XXVII
LES ENSEIGNES AU XIXᵉ SIÈCLE
A la fin du Directoire, il y eut comme une renaissance des enseignes, à Paris. Beaucoup de celles qu’on avait mises au grenier, au début de la Révolution et surtout pendant la Terreur, reprenaient leur ancienne place sur les boutiques, sans aucun changement ou avec de légères modifications exigées par l’état social et politique. Ce fut bientôt une mode, une fureur, une folie. On ne souffrait plus qu’une boutique qui avait acquis une clientèle respectable fût dépourvue d’enseigne. Il fallait donc en faire peindre de nouvelles, en toute hâte, et les peintres en lettres, qui venaient de traverser la Révolution, n’y avaient pas gagné du côté de l’art et de l’orthographe. Ces enseignes improvisées, qui semblèrent sortir de terre pour se répandre dans tous les quartiers et toutes les rues, ne faisaient pas honneur à la peinture française, à l’esprit français et à la langue française. C’était un affreux désordre d’enseignes horribles, ou ridicules, de toutes formes et de toutes grandeurs, qui se disputaient le terrain et qui n’obéissaient qu’à la loi du plus fort ou du plus effronté. On avait commencé, pour leur faire place, par effacer l’odieuse inscription: Liberté, Égalité, Fraternité, ou la Mort, qui s’était imposée, comme une épitaphe sépulcrale, sur tous les murs et sur toutes les portes, en guise d’enseigne révolutionnaire.
«Le Consulat, dit M. Amédée Berger, à qui nous laissons la parole, faute de pouvoir mieux dire, le Consulat eut beaucoup à faire pour nettoyer les murailles de Paris, qui s’étaient singulièrement illustrées depuis la Révolution: les reliefs et les massifs se balançaient de plus belle au-dessus des passants alarmés; et en présence des inscriptions les plus grossières, le besoin d’un nouveau Caritidès se faisait de nouveau sentir.» La réforme fut radicale, et une ordonnance de Bureau central du canton de Paris, en date du 1ᵉʳ frimaire an VIII (novembre 1799), obligea tous les boutiquiers à supprimer les enseignes pendantes, à les remplacer par des tableaux incrustés dans les murs, enfin «à corriger dans les enseignes tout ce qui pouvait s’y rencontrer de contraire aux lois, aux mœurs et à la langue française». Pour prévenir tout abus, on devait soumettre d’avance à l’autorité la copie des inscriptions que l’on avait l’intention de placer au-dessus des boutiques, et il était interdit de modifier le texte approuvé par l’administration[279]. Cette intrusion pédantesque de la police dans la liberté des enseignes ne plut pas à tout le monde. «En attendant que l’on s’occupe de la restauration des lettres, disait avec dédain le dramaturge Arnault dans une note de journal, on procède à la correction des enseignes. Nos édiles ont pris, en effet, un arrêté excellent sous plusieurs rapports. Des magistrats qui savent lire ne veulent plus que des écrivains ne sachent pas écrire[280].» On lisait, le 1ᵉʳ décembre 1810, dans le Mercure de France, une autre note, qui doit être de Jouy, puisqu’il l’a intercalée depuis dans son Hermite de la Chaussée d’Antin: «M. Caritidès (personnage des Fâcheux de Molière) voulait, avec raison, qu’on réformât la détestable orthographe des enseignes, et l’on vient de faire droit, en 1810, au placet qu’Éraste fut chargé, par lui, de présenter à Louis XIV, en 1661. Tant de grossières absurdités vont enfin disparaître, et il ne restera plus à désirer aux beaux esprits les plus minutieux que de voir s’établir une sorte d’analogie entre les enseignes et les professions. Ce défaut était moins choquant autrefois qu’il ne l’est aujourd’hui; il y avait quelque raison pour qu’un cordonnier fût à l’Image de saint Crépin, un tabletier au Singe d’ivoire, un marchand de tabac à la Civette. Mais quelle espèce de rapport peut-on établir entre le Masque de fer et des bonnets de coton, entre Jocrisse et un joaillier, la Vestale et une lingère, le Petit Candide et un bureau de loterie, la Bonne foi et un tailleur? Nous ne manquons pas de mauvais plaisants tout prêts à trouver là des sujets d’épigrammes.» L’orgueilleux Étienne de Jouy ne pardonnait pas à la lingère qui lui avait emprunté une scène de son opéra de la Vestale pour en faire une enseigne. «Sous l’Empire, dit Amédée Berger, une révolution s’était opérée dans l’aspect des rues marchandes de Paris: le magasin avait supprimé la vieille boutique, et alors avait commencé une curieuse lutte de façades, d’étalages et d’enseignes. Chacun voulait avoir son enseigne, et un marchand du faubourg Saint-Denis, ne sachant à quel saint se vouer, écrivit au-dessus de sa boutique: A n’importe quoi.» M. Auguste Luchet complète cette description dans un chapitre sur les Magasins de Paris[281], où il étudie la métamorphose de la boutique en magasin: «On perdit deux cents, trois cents aunes d’étoffe en guirlandes d’étalage. On n’eut point d’enseignes, on eut des tableaux, des tableaux à l’huile, peints sur toile, que l’on payait jusqu’à mille écus: luxe inouï, incroyable, qui pendant dix ans donna un aspect fantastique aux rues Saint-Honoré, Saint-Denis, Neuve-des-Petits-Champs, et commença la pompe merveilleuse des boulevards de Paris.»
