XV - La prédiction.
Les dernières paroles du comte Henri de Belcamp avaient produit sur l’assemblée une impression étrange. Le vieux marquis souriait en auditeur expert qui devine une romanesque aventure, le gros du cercle, hommes et femmes, rapprochait ses siéges et redoublait d’attention ; la jolie Germaine était émue et rougissante, Jeanne avait les yeux baissés et une pâleur mortelle couvrait ses joues.
On eût dit que l’émotion trop forte lui étreignait le cœur et qu’elle était sur le point de se trouver mal.
Le regard du comte Henri se tourna vers elle. Il fit une pause encore.
– Eh bien ! dit M. de Belcamp, qui était cette apparition angélique ?
– Oh ! monsieur le comte, supplia Germaine, ne nous faites pas languir.
Henri lui adressa un sourire et reprit d’un accent rêveur :
– C’est pour ce qui va suivre, mesdames, que j’ai entamé cette histoire, à voyage plus ou moins curieux au travers du désert australien, et cette vulgaire bataille de deux hommes bien armés contre un essaim de sauvages tout nus, ne m’aurait point paru digne de fixer votre attention…
– Peste !… fit le marquis ; c’est donc bien intéressant ce qui va suivre !
– Je me réserve de demander à monsieur le comte, remarqua ici M. Morin du Reposoir, qui était un amateur de chasse, à quelle espèce appartiennent proprement les chiens de ces barbares.
– Bien des pardons ! l’interrompit sévèrement la première adjointe. Fidèle, vous nous coupez le fil de cette intéressante narration !
– Il y a un tableau à faire, dit Férandeau, avec les deux hommes qui descendent pendant que ces coquins les attendent en bas.
– L’histoire ! L’histoire ! ordonna Germaine, pétulante comme la curiosité.
Jeanne appuyait sa tête charmante contre sa main.
– Je n’avais jamais entendu la voix de cette jeune fille, poursuivit le comte fleuri, et cependant j’eus cette sensation douce et consolante qu’on éprouve après la longue absence en reconnaissant une voix chère. La jeune fille était assise dans une bergère à quelques pas de mon lit et placée de telle sorte que le jour, entrant par la fenêtre, laissait le plein de son visage dans l’ombre et brillantait, au contraire, les lignes admirablement pures de son profil perdu. C’était à cause de cette position sans doute que je ne l’avais pas tout d’abord aperçue, car mes yeux étaient faibles et restaient éblouis en s’ouvrant pour la première fois sur le grand jour d’une matinée de soleil. Je les refermai pour abriter mon regard blessé dans la nuit et je revis ces profils angéliques au travers de mes paupières closes.
– Balcomb ?… demandai-je : est-il mort ?
– M. Percy-Balcomb, me répondit une douce voix, s’est embarqué hier sur un navire hollandais et fait voile maintenant vers les Etats-Unis d’Amérique.
– C’est vous qui l’avez sauvé, miss ?
– C’est mon père… Mais il ne vous est pas encore permis de parler… Mon père est médecin, et il a bien recommandé le calme. Pour vous épargner la fatigue de m’interroger, je vais vous dire tout ce que vous pouvez avoir envie de savoir…
Elle s’était levée. Sa taille était plus gracieuse encore que son visage. Elle rejeta ce flot de mousseline qui naguère était autour d’elle comme un nuage. C’était tout uniment le voile qui l’avait protégée, cette nuit, contre la fraicheur : elle m’avait veillé. Une fois débarrassée de cette draperie légère, elle m’apparut ce qu’elle était, une simple fille de l’Allemagne, ce pays où s’est écoulée la meilleure et la plus heureuse part de ma jeunesse.
– Vous êtes donc aussi bonne que belle… murmurai-je en allemand.
Elle rougit de plaisir.
