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Chapitre 10 Le défi du Pilma

Le retour fut triste.
Les gentilshommes se sentaient le cœur serré en songeant à cette haine implacable qui pesait sur eux : à cette haine, ils n’avaient pas d’autre arme à opposer qu’une feinte indifférence.

Les femmes ne sont-elles pas protégées par leur faiblesse contre toute espèce de représailles ?

Tout homme de cœur refuse de s’attaquer à elles, c’est tout au plus s’il lui est permis de se défendre.

Ces raisons existent doublement quand les femmes auxquelles on a affaire vous ont aimé ou bien ont été aimées de vous.

Les entraînements de la passion justifient du reste tous les emportements de la femme dédaignée et surtout délaissée. M. de Villiers et son ami, honteux de leur victoire, courbaient donc leurs fronts pensifs, résolus à n’opposer aux coups que sans doute leurs ennemies essaieraient de leur porter encore que le dédain, la pitié et la raillerie ; ces armes terribles étaient les seules capables d’atteindre celles qu’au fond de leur cœur ils excusaient en songeant au bonheur passé et aux douces heures écoulées à leurs pieds.

D’ailleurs, avec cette fatuité innée chez l’homme, ils voyaient dans cette haine une preuve irrécusable de l’amour qu’ils avaient inspiré à celles qui aujourd’hui les poursuivaient avec un acharnement si obstiné.

En arrivant à l’atepelt, les officiers remercièrent cordialement Kouha-Handé et les chasseurs bois-brûlés du secours dévoué qu’ils en avaient reçu lorsque toute chance de salut semblait leur échapper ; puis ils se dirigèrent vers leur hutte, autant pour prendre du repos que pour se livrer librement à leurs réflexions. Après avoir traversé la place du village, au moment où le comte se retournait vers Berger pour prendre congé de lui, le Canadien le prévint en lui disant qu’il désirait l’entretenir, et sans attendre la réponse du capitaine, il pénétra à sa suite dans la hutte, dont il referma avec soin la porte derrière lui.

— Pardonnez-moi, monsieur Louis, dit-il, entrant aussitôt en matière, si je vous importune lorsque vous désirez être seul avec votre ami ; j’ai une grave communication à vous faire.

— Je t’écoute, mon brave ami, parle, mais sois bref. Je ne te cache pas que j’ai besoin, après ce qui s’est passé aujourd’hui, de remettre un peu d’ordre dans mes idées.

— Je n’ai que deux mots à vous dire : soyez prêts à monter à cheval demain, au lever du soleil.

— Mais nous n’avons pas de chevaux ici ?

— J’en aurai deux, un pour vous, l’autre pour M. de Grigny ; à moins que vous ne préfériez nous suivre à pied.

— Nous, qui nous ? mon ami.

— Tous les habitants du village.

— Ah çà ! c’est donc une émigration ?

— Non, je vous renseignerai demain ; ce soir cela me prendrait trop de temps, et vous avez besoin de repos.

— Soit, mais tu ne m’as pas répondu à propos des chevaux.

— C’est vrai ; vous deux seuls serez montés.

— S’il en est ainsi, nous préférons marcher.

— Tant mieux ! Cela produira meilleur effet.

— Où allons-nous ?

— Demain vous le saurez, je n’ajouterai qu’un mot, quant à présent : le moment d’agir est arrivé…

— Est-ce bien vrai, cette fois ?

— Je vous le jure, monsieur Louis.

— Dieu soit loué ! merci, mon ami, pour cette bonne nouvelle. Sois tranquille, nous serons prêts.

— Bon ! Alors, à demain, n’est-ce pas ? D’ailleurs, je viendrai vous prendre.

— C’est convenu ; tu nous trouveras prêts à te suivre.

— Reposez-vous bien cette nuit, dit-il avec un sourire de bonne humeur en ouvrant la porte : qui sait combien de temps vous resterez sans fermer les yeux ?

Il sortit alors, et laissa les jeunes gens en tête à tête.

Les deux soldats n’étaient pas rentrés ; sans doute ils trinquaient joyeusement avec ceux des chasseurs qu’ils connaissaient plus particulièrement. Mais les officiers ne s’inquiétèrent pas de leur absence, qui leur donnait toute liberté de causerie et de confidences.

Un reflet rougeâtre, précurseur du lever du soleil, commençait à peine à diaprer l’horizon, lorsque Berger entra brusquement dans la hutte des officiers, que peut-être il se flattait de surprendre endormis ; mais si telle était son intention, il fut trompé : les deux jeunes gens étaient debout déjà, et, aidés par leurs soldats, ils faisaient leurs derniers préparatifs.

— Bien ! s’écria le Canadien, à la bonne heure ! Au moins, vous êtes dignes d’être chasseurs, messieurs !