La monomanie d’enseignes peintes avait pourtant donné lieu à bien des critiques dès l’année 1810; on lisait dans la Chronique du Mercure de France, le 29 décembre de cette année-là: «Les calembours, bannis du théâtre, semblent vouloir se réfugier sur les enseignes. Un marchand gainier, nommé Aymon, a trouvé très spirituel de prendre pour enseigne: Aux Quatre Fils Aymon. Un marchand de tableaux du passage du Panorama, du nom de Pierre Legrand, a fait peindre au-dessus de sa porte le portrait du Czar; au-dessous est écrit: Au Czar, Pierre Legrand, marchand de tableaux. Enfin, un libraire connu a joué sur son nom plus agréablement encore, en l’inscrivant ainsi: A la Sagesse de Charron, libraire. C’est à présent qu’on peut dire avec vérité que l’esprit court les rues; on s’en aperçoit quand on le retrouve dans les salons[282].»
Lady Morgan, ci-devant miss Owenson, qui visitait la France en 1816, a formulé des critiques analogues sur les enseignes de Paris[283]: «Je ne connais véritablement rien de plus amusant, à Paris, que les allusions classiques et les devises sentimentales qu’on trouve dans les enseignes, et l’absurdité de leur application ajoute beaucoup au ridicule de leur effet. Je remarquai au-dessus de la porte d’un boucher, dans la rue Saint-Denis, une enseigne représentant un bouquet d’œillets fanés, avec ces mots: Au Tendre Souvenir. La Tentation de saint Antoine, en relief, est suspendue à côté de la Fille mal gardée, et les Trois Pucelles figurent sur les fenêtres d’un tailleur pour l’armée, qui, pour attirer des pratiques, s’intitule Tailleur civil et militaire, tandis que saint Augustin promet de «reblanchir à neuf les vieilles plumes». L’Ange gardien s’annonce pour «faire des envois à l’étranger», et la Religieuse offre son «magasin de nouveautés, au plus juste prix». Au Bienvenu, au Revenant, aux Bons Enfants, aux Amis de la Paix, sont des enseignes arborées bien souvent pour attirer le chaland. La Belle Hélène et les Trois Sultanes étalent leurs charmes dans tous les quartiers pour séduire les gens et intéresser le goût ou le sentiment du passant imprudent. La morale même est appelée à l’aide du sentiment, et les marchandises les plus chères sont achetées au Gagne-Petit ou mises en vente à la Conscience.» Les observations critiques de Lady Morgan sont moins justes quand elle suppose que les enseignes des boutiques pourront un jour fournir des armoiries aux futurs parvenus; que la noblesse s’élèvera du comptoir à la pairie, et que ces nouveaux mystères héraldiques défieront la sagacité des Œdipes du blason: «Le plus habile généalogiste n’expliquera pas aisément un écusson portant sur champ d’argent une Vache habillée à la mode de 1816, ou sur champ de gueules deux Mandarins se donnant la main en signe de fraternité. Comment devinera-t-on, en voyant ces étranges armoiries, que les ancêtres de la nouvelle noblesse vendaient du bœuf à la mode, à l’enseigne de la Vache parée, rue du Lycée, et des cachemires de l’Inde, à l’enseigne des Deux Magots, rue de Seine?»
