Des exercices de tir
Il est telle grande ville du Midi — pour prendre le premier exemple que j’ai sous les yeux — où certains services publics sont entièrement entre les mains des Blancs qui, ouvriers pendant une partie de la journée, ONT SOUS LA MAIN LEURS ARMES ET LEURS UNIFORMES, et sont tout prêts à répondre à l’appel de leurs chefs reconnus.
Partout, dépôts d’armes. Certaines usines ont embauché un certain pourcentage de soldats blancs en disponibilité momentanée et ces ouvriers temporaires prennent leurs salaires aux vrais travailleurs français et étrangers, en attendant de marcher contre eux au premier signal.
Aux usines Schneider, travaille tout un escadron de wrangéliens : les restes du 9e régiment de dragons de Kazan.
On lit dans La Sentinelle, journal de provocateurs blancs, un appel pour l’organisation militaire des ouvriers blancs de l’usine de Rives (Isère). Ces blancs ont leurs écoles, leurs cours de préparation militaire, leurs clubs, leurs coopératives. Ils ont une Académie militaire où, au dire de Miller lui-même, on ne peut suffire aux demandes et où on éduque 10.000 officiers blancs (chiffre également donné par Miller). Des cours militaires quotidiens sont faits par tout un ensemble varié de professeurs techniques, rue Mademoiselle, rue du Colisée, rue Michelet. Les éventuels fusilleurs du peuple russe ou du peuple français S’EXERCENT JOURNELLEMENT AU TIR, rue d’Alembert. En Seine-et-Oise, les ouvriers blancs d’une usine font, le dimanche, des exercices de tir sur le champ de tir de l’armée française. A Grenoble, tirs militaires publics. Dans les Alpes-Maritimes émissions de T.S.F..
Cela ne se passe pas seulement en France, je le répète. Après la débâcle de Wrangel, 40.000 wrangéliens s’étaient installés dans les pays balkaniques, beaucoup restant en uniforme et en service. J’en ai vu de mes yeux, dans la rue de Belgrade — et ils avouaient hautement qu’ils étaient là non seulement pour faire la guerre à la Russie, mais pour mater la canaille et empêcher le prolétariat serbe et bulgare de réussir ce que le prolétariat russe avait réussi dans l’ex-empire des tsars. Depuis, leur situation s’est perfectionnée. C’est 100.000 hommes qu’il faut compter, armés et équipés dans les Balkans et en Tchécoslovaquie.
Autres centres, notamment à Shanghaï, à Tien-Tsin, à Kharbine, au Japon : section d’Oural-Amour, cadres à Kobé, cadres à Formose, cadres à l’île de Hokaïdo. Et le général Dieterichs, le sous-ordre de Miller, fait des appels de fonds à la Banque Franco-Chinoise de Shanghaï. Le général Smirnovski et l’officier de marine Dmitrievski travaillent dans les ambassades françaises dans les pays Baltes et collaborent au service du contre-espionnage. En Finlande, le fils du sénateur Belgardt, en Esthonie, le général Boyevn, en Lettonie, l’officier de marine Podolkine, centralisent le travail de l’organisation militaire blanche. A New-York vient de se former dans le même but la Société de Pierre-le-Grand, dirigée par Martynov, ancien directeur du Bureau politique de la police de Moscou. N’oublions pas qu’il y a des organisations militaires blanches jusque dans l’Australie et l’Amérique du Sud. N’oublions pas non plus que 8.000 gardes blancs servent dans la légion étrangère, au Maroc et en Indochine.
Comment cet Etat dans l’Etat, cette police supplémentaire, cette police de réserve, n’aurait-elle pas d’accointance avec les polices nationales, ou plutôt la police internationale ? (car qui peut ignorer aujourd’hui que la besogne politique est la grande affaire de la police, que ce soit le Service des Renseignements Généraux, l’Okhrana bulgare, la Sigouranizaroumaine ; la Défensive polonaise). Mais il ne s’agit pas de conjectures et de suppositions. Poursuivons et venons aux faits.
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