XX
Mais il est bon de chercher malgré tout une explication à l’inexplicable; c’est en l’attaquant de toutes parts, à tout hasard, qu’on finira peut-être par l’élucider. On peut donc encore se dire que notre subconscient, quand il nous avertit qu’un malheur va fondre sur nous, voyant tout l’avenir, sait nécessairement que ce malheur est déjà accompli. Comme en lui se mêlent nos deux vies, il s’inquiète, il s’agite autour de notre ignorance trop rassurée. Il cherche à nous prévenir, par énervement, par pitié, afin d’atténuer la cruauté trop soudaine du coup. Il dit toutes les paroles qui peuvent préparer sa venue, le préciser, l’identifier; mais il lui est impossible de prononcer celles qui pourraient l’empêcher d’arriver, attendu qu’il est arrivé, qu’il est déjà présent et peut-être passé, flagrant, ineffaçable, sur un autre plan que celui où nous vivons et que seul nous pouvons apercevoir. Il se trouve, en un mot, dans la situation de celui qui, parmi des gens paisibles, heureux et trop confiants, connaît seul une mauvaise nouvelle. Il ne peut ni ne veut l’annoncer, ni la cacher entièrement. Il hésite, il s’attarde, il fait des allusions plus ou moins transparentes, mais ne dit pas non plus le dernier mot qui déchaînerait pour ainsi dire la catastrophe dans le cœur de ceux qui l’entourent, car pour ceux-ci qui l’ignorent, cette catastrophe est encore comme si elle n’était pas. Notre subconscient agirait donc envers l’avenir comme nous agissons envers le passé, les deux temps étant pour lui identiques au point qu’il les confond souvent, ainsi qu’on le peut voir notamment dans le célèbre cas «Marmontel» où il se trompe manifestement et rapporte comme accompli un incident qui ne doit avoir lieu que deux mois et demi plus tard. Il nous est naturellement impossible, du point où nous sommes, de comprendre cet emmêlement ou cette coexistence du passé, du présent et du futur; mais ce n’est pas une raison pour la nier; loin de là, c’est probablement ce que l’homme comprend le moins qui s’approche le plus de la vérité.