— Tu croyais nous surprendre ? répondit le comte d’un ton narquois ; mon pauvre Berger, nous sommes soldats, tu l’oublies un peu trop souvent !

— Peut-être ; mais, dans tous les cas, je préfère vous trouver ainsi alertes et dispos. Surtout n’oubliez pas, messieurs, vivres et munitions : emportez tout ce que vous pourrez.

— Diable ! que veut dire cette recommandation ?

— Ce qu’elle dit, pas autre chose. Au désert c’est la première des vertus ; un homme désarmé est un homme mort.

— Ah çà ! où nous conduis-tu ? demanda le comte avec curiosité.

— À trois lieues d’ici, pas davantage.

— Mais c’est une promenade ! s’écria le baron. À quoi bon nous charger ainsi ? pourquoi toutes ces façons ?

— On ne sait pas ce qui peut arriver, répondit le Canadien d’un air mystérieux. Croyez-moi, prenez vos précautions comme si vous partiez pour six mois. On sait quand on part, on ignore quand on reviendra.

— Hum ! murmura le comte, tout ceci commence singulièrement à m’intriguer ; veux-tu t’expliquer, Berger ?

— Je ne demande pas mieux, monsieur Louis, autant que cela me sera possible, toutefois.

— Je n’admets pas de réticences ; réponds franchement, où allons-nous ?

— Je vous l’ai dit, à trois lieues d’ici.

— Les habitants de l’atepelt nous accompagnent ?

— Tous ou du moins tous ceux qui sont en état de marcher.

— Nous allons nous battre alors ?

— Au contraire.

— Comment, au contraire ? nous n’allons pas danser, je suppose ?

— Dame ! à peu près ! fit-il en riant.

— Trêve de plaisanteries. Tu n’es pas homme, mon vieux Berger, à nous déranger pour rien.

— Quant à cela, non !

— Eh bien ! alors que signifient tes paroles ?

— La tribu des Bisons-Hurons a défié au pilma, au jeu de paume, si vous le préférez, une autre tribu ; c’est aujourd’hui, dans quelques heures, que doit se jouer la partie. Plusieurs autres tribus, amies des deux adversaires, assisteront à cette partie pour juger les coups et déclarer à qui demeurera la victoire.

— Et c’est pour nous faire assister à un tel spectacle que tu nous contrains à te suivre ? Pardieu ! tu es sans gêne, mon ami, et j’ai bien envie de demeurer tranquillement ici.

— Vous auriez tort, répondit le chasseur avec un accent singulier ; fiez-vous à moi, monsieur Louis, je ne suis pas homme à vous tromper. Si je vous ai prié de venir, et si j’insiste autant auprès de vous, c’est que j’ai, pour agir ainsi, des motifs fort graves ; ces motifs, vous les connaîtrez lorsque l’heure sera venue. Quant à présent, il s’agit d’assister au défi du Pilma ; plus tard, peut-être assisterons-nous à une lutte plus sérieuse.

— Allons ! allons ! dit en riant le baron, vous êtes, maître Berger, une énigme vivante dont je renonce à trouver le mot ; je m’abandonne à vous et je vous suis !

— Et vous, monsieur Louis ?

— Il me faut bien faire comme mon ami ! Mais prends garde, Berger, si tu te moques de nous, je ne te le pardonnerai de ma vie. Ce n’est pas l’heure du plaisir.

— Je ne crains rien ; bientôt vous me rendrez justice. Êtes-vous prêts ?

— Pardieu ! depuis longtemps déjà,

— Partons alors !

Ils sortirent.

La place du village était encombrée d’indiens et de chasseurs bois-brûlés ; l’arrivée des Français fut saluée par des vivats ; on n’attendait plus qu’eux pour se mettre en route. En les apercevant, Kouha-Handé vint à leur rencontre, les salua cordialement ; puis il fit un geste de commandement, et les guerriers, prenant aussitôt la file indienne, se dirigèrent en bon ordre vers la sortie du village. Ils marchaient de ce pas pressé et gymnastique qui leur est particulier et leur permet, dans un laps de temps comparativement fort court, de franchir, sans presque se fatiguer, d’énormes distances, et cela à travers des chemins où un cheval n’oserait poser le pied.

Kouha-Handé et quelques autres chefs renommés de la tribu formaient l’arrière-garde, avec les officiers français et une dizaine de bois-brûlés, au nombre desquels se trouvait naturellement Berger.

Bien que les guerriers, en quittant le village, eussent adopté la file indienne, ils ne prirent aucune des précautions dont ils usent lorsqu’ils sont sur le sentier de la guerre ou même sur celui de la chasse, pour dissimuler leurs traces et cacher leur piste ; ils riaient, causaient entre eux, courant çà et là, sans se préoccuper aucunement du bruit produit par leur marche à travers la forêt.

