Chapitre 14 Le départ
Le comte de Villiers sortit de la forêt sans se préoccuper davantage du misérable aventurier si agréablement accommodé par lui.
Il reprit la route du fort Duquesne.
Cependant, sans s’en rendre compte, tout en cheminant, il jetait des regards inquiets à droite et à gauche, sur les buissons et sur les fourrés.
Il tenait la main sur la poignée de son épée, prêt à dégainer à la moindre alerte.
La double attaque dont il avait failli devenir la victime lui donnait fort à réfléchir.
Tout était bien clair pour lui : l’aventurier l’attendait pour lui chercher une mauvaise querelle et le tuer roide. Les individus dont les balles avaient troué son chapeau à un pouce de sa tête étaient non pas des chasseurs maladroits, mais bien des bravi embusqués sur son passage pour l’assassiner.
Mais qui pouvait avoir un si grand intérêt à sa mort ?
Il ne se connaissait point d’ennemis, n’ayant jamais, à sa souvenance du moins, fait de mal à personne ; de plus, il était trop nouveau dans la colonie pour avoir excité contre lui une si grande haine.
Le souvenir de la comtesse de Maleval traversa sa pensée, mais il repoussa bien loin l’idée que cette femme qu’il avait aimée, qui appartenait au meilleur monde, et dont rien dans la vie passée ne justifiait un pareil soupçon, eût ainsi, de sang-froid, par dépit d’amour, comploté sa mort.
C’eut été pousser loin le désir de se venger d’un abandon qui, à son compte à lui, l’homme aux nombreuses bonnes fortunes, n’avait rien que de très naturel.
Ce n’était point admissible.
Quel était donc cet ennemi implacable ?
Était-ce une haine indigène ?
Le coup venait-il des Anglais ?
Le comte de Villiers s’arrêta plus volontiers à cette dernière idée.
Les Anglais, qui quelques jours auparavant, avaient fait tomber son frère, M. de Jumonville, dans un si odieux guet-apens, pouvaient bien avoir intérêt à se débarrasser de lui, son vengeur présumé.
Mais, toutes réflexions faites, il reconnut l’inanité de cette supposition.
Il finit par en rire.
Les Anglais savaient-ils seulement si le comte de Jumonville laissait un frère ?
La position secondaire du comte de Villiers, sa toute récente venue dans la colonie, ne lui donnaient pas, malgré sa bravoure et sa témérité, une importance telle que les représentants du gouvernement britannique dussent en venir à de semblables extrémités contre lui.
Le jeune homme se creusait vainement le cerveau à chercher la solution de ce problème.
Aucune lueur n’éclairait les ténèbres qui entouraient l’audacieux attentat dont il avait failli être victime.
Par moments, il se prenait à douter de la réalité des coups de feu qu’il avait essuyés ; mais les trous de son chapeau étaient là.
De guerre lasse, il finit par renoncer à chercher plus longtemps à percer ce mystère.
Il résolut de laisser aller les événements et de s’en fier au temps, ce grand découvreur des choses cachées, qui probablement, lorsqu’il y songerait le moins, lui révélerait la vérité.
Il en était là de ses réflexions lorsqu’il atteignit les glacis de la forteresse et qu’il rencontra son ami Armand de Grigny.
Le baron venait au-devant de lui.
Les deux jeunes gens se joignirent à quelques pas seulement de la poterne.
— Pardieu ! dit le baron en serrant la main du comte, c’est affaire à vous, mon cher ami, de vous échapper ainsi, sans rien dire à personne, que diantre !…
— Ma foi, vous dormiez de si bon cœur ce matin, répondit en riant M. de Villiers, que je me suis fait scrupule de troubler votre sommeil.
— Vous avez eu mille fois tort. Moi qui ne suis ici que depuis vingt-quatre heures, et qui, par conséquent, ne connais pas les environs, j’aurais été charmé de faire, en votre compagnie, un tour dans la campagne, que l’on dit fort belle, et cela d’autant plus que devant partir ce soir même, l’occasion ne se retrouvera pas de si tôt pour moi d’admirer les points de vue accidentés de la Belle Rivière. Vous êtes un égoïste, comte.