En 1825, les enseignes étaient parvenues au plus haut point de leur splendeur et de leur prospérité. Le moment parut bon à Balzac pour faire la nomenclature et la description des plus remarquables, en rassemblant ainsi les matériaux de leur histoire sous la Restauration. Son Petit Dictionnaire critique et anecdotique des Enseignes de Paris, volume in-32, de 160 pages, est devenu fort rare, quoiqu’il ait été tiré et vendu à un grand nombre d’exemplaires. On l’a réimprimé intégralement dans la dernière édition des Œuvres complètes de Balzac. Nous ne jugeons donc pas utile de l’analyser et d’en extraire les passages les plus piquants, après l’avoir souvent cité dans le cours de notre travail. C’est pourtant le répertoire le plus considérable qu’il y ait des enseignes de Paris, en 1826. Il nous a semblé, toutefois, nécessaire et intéressant de donner une simple liste des enseignes qui y sont décrites, et de classer ces enseignes par ordre de profession et de commerce, pour faire ressortir autant que possible les analogies plus ou moins bizarres qui peuvent exister entre les différents corps d’état et leurs enseignes.
Commençons par les marchands de nouveautés, qui, comme Balzac le fait remarquer, ont la plus grande part dans cette longue liste de tableaux d’enseignes.
MAGASINS OU MARCHANDS DE NOUVEAUTÉS.
A l’Assomption, rue Saint-Honoré, nº 375.
Aux Bayadères, boulevard des Italiens, nº 9.
A la Belle Ferronnière, rue du Faubourg-Saint-Antoine.
A la Belle Jardinière, rue de la Lanterne, nº 13.
Aux Bonnes d’Enfants, rue Saint-Honoré, nº 279.
Au Coin de Rue, au coin de la rue des Bons-Enfants.
A la Clochette, place de l’École.
Au Croissant, rue Dauphine, nº 44.
Au Château d’Eau, boulevard Saint-Martin, nº 27.
A la Caravane, rue de Richelieu, nº 82.
Au Chaperon rouge, rue Saint-Honoré, nº 326.
A la Curieuse, rue de la Monnaie, au coin de la rue Baillet.
Au Drapeau libérateur, rue du Petit-Carreau, nº 26.
Au Diable boiteux, rue de la Monnaie, nº 23.
Aux Deux Magots, à l’angle des rues de Seine et de Buci.
Aux Deux Cousines, rue Coquillière.
Aux Dames françaises, rue de Buci, nº 2.
A la Dame du Lac, rue Saint-Martin, nº 257.
A l’Éclipse de 1820.
A la Fille d’honneur, rue de la Monnaie, au coin de la rue Boucher.
A la Frileuse, rue Saint-Denis, nº 370.
Au Gagne-Denier, rue Saint-Antoine, nº 219.
Au Général Foy, rue Poissonnière, nº 44.
Au Grand saint Michel, rue de la Vieille-Bouclerie, nº 9.
A la Fontaine de Jouvence, rue des Moineaux, nº 3.
A Jean Bart, rue Royale, marché Saint-Martin, nº 20.
A Joconde, rue Saint-Denis, nº 191.
Au Lien des Nations, rue du Faubourg-Montmartre, nº 87.
Au Mariage enfantin, rue Sainte-Anne, nº 55.
Au Nœud gordien, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 233.
Au Pauvre Diable, rue Montesquieu, au coin du Passage.
Au Petit Matelot, quai et île Saint-Louis.
A la Petite Jeannette, boulevard des Italiens, nº 3.
Au Polichinel vampire, rue Saint-Martin, en face le Conservatoire.
A Monsieur Pigeon, rue de Seine.
A Pygmalion, rue Saint-Denis, au coin de la rue de la Heaumerie.
A la Pucelle d’Orléans, rue Saint-Honoré.
A Saint-Denis de la Châtre, rue de la Juiverie, nº 21.
Au Serment, rue Saint-Denis, nº 408.
Au Soldat cultivateur, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 77.
Au Soldat laboureur, rue Saint-Denis, nº 110.
Au Solitaire, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 68.
A Valérie, rue Saint-Denis, nº 309.
Au Vampire, rue Saint-Antoine.
Aux Vêpres siciliennes, rue Saint-Denis.
A la Vestale, rue Montmartre, au coin de la rue de Cléry.
Au Zodiaque de Paris, rue du Temple, nº 47.
Combien en reste-t-il aujourd’hui de ces magasins qui ont dû leur renommée et leur vogue à des enseignes habilement peintes, empruntées la plupart à des pièces de théâtre, dont l’immense succès avait coïncidé avec l’ouverture des maisons qu’elles recommandaient au public?
LINGÈRES. A l’Ange gardien, rue Saint-Honoré, nº 359.
A la Baigneuse, rue Montesquieu, nº 5.
A la Bonne Ouvrière, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 1.
Au Frère de la Charité, rue Saint-Denis, nº 171.
A la Négresse, rue Saint-Honoré, nº 285.
