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Chapitre 4 La Couleuvre

Le Proscrit, ainsi que nous continuerons à le nommer jusqu’au jour où nous parviendrons à découvrir son nom patronymique, emportait sur le cou de son cheval l’illustrissime don Palamède del Carpio.

Selon toutes probabilités, le vieillard évitait au noble hidalgo la dure alternative d’un coup de poignard dans le cœur ou d’un plongeon au beau milieu de l’Ohio.

Après avoir, dix minutes environ, suivi la lisière du couvert, au lieu de prendre la direction de sa chaumière, il tourna brusquement sur sa droite, et il s’engagea dans une sente à peine frayée, dont les méandres infinis semblaient revenir sur eux-mêmes, tant ils étaient enchevêtrés les uns sur les autres.

Bien que le cheval, maintenu par une main ferme et vigoureusement éperonné, eût une allure assez rapide, le blessé ne rouvrait pas les yeux ; son visage restait d’une pâleur de marbre, ses traits d’une rigidité cadavérique. Quelques tressaillements nerveux qui parfois parcouraient tout son corps et le faisaient bondir sur lui-même, témoignaient seuls de sa vitalité.

Le Proscrit l’examinait souvent avec un mélange de tristesse, de pitié et d’ironie. Il murmurait sourdement dans sa moustache :

— Pauvre diable ! qui peut lui avoir porté une si rude estocade ? Si je parviens à le sauver, il aura le droit de se flatter d’avoir vu la mort de près. Je le sauverai, ajoutait-il au bout d’un instant, il le faut ! il nous servira sans le savoir !

Son visage prenait alors une expression d’implacable résolution, qui, certes, eût fort donné à réfléchir aux dames françaises si elles avaient pu le voir.

Après une course assez longue à travers bois, course qui ne dura pas moins d’une heure, le Proscrit arriva dans une partie de la forêt tellement touffue et embarrassée de lianes, de plantes et de broussailles, qu’il devenait matériellement impossible d’avancer plus loin à cheval ; un piéton lui-même ne fût parvenu à continuer sa route qu’au prix d’efforts prodigieux pour s’ouvrir un passage dans ces inextricables fourrés.

Cet endroit, sombre et mystérieux, qui paraissait ne servir de repaire qu’aux bêtes fauves dont les traces étaient visibles à chaque pas, se voyait dominé par un gigantesque maguey, s’élevant à une hauteur prodigieuse au dessus des autres arbres, étendant sa puissante ramure dans toutes les directions, et couvrant de son ombre un espace considérable.

Le tronc de cet arbre avait près de douze mètres de tour au ras du sol.

Il montait entièrement dénué de branches jusqu’à une hauteur de quatre-vingts pieds au moins ; il était envahi par d’énormes lianes qui, s’enroulant autour de sa masse colossale, atteignaient ses branches et retombaient en formant les plus capricieuses paraboles jusqu’au sol.

Arrivées là, elles s’enfonçaient en terre pour jaillir de nouveau hors du sol, se mêler et s’enchevêtrer les unes dans les autres.

L’aspect de cet immense végétal avait quelque chose de saisissant, qui inspirait le respect et presque la crainte, tant sa végétation restait puissante, malgré les siècles écoulés depuis qu’il s’était élancé du sein de la terre pour aller plonger sa tête orgueilleuse dans les nuages.

Le Proscrit, arrivé à quelques pas de cet arbre, s’arrêta, jeta un regard soupçonneux autour de lui, et, sans doute rassuré par le silence profond du lieu où il se trouvait, il porta une de ses mains à sa bouche et imita, à deux reprises différentes, le cri de l’épervier d’eau.

Presque au même instant, le même cri lui répondit, et une voix rauque, semblant sortir du fouillis des broussailles, épais comme un mur, auprès duquel le cavalier était arrêté, demanda d’un ton bourru :

— Est-ce vous, maître ?

— C’est moi, répondit le Proscrit sans paraître aucunement étonné de la question que lui adressait son interlocuteur invisible.