– Oui, oui, dit-elle en souriant, nous avons beau apprendre l’anglais, on nous reconnait toujours à notre accent de la forêt de Thuringe… Nous causerons en allemand plus tard… Vos blessures ne sont pas dangereuses en elles-mêmes ; mais les noirs trempent la pointe de leurs épieux dans le suc de je ne sais qu’elle plante qui gonfle et enflamme les chairs, sans cela, vous seriez déjà guéri… Vous êtes dans la maison du docteur Schwartz de Saalfeld, qui s’est ruiné là-bas à bâtir un hôpital et qui est venu ici refaire sa fortune. Je suis sa fille ; j’ai dix-sept ans et j’ai nom Georgelle… J’ai un fiancé, qui viendra bientôt nous rejoindre, qui est de votre âge et qui vous ressemble… Mon père a cru que c’était vous… Maintenant, je vais vous apprendre comment il se fait que vous ayez eu du secours dans cette solitude où vous deviez mourir. Et ce sera tout : vous reposerez après cela… Depuis le matin, nous apercevions une grande colonne de fumée dans le bois, vers le nord-ouest. Nos bergers et nos gardiens de huttes ont tous dit que c’étaient les noirs. Mon père ne veut pas que l’on inquiète les noirs, qui sont, à son sens, les maîtres légitimes du pays… Cependant, vers la brune, le conducteur de notre gros bétail nous fit savoir qu’il avait entendu un coup de feu sous bois, vers le grand coude de la rivière. Il y a des malheureux qui sont plus à craindre que les noirs, ce sont les bushrangers, comme ils appellent ici les convicts évadés. Mon père décida qu’une reconnaissance serait poussée jusqu’au coude de la rivière. Je montai à cheval comme les autres, car je ne quitte jamais mon père, et nous partîmes à la nuit close. En approchant des hauts bois, nous crûmes entendre un coup de feu au lointain. Le vent qui nous frappait au visage apportait une odeur d’incendie. Nous avions cinq hommes bien armés ; mon père ordonna de presser le pas. Au coude de la rivière, le vent nous apporta des bruits vagues, puis quatre coups de feu distinctement espacés. Nous prîmes le galop : nous étions alors sous le haut bois, et rien ne gênait notre marche. Seulement, les bruits, cessèrent tout à coup complétement ; nous perdîmes du temps à chercher notre direction, et par malheur nous passâmes la rivière. Nous étions sur l’autre bord quand une lueur soudaine illumina la forêt à mille pas de nous tout au plus, et presque aussitôt après un bruit de luttes nous arriva. Il fallut retourner au gué. Mon père et son intendant, avec deux domestiques, mirent leurs chevaux au galop et firent une décharge qui dispersa les noirs, dont l’habitude est de ne jamais soutenir une attaque. Vous étiez, évanoui au pied de l’arbre, et votre ami Balcomb pleurait, disant que vous étiez mort… Voilà, ce matin, le dix-septième jour depuis votre arrivée dans notre maison ; vous avez eu la fièvre d’empoisonnement… M. Balcomb n’a voulu partir qu’après avoir reçu de mon père l’assurance que vous étiez sauvé… Il y a de cela quatre jours : vous n’avez plus ni fièvre, ni délire, ni rien qu’une faiblesse extrême et capable de vous tuer à la moindre imprudence… Dormez maintenant et soyez sage.
Elle s’éloigna de mon lit et s’assit auprès de la fenêtre avec un livre.
L’effort que j’avais fait pour suivre son récit me laissait épuisé. Je n’éprouvais point le désir d’interroger. A vrai dire, je ne me sentais aucun besoin ni aucune souffrance. Je ne saurais exprimer le crépuscule troublé de ma pensée. Je comprenais, mais l’événement auquel je devais mon salut m’apparaissait dans une brume confuse, et je cherchais à y retrouver surtout mes propres souvenirs qui essayaient de renaître. Cette tête de jeune fille que j’avais vue penchée au-dessus de mon agonie.
C’était bien, Georgelle… Et comment dire les subtilités de l’esprit à ces heures où précisément l’esprit engourdi et trop faibles s’effarouche du moindre travail ?
J’avais une idée fixe ; elle m’avait dit : j’ai un fiancé qui vous ressemble…
Cela me frappait de façon à mettre tout le reste dans l’ombre.
Cela me frappait parce que, moi aussi, j’avais une fiancée qui lui ressemblait…
Personne ne me connaît ici, pas même mon bien-aimé père. Il faut que je m’explique moi-même comme une énigme vivante et parlante, qui dirait son propre moi. Ma jeunesse aventureuse et studieuse avait eu quelques folles intrigues peut-être, jamais d’amour.
Et il y avait en moi un ardent, un immense besoin d’amour.
Quelle était donc cette fiancée que j’avais à mon insu, et qui ressemblait à Georgelle ?
Quel nom donner à ce souvenir menteur qui s’abusait lui-même et qui trouvait dans le passé un de ces mirages qui appartiennent d’ordinaire exclusivement à l’avenir ?
Je n’avais pas de fiancée. Je n’avais rencontré en ma vie aucune femme qui m’eût inspiré la pensée d’une tendresse sans fin et d’une indissoluble union. Comment Georgelle pouvait-elle être le reflet d’une lueur qui ne s’était pas allumée ? L’écho d’un son que je n’avais pas entendu ?
Je vous supplie de me suivre dans l’histoire de ce sentiment bizarre et charmant qui sera, je le sens bien, l’histoire de toute ma vie ; et dont la naissance eut lieu sur ce lit d’agonie, dans les ténèbres mêmes de ma pensée et dans l’inertie de mon cœur. Dieu me parlait, je vous l’affirme ; il y avait là quelque chose qui n’était pas seulement incompréhensible, mais qui était surnaturel.
Car ce n’était pas une folie de fiévreux : j’étais calme ; ce n’était pas un retour de mon délire : au travers de ces espaces voilés où nageait ma pauvre intelligence, je suivais ma route tranquillement et je souriais avec un plaisir recueilli au mensonge de ma mémoire.
