X
Je crois nécessaire d’affirmer une dernière fois que ces phénomènes psychométriques, quelque étonnants qu’ils paraissent d’abord, sont connus, prouvés et constants et ne sont plus niés ou mis en doute par aucun de ceux qui s’en sont sérieusement occupés. J’aurais pu donner le détail d’un grand nombre d’expériences concluantes, mais cela m’a semblé aussi inutile, aussi fastidieux que le serait la nomenclature des réactions classiques que l’on peut par exemple obtenir dans un laboratoire de chimie. Il est loisible, à qui le voudra, de se convaincre de la réalité des faits, pourvu qu’il s’adresse à des médiums authentiques et sache se garder des «voyants» médiocres et surtout des charlatans et des simulateurs qui, plus qu’en nulle autre, pullulent en cette région. Il aura, même avec les meilleurs, à se méfier de l’ingérence involontaire, inconsciente et presque inévitable de la télépathie, très intéressante elle aussi, mais qui est un phénomène d’un autre ordre, beaucoup moins surprenant et moins discuté que la psychométrie pure. Il faudra aussi qu’il apprenne l’art d’interroger le médium et ne s’avise pas de lui poser des questions incohérentes et vagabondes sur des événements fortuits ou futurs. Il ne perdra pas de vue que «la lucidité est rigoureusement limitée à la perception de la personnalité humaine», selon la loi excellemment formulée par le Dr Osty. On a fait des expériences où le psychomètre, au toucher de la dent d’un animal préhistorique, voyait se dérouler les paysages et les péripéties des premiers âges de la terre; ou un autre, au contact d’un bijou, évoquait, avec une exactitude merveilleuse, paraît-il, des fêtes et des cortèges de la Grèce ancienne, comme si les objets gardaient à jamais la mémoire ou retrouvaient les «clichés astraux», de tous les événements dont ils furent témoins. Mais on conçoit qu’ici un contrôle efficace est pour ainsi dire impossible et que la part de la télépathie est indéterminable. Il importe donc de se tenir strictement à ce qu’on peut vérifier.
En limitant ainsi son domaine, l’expérimentateur rencontrera encore bien des surprises. Si le plus souvent, par exemple, les révélations de deux psychomètres auxquels on confie successivement la même lettre, concordent remarquablement dans leurs grandes lignes, il arrive aussi que l’un d’eux ne perçoive que ce qui concerne l’auteur de la lettre, tandis que l’autre ne s’intéresse qu’à son destinataire ou à une troisième personne qui se trouvait dans la pièce où la lettre fut rédigée. Il est bon d’être prémuni contre ces premiers mécomptes qui, du reste, dans les cas fréquents où un contrôle sérieux est possible, ne font que confirmer l’existence et l’indépendance de l’étonnante faculté.