerait pas à voir divulgués ; nul de nous à sa place ne l’aimerait. Et très-probablement cet homme, qui s’appelle Altamont, connaît quelque histoire défavorable à Clavering, a quelque prise sur lui, et, grâce à ce qu’il sait, tire de lui de l’argent. Je connais certains personnages des meilleures familles d’Angleterre qui en sont réduits à dégorger ainsi par le nez. Mais leurs affaires particulières ne me regardent pas, monsieur Strong ; et il ne faut pas supposer, parce que je dîne avec quelqu’un, que je fouille dans ses secrets, ni que je sois responsable de toute sa vie passée. Quant à notre ami Clavering, je m’intéresse beaucoup à lui pour l’amour de sa femme et de la fille de celle-ci, qui est une charmante créature. Et, lorsque lady Clavering m’en a prié, j’ai donné un coup d’œil à ses affaires et tâché de les mettre en ordre ; ce que je continuerai de faire, vous comprenez, du mieux que cela me sera possible, si je puis lui être de quelque utilité. Et si j’y suis invité, vous comprenez, si j’y suis invité… Et, à propos, ce M. Altamont, monsieur Strong, comment va-t-il, ce M. Altamont ? Je crois que vous le connaissez ? Est-il en ville ?

— Je ne suis pas, que je sache, tenu de savoir où il est, major Pendennis, » répliqua Strong, se levant et prenant son chapeau d’un air fort irrité ; car les façons protectrices du major et son impertinente réserve ne blessaient pas peu cet honnête gentleman.

Pendennis quitta aussitôt ses manières hautaines pour prendre un air de finesse et de bonne humeur.

« Ah ! capitaine Strong, vous êtes circonspect aussi, à ce que je vois, et vous avez bien raison, mon bon monsieur ; vous avez grandement raison. Nous ne savons pas si les murs n’ont pas d’oreilles, monsieur, ni peut-être à qui nous parlons. En votre qualité d’homme du monde et d’ancien soldat, de soldat distingué, m’a-t-on dit, capitaine Strong, vous savez fort bien qu’il est inutile de jeter votre feu. Vous pouvez avoir vos idées ; je puis, moi, calculer combien font deux et deux, et avoir mes idées aussi. Mais il y a certaines choses qui ne vous regardent pas personnellement et qu’on aime mieux ne pas savoir, entendez-vous, capitaine ? et moi, pour ma part, je ne veux pas les savoir jusqu’à ce que j’aie quelque raison pour les savoir. Ne pensez-vous pas comme moi ? Quant à ce qui regarde notre ami le baronnet, je crois, comme vous, qu’il serait à désirer qu’on mît un frein à son imprudence ; je blâme vivement tout homme qui manque à sa parole, et qui, par sa conduite, fait de la peine à sa famille ou lui suscite des embarras. Voilà mon opinion franche et entière, et je suis sûr que c’est aussi la vôtre.

— Certainement, dit M. Strong, fort sèchement.

— J’en suis enchanté. Je suis ravi de voir qu’un confrère dans la carrière des armes soit si pleinement d’accord avec moi. Et je suis excessivement satisfait de l’heureuse rencontre qui m’a procuré la bonne fortune de votre visite. Bonsoir ; je vous remercie. Morgan, reconduisez le capitaine Strong. »

Et Strong prit congé du major Pendennis. Le chevalier suivait Morgan, et n’était pas peu intrigué de la prudence du vieux bonhomme. À vrai dire, le valet était tout aussi embarrassé de la réticence de son maître. Car M. Morgan, en sa qualité de valet accompli, rôdait çà et là, silencieux comme une ombre, dans la maison ; et, pendant la dernière partie de la conversation du major avec le capitaine, il s’était trouvé tout contre la porte, de sorte qu’il avait surpris quelques paroles des deux gentlemen, et beaucoup plus qu’il n’en pouvait comprendre.