J’avais une fiancée qui ressemblait à Georgelle, comme Georgelle avait un fiancé qui me ressemblait. Sans cela, Georgelle et moi nous nous serions aimés.
C’était le sort : Nous étions séparés par un double amour ; barrière infranchissable, mais transparente comme serait un rempart de cristal, nos cœurs étaient tout près de se toucher, et il y avait entre eux un abîme.
Moi, qui aurais eu peine, en ce moment, à suivre la conversation d’un enfant, j’errais d’un esprit sûr et sans fatigue dans le labyrinthe de ces subtilités. Je comprenais mon roman incompréhensible ; je me disais : voici l’étrange mystère de la fraternité des âmes ; ma fiancée et moi, elle et son fiancé, nous ne sommes qu’un seul couple…
– Et qu’arriva-t-il, fils ? demanda le vieux marquis non sans quelque impatience.
– Oh ! je vous en prie, laissez dire ! murmura la douce voix de Jeanne.
Elle était blanche et belle comme un lis. A la racine de ses cheveux, tout autour de son front, et jusqu’à ses tempes, il y avait des perles de sueur.
– Laissez dire, laissez dire ! répéta Germaine enthousiaste ; moi, je comprends très-bien tout cela !
– J’aimais mieux les sauvages, murmura Férandeau.
– Vieux ! ajouta-t-il en s’adressant à Laurent, viens-tu faire une partie de billard ?
Laurent le repoussa d’un geste brusque.
– Il n’arriva rien, mon père, répondit le comte Henri qui semblait en proie à une émotion extraordinaire, – car un rêve n’est rien ; selon l’opinion commune… et cependant c’est à ce rêve que je dois d’avoir revu ma patrie et d’être en ce moment près de vous.
Je m’endormis sans perdre la perception des objets qui m’entouraient, ou plutôt le songe que j’eus me rendit la perception distincte de ces mêmes objets. C’était en quelque sorte la réalité même. J’étais couché sur mon lit, j’avais la tête tournée vers la fenêtre, et je voyais les feuilles qui tremblaient à la brise ; jetant aux rideaux leurs petites ombres mobiles. Je respirais le parfum des fleurs. Georgelle lisait.
Georgelle avait les cheveux noirs. Je n’ai rencontré encore qu’un seul visage de femme qui eût la même douceur sereine et le même charme, naïf reflet de la jeunesse angélique. Ses yeux étaient noirs aussi et baignés dans ces belles langueurs de la virginité. Elle déposa son livre et me regarda dans l’âme. Je me levai et j’allai me mettre à ses genoux.
– Est-ce qu’elle est morte ? lui demandai-je.
Je parlais de celle qui lui ressemblait. Elle secoua sa tête rêveuse et souriante.
– Pourquoi l’ai-je oubliée ? demandai-je encore.
Ses lèvres ne remuèrent point, et cependant j’entendis sa voix qui me disait :
– Elle n’est pas née encore pour vous.
– Alors, qu’y a-t-il en moi, Georgelle ?
– Il y a la mémoire de l’avenir…
Ces mots avaient pour moi une signification aussi précise et aussi simple que les paroles de la conversation usuelle.
J’acceptais ce non sens et je me disais : C’est vrai, je me souviens de l’avenir.
– Et lui ? murmurai-je.
– Jamais je ne l’ai vu, me répondit-elle avec son sourire tout imprégné de ferme certitude ; mais je l’attends. Il viendra à moi comme vous devez aller à elle.
Elle ferma son livre. Ses deux mains s’appuyèrent sur mes épaules, tandis que mes deux coudes étaient sur ses genoux. Nous nous regardions dans l’âme.
– Je le vois, me dit-elle enfin, d’une voix si basse que j’eus peine à l’entendre ; je le vois au travers de vous.
Je ne répondis pas, mais c’est que tout mon être s’engourdissait dans un charme inexprimable. Moi aussi, je la voyais – l’autre, ma fiancée, – en elle et au travers d’elle : la même beauté plus transparente et parée de je ne sais quel attrait supérieur… Mon image, reflétée dans les mêmes yeux qui n’étaient plus noirs, mais teints de l’azur du ciel… le même sourire qui semblait, murmurer mon nom dans un baiser…
Il y avait un homme assis près de mon lit à mon réveil, et Georgelle n’était plus dans ma chambre. L’homme était un Allemand d’un âge mûr, à la physionomie douce, intelligente et respectable. Un air de famille très-prononcé me dit que c’était le père de Georgelle. Quand j’ouvris les yeux ; il me tâta le pouls.
