‹ Idées religieuses et sociales de l’Inde ancienneChapitre 2 sur 8 · II. · L’HOMME.

II. · L’HOMME.

Sur l’homme, en général, le Sabhâ nous fournit peu d’indications nouvelles, en voici quelques-unes cependant.

Un jour qu’Indra donnait une audience solennelle, beaucoup de Ṛṣis se rendirent à l’assemblée. Le poète observe que les uns étaient nés sans mères et d’autres avaient eu des mères, sans autre explication. La glose est muette. Notez qu’il ne s’agit pas de Ṛṣis célestes, par opposition aux Ṛṣis terrestres, attendu que les Dieux secondaires, comme les hommes, naissent de pères et de mères. Si donc on pouvait naître sans mère, on pouvait, probablement aussi, naître sans père, et n’avoir que l’un ou l’autre, sinon manquer des deux. D’autre part, ne pas avoir de fils était le malheur suprême. Çiçupâla disait à Bhîṣma pour le décider à rompre son vœu de célibat et se marier :

« Adoration, offrande, étude [des Livres-Saints], sacrifices, accompagnés de dakṣîṇas : tout cela n’égale pas la seizième partie de ce que l’on obtient par la naissance d’un fils. Les mérites acquis, ô Bhiṣma, par des vœux et des jeûnes innombrables demeurent stériles, si l’on n’a pas de fils ».

Cette doctrine, qui paraît ici pour la première fois, dans le Mahâbhârata, deviendra de plus en plus commune. Elle donnera naissance à l’enfer Put, le partage de ceux qui meurent sans progéniture masculine, et au nom sous lequel on désignera désormais un fils : « libérateur du Put put-tra ou putra ». Le fils sauve de l’enfer mais non de la mort qui est inévitable, le Parvan nous l’a appris.

Vâsudeva disait :

« Nous ignorons quand viendra la mort, si ce sera le jour ou la nuit. Nous n’avons pas entendu dire qu’il suffisait de ne pas affronter les hasards de la guerre pour devenir immortel ».

Par conséquent, il ne faut pas craindre un sort que l’on ne peut éviter, mais accomplir son devoir, coûte que coûte. Celui qui parle ainsi, c’est Viṣṇu incarné, Vâsudeva ou Kṛṣṇa.

Dans Homère Sarpédon dit à Glaucus pour le décider à combattre au premier rang :

« Mon ami, si nous devions, en fuyant le combat, nous dérober par là-même à la vieillesse et à la mort, moi tout le premier j’éviterais la mêlée et je ne te pousserais pas à la guerre qui procure la renommée, mais puisque les Parques nous menacent de la mort de dix mille façons, et qu’il est impossible au mortel de les fuir, de leur échapper, en avant ! nous serons pour d’autres une occasion de gloire [s’ils nous tuent], ou d’autres le seront pour nous [si nous les tuons] ».

Toutefois l’on ne meurt que sur l’ordre de Dieu, et seulement à l’heure marquée par lui, le Dhâtar, l’Ordonnateur.

Kunti, désolée à la pensée de vivre séparée de ses fils et de Draupadî, sa belle-fille, disait en pleurant : « Tout ce qui vit devant finir, pourquoi Dhâtar ne commande-t-il pas à la mort de me frapper ? »

Tels sont les traits généraux que le Sabhâ nous donne de l’homme. Comme, de plus, il ne nous dit rien de particulier, touchant le Brahmane, nous passons sans autre préambule au Kṣatriya.

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