Plusieurs fois, le comte Coulon de Villiers, surpris de ces façons d’agir, qui, à bon droit, lui semblaient étranges de la part des Indiens, habituellement si prudents et si silencieux, interrogea Berger ; mais toujours le chasseur se borna à lui répondre en souriant de ne s’étonner de rien ; il ajoutait que bientôt le mot de l’énigme lui serait donné.

De guerre lasse, M. de Villiers ne s’occupa plus de ce qui se passait autour de lui, et maîtrisant sa curiosité il attendit patiemment, mais sans la demander davantage, l’explication promise par le chasseur.

Vers huit heures du matin, les Indiens émergèrent enfin de la forêt ; ils se trouvèrent alors dans une immense prairie, s’étendant jusqu’aux dernières limites de l’horizon et traversée en deux parties à peu près égales par un large cours d’eau.

Une vaste rotonde, construite en troncs d’arbres et garnie de sièges, s’élevait au centre d’une large place entièrement dépourvue d’herbes.

Lorsque les Loups-Hurons entrèrent dans la prairie, ils furent reçus par les acclamations joyeuses des premiers arrivés ; les chefs les plus renommés des autres tribus vinrent à leur rencontre pour les saluer et leur souhaiter la bienvenue.

Pendant qu’avait lieu entre les chefs l’échange de politesses accoutumé, Berger s’approcha des deux officiers.

— Écoutez-moi, dit-il à voix basse. Tous ces Indiens sont réunis ici pour lutter au Pilma, c’est-à-dire à la balle. Les Loups-Hurons ont accepté, il y a longtemps déjà, un défi à ce jeu ; c’est aujourd’hui que doit avoir lieu la lutte entre eux et leurs adversaires. Remarquez que parmi tous ces Indiens se trouvent quatre-vingts et quelques bois-brûlés, venus en apparence pour assister à la cérémonie ; en réalité, ils ne sont ici que pour vous. Quand le moment sera venu, ils vous suivront. Les espions anglais nous entourent, ne dites pas un mot, ne faites pas un geste qui puissent laisser deviner vos projets. Les Indiens et les chasseurs demi-sang sont fous du Pilma ; cette convocation n’a donc éveillé aucun soupçon. Rapportez-vous-en à moi pour tout mener à bien. Une plus longue explication est inutile.

— Mon vieil ami, répondit le comte en lui serrant la main, je t’obéirai en tout ; agis à ta guise.

— Bien, plus un mot ! La cérémonie commence. Seulement, une dernière recommandation : demeurez toujours un peu en arrière de la foule, sans affectation cependant, et ne me quittez pas du regard.

— C’est convenu.

Berger s’éloigna alors, de l’air le plus indifférent, et se mêla aux Indiens, au milieu desquels il disparut bientôt.

Cependant, ainsi que l’avait dit le bois-brûlé, la cérémonie commençait. Après un échange de politesses entre les chefs, Kouha-Handé fit entrer les vieillards et les guerriers les plus renommés sous la rotonde ; puis l’assemblée étant formée et assise, et les musiciens ayant pris leurs places, avant le bal qui devait précéder la lutte, selon la coutume indienne, Kouha-Handé se leva du siège élevé qu’il occupait auprès des autres sachems et fit un geste pour réclamer l’attention.

Un silence profond s’établit aussitôt dans cette multitude, composée pourtant de plusieurs milliers d’individus.

Le chef prononça alors une longue harangue à la louange du jeu de Pilma ; il rappela toutes les victoires remportées par les Loups-Hurons sur les autres tribus de la nation, n’oubliant pas de célébrer ses propres exploits et ceux des autres chefs présents à la fête, qui s’étaient rendus si célèbres par leur adresse à ces jeux athlétiques.

Ce discours, que nous ne rapporterons pas, fut dit avec beaucoup de feu et ne manquait point d’éloquence ; il avait pour but d’éveiller les passions des jeunes gens, de leur inspirer de l’émulation et d’exciter en eux l’ambition de la victoire.

Après ce prologue obligé de toute cérémonie indienne, le chef reprit sa place ; alors commença la musique, tant vocale qu’instrumentale, détonnant avec une cacophonie horrible pour des oreilles européennes.

Une troupe de jeunes filles, vêtues de blanc, parées de colliers de grains de verre, de bracelets de wampuns et d’une profusion de rubans, entra dans la rotonde.

Elles se tenaient toutes par la main, et, d’une voix douce et basse, elles répondirent en chantant, aux sons éclatants de la musique, puis, se formant en demi-cercle sur deux rangs, dos à dos, faisant face d’un côté aux musiciens et de l’autre à l’assemblée, elles avancèrent lentement en tournant autour de la salle.