– Allons, allons, me dit-il, tout va bien. Vous êtes revenu de loin, mon cher hôte, et je m’avançais beaucoup quand j’ai affirmé à votre ami Balcomb que vous étiez hors de danger… Le poison de ces malheureux nègres n’est pas bien violent, mais vous l’aviez absorbé par cinq blessures… Vous pouvez manger un peu si vous vous sentez de l’appétit… et je vous permets de causer avec ma pauvre Georgelle.
Ce dernier mot fut prononce de cet accent triste et tendre qui, dans la bouche d’un père, fait l’aveu d’une crainte mortelle ou d’une profonde douleur.
Mon regard l’interrogeait. Il baissa les yeux et reprit tout bas :
– Vous a-t-elle parlé de son fiancé ?…
– Oui, répondis-je.
Et je n’ajoutai rien, parce que je voyais une larme trembler au bord de sa paupière.
– Mon cher hôte, reprit-il en affermissant sa voix, sur tout autre sujet c’est une intelligence vive et limpide, un esprit précis, un bon sens exquis.
Il s’arrêta. Puis ses lèvres tremblèrent pendant qu’il ajoutait :
– Devinez-vous ?
– Se pourrait-il ?… murmurai-je, car je devinais en effet.
– Au point de vue du monde, continua M. Schwartz, ce n’est pas tout à fait la folie, car il suffirait d’accepter le fait comme réel et de faire croire aux étrangers, par exemple, que nous attendons d’Allemagne un jeune homme qui est le fiancé de ma fille pour qu’il fût impossible au regard le plus perçant de pénétrer le secret de sa maladie, mais au point de vue médical nul doute n’est permis : c’est un cas d’aliénation mentale.
Il y eut dans mes veines une sensation de froid et mon cerveau me fit mal.
– La folie n’est pas une affection contagieuse… pensai-je tout haut.
– Vous a-t-elle dit aussi que vous ressembliez à son fiancé ! me demanda M. Schwartz avec hésitation.
Je n’aurais pas su définir le regard qu’il jeta sur moi en me faisant cette question.
– Elle m’a dit cela, en effet, répondis-je.
Un mot vint jusqu’à ses lèvres, mais il détourna les yeux et resta muet.
– Quand vous connaîtrez mieux ce cœur d’élite, poursuivit-il après un silence, quand vous aurez apprécié l’exquise loyauté de cette âme…
Il s’arrêta encore.
– Je n’ai qu’elle, monsieur, reprit-il brusquement ; j’ai perdu sa mère… J’adorais sa mère… Si je connaissais un homme qui possédât le pouvoir de la guérir, je donnerais tout à cet homme, ma fortune et mon sang.
Un bruit léger se fit à la porte, Georgelle rentra ; elle avait l’air heureux ; elle était tout émue.
– Je viens de recevoir des nouvelles, dit-elle en se jetant au cou de son père.
M. Schwartz la pressa contre son cœur et lui demanda doucement :
– Quelles nouvelles, mon enfant chérie ?
– Il est débarqué à Sydney, répondit Georgelle ; nous ne tarderons pas à le voir.
Le pauvre père détourna la tête et leva les yeux au ciel.
Je restai seul. Pendant que M. Schwartz me parlait, j’avais eu peur ; un doute aigu s’était glissé en moi. Je m’étais fait cette question au-dedans de moi-même : Ne suis-je pas fou, moi aussi ?
Chez moi, les symptômes éprouvés dataient de quelques heures seulement, mais ils étaient les mêmes. Ma situation mentale ressemblait exactement à celle de cette pauvre et charmante Georgelle.
Entre toutes les punitions de Dieu, la folie est, selon moi, la plus cruelle. Je me réfugiai en frémissant dans l’espoir que mes symptômes, à moi, appartenaient à mon état de santé, au trouble survivant à ma fièvre, à ma convalescence à peine commencée. Je torturai mon esprit à trouver des différences entre moi et Georgelle ; mais plus je faisais d’efforts et mieux j’arrivais à un résultat d’assimilation complète. Georgelle était folle, parce qu’elle avait créé dans son imagination un être, – un fiancé, – qui me ressemblait : comment pouvais-je n’être pas fou, puisque je me créais également un être – une fiancée, qui ressemblait à Georgelle ?
Chose singulière, à mesure que ma raison, car j’avais ma raison, quoi que vous puissiez penser, à mesure, dis-je, que ma raison affermissait en moi ces conséquences logiques, et par suite me renvoyait devant le tribunal de ma conscience sous accusation de folie, je devenais plus calme, ma terreur s’apaisait. Je m’étonnai bientôt d’avoir eu peur.
Il y a une autre manière de trancher ces questions. Je la saisis avidement, et je pense que tous les fous doivent la saisir de même. Qu’y a-t-il entre le fou et le sage, dans l’opinion du fou, sinon l’abus de la raison du plus fort ? Le fou se croit sage et croit par conséquent fous les gens qui le taxent de folie. Je me dis, prenant un moyen terme qui absolvait l’un sans condamner l’autre : M. Schwartz se trompe : il ne comprend pas sa fille.