Au Paysage, rue Saint-Martin, nº 144.
A la Parisienne, rue Saint-Denis, nº 289.
A la Religieuse, rue Saint-Lazare, nº 72.
A la Somnambule, rue Saint-Honoré, nº 242.
Aux Trois Sultanes, au coin des rues Vivienne et Colbert.
BONNETIERS. A la Barque à Caron, rue du Bac.
Au Bon Fabricant, au coin des rues de la Calandre et de la Barillerie.
Au Bon Henri, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 30.
Au Cotonnier, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 67.
A Monsieur Dumolet, rue Montesquieu.
Au Grand Mogol, rue Saint-Martin, nº 287.
A la Mère de Famille, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 8.
Au Moine saint Martin, marché Saint-Martin.
Au Saint Nom de Jésus, rue Vieille-du-Temple, nº 62.
Au Sabot fourré, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 51.
Au Tableau des Samoïèdes, rue des Deux-Ponts, nº 22.
MAGASINS DE SOIERIES ET D’ÉTOFFES. A la Belle Anglaise, rue Saint-Denis, nº 94.
Au Grand Turc, rue Saint-Honoré, nº 248.
A l’Irlandaise, rue Vivienne, nº 17.
A la Perle, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 35.
A la Reine Mathilde, rue Feydeau, nº 17.
A Jean de Paris, rue du Bac, nº 4.
A la Toison de Cachemire, rue Vivienne, nº 14.
DRAPIERS. Au Bourgmestre de Saardam, rue Saint-Honoré, nº 53.
Au Buste de Henri IV, rue Saint-Honoré, nº 3.
Aux Deux Frères, rue Montesquieu, nº 5.
Aux Deux Edmond, rue Saint-Denis, nº 220.
A l’Invariable, rue Dauphine, près de la rue d’Anjou.
Aux Médecins français, rue Saint-Martin, nº 262.
Aux Montagnes russes, rue Neuve-des-Petits-Champs, au coin du Perron.
MERCIERS. A la Barbe bleue, rue du Four-Saint-Germain, près l’Abbaye.
Aux Décorations françaises, rue Saint-Denis, nº 8.
A la Fileuse, rue Saint-Denis, nº 80.
A la Gasconne, rue Saint-Honoré, nº 21.
A la Lilliputienne, rue Montmartre, nº 104.
A l’Oiseau bleu, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 69.
A la Pèlerine, rue Saint-Honoré, nº 275.
Au Petit Petro, rue Saint-Denis, nº 150.
A la Villageoise, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 27.
FOURREURS. Au Grand Hercule, rue des Fourreurs, nº 18.
Au Manteau d’Hermine, rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, nº 17.
Au Renard, rue des Fourreurs, nº 19.
Au Roi de Danemarck, rue Saint-Honoré, nº 213.
MARCHAND DE TULLES. Au Roi d’Angleterre, rue Vivienne, nº 11.
MARCHANDE DE MODES. A la Glaneuse, Palais-Royal, galerie de bois, nº 225.
BOUTIQUES DE CORSETS. Aux Deux Sœurs, boulevard des Panoramas, nº 13.
A Ninon, boulevard Poissonnière, nº 14.
PLUMASSIERS. A l’Autruche, rue Saint-Denis, nº 354.
Au Lever de l’Aurore, rue Saint-Denis, nº 293.
TAILLEURS. Au Triomphe de Trajan, rue de Richelieu, nº 72.
Au Roi de Cœur, rue du Temple.
CHAPELIERS. Aux Architectes canadiens, rue Dauphine, nº 3.
Au Chapeau sans pareil, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 11.
A l’Ermite de la chaussée d’Antin, rue Caumartin, au coin de la rue Neuve-des-Mathurins.
A l’Observateur des Modes, boulevard des Italiens, nº 11.
Aux Véritables Chasseurs canadiens, rue Dauphine, nº 63.
CORDONNIERS, BOTTIERS. A la Belle Indécise, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 33.
A la Botte sans couture, Palais-Royal, galerie de pierre.
A l’Hortensia, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 15.
A la Pantoufle verte, rue de Richelieu, en face le Théâtre-Français.
A Saint Crépin, rue Saint-Honoré, nº 242.
COIFFEURS. A Absalon, rue Basse, Porte Saint-Denis, nº 8.
Au Savant Perruquier, rue Saint-Jacques, nº 121.
Aux Templiers, rue Feydeau, nº 16.
A la Toilette Psyché, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nº 5.
BIJOUTIERS. A la Belle Anglaise, Palais-Royal, nº 156.