— Vous venez bien tard, maître.

— J’ai été retenu.

— Oui, reprit la voix, et vous avez récolté quelque chose en route, à ce qu’il paraît, Jan Pol.

— Un pauvre diable, à demi-mort, que j’ai empêché d’être tué tout à fait, répondit celui auquel on donnait le nom de Jan Pol Allons, vieux blaireau, sors de ta tanière au plus vite. J’ai besoin de ton aide.

— Singulière idée que vous avez eue là ! grommela l’autre ; les loups protègent donc les agneaux à présent ? c’est le monde renversé.

Jan Pol se mit à rire.

— Il est joli, l’agneau ! tu le verras. Mais trêve de jérémiades, je n’ai pas le temps d’attendre ton bon plaisir. Ainsi, hâte-toi de venir, la Couleuvre.

— Pardi ! il faut bien que je vienne, puisque vous le voulez, grogna l’autre, toujours sans se montrer. Est-ce que je ne fais pas toujours ce que vous m’ordonnez ?

— S’il en est ainsi, pourquoi tardes-tu donc si longtemps ?

— C’est bon, c’est bon ; on y va, pardi ! Vous n’avez pas besoin de vous mettre en colère ainsi.

— Je ne me mets pas en colère, seulement je m’impatiente, et c’est mon droit, je pense.

— Allons, bon ! il ne manquerait plus que vous m’adressiez des reproches, maintenant ! C’est ça qui me ferait dépêcher !…

Jan Pol, puisque nous savons son nom enfin, haussa les épaules sans daigner répondre.

En ce moment, un craquement assez fort se fit entendre dans la muraille de lianes, qui semblait infranchissable.

Les branches s’écartèrent à droite et à gauche, livrant passage à l’individu si impatiemment attendu par le Proscrit et qui avait tant de répugnance à se montrer.

Ce nouveau personnage était de haute taille, mais d’une maigreur extraordinaire. Sa tête, petite, garnie d’une forêt de cheveux rouges qui tombaient presque sur ses sourcils, reposait sur un cou long et décharné ; ses traits anguleux gardaient une expression d’astuce rendue plus vive encore par l’éclat de ses yeux gris, à fleur de tête, toujours en mouvement.

Il paraissait être âgé d’une quarantaine d’années. Les gestes et les habitudes générales de son corps justifiaient d’une façon singulière le nom de Couleuvre qu’on lui avait donné.

Il semblait marcher en rampant et glisser sur le sol avec des ondulations serpentines.

Pour ajouter encore à la ressemblance de cet homme avec les reptiles, à chacun de ses mouvements, ses os, comme ceux du trop célèbre roi de Castille, Pierre le Cruel, rendaient un bruit sec, et tout semblable à celui des sonnettes du cascabel.

Cette infirmité, produite par la trop grande sécheresse des os, affligeait beaucoup le pauvre diable ; car souvent, dans des circonstances où il aurait désiré ne pas être découvert, elle avait dénoncé sa présence à ceux qu’il voulait surprendre ou bien éviter.

Malgré sa maigreur de squelette, ses muscles, saillants et durs comme le fer, témoignaient d’une prodigieuse vigueur corporelle, qui jointe à une rare agilité, en faisait, sous tous les rapports, un adversaire extrêmement redoutable pour ceux que leur mauvais destin obligeait à avoir maille à partir avec lui.

Son costume était semblable à celui du Proscrit, avec la seule différence qu’il flottait littéralement dans ses vêtements. Nous ajouterons, pour mémoire, qu’il était armé jusqu’aux dents.

Il se glissa entre les branches écartées des lianes, en jetant, plutôt par suite d’une longue habitude de prudence que par crainte, des regards interrogateurs autour de lui ; puis il s’avança jusqu’auprès du cavalier, qu’il salua avec un certain respect, en s’arrêtant devant lui.

— Me voilà, dit-il ; que me voulez-vous ?

