‹ Histoire d’un dictionnaire latinChapitre 2 sur 22 · 02

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La clef du mystère ne devait pas tarder à m’être donnée ; les enfants sont bavards, et mon Paul avait la langue bien pendue. Ce fut toutefois le papa qui entama la conversation en cheminant vers le logis :

« Alors, ce garçon-là, c’est le fameux « Cafardeau » ?

« Alors, ce garçon-là, c’est le fameux Cafardeau ? »

— Oui, papa, Philippon, dit Cafardeau, parce qu’il est cafard !

— Il n’a pas une bonne physionomie, remarqua le père ; est-ce qu’il t’en veut toujours ?

— Mais oui, plus que jamais, et je t’assure, papa, que ce n’est pas ma faute : j’ai tout fait pour nous remettre bien ensemble… Je crois que ce qu’il m’a le moins pardonné, ce n’est pas tant de l’avoir « rossé » (excusez, chers lecteurs, je rapporte le mot de Paul, si peu académique qu’il soit), ce n’est pas de l’avoir « rossé », mais d’avoir, en le faisant, attiré l’attention des camarades, qui l’ont « conspué »… il fallait voir…

— Il tapait un petit, n’est-ce pas ?

— Oui, papa, au moment du goûter, pour lui prendre sa tablette de chocolat… Quand j’ai vu ça, tu comprends… ça n’a pas été long… je suis tombé dessus !

— C’est bien, mon Paul ; fais-toi toujours le défenseur des faibles, sans être batailleur pour cela… Mais il me semble que Cafardeau est plus fort que toi,… passablement plus grand……

— C’est vrai ; mais le petit m’a aidé : il a repris courage quand il m’a vu venir à son secours… et à nous deux, nous l’avons bien arrangé, le Cafardeau !

— Le petit devait être content.

— Oh ! oui… Il m’a offert la moitié de son chocolat.

— Tu l’as acceptée ?

— Oh ! papa !… est-ce que les services se payent ?… Oui, mais voilà la fin, le bouquet… Le « pion » avait entendu la querelle, il a demandé ce que c’était ; — moi, je n’ai rien répondu… faut pas moucharder… Mais le petit, lui, il ne sait pas… il a tout conté au maître, et Cafardeau a eu deux heures de consigne pour avoir battu un petit… Puis, ce n’est pas tout, les autres « types » de ma division, externes surveillés, comme moi, étaient arrivés au bruit, Régnier, Planchon, Bocquet, tous…

— Pour te secourir ?

— Oh ! je n’avais pas besoin d’eux, fit Paul fièrement, c’était fini… Non, mais quand ils ont vu comme Cafardeau était lâche, au lieu de le siffler, on l’a applaudi à tout rompre : « Bravo, Cafardeau ! bravo, Cafardeau ! » et depuis on ne l’appelle plus que le chevalier Cafardeau, l’illustrissime Cafardeau ! Il voit bien qu’on se moque de lui, et il m’en veut ; il me pousse du coude quand il me rencontre. L’autre jour il a cherché à me faire tomber… Je fais semblant de ne pas m’en apercevoir, mais le jour où il m’ennuiera trop… »

« Bravo, Cafardeau ! »

Paul n’acheva pas sa phrase, pourtant je compris à son geste qu’il serait tout prêt à se mesurer de nouveau avec son ennemi.

Bravoure bien inutile : l’élève Cafardeau n’était pas garçon à attaquer en face, loyalement, franchement, ce vaillant petit homme-là !

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