Au Cheval indien, Palais-Royal, galerie de pierre, nº 146.
A la Juste Balance, rue Saint-Martin, nº 196.
Au Mouton blanc, quai Lepelletier, nº 10.
Aux Trois Agneaux d’Or, quai Lepelletier, nº 5.
BIJOUX FAUX. A l’Écrin, rue Notre-Dame-de-Nazareth, nº 15.
QUINCAILLIERS. A Charles VII, rue de l’École-de-médecine, nº 35.
Au Cheval d’Or, rue Saint-Denis, nº 371.
A l’Espérance, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 11.
A la Flotte d’Angleterre, rue de la Barillerie, nº 5.
Aux Forges de Vulcain, au coin de la rue de la Barillerie et du Marché aux fleurs.
Au Pilote, rue de Seine, nº 79.
Au Vaisseau marchand, rue Saint-Martin, nº 186.
ORNEMENTS D’ÉGLISE. A Fénelon.
ARMURIER. Au Faisceau, rue de Richelieu, nº 64.
SELLIERS. Au Courrier français, rue de Grenelle-Saint-Honoré, nº 63.
Aux Jockeis, boulevard Montmartre, nº 14.
Aux Courses de Newmarket, boulevard de la Madeleine, nº 15.
A la Renommée, rue du Bac, nº 28.
EPINGLIER. Au Désir de la France, la Paix, rue Saint-Denis, nº 298.
OPTICIEN. A la Longue vue, place des Victoires.
BUREAU DE LOTERIE. A la Clef du bonheur, rue de Richelieu, nº 87.
PAPIERS PEINTS. Au Comédien d’Étampes, rue de Grenelle-Saint-Germain, nº 5.
Aux Deux Chinois, boulevard Saint-Martin, nº 8.
Aux Deux Indiens, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 47.
Aux Innocents, boulevard Bonne-Nouvelle, nº 7.
Aux Orientaux, boulevard des Italiens, nº 15[284].
Aux Quatre Saisons, rue Saint-Denis, nº 126.
MARCHANDS DE MEUBLES. A la Borne d’Or, Faubourg-Saint-Antoine, nº 20.
Au Griffon, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 26.
FAÏENCIERS. Aux Chiens de fayence, rue du Petit-Lion Saint-Sulpice, nº 22.
Au Désespoir de Jocrisse, rue du Bac, nº 33.
Au Petit Poucet, rue Montfaucon, nº 4.
CHAUDRONNIER. Au Mouton d’Or, rue de Saintonge, nº 8.
LAMPISTE. A la Lampe merveilleuse, rue Vendôme, nº 25.
TOURNEUR SUR MÉTAUX. A la Tête d’Archimède, rue de Ménilmontant, nº 54.
TEINTURIER. Au Grand saint Maurice, quai du Marché-Palu.
BANDAGISTE. A la Culotte, rue du Four-Saint-Germain, nº 55.
AUBERGISTE. A la Conquête de la Toison d’or, rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 66.
OISELIER. A l’Arche de Noé, boulevard du Temple, nº 47.
MARCHAND DE CHIENS. Au Chien fidèle, boulevard des Italiens, au coin de la rue de la Grange-Batelière.
HORLOGER EN BOIS. Au Petit Moulin à vent, rue des Coquilles, nº 10.
MARCHAND DE PARAPLUIES. A l’Ombrelle à Jocko, rue de la Chaussée-d’Antin, nº 4.
IMPRIMEUR. A la Presse royale, rue Saint-Denis, nº 317.
CARTIER. Au Roi Salomon, rue Sainte-Anne, nº 39.
SAGES-FEMMES. A l’Accouchée, rue Jean-Jacques-Rousseau, nº 23.
A la Fortune des Enfants, rue de Buci, nº 2.
PHARMACIENS. Au Mortier d’Or, rue des Lombards.
Au Polygone, rue du Four-Saint-Germain, nº 37.
PARFUMEUR. A la Belle Athénienne, rue Saint-Honoré, nº 198.
DÉBITS DE TABAC. Aux Bons Bretons, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, nº 13.
A la Civette, rue Saint-Honoré, au coin de la galerie de Nemours.
A la Carotte d’Or, quai Saint-Michel, nº 44.
Au Diable à quatre, rue Saint-Denis, nº 381.
Au Fumeur sans pareil, rue du Temple, nº 61.
GRAINETIERS. Au Capousta ou Chou de Sibérie, boulevard des Capucines, nº 13.
A la Renommée des bonnes semences, rue de Sèvres, nº 1.
