‹ L'hôte inconnuChapitre 29 sur 109 · IV

IV

Pour préciser nettement l’esprit dans lequel j’entreprends cette étude et écarter d’abord tout soupçon de crédulité aveugle ou systématique, je tiens donc à dire dès le début que je me rends fort bien compte que des cas de ce genre n’emportent nullement conviction. Il est fort possible que tout se soit passé dans l’imagination subconsciente du sujet; qu’il ait créé lui-même, par auto-suggestion, sa maladie, sa terreur, sa chute, sa fausse-couche et se soit adapté à la plupart des circonstances qu’il avait prédites dans son état second. Seule, l’apparition du rat à l’instant fatidique, supposerait une vision précise et troublante d’un événement futur et inévitable. Malheureusement on ne nous affirme pas que cette apparition ait été constatée par d’autres témoins que la patiente; de sorte que rien ne prouve qu’elle ne soit pas également imaginaire. Je n’ai donc rapporté cet exemple insuffisant en soi, que parce qu’il représente assez bien l’allure générale et la valeur indécise de beaucoup de faits analogues et permet de marquer une fois pour toutes les objections qu’on peut faire et les précautions qu’il faut prendre avant de s’engager dans ces régions suspectes et ténébreuses.

Voici, maintenant, un fait infiniment plus significatif et moins discutable, rapporté par le Dr Maxwell, le savant et très scrupuleux auteur des Phénomènes psychiques; il s’agit d’une vision qui lui fut racontée huit jours avant l’événement, et dont il avait fait le récit à diverses personnes avant la réalisation. Un sensitif, comme disent les Anglais, avait donc aperçu dans un globe de cristal la scène suivante: un grand steamer, ayant un pavillon à trois bandes horizontales, noire, blanche et rouge, et portant le nom de Leutschland, naviguait en pleine mer. Le bateau fut soudain entouré de fumée, des marins, des passagers et des gens en uniforme coururent en grand nombre sur le pont et le bateau sombra.

Huit jours plus tard, les journaux annonçaient l’accident du Deutschland, dont la chaudière éclata, obligeant le paquebot à faire relâche.

Le témoignage d’un homme tel que le Dr Maxwell, surtout lorsqu’il s’agit d’un fait pour ainsi dire personnel, a une importance sur laquelle il est inutile d’insister. Nous avons donc ici, plusieurs jours d’avance, la prévision très nette d’un événement qui, du reste, chose étrange mais assez fréquente, n’intéresse en rien le voyant. L’erreur de lecture, Leutschland pour Deutschland, qui eût été très naturelle dans la réalité, ajoute encore je ne sais quel caractère de vraisemblance et d’authenticité au phénomène. Quant à la submersion finale qui ne fut qu’une simple relâche, il y faut voir, comme le font remarquer les Drs J.-W. Pickering et W.-A. Sadgrove, «la dramatisation subconsciente d’une inférence subliminale du percipient»; ces dramatisations sont d’ailleurs instinctives et presque générales en ce genre de visions.

Si ce cas était unique, il n’y faudrait certes pas attacher une importance décisive; «mais, fait observer le Dr Maxwell, ce sensitif m’a donné quelques autres exemples curieux: ces cas rapprochés de ceux que j’ai observés par ailleurs ou dont j’ai eu le récit de première main rendent très improbable l’hypothèse d’une coïncidence sans cependant l’exclure d’une manière absolue[7]».

[7] J. MAXWELL, Les phénomènes psychiques, p. 182.

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