— Il est heureux que tu te sois enfin décidé à m’obéir, répondit le Proscrit. Prends cet homme dans tes bras et porte-le dans ta cabane ; surtout fais attention de ne pas trop le secouer ; je te répète qu’il est grièvement blessé.

— Bon ! je vais être garde-malade alors. Le diable emporte le drôle… Vous avez de singulières idées, maître.

Cependant il obéit ; mais tout à coup il poussa une exclamation de surprise, et au lieu de s’éloigner, il demeura immobile.

— Eh ! s’écria-t-il, qui diable avons-nous là ?

— Tu le reconnais donc ?

— Pardieu ! il faudrait être aveugle pour ne pas le reconnaître, même dans cet état de délabrement.

— Me reproches-tu encore de l’avoir sauvé ?

— Qui sait ? peut-être avez-vous eu raison, peut-être avez-vous eu tort ! C’était un fort vilain compagnon dans le temps ; j’ai assez vécu côte à côte avec lui pour avoir été souvent à même de m’en apercevoir !

— Guérissons-le toujours, nous verrons après.

— C’est juste, dit la Couleuvre avec un sourire triste ; il sera toujours facile de nous en débarrasser s’il devient gênant. Je m’en charge !

— C’est cela ! mais je ne sais pourquoi, j’espère que nous ne serons pas forcés d’en venir là. Il nous servira, tu le verras !

— C’est votre affaire. Ainsi… ?

— Dans la cabane, et les plus grand soins ! répondit le Proscrit en mettant pied à terre, ne faisons pas les choses à demi.

— Mais, objecta encore la Couleuvre, la présence de cet homme ici dérange tous nos plans.

Jan Pol sourit avec une expression singulière, et posant doucement la main sur l’épaule de son compagnon :

— Obéis, lui dit-il, ne t’inquiète pas du reste ; je prends la responsabilité de tout ce qui arrivera. Ne crains rien.

— S’il en est ainsi, je n’ai plus rien à dire, reprit la Couleuvre avec un geste d’assentiment.

Et chargé de son lourd fardeau, il repassa dans l’ouverture béante.

Le Proscrit le suivit aussitôt en conduisant son cheval par la bride.

Hommes et bêtes marchaient dans ce labyrinthe, les yeux fermés.

Ils se trouvèrent peu après dans une vaste salle de verdure, fermée de tous les côtés par des murailles de lianes. Ces lianes étaient enchevêtrées si étroitement les unes dans les autres et croisées par des broussailles épineuses si épaisses, que dès que le Proscrit eut rapproché les branches écartées par la Couleuvre et fait disparaître toute solution de continuité, il devint impossible à l’œil le plus exercé de pénétrer à travers cet énorme rideau de feuillage qui semblait avoir poussé ainsi naturellement et faire corps avec le reste de la forêt.

Au centre de la salle de verdure s’élevait majestueusement le maguey dont plus haut nous avons parlé. L’intérieur du tronc de cet arbre était complètement creux. Le colossal végétal ne se nourrissait plus que par les fibres ligneuses de l’écorce, sans que cependant il parût souffrir de cette immense cavité, creusée par les siècles dans son bois et dans sa base même.

La Couleuvre avait profité de cette particularité, que le hasard lui avait fait découvrir, et il en avait tiré le parti le plus avantageux pour établir sa demeure dans cette cavité et s’y loger, lui et son cheval, aussi commodément qu’il l’eût été dans une chaumière construite de ses mains.

Il avait poussé le sybaritisme jusqu’à percer des fenêtres dans cet étrange demeure, et jusqu’à y mettre une porte faite d’une seule plaque d’écorce qui s’adaptait hermétiquement à l’ouverture.

Le logis était séparé en deux parties égales par une cloison.

Le côté droit, réservé au maître, contenait un lit, un coffre, deux chaises, deux tabourets et une table.

Le côté gauche servait d’écurie ; deux chevaux pouvaient y tenir à l’aise ; en plusieurs occasions, on en avait mis quatre. Quelques poules vivaient tant bien que mal, côte à côte avec les chevaux.