BOULANGER. A la Providence, rue du Faubourg-Saint-Honoré, nº 40.
ÉPICIERS. Aux Trois Maures, rue de la Harpe, nº 27.
A la Truie qui file, marché aux Poirées, nº 24.
A la Providence, rue d’Enfer, au coin de la rue Saint-Dominique.
SOUDE ET POTASSE. A la Dame Jeanne, rue Boucherat, nº 10.
DISTILLATEUR. A la Maison gothique, rue Saint-Martin, nº 40.
ESTAMINETS. Au Jardin des Épiciers, Faubourg-Saint-Denis.
Au Jardin de l’Écu, même rue.
Au Jardin du Cheval blanc, même rue.
CHARCUTIERS. Au Grand saint Antoine, Porte Saint-Denis.
A la Hure d’Or, rue des Boucheries-Saint-Germain, nº 5.
A l’Homme de la roche de Lyon, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 5.
A Ypsilanti, rue du Gros-Caillou, nº 27.
MARCHANDS DE COMESTIBLES. Au Bon Vivant, rue de Richelieu, nº 15.
Aux Deux Perdrix rouges, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 13.
Aux Deux Gastronomes, boulevard Poissonnière, nº 9.
Au Gourmand, Palais-Royal, galerie du Lycée.
Au Pique-Assiette, rue du Bac, nº 15.
A Sainte Geneviève, place de la Pointe-Saint-Eustache, nº 2.
CONFISEURS. A la Belle Angélique, boulevard des Italiens, nº 23.
A la Belle Marraine, boulevard du Temple, nº 47.
Au Cacaotier, boulevard des Italiens, nº 20.
Au Chat noir, rue Saint-Denis, au coin de la rue de La Reynie.
Au Chocolatier, passage de l’Ancre.
Au Fidèle Berger, rue des Lombards.
A la Fidélité, rue de la Paix, nº 5.
Au Paradis terrestre, rue Montorgueil, nº 21.
A la Petite Gourmande, rue Neuve-Saint-Augustin, nº 13.
Aux Petites Danaïdes, boulevard Saint-Martin, nº 57.
A Vert-Vert, rue Neuve-des-Petits-Champs, nº 91.
RESTAURATEURS. A l’Amiral Coligny, rue Béthisy, nº 18.
Au Bœuf à la Mode, rue du Lycée, près du Palais-Royal.
Au Banquet d’Anacréon, boulevard Saint-Martin, nº 53.
Au Cadran bleu, boulevard du Temple, au coin de la rue Charlot.
Au Capucin, rue des Fossés-du-Temple, au coin de la rue d’Angoulême.
A la Flotte de commerce, rue Saint-Denis, nº 271.
Au Réveil-Matin, rue des Cordiers, nº 9.
Au Veau qui tette, rue de la Vrillière, place du Châtelet.
MARCHANDS DE VIN. A la Bonne Fontaine, rue de Charonne, nº 1.
Aux Bons Enfants, place de Grève, nº 2.
Au Cocher, quai des Célestins.
Aux Contents, place du Palais-de-Justice, nº 8.
A la Côte d’Or, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 86.
Au Cardinal, rue Vieille-du-Temple, nº 94.
A l’Épi scié, boulevard du Temple, nº 4.
A la Fontaine de l’Éléphant, rue Saint-Antoine, au coin de la rue du Petit-Musc.
Au Grenadier français, rue de la Ferme, nº 7.
Au Jocko de la Montagne, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, nº 33.
Au Lion d’Or, rue Saint-Denis, nº 371.
Au Mât de Cocagne, rue du Maure, nº 44.
Au Mont Blanc, rue Saint-Lazare, en face de la rue de la Chaussée-d’Antin.
A la Partie de chasse de Henri IV, rue de Saintonge, au coin du boulevard.
Au Père Noé, rue Mandar, nº 6.
Au Port Saint-Paul, rue des Barrés, nº 4.
A la Porte Saint-Honoré.
A la Pucelle d’Orléans, rue du Faubourg-Saint-Martin, nº 3.
A la Renommée de la Bonne Friture, rue de Charonne, nº 4.
Au Rocher, rue Basse-Saint-Denis, nº 22.
Au Roi Clovis, rue Descartes, au coin de la rue Saint-Victor.
Au Tambour-Major, rue du Faubourg-Saint-Denis, nº 36.
Au Temple de Bacchus, rue d’Ulm, nº 4.
Aux Trois Lurons, rue Bourbon-Villeneuve, nº 18.
Aux Vignes de Tonnerre, rue Saint-Jacques, nº 145.
