Chapitre 3
Le lendemain, entre trois et quatre heures, les deux amis descendaient de chemin de fer à Bois-Colombes. Laissant derrière eux la ville, avec ses rues étroites et mal pavées, ils se trouvèrent bientôt dans de longues avenues poussiéreuses, plantées d’arbres en bas âge, où ne se montrait aucune demeure. Par-ci par-là, un mur couronné de tessons indiquait les derrières d’une propriété dont la façade devait se trouver aux confins de la terre, à en juger par l’absence absolue de tout symbole d’existences humaines.
— Drôle de pays ! fit Lignon qui regardait à droite et à gauche les terrains clos d’une petite palissade, où l’herbe croissait à son aise, copieusement émaillée de boutons d’or. Est-ce qu’on y demeure ?
— Pas beaucoup ; on y demeurera avec le temps. C’est ainsi que se fondent les cités. Tu vois qu’il y a de l’ouvrage pour moi, ici.
— Ah ! fit Justin, je comprends ! Tu veux bâtir cette ville ?
— Précisément, et comme il faut toujours commencer par un bout, on a entamé l’autre bout là-bas, là-bas…
Il indiquait à un kilomètre environ une maison isolée, toute petite, qui semblait être le bout du monde civilisé, car au-delà on ne voyait qu’un maigre taillis, dont les arbres grêles se détachaient sur le ciel.
— C’est toi qui as fait bâtir ça ? demanda Lignon sans témoigner d’émerveillement.
— Oui, mon cher, et après tout, ça n’est pas aussi laid que ça en a l’air ; il faut voir l’intérieur. Pauvre, mais honnête.
— Ce sont les propriétaires que nous allons voir ?
— Du tout ! Ce sont de simples locataires ; le propriétaire leur a loué la maison bon marché pour attirer d’autres amateurs ; quand il en viendra, ils choisiront leur terrain, ce n’est pas ça qui manque.
— Oh ! non ! fit Justin en contemplant le désert autour d’eux.
— Et je leur bâtirai de belles petites maisons.
— Sur le même modèle ?
— Ou sur un autre, dans le même genre.
— Peste ! fit Lignon avec un geste d’admiration railleuse, ce seront des gens bien logés. Et le propriétaire te paie quelque chose pour fréquenter le pays ?
— Non, je suis tenu de veiller aux réparations.
— C’est dommage ! Nous aurions partagé.
Muriet n’eut pas l’air de goûter cette plaisanterie ; c’était un garçon rangé, il ne partageait jamais que ce qui appartenait aux autres. Sous le soleil qui brûlait comme en juillet, ils allongèrent le pas, et atteignirent enfin la petite grille sur soubassement de pierre qui servait de clôture à la propriété, de façon que tout passant pût admirer la jolie construction et la belle ordonnance du jardinet.
Un chien aboya ; les passants, vu leur rareté, étaient toujours un événement pour son âme fidèle de chien de garde. Une jeune fille parut sur les deux marches du perron, un chapeau de paille à la main ; à la vue des deux jeunes gens, elle le mit vivement sur sa tête et se dirigea vers la porte pour ouvrir.
— Bonjour, mademoiselle, fit Muriet avec une parfaite aisance. J’ai amené un de mes amis qui désirait connaître le pays…
La jeune fille avait ouvert la porte, non sans une lutte assez énergique avec le pêne rouillé ; les deux hommes entrèrent ; elle mit la main dans celle que lui tendait l’architecte et regarda Lignon.
Celui-ci resta stupéfait, ébloui ; sous le chapeau de paille dont le bord avancé jetait une ombre charmante sur le joli visage, il reconnaissait les yeux bleus, ces yeux de myosotis qui l’avaient troublé la veille pendant qu’il caressait ses rêves de gloire sur l’impériale du tramway.
— Qu’est-ce que c’est, Norine ? fit une voix masculine à l’intérieur de la maison.
— C’est M. Muriet, papa, et il a amené un ami.
Le père des yeux bleus parut sur le seuil.