« Qu’est-ce que cet Altamont ? Savez-vous quelque chose sur son compte et sur celui de Strong ? demanda M. Morgan à M. Lightfoot, la première fois qu’ils se revirent au club.

— Strong est l’homme d’affaires du gouverneur, il fait ses billets ou les endosse, et se charge de toutes sortes de marchés de ce genre ; et je suppose qu’Altamont s’en mêle aussi, répondit M. Lightfoot. Pour faire prendre l’essor à ces cerfs-volants, vous savez, monsieur Morgan, qu’il faut toujours être deux ou trois. Altamont a mis le pot au feu le jour du Derby, et a gagné une grosse somme d’argent. Je voudrais que le gouverneur pût s’en procurer quelque part et qu’il me payât mes gages.

— Pensez-vous que milady consentirait encore une fois à payer ses dettes ? demanda Morgan. Sachez-moi cela, Lightfoot, et vous n’aurez pas perdu votre temps, je vous le garantis, moi, mon garçon. »

Le major Pendennis avait souvent dit en riant que son valet Morgan était beaucoup plus riche que lui. Le fait est que, par une longue série de petites spéculations auxquelles il avait donné tous ses soins, ce prudent et discret serviteur avait amassé une somme assez considérable, durant les années passées auprès du major. Il avait fait connaissance avec nombre d’autres valets de personnages distingués, par lesquels il avait appris les affaires de leurs maîtres. Quand M. Arthur entra en jouissance de sa fortune, mais non auparavant, Morgan avait fort surpris ce jeune gentleman en lui disant qu’il avait une petite somme d’argent, quelque cinquante ou cent livres sterling, qu’il désirait placer d’une manière avantageuse. Peut-être que les gentlemen du Temple, qui se connaissaient en affaires, pourraient aider un pauvre diable à trouver un bon placement. Morgan serait très-obligé à M. Arthur, oui, infiniment obligé et reconnaissant, si Arthur pouvait lui indiquer un bon placement.

Lorsque Arthur lui eut répliqué en riant qu’il n’était pas versé en affaires d’argent, et ne savait aucun moyen de rendre à Morgan le service qu’il demandait, celui-ci ajouta, avec la plus extrême simplicité, qu’il était très-reconnaissant à M. Arthur, et que, si M. Arthur avait besoin d’un peu d’argent en attendant que ses revenus lui fussent payés, peut-être aurait-il la bonté de se rappeler que le vieux et fidèle serviteur de son oncle en avait à placer, et qu’il serait très-fier de pouvoir se rendre utile de quelque manière à quelqu’un de la famille.

Le prince de Fairoaks, qui était assez prudent, et qui n’avait pas besoin d’argent comptant, eût aussi bien pensé à voler le mouchoir de poche du valet de son oncle qu’à emprunter son argent, et il était sur le point de faire quelque réponse hautaine à Morgan ; mais il fut retenu par le plaisant de la chose. Morgan capitaliste ! Morgan offrant de lui prêter de l’argent ! Quelle excellente plaisanterie ! D’ailleurs l’homme pouvait être parfaitement innocent, et son offre une simple marque de bonne volonté. Arthur arrêta donc le sarcasme qu’il avait sur les lèvres, et se contenta de refuser la bienveillante proposition de M. Morgan. Il parla néanmoins de la chose à son oncle, et le félicita d’avoir un tel trésor à son service.

C’est alors que le major dit qu’il croyait que Morgan était diablement riche depuis diablement longtemps. En effet, il avait acheté la maison de Bury-Street, dont son maître était locataire, et avait gagné une somme assez considérable, grâce à ses relations avec la famille Clavering : car, en apprenant par le major que la Bégum payerait les dettes de son mari, il avait acheté tout ce qu’il avait pu réunir de billets faits ou acceptés par Clavering. Cependant le major ne connaissait pas plus les opérations que nous ne connaissons les actions de nos serviteurs avec lesquels nous sommes tous les jours, et qui nous restent pourtant étrangers, tellement l’usage a de force, tellement est inflexible la barrière qui sépare la classe des maîtres et celle des valets.