Conclusion naturelle : Je ne suis pas fou, puisque Georgelle n’est pas folle.
Et je me replongeai avec d’incomparables délices tout au fond de mon rêve. J’en fis un poëme ardent et brillant. J’élevai un temple à mon idole et je l’adorai sur un autel.
Je ne l’appelais pas Georgelle ; je ne lui donnais pas de nom.
Georgelle vint, accompagnant le valet qui m’apportait mon léger repas. Quand nous fûmes seuls, je lui dis :
– J’ai rêvé de vous.
– Je le sais, me répondit-elle. Je m’étais endormie sur mon livre, parce que voilà plusieurs nuits que je passe près de vous sans sommeil. Vous êtes venu vous agenouiller près de moi, et vous l’avez vue : moi, je le voyais…
Je restai stupéfait.
– Et qui vous a donné les nouvelles dont vous avez parlé à votre père ? demandai-je.
– La prière… Quand je prie bien, je le vois.
J’eus toute cette nuit un sommeil paisible et véritablement réparateur. Le lendemain matin, M. Schwartz vint me visiter, et me dit :
– Sur dix-sept nuits, Georgelle en a passé onze près de vous… Elle croit aimer en vous son fantôme : qu’importe la façon dont on aime ?… Je pense que vous pourriez la guérir en l’épousant.
Comme je ne répondais pas, il ajouta :
– Ma famille est honorable ; je suis docteur-médecin ; dans deux ans je serai un homme riche ; je lui donnerai tout et je ne garderai pour moi que mon diplôme.
– M. Schwartz, lui répondis-je, vous m’avez sauvé la vie et j’ai pour votre fille une affection toute fraternelle. Consultez-la : quoi qu’elle décide, je suis prêt.
Il m’embrassa et je l’entendis murmurer :
– Votre ami Balcomb m’avait dit ce que vous aviez fait pour lui… sans cela je n’aurais pas osé…
Il ajouta :
– Soyez généreux jusqu’au bout. C’est vous seul qui pouvez l’obtenir d’elle-même.
J’obéis. Quelques minutes après, serrant la main de Georgelle entre les miennes, je lui demandai si elle voulait être ma femme. Elle me regarda d’un air stupéfait et me retira sa main. Puis, souriant tout à coup et me donnant son front à baiser :
– Mon père me croit folle… murmura-t-elle. Je comprends tout et je vous remercie : vous êtes meilleur que moi.
A dater de ce moment, elle eut pour moi les libres caresses d’une sœur.
M. Schwartz écouta en pleurant le récit que je lui fis de cette scène. Il me quitta désespéré. Ces agitations étaient trop violentes pour ma faiblesse. Vers le milieu de cette nuit, j’eus un accès de fièvre à la suite duquel je m’assoupis. Je vis Georgette au chevet de mon lit. Elle me disait :
– Regardez du côté de la France.
De tous les pays de l’Europe, la France est celui que j’ai vu le moins, peut-être, car les années laborieuses et joyeuses de ma jeunesse se sont écoulées en Ecosse, en Allemagne, en Italie ; et cependant je n’ai pu entendre le nom de la France sans avoir une émotion dans le cœur. Je regardai du côté de la France, pour répéter l’expression de ma pauvre Georgelle. Je vis une rivière tranquille coulant dans une riante vallée et baignant des prairies qui bordaient comme une frange un paradis de moissons, de parterres et d’ombrages. Il y avait un château qui dominait la vallée. Je vis un vieillard, et c’était vous, mon bien-aimé père ; vous teniez Georgelle par la main. Georgelle m’appelait en souriant ; votre regard me la montrait et me disait : Viens chez nous, ton bonheur est avec nous.
– Eh bien, fils ! s’écria le vieux marquis en essayant de rire, car il était surpris cette fois et presque honteux de son émotion, – ces nuages où tu nous promènes valent mieux qu’ils n’en ont l’air en définitive… Nous te chercherons ta Georgelle…
– Etait-ce donc Georgelle ?… murmura Germaine.
Jeanne n’aurait pas osé faire cette question, elle qui était bien plus brave que Germaine ; mais elle retint son souffle pour écouter mieux la réponse.
Le comte Henri avait les yeux baissés. Il répliqua lentement après un silence :
– Non, ce n’était pas Georgelle.
– Mesdames, s’interrompit-il en changeant de ton brusquement, je restai trois semaines encore chez le docteur Schwartz. Quelques jours avant mon départ, j’eus fantaisie de revoir le lieu où Balcomb et moi nous avions été si près de trouver un tombeau. Pour la première fois le docteur me permettait de monter à cheval ; il voulut m’accompagner, Georgelle fut de la partie. Nous nous assîmes sur le tronc géant du gommier, couché tout de son long sur le sable. Il y avait tout alentour des ossements déjà blanchis. Au moment où j’achevais l’histoire de notre captivité aérienne, montrant du doigt la branche même dont l’épaule m’avait servi de lit, Georgelle me toucha le bras et me dit :
– Le voilà !