C’était un gros homme réjoui, orné d’une pipe et d’une paire de bretelles en tapisserie.
— Soyez les bienvenus, messieurs, dit-il ; vous devez avoir chaud ; asseyez-vous à l’ombre.
L’ombre était celle de la maison, mais, telle qu’elle était, les jeunes gens la trouvèrent bienfaisante.
Norine apporta deux chaises, que Muriet lui prit des mains avec de grandes démonstrations de politesse, et l’on se mit à causer.
Deux garçonnets de huit à dix ans montrèrent leurs chevelures ébouriffées, puis disparurent avec précipitation ; quelques instants après, ils reparurent, escortés de leur sœur, qui venait évidemment de les laver, peigner et brosser. Ce trio s’assit gravement sur les marches et parut écouter la conversation avec beaucoup d’intérêt. Les yeux bleus se portaient avec une égale candeur sur M. Guerbois et sur les deux nouveaux venus : on eût dit que ces êtres d’un sexe différent du sien n’inspiraient à la jeune fille que la curiosité modérée, naturelle à tout être intelligent en présence de quelque chose qui n’est pas semblable à lui.
Justin, étonné de cette contenance, dont il n’avait jamais eu d’exemple, restait comme en extase devant l’expression de cette innocence presque surhumaine ; ses yeux, à lui, contemplaient le joli visage sans que celui-ci se détournât. Un plus malin se fût dit qu’une jeune fille n’ignore pas quand on la regarde, et qu’une contemplation prolongée devait causer quelque embarras à la pudeur native d’une enfant même inexpérimentée ; mais Justin n’était pas très malin. S’il croyait en lui, il ne croyait pas moins en les autres ; c’était un défaut terrible au point de vue pratique ; au point de vue moral, c’était peut-être une vertu.
— Bonjour, messieurs, dit la replète madame Guerbois en s’avançant sur le perron.
Son petit état-major de mioches se rangea pour la laisser passer, et elle s’approcha des visiteurs avec la majesté d’une femme qui n’est plus jeune, mais qui sait qu’elle a été belle, et qui se croit extrêmement intelligente.
Justin la salua avec tout le respect qu’elle pensait devoir exiger, de sorte que, dès l’abord, il produisit la meilleure impression.
Après l’échange de quelques phrases polies, ainsi que l’avait prévu Muriet, les jeunes gens furent tous les deux invités à dîner, et, en attendant, toute la famille alla faire un petit tour, à l’exception de madame Guerbois, qui devait rester pour surveiller les apprêts du festin.
— Veux-tu que je reste, maman ? demanda Norine avec une extrême douceur.
Sa voix était aussi mélodieuse que ses yeux étaient bleus.
— Non, mon enfant, merci, va t’amuser, répondit la mère avec un sourire plein de bonté. Aie bien soin de tes petits frères.
Ceux-ci couraient déjà en avant ; le gros de la troupe se mit en mouvement avec une lenteur pleine de dignité. Norine se plaça à égale distance entre l’avant-garde et l’armée, de façon à pouvoir rejoindre les gamins s’il en était besoin, sans pour cela se dérober aux conversations qu’elle pourrait se trouver appelée à partager, et M. Guerbois s’appliqua à démontrer à son nouvel hôte tous les avantages de l’endroit qu’il habitait en villégiature, aussi bien que ceux de sa demeure elle-même. En lui louant la maison à un prix véritablement peu élevé, le propriétaire lui avait insufflé l’idée que ce serait un devoir, une sorte d’appoint au loyer, que de vanter à tout venant les charmes de ce lieu, afin d’attirer une clientèle. Guerbois, honnête et borné, avait accepté l’obligation au nombre des clauses du bail, et s’en acquittait avec une telle conscience, que parfois, faute d’oreilles étrangères, il se rabattait sur celles de Muriet. Celui-ci, plus d’une fois, avait tenté de lui dire :
— Je connais tout cela mieux que vous ; laissez-moi tranquille !