« De sorte qu’il vous a offert de vous prêter de l’argent ? dit le vieux Pendennis à son neveu. C’est un gaillard diablement fin et diablement riche, et il y a maint gentleman qui voudrait avoir un pareil serviteur pour emprunter de lui. Malgré tout cela, il n’est pas changé le moins du monde, M. Morgan : il fait son ouvrage aussi bien que jamais ; il répond toujours exactement à ma sonnette ; il rôde comme un chat dans mon appartement ; il m’est si diablement attaché, ce Morgan ! »

Le jour de la visite de Strong, le major se rappela l’histoire de Pen, et que Morgan pouvait lui être utile, et il se mit à railler son valet sur sa fortune, de cet air libre et insolent qu’un gentleman aussi haut placé peut adopter vis-à-vis d’une si infortunée créature.

« J’ai appris que vous aviez quelque argent à placer, Morgan, dit le major.

— C’est M. Arthur qui le lui aura dit. Le diable l’emporte ! pensa le valet.

« Je suis bien aise de savoir que mon service est si lucratif.

— Je vous remercie, monsieur… Je n’ai pas sujet de me plaindre de ma place, ni de mon maître non plus, répliqua Morgan avec modestie.

— Vous êtes un brave garçon, et je crois que vous m’êtes attaché, et je suis content de voir que vous faites de bonnes affaires. J’espère que vous serez prudent, et que vous n’achèterez ni taverne ni autre maison de ce genre.

— Une taverne, pensa Morgan ; moi, dans une taverne ! Le vieux sot ! Le diable m’emporte, si j’avais dix ans de moins je voudrais siéger au parlement avant ma mort, c’est vrai !… Oh ! non, monsieur, je vous remercie de votre intérêt. Je n’ai aucune idée pareille, monsieur. Et j’ai très-bien placé mes petites économies, monsieur.

— Vous faites un peu l’escompte, n’est-ce pas, Morgan ?

— Oui, monsieur, très-peu. Je… je vous demande pardon, monsieur. Me permettez-vous de vous faire une question ?…

— Parlez, mon garçon, répondit le vieux major très-gracieusement.

— C’est relativement aux billets de sir Francis Clavering, monsieur. Pensez-vous qu’ils soient toujours bons, monsieur ? Est-ce que milady continuera de les payer ?

— Quoi ! auriez-vous déjà fait quelques affaires dans cette partie ?

— Oui, monsieur, un peu, répondit Morgan en baissant les yeux ; et je ne crains pas de vous l’avouer, monsieur (je pense que vous ne vous offenserez pas de la liberté de mes paroles), encore quelques affaires pareilles me mettraient très à mon aise, si le résultat en était aussi avantageux que la dernière fois.

— Eh ! à combien donc s’élève le bénéfice que vous avez fait sur sir Francis ? dites, au nom de Dieu ! demanda le major.

— J’ai gagné dans cette affaire une assez jolie somme, je l’avoue, monsieur. J’avais quelques renseignements à ce sujet, et, ayant fait connaissance avec la famille par votre bonté, j’ai mis le pot au feu, monsieur.

— Vous avez fait quoi ?

— J’ai employé tout mon argent, monsieur, et tout celui que j’ai pu emprunter, à acheter des billets de sir Francis ; et un bon nombre d’entre eux portaient, outre son nom, celui du gentleman qui vient de sortir, Édouard Strong, esquire, monsieur. Je connais naturellement l’explosion qui a eu lieu dans la maison de Grosvenor-Place ; et, comme il m’est permis tout comme à un autre de gagner un peu d’argent, je vous serais très-obligé, monsieur, si vous vouliez bien répondre à cette question : Lady Clavering payera-t-elle encore une fois ? »

Quoique le major Pendennis fût aussi surpris de ce qu’il venait d’apprendre relativement à son serviteur, que si on lui avait dit que Morgan était un marquis déguisé qui allait jeter le masque et prendre son siège dans la chambre des pairs ; et quoiqu’il fût naturellement indigné de l’audace de ce drôle qui avait osé s’enrichir à sa barbe et à son insu, cependant il avait une admiration instinctive pour tout homme qui représentait argent et succès, et il se surprit à respecter Morgan et presque à redouter ce digne personnage, quand la vérité commença à lui apparaître.

