20 août 19..
Mon séjour à Forest Hill devait être marqué par la plus grande épreuve de ma vie : la mort de ma mère. Je reçus une dépêche qui m’annonçait que son état était très alarmant. Le curé me dit :
— Vous allez partir par le premier train.
En arrivant, après deux jours d’un trajet mortellement long, j’eus conscience que c’était la fin. Je priai, suppliai, fis des promesses, des vœux. Le bon Dieu resta sourd à mes supplications. Cette minute fatale que j’avais toujours redoutée était sonnée. Je dus vivre jusqu’à la fin les affres de voir mourir l’être que j’aimais le plus au monde. C’était un soir, nous étions tous réunis dans sa chambre, tous ses enfants accourus avec la même angoisse des coins les plus reculés du Canada et des États-Unis. Nous étions terrassés par la douleur. Notre vieux médecin de famille lui-même pleurait au chevet de celle qu’il ne pouvait plus sauver. Le visage de notre mère devint tout à coup calme et serein. Nous étions orphelins. Jamais plus je n’entendrai cette voix chère, jamais plus je ne verrai ses gestes. C’est fini pour toujours et j’avais eu si peu de temps pour l’aimer, la choyer.
Après les funérailles, rien ne me tenait plus dans ces lieux. Le seul lien qui m’y attachait s’était brisé. Je me mis en route pour Forest Hill.
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