‹ Jeux et exercices des jeunes fillesChapitre 10 sur 22 · QUATRIÈME PARTIE.

QUATRIÈME PARTIE.

JEUX D'ESPRIT.

PIGEON VOLE.

Nous nous adressons d'abord au plus petit enfant, «à tout seigneur tout honneur,» pour lui expliquer le plus simple de tous les jeux d'esprit. Approchez, petite fille, si vous savez marcher; mettez le bout de votre doigt à côté du mien, sur mon genou, et levez-le quand je lève le mien et que je dis: Pigeon vole.

Faites bien attention, car je compte vous attraper. Il ne faut lever votre doigt que quand je nomme un oiseau, tandis que moi je lève toujours le mien. Si votre doigt suit l'impulsion que je lui ai transmise, et se lève quand je dis: Mouton vole, vous devez un gage. C'est plus difficile qu'on ne pense. Il y a quelquefois de grands débats sur l'espèce de certains animaux. Nous décidons ici, pour éviter toute contestation, qu'on peut ranger parmi les oiseaux les hippogriffes, les poissons volants, les insectes qui ont des ailes, etc., la chauve-souris, également, malgré son double caractère qui lui fait dire alternativement:

Je suis oiseau; voyez mes ailes. . . . . . . . . . . . . . . . . . Je suis souris; vive les rats!

LE CORBILLON.

Ce jeu est un de ceux qui plaisaient à nos aïeux, et il a un air de bonhomie et de simplicité qui doit nous toucher. Le mot corbillon, qui signifiait une petite corbeille, n'est plus d'usage dans la langue moderne; mais il peut faire supposer que dans l'origine les joueurs se passaient le corbillon de main en main. A présent, on prend n'importe quel objet, et on le donne à son voisin en disant: Je vous vends mon corbillon. Le voisin demande: Qu'y met-on? On doit répondre en rimant en on par un mot qu'il faut tenir tout prêt, comme un bonbon, une chanson, etc., puis le corbillon passe à un autre jusqu'à ce qu'il ait fait le tour du cercle. Si on préfère une rime en ette, on peut dire: Je vous vends ma cassette, demander Que voulez-vous qu'on y mette? répondre un mot comme une allumette, une pincette, etc.; mais c'est une variété qui ajoute peu d'intérêt à ce jeu. On donne un gage si on oublie la rime, ce qui nous paraît assez difficile, et cette méprise serait assurément l'excès de la naïveté, comme dans ces vers si connus de Molière:

[Illustration: Pigeon vole.]

.... S'il faut qu'avec elle on joue au corbillon, Et qu'on vienne à son tour lui dire: «Qu'y met-on?» Je veux qu'elle réponde: «Une tarte à la crème.»

COMMENT L'AIMEZ-VOUS?

Sans être bien compliqué, ce jeu peut commencer la série des amusements dans lesquels l'esprit est appelé à jouer déjà un certain rôle. Il se rattache à certaines connaissances de grammaire qui ne sont sans doute pas chose nouvelle pour la plupart de nos jeunes lectrices, et qu'il nous suffira, dans tous les cas, de rappeler par quelques courtes explications.

On choisit un mot parmi les homonymes, c'est-à-dire parmi les mots qui sonnent de même quoiqu'ayant un sens différent. On peut choisir soit un homonyme qui a plusieurs acceptions, mais dont l'orthographe ne varie pas comme fraise, son, voile, livre, glace, soit des homonymes qui se prononcent à peu près de la même manière, mais dont l'orthographe est différente, tels que mer, mère, maire; ou vert, verre, ver, vers; ou bien encore chant, champ. Les premiers homonymes doivent être préférés dans le jeu dont il est ici question. Prenons pour exemple le mot voile, qui a plusieurs significations.

Une des jeunes filles, qui doit deviner, et par conséquent ignorer le mot qui a été choisi par ses compagnes, se présente au milieu d'elles, et leur adresse successivement la question suivante: Comment l'aimez-vous? Il faut que chacune, dans sa réponse, fasse allusion à une des propriétés du mot qui a été choisi. Par exemple, si c'est le mot voile, l'une dira: «Je l'aime en dentelle;» une autre répondra: «Je l'aime sur un navire, etc.»

