‹ Jacques et MarieChapitre 46 sur 67 · Chapitre 19

Chapitre 19

Deux jours s’étaient écoulés depuis qu’il languissait dans son cachot, mais il n’avait pu les compter ; dans l’obscurité complète où il se trouvait plongé, il croyait que c’était une longue nuit qui passait. Il entendait toujours les pas pesants et réguliers des soldats qui marchaient au-dessus de lui, et c’étaient les seules sensations qu’il recevait du monde extérieur.

Aussitôt après son incarcération, la fatigue, l’épuisement, le poids de ses fers, l’accablement de son âme l’avaient couché sur la terre de sa prison, et un sommeil dont il ne put calculer la durée s’appesantit sur lui.

Rien, peut-être, n’anéantit l’homme malheureux comme la privation complète des rayons de cette lumière qui vivifie et embellit tout dans la nature, et qui, dans l’absence de toutes les autres jouissances de la vie, sert au moins à compter les heures qui passent et approchent de la délivrance. Cette existence de sépulcre qui étiole les plantes et pâlit les fleurs fait encore entrer ses ombres jusque dans l’âme humaine ; et avec ces ténèbres, l’oubli, le silence, le mépris !… oh ! que cela fait horreur aux abords du trépas, quand on a tant aimé la vie !

Il appela donc de tous ses désirs le jour de l’exécution ; il demanda au ciel comme un bienfait de mourir par les armes, sous des regards humains, en regardant encore son village.

Dieu ne voulut pas lui refuser cette unique consolation.

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