— Je l’avoue ; du reste, j’ai failli payer cher cet égoïsme.
— Que voulez-vous dire ? auriez-vous couru un danger ? Je vous en voudrais de ne pas m’y avoir mis de moitié. Vous savez toute mon affection pour vous.
— Oui, mon ami, j’ai couru un danger, deux même. Mais ne vous hâtez pas de me blâmer ; j’ignorais complètement, en sortant ce matin, à quoi je m’exposais. Ma promenade était toute pacifique. Je ne m’attendais pas au dénouement qu’elle a eu.
— Vous m’inquiétez : que vous est-il donc arrivé ?
— Tout simplement ceci, mon ami, que d’abord on a tiré sur moi comme à la cible, si bel et bien que… voyez ! voilà les trous des balles qui ont traversé mon chapeau.
— Diable ! c’est sérieux, cela, et sans doute vous avez un peu massacré les assassins ?
— Pas le moins du monde ! Je ne les ai seulement pas aperçus ; mais, à leur place et en courant après eux, j’ai donné du pied sur un grand escogriffe à face patibulaire, lisant assis au pied d’un arbre. Ce monsieur m’attendait là sans doute dans la louable intention de m’achever, au cas où je n’aurais été que blessé par ses acolytes. Je l’ai échappé belle !
— Mais c’est toute une tragédie que vous me contez là ! Vous êtes sauf au moins ?
— Je n’ai pas une égratignure.
— Dieu soit loué ! Qu’est-il arrivé ensuite ?
— Il est arrivé que l’escogriffe susdit s’est levé comme un furieux, a dégainé une colichemarde démesurément longue et m’a demandé satisfaction.
— Satisfaction de quoi ?
— De toutes les insultes que j’aurais pu lui faire, répondit le comte en riant.
— Bien. Et alors ?
— Alors, nous nous sommes battus.
— Et ?…
— Et, ma foi, je crois que je lui ai passé mon épée à travers le corps.
— Vous croyez est charmant. Est-il mort ?
— Il doit être pour le moins en fort mauvais état.
Tout en causant ainsi, les deux jeunes gens avaient traversé les cours de la forteresse et se trouvaient à la porte de leur appartement.
Le front du jeune baron s’était assombri.
— Hum ! dit-il, savez-vous, cher ami, que tout cela me semble constituer un très joli guet-apens.
— C’est assez mon avis.
— Et, pardon si j’insiste sur ce sujet, qu’avez-vous fait de l’escogriffe en question ?
— Que diable vouliez-vous que j’en fisse ? Je l’ai laissé là, râlant, sacrant, et recommandant son âme à mons Satanas, qui se sera bien gardé de laisser échapper l’occasion de s’en emparer. Si je sais à quoi elle lui servira, par exemple !…
— Mais vous ne l’avez pas ainsi tué sans lui demander un peu ses noms et qualités ?
— Je n’ai pas eu à prendre ce soin ; avant de dégainer, il m’a défilé une kyrielle de noms plus barbares les uns que les autres. C’est un hidalgo qui descend de Pélage ; il se nomme don Palamède Bernardo de Bivar y Carpio, il se donne le titre de capitaine.
— Et quel homme est-ce ? Ne pourriez-vous pas me faire son portrait ?
— Rien de plus facile. Grand, noir, sec comme un parchemin, des jambes et des bras de faucheux, des yeux ronds, un nez de perroquet, un menton de galoche, une bouche fendue jusqu’aux oreilles, et des moustaches hérissées jusqu’aux sourcils : un accent circonflexe retourné ! Avec cela, la mine et la tournure d’un grand d’Espagne en goguettes.
— Cordieu ! s’écria le baron en se frappant le front, il serait curieux que ce drôle fût mon homme !
— Quel homme ?
— Un assez ténébreux coquin, cousu de mauvaises affaires, escroc, brelandier et spadassin, que j’ai eu occasion de rencontrer deux ou trois fois à Québec.