M. Schwartz serra mon autre bras avec un sourire triste.
– Le voilà ! répéta Georgelle en se levant. Il entre à la maison. Venez le recevoir, mon père.
Il fallut lui obéir, car elle venait de sauter en selle et son sein battait violemment.
A moitié, route, nous rencontrâmes un valet qui s’écria dès qu’il nous aperçut :
– Il y a un étranger !
Le docteur Schwartz me regarda stupéfait.
Nous rentrâmes ; un voyageur attendait au parloir. M. Schwartz resta immobile sur le seuil. Le voyageur avait mon âge, ma taille, mes traits… Georgelle alla vers lui et le conduisit vers son père en le tenant par la main. Il n’y avait aucun mystérieux concert entre eux, je l’affirme, car l’étonnement de l’étranger égalait et dépassait le nôtre.
– Vous ne me connaissez pas meinherr, dit-il. Je viens d’Allemagne, et je suis votre cousin. Mon père, Léopold Reibar, de Leipzig, est mort ruiné. En mourant, il m’a dit d’aller vers vous. Je suis fort et courageux. Faites que je vive chez vous de mon travail.
Georgelle se jeta au cou de son père, et lui dit dans un baiser :
– Je ne suis pas folle, je n’ai jamais été folle. Répondez-lui : Vous êtes le bien-venu ; rien de plus, rien de moins. Il faut qu’il soit ici comme Jacob chez Laban, et qu’il gagne sa femme… comme votre femme vous gagnera, Henri, ajouta-t-elle en m’enveloppant d’un radieux sourire.
Le comte Henri se tut. Robert, qui venait de se glisser parmi les auditeurs parla bas à l’oreille de Laurent et celui-ci se leva pour le suivre à l’écart. Germaine et Jeanne se trouvèrent ainsi l’une près de l’autre ; leurs regards se rencontrèrent puis se baissèrent : Germaine était toute rose et Jeanne pâlissait.
Lady Frances était assise au dernier rang et à demi cachée, par une touffe de lilas.
Férandeau frappa des deux mains les épaules dodues des deux Bondon en criant :
– Qui fait une partie en vingt-quatre ?
Les deux Bondon, éveillés en sursaut, promenèrent à la ronde leurs gros yeux ébahis.
– Voyons, fils, dit le marquis en riant, j’aime beaucoup ta demoiselle allemande et même son cousin de Leipzig, voilà un dénoûment : Ils sont mariés, ces deux-là… mais toi ?… Au risque de commettre une grande indiscrétion, je te demande, au nom de ces dames, laquelle d’entre elles va être obligée de te gagner ?…
Car, ajouta-t-il en s’inclinant à la ronde, la prophétie du rêve est positive. C’est moi qui ai dû présenter à mon fils sa mystique fiancée… Or, toutes les dames que j’ai présentées à M. le comte se trouvent ici réunies : ma bonne Suzanne, ma jolie Jeanne, mon lutin de Germaine, Mlle Chaumeron… Les autres sont pourvues.
– Excepté lady Frances Elphinstone, objecta Férandeau.
Le marquis se leva en sursaut et s’écria.
– Se peut-il que nous ayons négligé si longtemps la reine de notre réunion !… où donc étiez-vous, belle dame ?
Il offrit son bras galamment à Frances, en ajoutant :
– Messieurs de l’orchestre, à vos instruments, s’il vous plait, milady daigne m’accorder sa main pour la première contredanse.
Selon sa constante habitude depuis qu’il était au château, Henri fut le cavalier de Suzanne Temple ; ils quittèrent les premiers le salon de verdure pour prendre la belle allée de tilleuls qui remontait vers la maison.
– Miss Temple, demanda Henri, n’avez-vous rien remarqué dans mon récit ?
– Est-ce un roman ? murmura Suzanne.
– C’est une histoire, mais qui contient, comme toutes les histoires, une certaine somme de roman… Je l’ai racontée pour vous, miss Temple.
– Pour moi ! répéta Suzanne étonnée.
– Vous ne savez, madame, ni tout ce que vous me devez déjà, ni tout ce que vous me devrez dans l’avenir, prononça tout bas le jeune comte au moment où Pierre ouvrait devant lui à deux battants les portes du salon. Richard Thompson aura bientôt besoin d’un asile peut-être… mon père et tous ceux qui sont ici attendent désormais un hôte qui s’appellera Percy-Balcomb, et dont vous auriez pu reconnaître le portrait.
– Richard n’a jamais été condamné comme ce Percy-Balcoal ! dit Suzanne.
– Mon histoire est une prédiction plus encore qu’un récit, miss Temple, répondit Henri doucement. Je peux beaucoup, mais pas assez cependant pour prévenir les erreurs de la justice humaine.
