L’IMMORTELLE
O Sérénité, Tout n’est que décombres, Ruines sans beauté, Dans ce cœur plein d’ombre!
Pour ne point mourir, De quelle substance Y peux-tu nourrir Ta frêle existence?
La fleur qui du roc Jaillit sans prestige, Il suffit d’un choc Pour briser sa tige.
Bientôt, décrivant Mainte parabole, Elle suit le vent Dans sa course folle.
Toi, lorsque ton front Subit une injure, Tu luis sous l’affront Plus droite et plus pure!
EN MARS
Champ qu’un rustre en sabots chaque année ensemence, Tantôt jetant le seigle, et tantôt le froment, Et tantôt le sainfoin que tondra la jument, Mars arrive et ta vie inquiète commence.
L’eau fera de la plaine un marécage immense, La neige aggravera ton sublime tourment, Des rafales déjà hurlent sinistrement Et l’herbe croit mourir sous le ciel en démence.
Mais lorqu’enfin nos yeux te croiront dévasté, Soudain tu reprendras, par un miracle étrange, Le cours interrompu de ta prospérité;
Et juillet bercera dans sa maturité, Prête à subir la faulx, prête à combler la grange, La moisson saine et lourde aux couleurs de l’été.