‹ L'Arc-en-CielChapitre 3 sur 4 · L’ÉTERNEL ENFANT

L’ÉTERNEL ENFANT

En vérité, stupide et divin tout ensemble, Le poète qui vibre ainsi qu’une fleur tremble!

Un plaisir escompté rend son esprit joyeux; Le chagrin fait jaillir les larmes de ses yeux.

Pour un baiser reçu, le voilà qui s’enfièvre, Pour un baiser donné, qui maudit une lèvre.

De la neige au printemps lui gâte la saison: La fleur qui la reçoit l’exalte sans raison.

Voit-il un bel enfant, tout son cœur le réclame; Voit-il un être infirme, il déteste la femme.

Sa voix murmure: «Hélas! la fortune me fuit!» Mais jusqu’à soixante ans sa jeunesse le suit.

Il meurt en bénissant la mort qui le délivre, Sans même avoir connu la tristesse de vivre.

LE ROSIER

Ce rosier qui déjà cache à demi la pierre N’était, voici deux ans, qu’un arbrisseau menu; Longtemps je l’ai cru mort: puis, le printemps venu, Nous le vîmes, frileux, s’étendre à la lumière.

Il nous semblait alors plus vivace qu’un lierre. Cette saison, pourtant, le laissa presque nu; Mais la suivante année, au long du mur grenu, Fit de chaque rameau jaillir la rose altière.

Aujourd’hui, tant de fleurs couvrent ses verts surgeons Que l’œil s’arrête à peine à l’espoir des bourgeons; L’épanouissement l’éblouit et l’enivre.

Ainsi de notre amour: à sa superbe loi, Nous nous abandonnons, grisés du même émoi, Sans chercher à savoir ce qu’il lui reste à vivre.

ENCOURAGEMENT

Classiques ou non, symbolistes Ou parnassiens, sages et fous, O mes pairs, nous finirons tous Dans les casiers des bouquinistes.

Nous rimons pour les archivistes, Pour les érudits, vieillards doux, Pour que sous leur plume, après nous, De nos noms s’allongent leurs listes.

Il faut le savoir et chanter, Il faut s’en convaincre et prêter Plus d’accent encore à nos lyres,

Afin que l’oubli juste et sot Puisse ensevelir sous son flot De plus magnifiques délires!

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