Le solitaire faisait sa cuisine en dehors, sous un hangar, dont le dessus servait de grenier pour les fourrages et de magasin pour les provisions de légumes, etc.

Quelques bottes de paille jetées dans le coin le plus obscur de la cabane et recouvertes de peaux de mouton et de peaux d’ours, eurent bientôt composé un lit sur lequel le blessé fut immédiatement déposé.

Il était non plus évanoui, mais endormi. La faiblesse causée par la perte du sang l’avait plongé dans un sommeil profond, presque léthargique.

Lorsque les deux hommes eurent installé le capitaine sur son lit improvisé, ils s’assirent de chaque côté de la table, placèrent un pot de cidre entre eux, allumèrent leurs pipes et entamèrent la conversation suivante :

— C’est donc la rencontre fortuite de ce drôle qui vous a retardé ? dit la Couleuvre en avançant son gobelet pour trinquer avec son patron.

— Cela et autre chose encore, compagnon, répondit Jan Pol en choquant son gobelet contre celui de son interlocuteur. Il y a beaucoup de mouvement dans la colonie en ce moment.

— Vous me l’avez dit, mais je me demande en quoi cela peut nous servir et nous intéresser, nous autres.

— Tu le verras plus tard, reprit le Proscrit avec un sourire railleur, si tu es toujours disposé à me servir comme par le passé.

— En doutez-vous, sang-Dieu, mon maître ? s’écria l’autre avec animation. Par Sainte Anne d’Auray, ajouta-t-il en portant respectueusement la main à son bonnet, je suis à vous corps et âme, maître, je suis votre bien, votre chose, je vous appartiens comme la lame à la poignée. Ne me parlez donc pas ainsi, vous me faites de la peine ; vous savez, je regimbe parfois…

— Allons, calme-toi, je n’avais pas l’intention de te froisser, dit le Proscrit, je te connais et je t’apprécie.

— À la bonne heure ! reprit la Couleuvre avec une émotion contenue. Je sais que je suis un vaurien, mis au ban de la société, qui a bien fait de rejeter une brebis galeuse comme moi ; j’ai bien des vices malheureusement : j’ai commis sans doute bien des crimes sans avoir une bonne action à mettre dans la balance. Tout cela est vrai, mais j’ai une vertu : mon dévouement à toute épreuve pour vous ! Ne le mettez pas en doute, sang-Dieu ! si vous ne voulez pas me pousser à quelque extrémité.

— Allons ! allons ! tu te fais plus mauvais que tu n’es réellement : je te connais mieux que tu ne le crois.

— Non, je me rends justice ; je suis une bête puante, une créature venimeuse, tout ce que vous voudrez. Je hais l’humanité tout entière, qui me le rend au centuple et qui a raison de le faire ; mais je vous aime, non parce que vous m’avez dix fois sauvé la vie, qu’est cela pour moi ? moins que rien.

— Pourquoi donc alors ? demanda le Proscrit avec une certaine curiosité.

— Parce que seul, entre tous les hommes avec lesquels je me suis trouvé en contact, vous n’avez pas désespéré de moi, que vous avez découvert quelques bons sentiments au milieu du chaos effroyable de mes vices ; qu’au lieu de me mépriser et de me repousser, vous, vous m’avez tendu généreusement la main ; que vous avez eu pitié de moi, en un mot, et que vous m’avez relevé à mes propres yeux en me prouvant que moi le chien, moi, le maudit, moi, la Couleuvre, je pouvais être bon à quelque chose et peut-être faire le bien.

— Tu vois bien que j’ai raison, tu n’es pas aussi mauvais que tu le dis ; mais brisons-là, si tu le veux, et causons de nos affaires, je suis pressé.

— À vos ordres.

— J’ai rencontré cet homme blessé, comme tu le vois. Je suis arrivé au moment où ceux qui, probablement, l’avaient poussé dans l’aventure qui a si mal tourné pour lui, discutaient froidement entre eux s’ils le jetteraient dans l’Ohio avec une pierre au cou, ou s’ils l’achèveraient d’un coup de poignard.