— En supposant que ce fût le même, que ferait cela ?
— Pardon, ce doit être le même, insista M. de Grigny.
— Je l’accorde. Après ?
— Après ?… Savez-vous où je l’ai rencontré pour la dernière fois, mon cher comte ?
— J’attends que vous me le disiez.
— Sortant de la maison de la comtesse de Maleval, entre dix et onze heures du soir, il se cachait de son mieux.
— Corbœuf !
— Vous comprenez, n’est-ce pas ?
— Oui, parfaitement, d’autant plus que je me remémore à présent certaines plaisanteries de ce drôle, ce doit être le même. Voilà ce que c’est, m’a-t-il dit, que d’être trop aimé.
— C’est le même, je le jurerais.
— Alors votre opinion est…
— Pardieu ! que le coup vient de la comtesse ; la chère âme a tout simplement voulu vous égorgeter, comme disait le bon petit roi Charles IX.
— Mais c’est affreux, cela ! si affreux que je ne le crois pas encore.
— Ne vous ai-je pas averti ?
Le comte se détourna et marcha rapidement vers une des sorties du fort.
— Où allez-vous donc ? s’écria le baron en le suivant de son mieux.
— Trouver le drôle, et, s’il n’est pas mort, le confesser si bien qu’il avouera tout.
— L’idée est bonne, seulement vous n’irez pas seul.
— Soit ! allons-y ensemble.
— Un moment, prenons des pistolets, on ne sait pas ce qui peut arriver ; rien ne nous prouve que les bandits qui ont déjà tiré sur vous n’aient pas regagné leur embuscade.
— Vous avez raison ; armons-nous donc, mais faisons vite.
— Patience, mon ami, dit le baron ; n’agissons pas à la légère, s’il vous plaît. Cette affaire est beaucoup plus sérieuse que vous ne le supposez, et avec des ennemis qui précèdent aussi brutalement, on ne saurait user de trop de prudence. Venez !
Les deux jeunes gens entrèrent dans l’appartement, où ils trouvèrent Rameau-d’Or et Risque-Tout occupés à jouer à la prime.
Les soldats se levèrent en apercevant leurs maîtres, et ils attendirent respectueusement leurs ordres.
— Pendant que vous allez vous rendre chez le colonel de Contrecœur, dont vous prendrez congé en votre nom et au mien, fit le baron, Rameau-d’Or vous préparera vos vêtements de chasse. Il est inutile qu’au retour de notre promenade, nous rentrions dans le fort : mieux vaudra, à mon avis, nous rendre tout de suite au lieu désigné pour l’embarquement. Qu’en pensez-vous ?
— Je vous comprends et je suis votre conseil, dans quelques minutes je serai de retour.
Et il sortit.
— Maintenant, mes enfants, dit le baron aux soldats, alerte, vous autres ; il s’agit de ne pas perdre de temps. Vous êtes de braves garçons dont le comte et moi nous connaissons le dévouement ; vous nous accompagnerez dans une expédition que nous allons faire. Quittez vos uniformes, préparez et fourbissez vos armes, et ce soir, à six heures, trouvez-vous tous deux avec nos bagages, à l’anse des Marigots, où sera le Canadien Berger, avec une pirogue. Vous le connaissez, Berger, n’est-ce pas, Rameau-d’Or ?
— Oui, capitaine, répondit celui-ci ; c’est un rude homme.
— Très bien, vous attendrez notre arrivée.
— C’est entendu, dirent ensemble les deux grenadiers.
— Ah çà ! je ne veux pas vous tromper, mes enfants ; le danger sera grand là où nous allons ! Pouvons-nous compter entièrement sur vous ?
— À la vie et à la mort, capitaine !
— Bien ! tout est dit. Ah ! une dernière recommandation ; tâchez, autant que possible, que votre départ ne soit pas remarqué. Ceci est de la plus haute importance. Peut-être ferez-vous mieux de vous donner rendez-vous au dehors et de ne sortir que l’un après l’autre.
