CHAPITRE XXXVII.
Comment les gens de Londres se rendirent au duc; et comment, le jour de la naissance du Seigneur, le duc fut fait roi des Anglais, à Londres. — De l’abbaye de la Bataille.
APRÈS avoir poursuivi et massacré les ennemis, le vaillant duc Guillaume revint sur le champ de bataille vers le milieu de la nuit. Le matin du jour du dimanche, ayant fait enlever les dépouilles des ennemis, et ensevelir les corps de ses amis, le duc prit la route qui conduit à Londres; puis il se détourna pour marcher vers la ville de Wallingford, passa le fleuve à un gué, et ordonna à ses légions de dresser leur camp en ce lieu. Il en partit ensuite pour se diriger vers Londres. Les chevaliers qui couraient en avant y étant arrivés, trouvèrent sur une place de la ville un grand nombre de rebelles, qui firent les plus grands efforts pour leur opposer une résistance. Les premiers attaquèrent ceux-ci tout aussitôt, et répandirent un grand deuil dans toute la ville, par la mort de beaucoup de ses enfans et de ses citoyens. Les gens de Londres voyant qu’ils ne pourraient résister plus long-temps, donnèrent des otages, et se soumirent, [p. 229] eux et tout ce qui leur appartenait, au très-noble vainqueur.
Ainsi donc, l’an 1066 de l’Incarnation du Seigneur, le duc des Normands, Guillaume, que notre plume ne saurait assez célébrer, remporta, comme nous venons de le dire, un noble triomphe sur les Anglais. Ensuite, et le jour de la naissance du Seigneur, il fut élu roi par tous les grands, tant Normands qu’Anglais, oint de l’huile sainte par les évêques du royaume, et couronné du diadême royal. Le lieu où l’on avait combattu, ainsi que nous l’avons rapporté, fut appelé et s’appelle encore aujourd’hui le Champ de Bataille. Le roi Guillaume y construisit un monastère en l’honneur de la Sainte-Trinité, y établit des moines de l’ordre de Marmoutier, de Saint-Martin de Tours, et lui conféra en abondance toutes les richesses dont il pouvait avoir besoin, pour l’amour de ceux qui des deux parts étaient tombés morts dans cette affaire.