« Bien, bien, Morgan, dit-il ; il ne faut pas que je vous demande le chiffre de votre fortune : tant mieux pour vous si vous êtes bien riche, c’est évident. Et si je pouvais vous donner quelque renseignement qui vous fût utile, je m’empresserais de le faire. Franchement, si lady Clavering me demandait conseil, je lui dirais de ne plus payer aucune dette de sir Francis ; mais je crains qu’elle ne continue à les payer… et voilà tout ce que je sais. Vous savez donc que sir Francis recommence sa vie de folie et d’extravagance ?

— Son train habituel, monsieur ; il n’y a pas moyen d’empêcher cela. Il y reviendra toujours.

— M. Strong me disait qu’un certain Moses Abrams était détenteur d’un des billets de sir Francis Clavering. Connaissez-vous cet Abrams, ou le montant du billet ?

— Je ne connais pas le montant du billet, mais je connais fort bien Abrams, monsieur.

— Je voudrais que vous pussiez me renseigner sur ce billet, Morgan, et aussi me dire où je pourrais voir sir Francis Clavering. »

Et Morgan répliqua :

« Merci, monsieur ; oui, monsieur ; je n’y manquerai pas, monsieur. »

Après quoi il sortit de la chambre comme il y était entré, avec son air de respect furtif et de tranquille humilité, laissant le major dans l’étonnement et réfléchissant à ce qu’il venait d’apprendre.

Le lendemain matin, le valet apprit au major Pendennis qu’il avait vu M. Abrams, quel était le montant du billet que ce gentleman désirait négocier, et que le baronnet serait sûrement ce jour-là, à une heure, dans le parloir de derrière de la taverne de la Roue de Fortune.

Sir Francis fut exact à ce rendez-vous. À une heure, il était assis dans le parloir de la taverne en question, entouré de crachoirs, de fauteuils windsor, de lithographies coloriées représentant des boxeurs, des chevaux de course et des marcheurs, au milieu d’une atmosphère encore saturée des âcres senteurs du tabac fumé la veille. Et, tandis que le descendant d’une ancienne race était assis en cet endroit délectable, tenant à la main un vieux numéro du Bell’s life in London, tout souillé de bière, l’élégant major Pendennis entra dans l’appartement.

« Vous voilà donc, mon vieux ? dit le baronnet, pensant que M. Moses Abrams venait d’arriver avec l’argent.

— Comment vous portez-vous, sir Francis Clavering ? J’avais besoin de vous voir, et je vous ai suivi jusqu’ici, » dit le major, à la vue de qui la figure de l’autre pâlit.

Àprésent qu’il avait son adversaire devant lui, le major était déterminé à faire contre lui une attaque vive et soudaine, et il se mit à l’œuvre sur-le-champ.

« Je sais, continua-t-il, quel est l’individu excessivement mal famé pour qui vous m’avez pris, Clavering, et je connais aussi le but qui vous amène ici.

— Cela ne vous regarde pas, n’est-ce pas ? demanda le baronnet d’un air boudeur et suppliant. Pourquoi me suivez-vous ainsi ? Pourquoi prenez-vous ce ton d’autorité ? Pourquoi vous mêlez-vous de mes affaires, major Pendennis ? Est-ce que je vous ai jamais fait du mal, à vous ? Je n’ai jamais eu de votre argent. Et je ne veux pas être tracassé ainsi, ni me soumettre à vos airs dominateurs. Je ne le veux pas, et je ne le souffrirai pas. Si lady Clavering a quelque proposition à me faire, qu’elle la fasse d’une manière régulière et par l’entremise des hommes de loi. J’aime mieux ne pas avoir affaire à vous.