A Xantippe, rue de l’Oursine, nº 294.
Cette nomenclature, classée par ordre systématique, des plus notables enseignes de Paris en 1826, permettra d’établir les rapports plus ou moins éloignés qui existaient entre le sujet de l’enseigne et le commerce du marchand qui l’avait choisi. Un très petit nombre de ces enseignes était antérieur à la Révolution; quelques-unes dataient du Directoire. Souvent le titre de l’enseigne ne donnait aucune idée du sujet représenté: ainsi l’Invariable était Atlas portant le globe du monde; la Dame Jeanne n’était qu’une cruche de
[Illustration]
grès, destinée à contenir de l’eau de Javelle; la Belle Indécise laissait flotter son indécision entre deux paires de souliers; le Réveil-Matin était tout simplement un coq annonçant le point du jour; la Belle Angélique, pour faire un rébus digne d’un confiseur, attendait Médor à côté d’un beau pied d’angélique, qui ne figure pas dans le poème de l’Arioste; le Lien des Nations, c’était le commerce qui réunissait des marchands venus des quatre parties du monde; les Architectes canadiens, c’étaient des castors construisant leur habitation aquatique; le Bon Fabricant, c’était un capucin tissant au métier une paire de bas. Quant aux enseignes des magasins de nouveautés, ces enseignes, les plus belles, les mieux peintes et les plus agréables à voir, n’offraient aucune analogie avec le genre de commerce qu’elles recommandaient aux chalands, puisqu’elles étaient empruntées la plupart à des pièces de théâtre qui avaient eu la vogue et dont le souvenir n’était pas encore effacé.
Balzac n’a pas manqué de signaler, dans son Petit Dictionnaire, celles de ces enseignes qui se distinguaient par un mérite d’exécution artistique et qui pouvaient être considérées comme de bons tableaux décoratifs. L’Assomption passait pour une véritable peinture de maître: on la laissait couverte d’un rideau, lorsqu’on croyait devoir la préserver des intempéries de l’air, soit de la pluie, soit du soleil. Le Banquet d’Anacréon n’avait aucun caractère d’imitation de l’art antique, mais les femmes qui entouraient le vieux poète de Téos étaient représentées avec tout l’éclat du coloris de l’école de Girodet et semblaient avoir été peintes, à moitié ivres, d’après nature, dans un souper au Rocher de Cancale. La Barque à Caron était une très bonne toile, où l’on reconnaissait aussi le pinceau d’un élève de Girodet. L’enseigne des Bayadères offrait un groupe gracieux de trois jolies personnes, que l’artiste avait très habilement costumées à l’orientale. L’enseigne du Château d’Eau était un charmant paysage qui avait peut-être figuré au Salon et qui dans tous les cas y eût été remarqué. L’enseigne du Général Foy exposait un portrait fort ressemblant de l’illustre orateur que le parti libéral avait perdu l’année précédente. Quant aux Forges de Vulcain, c’était «un beau tableau d’enseigne, dit Balzac; la figure de Vulcain ne manque ni d’expression ni de chaleur.» Le Grand saint Michel était une copie convenable du chef-d’œuvre de Raphaël, que les jeunes peintres ne se lassaient pas de copier au musée du Louvre, et le Soldat laboureur pouvait passer pour une ingénieuse réminiscence d’un tableau de Vigneron, reproduit partout en gravure, en lithographie, et même en peinture de devant de cheminée.
Cinq ans avant la publication du Petit Dictionnaire des Enseignes, Dufey de l’Yonne[285] avait donné une assez triste idée de celles qu’on voyait alors dans les faubourgs de Paris. «La réforme, disait-il, qui s’opère depuis quelques années dans le choix et l’exécution des sujets d’enseigne, ne s’est pas encore étendue au faubourg Saint-Antoine. On n’y trouve pas même le facile mérite de la variété. Les Têtes noires et les Boules blanches y sont souvent répétées, et il doit en résulter de singuliers quiproquos pour les marchands qui se sont partagé l’honneur d’en bigarrer leurs boutiques. Il n’y a pas de quartier où les enseignes soient plus multipliées. Elles présentent parfois d’assez bizarres rapprochements: j’ai vu au-dessus du tableau d’une sage-femme un Ours dansant.» Dufey s’étonne plus loin de rencontrer, dans la même rue du Faubourg-Saint-Antoine, nº 11, un magasin de bustes et de figures en pied, coloriés, ayant pour enseigne: Au Grand Frédéric. «Ces figures coloriées, dit-il, pourraient être fort prisées à Berlin, mais j’aime à retrouver le goût français dans l’atelier du nº 7; point de couleur sur les plâtres; un meilleur choix dans les objets exposés en montre, et pour enseigne: Au Rendez-vous des artistes.»