— Soyez calme, capitaine, répondit Risque-Tout, nous sommes de trop vieux soldats pour nous laisser surprendre ou deviner.
— Donc, plus un mot, et à ce soir !
Tout en parlant ainsi, M. de Grigny avait quitté son uniforme ; il venait d’endosser un costume de fantaisie, ressemblant assez à celui adopté par les chasseurs canadiens. Il passait ses pistolets à sa ceinture après en avoir visité les amorces, lorsque la porte s’ouvrit. M. de Villiers entra.
— Eh bien ? demanda le baron.
— Tout est terminé, répliqua le comte ; M. de Contrecœur a reçu notre congé, il m’a remis mes instructions et il nous souhaite une bonne réussite.
— Alors tout est pour le mieux.
— Oui, et nous pouvons partir quand nous voudrons.
— J’attends que vous soyez prêt.
— C’est l’affaire de quelques minutes.
En effet M. de Villiers changea de costume avec une rapidité qui témoignait de son désir de partir au plus vite, si bien qu’il fut prêt au bout de cinq minutes.
Les soldats attendaient.
— Vous avez compris, n’est-ce pas, vous autres ? leur dit le baron.
— Soyez calme, capitaine, répondit avec un sourire narquois Risque-Tout, qui affectionnait particulièrement cette phrase d’un laconisme expressif.
— Alors, à ce soir, à l’anse aux Marigots.
Les deux officiers prirent leur fusils de chasse et sortirent.
Ils se retrouvèrent bientôt dans la campagne, et ils commencèrent à marcher à grands pas, afin de rattraper autant que possible le temps que leur avaient fait perdre leurs préparatifs.
Les deux jeunes gens, si gais et si insouciants d’ordinaire, étaient sérieux, presque sombres ; non pas qu’ils éprouvassent la plus légère crainte, mais ils savaient que leur vie servait d’enjeu dans la partie qu’ils entamaient.
Cette considération, fort grave, suffisait pour les faire réfléchir et les engager à agir avec la plus grande prudence. La réussite de leur mission les préoccupait plus que leur vie.
— Il doit être mort maintenant, dit le comte au bout d’un instant, ne cessant de penser à don Palamède.
— Qui sait ? repartit le baron. Les drôles de cette espèce ont la vie dure. Dans tous les cas, nous saurons bientôt à quoi nous en tenir. Vous rappelez-vous bien l’endroit où vous vous êtes battus ? Ce ne doit pas être difficile à retrouver.
— Au besoin, je m’y rendrais les yeux fermés.
En causant ainsi, ils marchaient d’un bon pas, de sorte qu’il ne leur fallut qu’une demi-heure pour atteindre la lisière de la forêt.
— Voici le chemin qu’il nous faut suivre, dit le comte en indiquant du doigt un étroit sentier qui se trouvait un peu à leur droite.
— Bon ! je le vois ; attendez un instant pour respirer d’abord et prendre nos précautions ensuite. Armez votre fusil et surveillez les buissons, il ne s’agit pas ici de nous faire tuer comme des coqs de bruyère. Au moindre mouvement suspect dans les taillis : feu !
— Ne craignez rien : ce sera fait.
Ils s’engagèrent dans la forêt.
Elle était calme et silencieuse, les oiseaux eux-mêmes se taisaient, et, blottis sous la feuillée, dormaient la tête sous l’aile. On était à l’heure la plus chaude de la journée.
Après quelques détours, ils atteignirent une place assez vaste, complètement dépourvue d’arbres et formant une espèce de clairière.
— C’est ici, dit le comte.
— Il n’y a personne, répondit le baron en jetant un regard scrutateur autour de lui… ni mort ni vivant !
En effet, la clairière était déserte.
Cependant, les traces du combat qui, deux heures auparavant, s’était livré en cet endroit, étaient clairement indiquées, et une large flaque de sang marquait la place où était tombé l’aventurier.
— Qu’est-ce que cela signifie ? murmura le comte.