— Je ne viens pas de la part de lady Clavering, dit le major, mais de ma propre part, pour tâcher de vous faire des remontrances et voir s’il est possible de vous préserver de la ruine. Il n’y a qu’un mois que vous avez juré sur l’honneur, en faisant même chercher une Bible pour donner plus de force à votre serment, de ne plus faire ni accepter d’effets, et de vous contenter de la pension que vous paye lady Clavering. Toutes vos dettes ont été payées sous cette condition, et déjà vous ne l’observez plus ; ce M. Abrams a de vous un billet pour soixante livres sterling.

— C’est un vieux billet. Je vous donne ma parole d’honneur la plus sacrée que c’est un vieux billet, s’écria le baronnet.

— Vous l’avez tiré hier et vous l’avez à dessein daté d’il y a trois mois. Morbleu ! Clavering, vous me soulevez le cœur par vos mensonges, je ne puis m’empêcher de vous le dire. Il n’y a pas moyen d’avoir patience avec vous. Vous trompez tout le monde, et vous vous trompez vous-même. J’ai beaucoup d’expérience, et je me vante de connaître les hommes ; mais je n’ai jamais rencontré votre pareil pour la blague. Je crois, pardieu ! que vous préférez le mensonge à la vérité.

— Est-ce que vous êtes venu ici, vieil animal, pour me provoquer à me jeter sur vous et à vous casser la tête ? dit le baronnet en regardant le major d’un œil plein de haine et de venin.

— Comment, monsieur ? s’écria le vieux major, se redressant et saisissant sa canne d’un air si terrible que le baronnet changea aussitôt de ton vis-à-vis de lui.

— Non, non ! dit Clavering piteusement. Je vous demande pardon. Je ne voulais pas me mettre en colère, ni vous dire quelque chose de désagréable ; seulement vous êtes si diablement dur avec moi, major Pendennis ! Que voulez vous donc de moi ? Pourquoi m’avoir ainsi pourchassé ? Voulez-vous aussi tirer de l’argent de moi ? Par Jupiter ! vous savez que je ne possède pas un schelling. »

Et Clavering, selon sa coutume, passa des imprécations aux pleurnichements.

Au ton de son interlocuteur, le major Pendennis vit que Clavering savait son secret entre les mains du major.

« Je n’ai mission de personne ni aucun dessein contre vous, dit Pendennis ; mais je voudrais, s’il n’est pas trop tard, vous sauver, vous et votre famille, d’une ruine complète, car votre infernale insouciance vous a déjà conduit au bord de l’abîme. Je connais votre secret…

— Je ne savais rien quand j’ai épousé cette femme ; je vous jure que je ne l’ai appris que lorsque ce maudit scélérat est venu me le dire lui-même ; et c’est le chagrin qu’il me cause qui me rend si insouciant, Pendennis ; je vous jure que je dis la vérité, s’écria le baronnet en joignant les mains.

— Je connais votre secret depuis l’instant où j’ai vu Amory entrer ivre dans votre salle à manger de Grosvenor-Place. Je n’oublie jamais une figure que j’ai vue une fois. Je me rappelle avoir vu ce gaillard-là à Sydney, parmi les forçats, et il se souvient également de moi. Je connais l’arrêt qui l’a condamné, la date de son mariage, et le bruit qui a couru de sa mort dans le Bocage australien. Je jurerais de son identité. Et je sais que vous n’êtes pas plus le mari de lady Clavering que je ne le suis moi-même. J’ai assez bien gardé votre secret, car je n’ai pas dit à une âme que je le savais, pas même à votre femme. Vous êtes le premier à qui j’en parle.