Il salua. Frances et le marquis de Belcamp venaient d’entrer. On pouvait voir par la fenêtre les différents groupes traversant la pelouse. Le regard perçant et rapide d’Henri distingua à l’entrée des bosquets Robert et Laurent qui causaient à l’écart. Robert semblait parler avec chaleur à Laurent, qui l’écoutait pâle, la tête baissée et les sourcils froncés. Le comte Henri eut un sourire.
A Miremont tout le monde dansait, y compris Bien-des-Pardons et la tante Touchard. Les deux Bondon avaient appris péniblement une phrase tout entière au sujet de la danse. Tous les dimanches, ils s’écriaient ensemble au moment où l’orchestre préludait :
– La danse était connue des anciens comme un exercice agréable et salutaire…
L’orchestre se composait du clavecin, contemporain de la jeunesse de Mozart, et d’un violon. Le clavecin était malade d’une extinction de voix, mais le violon vous avait un son qui suffisait pour deux. Les hommes du violon étaient Férandeau, qui jouait tout ce qu’on voulait ; Bondon de gauche, lequel s’était mis dans les doigts et dans la tête, à coups de marteau, une chose qu’il appelait son quadrille, et Don Juan Besnard, prétentieux balourd, capable de tout, même de pizzicater comme Paganini.
Le clavecin était dévolu autrefois à Mme Célestin toute seule ; mais l’arrivée de Suzanne, qui était réellement musicienne, l’avait rejetée dans l’ombre. Férandeau, près de Suzanne, se comportait comme il faut. Il y avait autour de miss Temple comme un cercle magique qui arrêtait les hardiesses de l’élève de David. Dès que miss Temple était en jeu, Férandeau devenait doux comme un agneau. Il avait l’instinct artistique très-réellement développé, et, sauf la peinture d’histoire qu’il comprenait drôlement, il eût pu faire toutes sortes de choses ; sa voix était bonne et très-juste : Suzanne aimait l’entendre chanter.
La garniture Bondon avait trois façons d’opérer : quand elle faisait orchestre, Mme Célestin, assise au clavecin, avait d’un côté Florian avec son violon, de l’autre côté le Bondon époux qui battait à faux la mesure. Quand la garniture dansait, Mme Célestin se partageait en deux parties égales : l’été appartenait à Bondon de droite, la poule à Bondon de gauche, la pastourelle encore à Bondon légitime, le chassé-croisé à Bondon bagatelle. Enfin, quand madame Célestin, prenant un grand parti, valsait avec Don Juan Besnard, ses deux Bondon mélancoliques s’asseyaient des deux côtés de sa chaise vide et veillaient, chacun avec fidélité, sur une moitié de son mouchoir de poche.
Férandeau et Suzanne étaient à l’orchestre. Robert entrait avec Laurent, et tous deux allaient vers le coin souriant où Jeanne était assise entre Germaine et la tante. Les invitations se faisaient. M. Potel avait obtenu la main de Bien-des-Pardons. Don Juan Besnard, revenu au bercail, sollicitait celle de Mademoiselle. Tandis que les deux Bondon faisaient faction, autour de leur commun trésor.
– Docteur ! s’écria le vieux marquis à son fils, qui s’appuyait rêveur au marbre de la haute cheminée, une consultation, s’il vous plaît ? Milady veut notre belle petite Jeanne pour son vis-à-vis ; Jeanne peut-elle danser ?
– Nous sommes déjà bien fatiguée… commença la tante.
– Une seule contredanse, pour ne pas refuser milady, interrompit Henri, et je la danserai avec mademoiselle Jeanne.
Il prit la main tremblante et froide de la jeune fille. Robert et Laurent échangèrent un regard. Germaine ne voulut pas danser.
Violon et clavecin attaquèrent le quadrille. Pendant les trois premières figures, Robert et Laurent, postés dans une embrasure, épièrent en vain la physionomie et la contenance d’Henri. C’est à peine s’il échangeait quelques paroles avec Jeanne, dont il dirigeait et soutenait le pas avec une sollicitude sérieuse.
A la fin de la troisième figure, le comte Henri dit à voix basse :
– Celle à qui j’ai donné le nom de Georgelle s’appelait Jeanne comme vous.
La main de Jeanne, qui s’était réchauffée dans la sienne, devint froide comme du marbre.
Au commencement de la quatrième figure, le comte Henri ajouta :
– Je n’ai pas dit tout mon rêve.
Elle leva sur lui son regard ; il murmura :
– Dans mon rêve, je sauvais du feu et de l’eau celle que je dois aimer toute ma vie…
Elle était si pâle qu’il tendit les bras pour la soutenir, – mais elle souriait.
En la ramenant à sa place, il ne prononça plus une parole, et, tout de suite après, il alla s’asseoir auprès de lady Elphinstone.
