IV
S’il a réponse à tout, cependant on lui a fait, au sujet de certaines manifestations ou révélations qu’il attribue expressément aux désincarnés, d’assez justes et graves reproches. D’abord, comme le remarque le Dr Maxwell, il n’a pas de doctrine bien fixe. Dans tous les pays du monde, lorsqu’il parle au nom des esprits, il affirme qu’ils se réincarnent et rapporte volontiers leurs avatars passés. En Angleterre, au contraire, il assure d’habitude qu’ils ne se réincarnent point. Qu’est-ce à dire? Cette ignorance ou cette contradiction, de la part de celui qui paraît tout savoir, n’est-elle pas étrange? Il y a pis: tantôt il attribue aux esprits, tantôt à lui-même ou à n’importe qui les révélations qu’il nous fait. A quel moment dit-il la vérité? Au moins deux fois sur trois il se trompe ou nous trompe. S’il se trompe sur un point où il lui doit être facile de connaître la vérité, que peut-il nous apprendre au sujet d’un monde dont il ignore les lois les plus élémentaires, puisqu’il ne sait même pas si c’est lui ou un autre qui nous parle au nom de ce monde? Faut-il croire qu’il s’agite dans les mêmes ténèbres que notre pauvre moi superficiel qu’il prétend si souvent éclairer et inspire en effet dans la plupart des grandes circonstances de la vie? S’il nous trompe, pourquoi le fait-il? On ne voit aucun but, il ne demande rien, ni aumônes, ni prières, ni pensées en faveur de ceux dont il se couvre à seule fin de nous induire en erreur. A quoi bon ces jeux malfaisants, puérils et ces lamentables et glaciales plaisanteries d’outre-tombe? Il ment donc pour le seul plaisir de mentir; et notre hôte inconnu, cette subconscience infinie et sans doute immortelle en qui nous avions mis nos dernières espérances, ne serait donc, en fin de compte, qu’un imbécile, un farceur déplorable ou un fourbe?