‹ L'Ile et le voyage: petite odyssée d'un poète lointainChapitre 42 sur 52 · VII

VII

Je préfère ce soir m’abstenir de théâtre Et, par ce mardi-gras où Paris est houleux, M’enfermer dans ma chambre et rêver devant l’âtre Aux promesses qu’ont fait à mes rêves tes yeux.

LA RESSEMBLANCE DIVINE

Un soir que je passais, froid rêveur sous la nue, Songeant toujours à l’amour mort, Deux yeux miraculeux, deux yeux d’azur et d’or Etincelèrent à ma vue. Et soudain je crus voir le «beau Lys d’autrefois» Comme si les cruelles lois N’avaient pas existé pour Elle. Celle qui vint avait sa voix Sa voix légère Sa voix sincère Sa jeune voix au frisson d’eau... Elle dit: «Que l’Amour est beau! De ton désir j’ai le visage. Je suis le but de ton voyage. A l’arbre de la volupté Je suis la fleur dernière éclose. Je serai ta félicité, Ton Lotus, ton Jasmin, ta Rose. Chaque jour renaît virginale La forme ivre de la beauté. Je viens du pays d’Euryale Et j’ai les yeux d’Aphrodité. Je ne te dirai pas ma vie Et tu ne sauras pas mon nom. Je suis l’Image poursuivie, Par le rêveur au triste front. Quand tu m’auras baisé les lèvres Ton cœur n’aura plus de regret Je vais guérir toutes tes fièvres Par ma caresse sans apprêt.»... Hymen! Hymen! O Hyménée! La nuit est tendre et surannée. Paris soudain s’est transformé!... Et voici les hamadryades, Dansant sous les fines Pléiades, Au bord d’un beau fleuve embaumé!

LE POÈTE ET LA BEAUTÉ

«Beauté, criai-je, après dix ans Je te trouve pareille! --Rêveur, tes songes exaltants Ont fait cette merveille.

--J’avais de ton beau souvenir Fait ma lampe fidèle. --Dans un cœur fervent l’avenir Rend l’image plus belle!

--J’ai retrouvé le lys si beau Qui manquait à la grève. --L’amour a sauvé du tombeau La forme de ton rêve.

--Je croyais ta fragilité Déjà prise par l’âge. --Rien ne peut ternir la beauté Que protège un mirage.

--O matin qui n’a pas de soir! Lumière enchanteresse! Mon beau Lys, je crois te revoir Dans toute ta jeunesse!»

A LA JEUNE ITALIENNE

Rien qu’à te voir mon cœur se sent jeune et joyeux. Le soleil du bonheur éclaire toutes choses. Ton regard est plus bleu que le ciel le plus bleu Et tes lèvres n’ont rien à désirer des roses.

Dans une île amoureuse et vibrante d’oiseaux, Tu semblerais, au bord d’une aurore élargie, Une naïade allant chanter au bord des eaux, Tu fais songer au ciel de la mythologie.

Tu fais aussi songer à ce beau paradis Dont les élus verront les splendeurs éternelles, Tu n’as jamais marché dans les chemins maudits; Il ne te manque rien, mon ange, que les ailes!

CHANSON D’HIVER

Que veux-tu que cela me fasse Qu’il soit mort le printemps? Mon bel ange aux yeux éclatants, N’as-tu pas pris sa place?

Grâce à toi tout me semble Avril Bien que ce soit Décembre, Qu’ils sont souples, tes cheveux d’ambre, Qu’il est fin, ton profil.

Ton souffle est une source pure. Ton cœur est un ruisseau; Et comme un ardent arbrisseau Tu fleures la verdure.

Ton corps fut moulé par les dieux Qui sculptent la jeunesse. Qu’elle est suave, ta caresse! Qu’ils sont profonds, tes yeux!

Tes odeurs sont plus ingénues Que celles du jasmin. De plus belles fleurs sous la main Je n’en ai jamais eues.

Jamais les roses les plus belles N’enivrent le jardin Comme enivrent mon cœur soudain Les lys de tes bras frêles.

Quand tu parles, je me tais, Et j’écoute, lointaines, Chanter les voix des fontaines Qui sont dans les forêts.

Je n’ai plus que quelques semaines A chérir tes doux yeux. (Soyez longs, ô jours bienheureux, Où je bois son haleine!)

Quand nous nous ferons nos adieux, Ce sera l’heure amère, Alors, ce sera sur la terre Avril délicieux.

TROIS STANCES

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