Mais il avait gardé prudemment le silence, afin de ne pas perdre les avantages qu’il s’était acquis dans la maison.
Pendant que, tout en cheminant vers le maigre taillis, Guerbois épanchait l’urne de son éloquence dans l’âme neuve de Justin Lignon, celui-ci n’avait d’yeux que pour la silhouette élégante de mademoiselle Norine, à six ou sept pas devant lui. Norine marchait très bien, avec une grâce un peu roide, mais si parfaitement convenable ! Sa haute taille ne se balançait pas comme ces jeunes peupliers dont une littérature aujourd’hui démodée a jadis peuplé les romances ; Norine allait droit devant elle, la tête légèrement baissée sous son petit chapeau si simple ! Elle ne se retournait que rarement, et seulement pour s’assurer que son père n’était pas loin d’elle. Son regard ingénu rencontrait parfois celui de Lignon, qui ne pouvait assez en admirer la pureté ; parfois aussi elle regardait Muriet, mais avec une ingénuité plus grande encore ; ses yeux se fixaient un instant sur ceux du jeune homme, sans le moindre embarras, et retournaient ensuite à ses petits frères, ou aux marguerites du chemin… Heureuses marguerites !
Quand on fut dans le taillis, les garçons se livrèrent aux jeux folâtres de leur âge ; la jeune fille s’assit au revers d’un ancien fossé, pour faire un bouquet des fleurs champêtres que les jeunes gens s’empressèrent de lui apporter, pendant que M. Guerbois fumait le calumet de la paix dans une pipe en racine de bruyère. Justin s’efforçait de recueillir une offrande digne de l’autel, et marchait plié en deux, le front courbé jusqu’aux hautes herbes, pendant que, plus avisé, son compagnon apportait à mademoiselle Norine quelques broutilles à la fois, et trouvait à chacune de ses politesses l’occasion d’effleurer les doigts agiles de la jeune bouquetière, qui ne paraissait pas s’en apercevoir le moins du monde.
Lorsque Justin revint avec une gerbe triomphante, le groupe se levait pour partir ; mademoiselle Norine accepta l’hommage de ce nouvel ami avec le modeste embarras d’une jeune personne qui reçoit quelque chose de trop beau pour la circonstance.
— Quelle peine vous vous êtes donnée, monsieur ! dit-elle avec un charmant sourire et une vive rougeur.
— Pour vous être agréable, mademoiselle… balbutia Justin, troublé par la rougeur de la jeune fille.
Elle baissa les yeux et appela le plus jeune de ses frères, qui vint se ranger près d’elle, et dont elle prit la main.
Une confusion virginale n’avait cessé de régner sur tout son être charmant, et ce n’est qu’au sortir du taillis que, le garçonnet lui échappant, elle reprit un peu contenance. Justin n’osa plus lui adresser la parole, de peur de la troubler. Jamais il n’avait rêvé de semblable pudeur, une si divine innocence, une modestie aussi naturelle et profonde. Il la regardait à la dérobée avec une sorte de crainte, comme un objet fragile et sans prix, et ne pouvait comprendre la liberté avec laquelle son camarade Muriet interpellait à tout instant cette fleur de candeur ; elle répondait le plus souvent à voix basse un mot que Lignon n’entendait guère ; mais n’était-ce pas là une sorte de profanation, et n’eût-il pas mieux valu laisser à ses chastes pensées la vierge recueillie qui marchait à leurs côtés dans sa robe de toile bleue, dont les plis sculpturaux rappelaient les statues de l’antiquité ?
Le dîner qui fut offert aux jeunes gens n’était pas fait pour rompre le charme de tels souvenirs, et servi en plein air sur les tables de Sparte, comme il le fut dans l’étroit jardinet de Bois-Colombes, il n’eût pas humilié le brouet classique.
Muriet, fort ami de la bonne chère, mangeait cependant avec un bel appétit, et redemandait des plats les moins friands ; c’est ce que Justin trouva plus étonnant que tout le reste, dans une conduite déjà surprenante en elle-même.