— Pauvre lady Clavering ! cela lui ferait terriblement de chagrin, gémit sir Francis ; et ce n’est pas ma faute, vous le savez bien, major.

— Plutôt que de souffrir que vous continuiez à la ruiner comme vous faites, je lui dirai tout, Clavering, et je le dirai au monde entier, je vous le jure, à moins que je ne puisse vous faire entendre raison et mettre un frein à votre infernale folie. Par le jeu, par les dettes, par vos extravagances de toutes sortes, vous avez réduit de moitié la fortune de votre femme et celle de ses héritiers légitimes ; remarquez que je dis ses héritiers légitimes. Il faut que cela finisse. Vous ne pouvez vivre ensemble. Vous n’êtes pas en état d’habiter une grande maison comme Clavering, et avant trois ans il ne resterait plus un schelling de toute cette fortune. J’ai décidé ce qu’il faut faire. Vous aurez une pension annuelle de six cents livres sterling, avec laquelle vous irez vivre sur le continent. Vous renoncerez à votre siège au parlement, et vous vous tirerez d’affaire comme vous pourrez. Si vous refusez, je vous donne ma parole d’honneur que je ferai connaître demain le véritable état des choses ; je jurerai de l’identité d’Amory, qui, une fois reconnu, retournera au pays d’où il est venu, et débarrassera ainsi la veuve et de vous et de lui-même. Ainsi votre fils perdra tout droit à la fortune du vieux Snell, laquelle passera tout entière à la fille de votre femme. Est-ce que je ne me fais pas comprendre assez clairement ?

— Vous ne voudriez pas être à ce point cruel pour ce pauvre garçon, Pendennis ? demanda le père d’un ton piteux. Songez un peu à lui, le diable m’emporte ! C’est un gentil garçon, quoiqu’il soit diablement turbulent, je l’avoue ; oui, diablement turbulent.

— C’est vous qui êtes cruel pour lui, répliqua le vieux moraliste. Eh ! monsieur, vous l’auriez ruiné vous-même inévitablement dans trois ans.

— Oui, mais peut-être n’aurai-je pas toujours un si diable de guignon, vous savez. Il faut que la chance varie, et je me corrigerai, pardieu ! je me corrigerai. Et si vous me trahissiez, ma femme serait si désolée ! Vous savez qu’elle le serait ; elle aurait un chagrin infernal.

— D’être débarrassée de vous ? dit le major avec ironie. Vous savez qu’elle ne veut plus vivre avec vous ?

— Mais pourquoi lady Clavering n’irait-elle pas demeurer à l’étranger, ou à Bath, ou à Tunbridge, ou au diable, tandis que je resterais ici ? reprit Clavering. J’aime mieux être ici que sur le continent, et j’aime à siéger au parlement. C’est diablement agréable d’être membre du parlement ! Il reste bien peu de sièges comme le mien, et je ne doute pas, si je le cédais au gouvernement, que l’on ne me donnât quelque île à gouverner ou quelque autre chose non moins diablement avantageuse : car vous savez que je suis un gentilhomme d’une diablement bonne famille, et que mon nom a des armoiries, et… et tout ce qui s’ensuit, major Pendennis. Ne voyez-vous pas, ne pensez-vous pas qu’on me donnerait quelque chose de diablement bon si je jouais bien mes cartes ? Et alors, vous savez, je ferais des économies et je ne serais plus sur le chemin de ce maudit rouge et noir… et… et… de sorte que je préférerais ne pas lâcher mon siège au parlement, ne vous en déplaise. »

Haïr un homme et le braver, et l’instant d’après pleurnicher devant lui, pour être ensuite avec lui sur un pied de confiance et d’amitié parfaite, ce n’était pas chose rare pour notre versatile baronnet.

« Quant à votre siège au parlement, dit le major en rougissant un peu et avec un certain tremblement que l’autre ne remarqua pas, il faut que vous y renonciez, sir Francis Clavering, en… en ma faveur.

