‹ Jacques et MarieChapitre 48 sur 67 · Chapitre 21

Chapitre 21

En se retrouvant dans les ténèbres et le silence, Jacques éprouva quelque satisfaction d’être délivré de la présence de ces hommes détestés, dont la vue apportait toujours le trouble dans son âme, en soulevant l’orage assoupi de ses passions.

— Il me reste au moins une pensée consolante, se dit-il, après s’être remis un peu de ses émotions ; je vais être bientôt délivré de l’étreinte de ces monstres ; la mort va me tirer de ce trou,**va briser ces fers !… C’est demain le 9 septembre, c’est le dernier de mes tristes jours !…

Puis il se mit à réfléchir profondément sur cet acte final du drame de sa vie.

Un jour !… c’était bien peu pour oublier tout le mal que les hommes lui avaient fait, et pour se préparer à mourir comme le Christ a enseigné aux hommes à le faire ; pour se disposer seul, sans le secours du prêtre, sans les consolations de la religion, à prononcer les paroles d’adieu, mais surtout celles du pardon… Mais en se rappelant les promesses de celui qui fut le précepteur et le modèle, et qui a dit : « Bienheureux ceux qui souffrent, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui sont persécutés », il sentit une douce espérance ; car il avait bien rempli toutes ces tâches des déshérités de la terre, et il les avait remplies avec courage ; il pensa donc qu’en apportant avec résignation cette offrande, qui résumait tout le travail de sa vie, au Dieu juste et bon, il mériterait bien une part du repos et des béatitudes du paradis. Il fit donc des efforts pour ramener dans son cœur la charité et la prière. Il passa des heures entières à genoux, attendant que tout ressentiment s’éteignît en lui. Mais c’était chose difficile dans une organisation capable d’élans si impétueux.

Cependant, le ciel eut pitié de cet homme qui priait avec droiture de cœur, courbé sous ses chaînes, au fond de son cachot, et Jacques sentit enfin cette douceur infinie de la grâce qui élève un être au-dessus des injustices et des vengeances de notre monde, et lui communique, au seuil de la vie, cette vertu de l’amour et du pardon qui commence l’éternité du ciel.

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