‹ La Belle aux yeux d’orChapitre 8 sur 15 · Scène IV.

Scène IV.

Dans la maison de Dorothée.

Entrent THÉODORA et DOROTHÉE.

Théodora.

Voilà la première nuit que nous allons passer dans cette nouvelle maison, et j’éprouve une sorte de peur.

Dorothée.

N’est-ce pas un peu votre faute ?… De quoi pouvez-vous vous plaindre avec moi ?… En changeant de demeure, tout est changé autour de nous. Depuis que l’infant a mis le pied dans notre ancien logis, don Juan ne m’a plus adressé la parole… Que dis-je ? il ne s’est pas même montré dans notre rue.

Théodora.

Il paraît bien jaloux.

Dorothée.

Aujourd’hui j’ai voulu l’adoucir par un billet bien tendre, dans lequel je lui rappelais nos amours, notre amitié passée ; cela d’une façon qui aurait apaisé le ressentiment le plus légitime… Eh bien, il n’a pas daigné me répondre… Il n’a pas même demandé de mes nouvelles au porteur du billet.

Théodora.

Vous l’avez bien mérité. Ah ! ma nièce, ma nièce, ne vous l’ai-je pas dit cent fois, que ce don Juan ne vous aimait pas comme on doit aimer, — qu’il n’était qu’un perfide, et ne voulait que vous tromper ? Aussi, le voilà, à la première occasion, qui vous délaisse, sous prétexte que vous avez reçu la visite des princes.

Dorothée.

Peut-être a-t-il entendu parler des démarches que l’infant a fait faire auprès de moi ?

Théodora.

Qu’importe, puisque l’infant n’a rien obtenu ?… Et vous aviez montré assez ce que vous êtes en quittant votre ancien logis, pour que ce jaloux vînt se justifier.

Dorothée.

Il m’a si bien oubliée, qu’il ne sait pas même que je demeure ici.

Théodora.

Je suis fâchée de vous voir avec ces préoccupations… et qu’à tous moments vous alliez regarder du côté de la fenêtre. — Il serait temps d’être sage ; et même, à présent, il vous sera malaisé de vous établir.

Dorothée.

Et pourquoi donc ?

Théodora.

Ses assiduités vous ont beaucoup nui.

Dorothée.

Allons, ne voilà-t-il pas que vous allez me faire un sermon ! J’ai bien assez de mes ennuis !

Théodora.

Votre frère n’est pas encore arrivé.

Dorothée.

Oubliez-vous qu’il ne vit que pour Marcèle ?… Il paraît même qu’il lui a cédé aujourd’hui la maison que nous venons de quitter.

Théodora.

C’est assez délicat.

Dorothée.

Quel mal y a-t-il, puisque nous n’y demeurons plus ? — Mais il se fait tard. Il est pour vous l’heure du sommeil.

Théodora.

Ah ! mon enfant, faut-il que son inconstance vous rende ainsi jalouse ?… Car je le vois, vous l’attendez. Vous espérez qu’il vous viendra parler sous vos fenêtres.

Dorothée.

C’est ainsi que vous me consolez. — Adieu ; bonne nuit. — Je vais prendre le frais sur le balcon.

Théodora.

Pour le feu qui vous dévore, il faudrait un air bien frais ; et l’air de la mer n’y suffirait pas.

Elle sort.

Dorothée.

Ah ! que n’est-elle à ma place !… Devais-je être ainsi victime de l’inconstance d’un ingrat ?… N’ai-je pas assez fait pour lui ?… Je n’y tiens plus. Approchons-nous du balcon… Il devinera que je l’attends, et sans doute il viendra. Son silence même prouve que tel est son projet… La meilleure réponse qu’il puisse me faire, c’est de venir en personne.

Elle sort.

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