— Pardieu ! reprit son ami en haussant les épaules, cela signifie que les complices de ce digne gentilhomme l’ont enlevé, voilà tout. Maintenant, est-il mort ? est-il vivant ? c’est ce que je ne saurais vous dire. Corbleu ! c’est avoir du guignon et jouer de malheur ; nous ne pourrons rien apprendre aujourd’hui.
Pendant que M. de Grigny se livrait à ces réflexions peu encourageantes, le comte se baissait vivement et se relevait presque aussitôt en poussant un cri de joie.
— Au contraire, s’écria-t-il en montrant à son ami un objet qu’il tenait dans sa main, nous savons tout ! Regardez ce bijou.
— Le cachet de la comtesse de Maleval ! dit le jeune homme avec stupeur ; je la croyais moins imprudente.
— Vous aviez raison, Armand ; tous nos doutes sont levés. C’est bien la comtesse qui a voulu me faire assassiner.
— À la bonne heure ! nous savons au moins à quoi nous en tenir. Maintenant, que comptez-vous faire ?
— Rien, mon ami. Se venge-t-on d’une femme qu’on a aimée… et qui vous aime encore assez pour vous haïr ?
— Bah ! bah ! reprit le baron, billevesées que cela ! L’héroïsme est une duperie en cette circonstance ; la comtesse n’est plus une femme pour vous, prenez-y garde. C’est une ennemie acharnée, qui, si vous ne la tuez pas, vous tuera sans le moindre ménagement.
— Il en sera ce qu’il plaira à Dieu, mon ami ; mais jamais je n’aurai le courage d’armer mon bras contre une femme, si coupable qu’elle soit envers moi.
— C’est bon, je n’insiste pas, répondit rudement le jeune homme. Je me plais à croire que vous réfléchirez.
— Ma résolution est immuable, reprit le comte tristement.
— C’est bon ! vous dis-je, n’en parlons plus. Reprenez ce bijou, qui nous servira un jour ou l’autre.
— Espérons que non.
— Ah ! vous pensez que cette belle dame s’en tiendra là ? demanda ironiquement le baron.
— Oui.
— Louis, mon cher Louis, vous eussiez mieux fait de ne jamais quitter les boudoirs et les ruelles de Versailles.
— Pourquoi ?
— Au moins, là-bas, si les femmes ne sont pas des tigresses de vertu, elles ne deviennent pas des hyènes altérées de sang et de vengeance.
— Mme de Maleval ne recommencera pas cette tentative avortée, qui a déjà fait couler le sang d’un homme.
— D’un homme ! vous êtes bien bon, comte. Je vous parle sérieusement, et ce que j’en dis, je le dis aussi bien pour vous que pour moi : soyons sur nos gardes, ne nous fions qu’à nous-mêmes, et voyons des ennemis dans toutes les nouvelles connaissances que le hasard nous fera rencontrer.
— Charmante existence que vous nous préparez là, mon cher Armand ! fit le comte avec un sourire contraint.
— La mort de votre frère et l’embuscade à laquelle vous venez d’échapper sont des arguments assez péremptoires pour que je ne me donne pas la peine de soutenir pareille thèse plus longuement. Nous n’avons plus rien à faire ici, partons !
— Soit !
Ils quittèrent alors la clairière et se dirigèrent vers l’anse aux Marigots.
Ne voulant pas continuer à s’entretenir des événements qui venaient de se passer, événements sur lesquels ils avaient chacun leur manière de voir, les deux officiers se mirent à causer de la pluie et du beau temps.
Ils atteignirent le lieu du rendez-vous à l’heure fixée pour le départ.
Berger et Kouha-Handé attendaient dans une pirogue.
Les deux soldats, vêtus en paysans canadiens et bien armés, fumaient leurs pipes, admirant philosophiquement un de ces merveilleux couchers de soleil comme on n’est jamais à même d’en admirer dans le vieux monde.
Après un court entretien, les six hommes prirent place dans l’embarcation.
La nuit tombait.
Au moment où parut la première étoile, la pirogue quitta la rive.
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