– Etes-vous contente de moi ? lui demanda-t-elle.
– Vous êtes une enchanteresse, répondit le jeune comte dont les regards restaient fixés sur Jeanne malgré lui. Vous aime-t-il déjà ?
– Jugez-en : dans quatre jours il doit m’enlever.
– Vous enlever ? répéta Henri qui ne put s’empêcher de sourire.
Lady Frances montra toutes ses belles dents blanches, en lui rendant son sourire le plus joyeux.
– Peut-il me laisser ici, dit-elle, puisqu’il retourne à Paris étudier le droit ?
– C’est juste, répliqua le jeune comte. Et vous plaira-t-il de le suivre ?
– Me faites-vous cette question-là sérieusement, Henri ?
– Ce qui intéresse ma meilleure amie sera toujours sérieux pour moi, Sarah.
Elle hésitait et ne souriait plus.
– Eh bien ! dit-elle après un silence, j’ai quitté Paris par obéissance et contre mon gré : je serai heureuse de retourner à Paris.
– Parce que notre rêve est à Paris ?…
– Peut-être.
– Donc, ma belle et chère Sarah, puisque tel est votre caprice, outre votre château aux champs, vous aurez votre hôtel à la ville… et il se peut que vous me serviez bientôt à la ville comme aux champs.
Frances était radieuse.
– Faites-moi vis-à-vis, dit-elle, je danse avec M. Surrisy.
Henri alla présenter sa main à Germaine, qui abandonna sa place aussitôt pour le suivre.
Personne, dans ce paisible salon du marquis de Belcamp, ne devinait le drame étrange et terrible qui allait posant çà et là les fils de sa trame comme l’araignée qui s’efforce en silence et semble d’abord fixer ses attaches au hasard.
Au milieu de cette atmosphère bourgeoise, parmi tous ces petits ridicules campagnards, sur cette mer Morte que pouvaient à peine soulever naguère les microscopiques passions du village, un vent planait, économisant son haleine et gonflant déjà ses poumons pour souffler la tempête mortelle.
A la fin de la contredanse, Mme Célestin résuma ce qui paraissait être la situation en disant :
– Les deux petites ont la tête tournée !
– Dieu merci, répliqua Mademoiselle, il y a encore à Miremont des personnes qui savent se tenir !
Le Bondon de gauche osa lui pincer la taille par derrière, dans le plus grand secret, mais l’autre aiguille du cadran sympathique, le Bondon de droite, fut obligé de faire un geste pareil, et sa main pinça le vide. Mme Célestin, rassemblant son troupeau d’un regard sévère, haussa les épaules et conclut :
– Il y a celles qui sont jolies et celles qui ne le sont pas.
Elle avait de la réputation pour les reparties, mais la légende ne dit point que Miremont ait été colonisé jamais par les Athéniens.
– Vous êtes une malhonnête, madame, s’écria l’aînée des Chaumeron qui se hérissa.
– Vous êtes une effrontée, mademoiselle ! riposta Mme Célestin entre ses deux coraux effrayés.
– J’ai mon franc-parler, tonnait en ce moment la voix orageuse du père Chaumeron, je ne mâche pas mes mots : M. le marquis, on ne s’est jamais tant amusé chez vous qu’aujourd’hui ! Attrape !
Robert venait d’entraîner Laurent au dehors. Ils étaient tous deux sur la pelouse. Il faisait nuit.
– Germaine est comme Jeanne, disait Laurent qui bégayait de colère, si tu ne veux pas me servir de témoin, je prendrai Férandeau.
Robert lui saisit les deux mains qu’il pressa avec force.
– Tu ne te battras pas avec cet homme ! prononça-t-il entre ses dents serrées.
– Est-ce toi qui m’en empêchera ? s’écria Laurent.
– Oui, répliqua Robert froidement, ce sera moi, quand même il faudrait pour cela…
Il s’arrêta et pâlit à son tour.
– Quand même il faudrait pour cela !… répéta le frère de Jeanne.
– Il a sauvé la vie de ta sœur… prononça lentement Robert.
– Nous en eussions fait autant que lui !
– Il est le fils du marquis de Belcamp…
– Que m’importe cela !
– Ecoute, frère ! car nous sommes frères, non-seulement par l’amitié, non-seulement par mon amour pour ta sœur, mais encore par la destinée qui nous fit les enfants du même malheur. Nous n’avons ni l’un ni l’autre le nom d’un père à porter… ta mère est morte assassinée, mon père a péri par le poignard… Frère ! mon frère ! répéta-t-il par deux fois en attirant Laurent contre sa poitrine et en l’y tenant serré malgré lui, tu me mets au défi d’achever ma pensée ; j’achève donc et je te dis : Quand même il faudrait, pour t’empêcher de te battre avec le comte Henri de Belcamp, user de violence, je le ferais ; sur cette route-là, entre toi et lui, tu me trouverais l’épée à la main !
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