La nuit venue, les petits garçons s’endormirent les coudes sur la nappe, pendant que les trois hommes conversaient entre eux. La conversation n’était pas très intéressante : les idées de M. Guerbois n’étaient ni très neuves ni très justes ; en art, il professait des principes qui eussent paru arriérés il y a cinquante ans ; en littérature, il se montrait romantique à l’excès, sans doute par compensation ; en philosophie, Jean-Jacques était son Dieu. Ses convictions, d’ailleurs enracinées, découlaient non d’un parti pris, non d’une éducation même faussée, mais uniquement du hasard de ses lectures ou de discours entendus ; aussi offraient-elles un singulier mélange, quelque chose dans le genre de ce que les restaurateurs de la gent chiffonnière appellent un arlequin.
Mais tandis que M. Guerbois épanchait dans l’air du soir son admiration sur les croûtes du temps passé et sur les œuvres secondaires d’une littérature plus anodine qu’elle n’en avait l’air, sa fille Norine passait et repassait dans le cadre éclairé des fenêtres du rez-de-chaussée à peine surélevé ; tantôt dans la petite cuisine, où elle s’arrêtait de temps en temps pour donner une indication à la bonne mal équarrie dont les connaissances se bornaient tout au plus à distinguer la poêle à frire de la cuiller à pot, tantôt dans la chambre qui s’ouvrait de l’autre côté sur l’antichambre, et où les lits des deux garçons se préparaient pour la nuit.
Une bougie solitaire brûlait douloureusement sur la cheminée et se reflétait dans une glace verdâtre qui donnait à sa pâle image une apparence sépulcrale. Sur ce fond, la silhouette de Norine se dessinait en noir, indiquant la jolie forme de la petite tête ronde, ou l’élégance du corsage jeune, presque plat.
Souvent Norine passait de l’autre côté de la bougie, et l’on voyait alors son visage pudique se pencher vers l’oreiller que ses mains faisaient rebondir, ou sur la courte pointe où elle étalait le linge de nuit.
Tout cela s’accomplissait avec une lenteur harmonieuse, et les deux jeunes gens, qui contemplaient ce spectacle attrayant, ne s’inquiétaient que très peu de la prolixité de M. Guerbois.
La maman vint arracher ses fils aux douceurs de leur sommeil anticipé ; moitié grognons, moitié souriants, ils dirent bonsoir à leurs hôtes et montèrent, non sans s’y embarrasser les pieds, les deux marches du perron ; leur sœur, grande, blanche et fluette dans sa robe qui semblait de couleur indécise, posa maternellement ses mains sur l’épaule de chacun des garçonnets, et ils rentrèrent dans la maison, pour reparaître bientôt dans la chambre éclairée.
Madame Guerbois avait entamé avec Muriet une conversation purement architectonique, qui devait finir par une demande de réparations, et Lignon regardait le délicieux tableau d’intérieur offert à ses yeux ; les enfants, un instant dérobés à sa vue, reparurent revêtus de leurs longues chemises blanches et s’étendirent sur leurs minces couchettes ; la grande sœur se pencha sur eux, les borda soigneusement et les embrassa. Dans la tendre véhémence de ce baiser fraternel, une des longues tresses châtaines tomba sur le petit lit ; avec un joli mouvement, Norine la rejeta en arrière, puis elle vint à la fenêtre.
Au moment de rapprocher les deux battants, elle s’arrêta, les bras en croix, les yeux perdus au ciel, où se montraient des myriades d’étoiles… Comme avec un regret, elle ferma lentement la croisée et l’instant d’après souffla la bougie.
Muriet n’avait pas bronché. Lignon poussa un soupir, et, chose bizarre, ne se demanda jamais pourquoi l’innocente Norine, au risque de les enrhumer, avait couché ses petits frères la fenêtre ouverte.
L’heure était avancée ; nos jeunes gens se levèrent au moment où la jeune fille reparaissait sur le seuil, et annoncèrent leur intention de se retirer.
