IV
Afin de compléter ce court préambule, il convient d’ajouter que, depuis quelque temps, le cas des chevaux d’Elberfeld n’est plus absolument unique. Il existe en effet à Mannheim un chien de race assez imprécise qui accomplit à peu près les mêmes prouesses que ses émules solipèdes. Il est moins avancé qu’eux en arithmétique, mais fait correctement de petites additions, soustractions et multiplications d’un ou deux chiffres. Il lit et écrit en frappant de la patte, selon un alphabet qu’il a, paraît-il, imaginé lui-même, et son orthographe est également simplifiée et phonétisée à l’extrême. Il distingue la couleur des fleurs dans une gerbe, compte le contenu d’un porte-monnaie et sépare les marcks des pfennigs. Il sait chercher et trouver les mots qui définissent l’objet ou l’image qu’on lui présente. On lui montre, par exemple, un bouquet dans un vase en lui demandant ce que c’est: «Un verre avec de petites fleurs», répond-il. Et ses réponses ont souvent une spontanéité, une originalité bien singulières. Au cours d’un exercice de lecture où le mot «herbst», (automne), avait par hasard arrêté l’attention, le professeur William Mackensie lui demande s’il peut lui expliquer ce que c’est que l’automne. C’est, réplique Rolf, «le temps où il y a des pommes». Dans la même séance, le même professeur, ignorant ce qu’elle représente, lui tend une carte où sont tracés des carrés rouges et bleus.--«Qu’est ceci?»--«Bleu, rouge, pas mal de dés», répond le chien. Parfois ses réparties ne manquent pas d’humour.--«Que veux-tu que je fasse pour te faire plaisir»? lui demande un jour une dame de ses amies.--«Wedelen», réplique gravement maître Rolf, c’est-à-dire: «remuer la queue».
Rolf, dont la célébrité est assez récente, n’a pas encore été l’objet d’enquêtes minutieuses et de rapports copieux et innombrables comme ses illustres rivaux de la Prusse rhénane. Mais les faits que je viens de citer et qui sont attestés par des hommes tels que le Prof. Mackensie et M. Duchatel, le savant et perspicace vice-président de la «Société Universelle d’Études psychiques»[25], qui se rendirent à Mannheim tout exprès pour les étudier, ne paraissent pas plus contestables que ceux d’Elberfeld, dont ils sont une sorte de réplique ou d’écho. On rencontre assez fréquemment de pareilles coïncidences parmi les phénomènes anormaux. Ils éclatent simultanément sur divers points du globe, se répondent et se multiplient comme s’ils obéissaient à un mot d’ordre. Il est donc probable que nous verrons encore d’autres manifestations du même genre. On dirait qu’une onde nouvelle se propage et qu’après avoir éveillé dans l’homme des forces qu’il ne connaissait pas, elle atteint à présent d’autres êtres qui peuplent avec nous cette terre mystérieuse où ils vivent, souffrent et meurent comme nous, sans comprendre pourquoi.
[25] Lire au sujet de ces faits l’intéressante conférence de M. EDMOND DUCHATEL, publiée dans les Annales des Sciences psychiques (octobre 1913).