— Singulier paiement qu’ils lui donnaient là !

— N’est-ce pas ? J’ai entendu la discussion : cela m’a donné à réfléchir, je me suis montré et je l’ai sauvé. Ces individus, je dois les revoir demain. Il m’est venu certains soupçons que je veux éclaircir ; peut-être cette affaire est-elle plus intéressante pour nos projets que nous ne le supposons. Dans tous les cas, vu la situation où nous sommes, on ne saurait prendre trop de précautions. Tu me comprends ?

— Parfaitement, sang-Dieu !

— Voilà pourquoi j’ai conduit ce drôle ici, au lieu de le mener chez moi ; dès qu’il pourra parler, tu l’interrogeras adroitement, tu le confesseras, et tu l’amèneras à te conter son aventure.

— Au besoin, je lui révélerai les intentions des individus en question à son égard.

— Garde-t’en bien, au contraire ; il faut qu’il les ignore et qu’il croie que ces individus lui portent un grand intérêt.

— Comme il vous plaira.

— Je ne suis pas embarrassé, moi, pour obtenir certains renseignements d’un autre côté. Quant à toi, oublie ou feins d’oublier les griefs que tu as contre lui ; persuade-lui, s’il le faut, que c’est toi qui l’as sauvé.

— Pour cela, non, sang-Dieu ! D’ailleurs, il ne me croirait pas, il sait trop bien que je le déteste.

— C’est possible ! Agis donc à ta guise ; pourvu que tu ne t’écartes pas de mes instructions, peu importe le reste.

— Bon ! soyez tranquille, je ne suis pas un enfant !

Le Proscrit se leva.

— Vous partez ?

— Oui, il se fait tard ; il y a loin d’ici chez moi ; ma fille pourrait être inquiète.

— C’est juste ! Quand vous reverrai-je ?

— Aussitôt que je serai libre : demain peut-être, après-demain certainement.

— Je vous attendrai. Vous n’avez pas d’autres recommandations à me faire ?

— Non ; être prudent, voilà tout !

— Mais s’il venait quelqu’un de ceux que vous savez ?

— Il ne viendra personne avant deux jours ; j’ai prévenu…

La Couleuvre se leva à son tour et fit sortir le cheval de l’écurie.

— Surtout, reprit Jan Pol en se mettant en selle, soigne bien notre blessé, peut-être nous sera-t-il utile plus tard.

— Rapportez-vous-en à moi. Vous le savez, ajouta-t-il avec un sourire d’une expression qu’il cherchait à rendre fine, j’ai quelques notions de médecine et de chirurgie.

— Aussi est-ce à cause de cela que je te l’ai amené. Allons, adieu ! À demain ou après-demain.

— C’est convenu. Vers quelle heure à peu près ?

— Dame !… je ne sais trop… dans l’après-dîner.

— C’est bien ! Adieu donc, et bonne chance !

— Merci.

La Couleuvre démasqua le passage,

Le Proscrit sortit dans la forêt ; puis les lianes furent soigneusement rapprochées derrière lui, non pas toutefois avant que les deux hommes eussent échangé un dernier mot d’adieu et une dernière poignée de mains.

Jan Pol se dirigea vers sa chaumière, qu’il atteignit un peu après le coucher du soleil.

Sa fille l’attendait avec inquiétude.

En l’apercevant, elle poussa un cri de joie et s’élança vers lui.

— Eh bien ! mon père ? lui demanda-t-elle avec anxiété.

— Rassure-toi, enfant ; tout va bien ! répondit-il en lui mettant un baiser au front.

— Merci, oh ! merci, mon père ! s’écria-t-elle avec une émotion mal déguisée.

— Hélas ! murmura le Proscrit en étouffant un soupir, elle aussi m’abandonnera-t-elle donc un jour ?

Et il entra dans la chaumière, la tête baissée et le front rêveur.

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