Lignon fut invité à revenir « quand le cœur lui en dirait » ; on échangea de nombreuses poignées de main, les doigts de Norine s’allongèrent timidement dans la paume étendue de Muriet, et Lignon osa les effleurer avec respect ; puis les deux compagnons de route regagnèrent la gare par le même chemin qu’ils avaient suivi l’après-midi, et qui dans la fraîcheur nocturne paraissait moins aride et moins long.
Quand ils furent hors de la portée de la voix, Muriet alluma une cigarette, fourra ses mains dans ses poches, et se tournant vers Lignon :
— Un peu ennuyeux, dit-il, mais bien braves gens !
— Elle est divine ! répondit Justin plein de feu.
— Quel dommage qu’elle n’ait pas le sou ! reprit Muriet en haussant les épaules, ce qui était son geste favori. À cela près, elle a toutes les vertus. Bonne ménagère et gentille avec ses petits frères, tu as vu ?
— Si dans l’architecture on n’avait pas besoin d’une mise de fonds… Ah ! mon cher, quel sot métier ! La littérature, au moins, cela rapporte ! cela rapporte tout de suite ! Mais nous, il nous faut des concours pour nous mettre en lumière, et pendant que l’on concourt, il faut avoir de quoi se mettre sous la dent !
Il se tut et fit quelques pas en fouettant l’air de sa canne, qui était aussi roide qu’un pieu.
— Pauvre petite fille ! n’est-ce pas malheureux de se dire qu’un trésor semblable s’en ira à quelque rustaud, un camarade de bureau du père…
— Qu’est-ce qu’il fait, le père ? demanda timidement Lignon.
— Il est quelque chose aux Eaux de la Ville, je ne sais trop quoi. Tu vois ça, trois mille six, et une petite rente qu’il tient de sa famille, ça le mène à cinq ; de quoi vivre tout juste, cinq personnes et la bonne, et pas bien encore ! Aussi la chère enfant fait ses robes elle-même, elle habille ses petits frères… et avec une économie !
— Mais cela vaut une dot ! fit observer Justin ému.
— Oui, pour un homme qui aurait une position fixe ; mais est-ce que nous avons quelque chose de fixe, nous autres ? Non, mon ami, s’écria Muriet avec chaleur, je ne serai jamais égoïste au point de faire partager ma misère à la femme que j’aimerais, d’associer aux difficultés de ma vie une compagne courageuse… Cela me fendrait le cœur ! J’épouserai une femme riche, ou je ne me marierai pas !
— C’est bien, cela ! faillit dire Justin.
Il se retint, on ne sait trop pourquoi, et ramené à la cause récente de ses préoccupations :
— Ce serait grand dommage en effet qu’elle épousât un butor, dit-il ; mais elle est assez belle pour trouver un homme riche et intelligent, qui l’épouse par amour…
— Tu y crois, toi ? fit Muriet avec amertume ; tu y crois, aux hommes riches qui se marient par amour ? Plus on est riche, mon cher, plus on recherche la richesse ! Cite-moi un exemple d’homme possédant une fortune et qui ait épousé une fille pauvre.
Comme Justin n’était pas préparé à la question, et que d’ailleurs, même préparé, il n’eût pu avoir présente à la mémoire la nomenclature des mariages seulement de l’année, il garda le silence.
— Non, vois-tu, mon cher, reprit Muriet, c’est encore nous autres artistes qui donnons l’exemple de ces unions héroïques… Mais, pour ma part, j’avoue que je n’aurais jamais le courage de voir souffrir par ma faute des êtres qui me seraient chers.
La gare était pleine de monde ; ils attendirent deux heures devant les trains qui filaient au complet, prirent enfin un wagon d’assaut, et rentrèrent chez eux à pied vers une heure du matin, fourbus, ainsi qu’il arrive toutes les fois qu’on commet l’imprudence de dîner le dimanche à la campagne. Tous les Parisiens savent cela, et tous recommencent, après avoir juré chaque fois qu’on ne les y prendra plus.
q