Le jeu se jouera de la même manière avec les homonymes de la seconde espèce. Ainsi, en prenant pour exemple les mots vert, verre, ver, vers, les jeunes personnes interrogées peuvent faire les réponses suivantes à la première question: «Je l'aime transparent, en cristal, à pied (en parlant d'un verre à boire); je l'aime en rubans de chapeau (en parlant de la couleur verte); je l'aime à la façon de Racine (en parlant des vers, poésies, etc.)» Ces exemples, que nous choisissons très simples, peuvent être plus ingénieux, de manière à embarrasser la personne qui questionne, en lui représentant un emploi toujours différent, mais toujours juste du même mot. Il nous souvient qu'en jouant ce jeu, on avait choisi le mot toit, toi. On adressa la question d'usage à une personne qui répondit: «Je l'aime mieux que vous.» Il y avait là une équivoque assez délicate et qui peut donner une idée de la manière dont on peut quelquefois rendre le jeu plus intéressant.

Au deuxième tour, si le mot n'est pas deviné, la question change, et la jeune fille qui est chargée de deviner dit, en s'adressant à chacune de ses compagnes: Qu'en faites-vous? Chacune d'elles donne sa réponse, et si la questionneuse ne réussit pas mieux que la première fois, on passe à un troisième tour par la question suivante: Où le mettez-vous? Il faut, autant que possible, que chacune des personnes conserve, en répondant, l'acception qu'elle a donnée au mot dans ses précédentes réponses. Celle qui a laissé deviner se retire à son tour pour venir ensuite dans le cercle interroger et chercher à deviner lorsque la société a fait choix d'un nouveau mot. On peut donner des gages, soit lorsque, de l'avis général, on a fait une mauvaise réponse, soit lorsqu'on a fait les trois tours sans deviner le mot. On dit alors vulgairement: Je jette ou je donne ma langue aux chiens, vieille expression consacrée par l'usage, et que de bons écrivains n'ont pas dédaigné d'employer familièrement. Nous croyons qu'on sera bien aise de trouver ici quelques homonymes dont on pourra se servir.

Homonymes de la première espèce.

Air. Carreau. Dé. Fraise. Glace. Livre. Mousse. Mule. Soufflet. Son. Souris. Voile. Livre.

Homonymes de la seconde espèce.

Alêne. Haleine. Amande. Amende. Ancre. Encre. Bal. Balle. Balai. Ballet. Chant. Champ. Cane. Canne. Canot. Canaux. Chaire. Chair. Chère. Cher. Cellier. Sellier. Cerf. Serre. Serf. Chaîne. Chêne. Cire. Sire. Coeur. Choeur. Compte. Comte. Conte. Cygne. Signe. Écot. Écho. Faîte. Fête. Fard. Phare. Foi. Foie. Gaz. Gaze. Héraut. Héros. Lait. Laie. Laid. Lai. Luth. Lutte. Maire. Mer. Mère. Maître. Mètre. Mante. Menthe. Pan. Paon. Palais. Palet. Peau. Pot. Pau (ville). Pain. Pin. Poids. Pois. Poix. Reine. Rêne. Renne. Saut. Sceau. Seau. Sot. Tan. Temps. Tante. Tente. Thon. Ton. Taon. Toi. Toit. Van. Vent. Vin. Vingt.

J'AIME MON AMI PAR A.

Ce jeu est le premier d'une série de jeux dans lesquels toutes les lettres de l'alphabet jouent un rôle à leur tour. Il n'y a rien à deviner. Chaque jeune fille dit successivement la formule dont nous allons donner un exemple, et si elle fait quelque erreur, ou qu'elle ne puisse trouver un mot qui s'applique bien, elle paye un gage. Elle en paye également un si elle répète un mot qui ait déjà été dit.

Voici l'exemple que l'on peut varier à l'infini: «J'aime mon ami par A, parce qu'il est amusant; je le nourris d'amandes; je l'envoie à Alençon, je lui donne un agneau et je lui fais un bouquet d'anémones.»

On voit que chaque mot exprimant une qualité, un présent, etc., doit commencer par la lettre A. Lorsque cette lettre paraît épuisée, on peut passer à la lettre B, et ainsi de suite: en supprimant toutefois les lettres K, X, Y, et Z, comme trop difficiles.

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