[Illustration: AU COQ HARDI]
La rue Saint-Antoine avait sa Truie qui file, sculptée en relief, comme celle du marché aux Poirées, mais à cette époque, paraît-il, rehaussée d’or et de couleurs. «Quel est, disait Dufey, ce grand écusson, tout éclatant de dorure, qui décore un magasin, à main gauche, en descendant la rue Saint-Antoine? J’approche, et je distingue la Truie qui file[286]. C’est l’enseigne la plus riche et la plus bizarre de ce quartier. Les monstruosités ont été longtemps à la mode pour les sujets d’enseigne.»
On essaya alors de revenir aux enseignes sculptées, statuettes ou bas-reliefs, dans le genre du Pêcheur, du Galant Jardinier et du Coq hardi, qui décorent encore trois boutiques du quai de la Mégisserie; comme celles du Saint Michel, de l’Homme armé et de l’Arbre sec, qui avaient donné leur nom à des rues. On voit paraître successivement le Nègre, du boulevard Saint-Martin, et le Chinois, de la rue Lafayette, dont les abdomens renferment des horloges, et, plus tard, le Vélocipède, du boulevard de Sébastopol. Mais les enseignes peintes gardèrent longtemps la préférence. «Cette fureur, dit Amédée Berger[287], dura jusqu’à 1830 et au delà; on changea d’enseigne selon la vogue du moment, et les héros de la mode, les lions du jour, virent tous leur image reproduite sur les murailles de la ville. Les Montagnes russes, Jocko, Cadet Roussel, Jocrisse, la Girafe, firent fureur tour à tour, et chaque marchand les adopta. C’est de cette époque (l’Empire et la Restauration) que datent les enseignes artistiques et théâtrales, qui, prenant le titre des tableaux célèbres et des pièces applaudies, reproduisirent les scènes fameuses et retracèrent le costume et jusqu’aux traits des artistes aimés du public. L’opéra, la tragédie, le drame, le vaudeville, le roman, toute notre littérature, en un mot, sont représentés dans cette immense galerie, qui n’a fait que s’accroître, chaque jour, depuis le commencement du siècle.» De ce temps-là aussi date l’enseigne du Grand Condé, de la rue de Seine, au coin de l’ancienne rue des Boucheries, aujourd’hui absorbée par le boulevard Saint-Germain, enseigne qui va disparaître à son tour.
Les causes principales qui amenèrent la décadence des enseignes en tableaux peints furent l’augmentation prodigieuse du nombre des omnibus et des voitures de toute sorte; puis les révolutions de la rue, 1830, 1832, 1848, etc. Les enseignes n’avaient pas été ménagées dans ces commotions révolutionnaires, qui, dans l’espace de dix-huit ans, avaient si souvent changé les rues en champ de bataille.
[Illustration]
Beaucoup d’enseignes avaient été mutilées par les balles, et l’émeute populaire s’était acharnée sur quelques-unes, dans lesquelles on voulait détruire les emblèmes et les souvenirs de la royauté déchue. C’était une dépense assez forte à supporter, que de faire restaurer une belle enseigne ou de la remplacer par une nouvelle. Aussi bien, le passage des lourdes voitures, omnibus, chariots et messageries, dans les rues étroites, affectées au commerce, empêchait les passants de s’arrêter pour regarder les enseignes; c’eût été s’exposer à se faire écraser dans un moment de distraction et d’imprudence. On jugea, d’ailleurs, que le public qui va dans un magasin qu’il connaît, ne songe pas à en admirer l’enseigne. Il y avait économie bien entendue à supprimer une dépense inutile, en renonçant à ces enseignes coûteuses, qui ne produisaient pas autant d’effet sur la vente des marchandises qu’une simple annonce de journal. On vit encore quelques nouvelles enseignes peintes, de véritables tableaux, comme celle des Mystères de Paris, dont nous parlions tout à l’heure, ou bien des enseignes excentriques, comme celle d’un tailleur de la rue des Petits-Champs, qui avait figuré les lettres de son nom avec des os de mort, attirer, occuper un instant les flâneurs; mais le nombre des enseignes allait diminuant, et la plupart des marchands finirent par se persuader que le titre seul de l’enseigne, sans aucune représentation peinte ou plastique, suffisait pour accompagner l’adresse d’une boutique en lui servant de raison commerciale, et la recommander aux clients qui avaient été satisfaits de leurs achats.