— Quoi ! voulez-vous entrer à la chambre, major Pendennis ?

— Non… pas moi ; mais mon neveu Arthur, qui est un garçon de mérite et qui y ferait très-bonne figure. À l’époque où Clavering nommait deux membres, son père aurait pu être l’un d’eux, et… et il me plairait de voir Arthur au parlement, dit le major.

— Le diable m’emporte ! est-ce qu’il sait le secret, lui aussi ? s’écria Clavering.

— Personne ne connaît le secret en dehors de cette chambre, répliqua Pendennis ; et si vous me faites ce plaisir, je retiens ma langue. Sinon, je suis homme de parole, et je ferai ce que j’ai dit.

— Eh bien ! major, dit sir Francis avec un sourire particulièrement humble, ne pourriez-vous pas, vous le meilleur des hommes, me faire avancer le premier trimestre de ma pension ? Vous pouvez tout sur lady Clavering, et je vous jure que je retirerai ce billet d’entre les mains d’Abrams. Le maudit petit gredin, je sais qu’il me met dedans toutes les fois ; et si vous pouviez faire cela pour moi, eh bien ! nous verrions, major.

— Je crois que ce que vous avez de plus sage à faire, c’est d’aller chasser à Clavering en septembre, et d’emmener mon neveu avec vous pour le présenter aux électeurs. Oui, ce sera le meilleur moment. Et nous tâcherons de vous faire avoir votre avance… Arthur pourra bien lui prêter cela, pensait le vieux Pendennis. Peste ! un siège au parlement vaut bien cent cinquante livres sterling… Mais vous comprenez, Clavering, reprit le major, que mon neveu ne sait rien de notre entretien. Vous avez dessein de vous retirer ; Arthur est un homme de Clavering, qui représenterait bien le bourg ; vous le présentez, et vos électeurs votent pour lui. Voilà l’affaire.

— Quand pouvez-vous m’avoir les cent cinquante livres, major ? Quand faudra-t-il que j’aille vous voir ? Serez-vous chez vous ce soir ou demain matin ? Désirez-vous prendre quelque chose ici ? Il y a de l’absinthe qui est diablement bonne. Je bois souvent un verre d’absinthe ; ça vous remet complètement. »

Le vieux major ne voulut rien prendre. Il se leva, et le baronnet l’accompagna jusqu’à la porte de la Roue de Fortune, puis entra au comptoir, où il but un verre de genièvre et d’absinthe avec l’hôtesse. Puis, un gentleman en relation avec les lutteurs, et qui prenait ses repas à la Roue de Fortune, étant entré, sir Francis Clavering se mit à causer avec lui et avec l’hôte des luttes et des nouvelles du sport en général. Enfin arriva M. Moses Abrams avec le produit du billet, duquel produit il avait soustrait une jolie commission pour sa peine. Sir Francis, satisfait d’empocher quelques guinées, offrit un dîner à Greenwich à son honnête ami, et finit ensuite gaiement la journée au Vauxhall.

Cependant le major Pendennis, ayant pris un cab dans Piccadilly, se fit mener à Lamb-Court, Temple, où il s’enferma pour une conversation secrète avec son neveu.

Après leur entretien, les deux Pendennis se séparèrent fort bons amis ; et c’est à la suite de cet entretien, que nous ne rapportons pas, mais dont on devinera facilement le sujet, qu’Arthur tint à Warrington les discours rapportés au chapitre précédent.

Quand un homme est tenté de faire une chose tentante, il sait trouver cent bonnes raisons pour flatter son désir. Arthur se disait qu’il lui plairait fort d’être membre du parlement, qu’il se distinguerait à la chambre, et que peu importait de quel côté il se rangerait, puisqu’il y avait du bien et du mal de chaque côté. Relativement à cela, comme à beaucoup d’autres choses, il se disait qu’il transigerait avec sa conscience, et que le saducéisme était une religion très-commode et très-agréable.

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