‹ L'hôte inconnuChapitre 10 sur 109 · IV

IV

L’argument spirite le plus digne d’attention est celui que fournissent les apparitions des morts et les maisons hantées. Ne tenons pas compte des phantasmes qui précèdent, accompagnent ou suivent de près le décès; ils s’expliquent par la transmission d’une émotion violente de subconscient à subconscient, et lorsqu’ils ne se manifestent que plusieurs jours après la mort, on peut encore soutenir que ce sont des communications télépathiques retardées. Mais que dire des fantômes qui surgissent plus d’un an, voire plus de dix ans après la disparition du cadavre? Ils sont assez rares, je le sais, mais enfin il y en a qu’il est bien difficile de nier tant leurs gestes furent soigneusement constatés par des témoignages nombreux, concordants et précis. Il est vrai qu’ici encore, où il s’agit, dans la plupart des cas, d’apparitions à des parents, à des amis, on peut alléguer qu’on se trouve en présence de faits télépathiques ou d’hallucinations de la mémoire. Nous enlevons ainsi aux spirites une province nouvelle et considérable de leur domaine. Néanmoins, il leur reste certains clos réservés où nos explications télépathiques pénètrent moins facilement. Il y eut en effet des revenants qui se montrèrent à des personnes qui n’avaient jamais vu ni connu celui qui revenait. Ils se confondent plus ou moins avec les spectres des maisons hantées auxquels il nous faut un instant revenir.

Comme je l’ai dit plus haut, il est presque impossible de nier de bonne foi l’existence de ces maisons. Ici encore, l’interprétation télépathique s’impose dans la plupart des cas. On peut même lui donner une extension étrange mais justifiée, car on ne connaît guère ses limites. Il arrive assez fréquemment, par exemple, que des revenants viennent troubler un logis où l’on retrouve parfois, sur leurs indications, des ossements cachés dans les murs ou sous les lames des parquets. Il se peut même, comme dans le cas de William Moir, aussi rigoureusement contrôlé qu’une enquête judiciaire[5], que le squelette soit enterré à une assez grande distance de la demeure et remonte à plus de quarante ans. Les restes enlevés et convenablement ensevelis, les apparitions cessent.

[5] Proceedings, t. VI, p. 35-41.

Mais, même dans le cas de William Moir, il n’y a pas, je crois, de raison suffisante pour abandonner l’hypothèse télépathique. Le médium, le sensitif, comme disent les Anglais, «sent» la présence ou la proximité des ossements; une relation, d’ailleurs profondément mystérieuse, s’établit d’eux à lui, qui lui fait éprouver la dernière émotion du défunt et parfois lui permet d’évoquer l’image et les circonstances du suicide ou du crime, tout comme dans la télépathie entre vivants, le contact d’un objet dans ce qu’on appelle la psychométrie, peut le mettre en rapport direct avec le subconscient du propriétaire de celui-ci. Le chaînon qui rattache la vie à la mort n’est pas entièrement brisé; et l’on peut dire, à la rigueur, que tout se passe encore dans notre monde.

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