Cette danse ou plutôt cette marche dura environ un quart d’heure.

Tout à coup, un cri aigu retentit au dehors.

Ce cri était poussé par une troupe de jeunes gens, qui entrèrent lestement l’un après l’autre dans la rotonde, tenant en main des raquettes ou battoirs.

Ces nouveaux acteurs étaient aussi fort parés, peints de diverses couleurs, ornés de bracelets d’argent, de colliers de grains rouges et de wampuns. Leurs diadèmes marquetés étaient surmontés de hautes plumes flottantes.

Ils se formèrent, eux aussi, sur une ligne demi-circulaire, faisant face aux jeunes filles ; celles-ci alors changèrent leur ordre et se rangèrent sur une seule file, parallèle à celle des hommes.

Aux chants des hommes, elles répondirent par les leurs et les deux lignes continuèrent à se mouvoir en demi-cercle. Leurs pas, parfaitement réglés, étaient excessivement compliqués, et dénotaient chez les danseurs une grande habitude de cet exercice.

Voici à peu près en quoi consistait la figure principale, exécutée par les jeunes gens et les jeunes filles.

Le branle commençait à un bout du demi-cercle. Le premier des danseurs s’élevait doucement sur la pointe du pied, puis retombait sur ses talons ; les autres l’imitaient alternativement, de façon que, lorsque le premier était sur ses talons, le second était sur la pointe des pieds, et ainsi de suite d’un bout à l’autre de la ligne. De cette manière, il y en avait toujours plusieurs élevés et plusieurs baissés. Ce mouvement alternatif se faisait avec beaucoup de régularité et sans la moindre confusion.

À certains temps, réglés par la musique, le cercle entier opérait un changement général de position, chaque rang tournant à droite et à gauche, l’un prenant la place de l’autre ; puis à un signal donné, ils avançaient en même temps de côté par un mouvement progressif.

Ces évolutions fort curieuses s’exécutaient avec une précision et une légèreté incroyables ; elles étaient accompagnées d’une sorte de cri bref et aigu que poussaient subitement et tous ensemble les danseurs et les danseuses.

Les Indiens, outre cette danse du Pilma ou jeu de balle, en ont beaucoup d’autres, tout aussi remarquables que celle-là ; les hommes surtout s’exercent à nombre de gesticulations et de cabrioles dont quelques-unes sont très gaies.

Une des conditions exigées pour être grand brave, est d’être renommé comme bon danseur.

Les Peaux-Rouges ont des danses pour la chasse. Celles-ci tiennent du genre tragique ; ils y représentent de hauts faits d’armes, des actes de courage, de force ou d’adresse. En général, leurs danses, même celles de leurs associations maçonniques, sont mêlées de musiques et de chœurs. Elles paraissent toujours appropriées à quelque représentation théâtrale, que varient des intermèdes comiques et parfois lascifs. Cependant les femmes s’y comportent avec beaucoup de décence et de réserve, et lorsque, dans les scènes amoureuses, leurs chants et leurs gestes indiquent un consentement à de tendres désirs, elles se voilent le visage, ne le découvrant qu’autant qu’il le faut pour laisser échapper un regard plein d’expression et de sensibilité.

Dès que la danse fut terminée les lutteurs, tous armés de raquettes, se séparèrent en deux troupes, et, sur un signal donné par les chefs, la lutte du Pilma commença avec un entrain qui ne tarda pas à absorber l’attention complète des spectateurs, dont l’intérêt était excité au plus haut degré.

Les Français, captivés malgré eux par le spectacle étrange que, pour la première fois depuis leur débarquement en Amérique, ils avaient devant les yeux, oubliaient momentanément les graves intérêts qui les avaient conduits là, lorsque Berger passa auprès d’eux et frôla doucement le bras de M. de Villiers.

Le comte se retourna.

— Personne ne s’occupe de vous, dit le chasseur ; glissez-vous l’un après l’autre dans la foule, et suivez-moi de loin, sans affectation, sans embarras.

Puis, après avoir posé l’index sur les lèvres, il continua tranquillement sa marche, mais pas assez vite cependant pour que le comte le perdît de vue.

Les jeunes gens s’écartèrent peu à peu de la foule qui s’ouvrait instinctivement pour leur livrer passage ; ils s’éloignèrent à petits pas, et sans avoir été remarqués, ils réussirent à quitter la rotonde et à gagner la lisière de la forêt, dans laquelle ils entrèrent quelques minutes à peine après Berger.

— Suivez-moi ! dit celui-ci dès qu’il les aperçut.

— Mais nos soldats ? répondit le comte.

— Venez, ils vous attendent.

Sans plus longues explications, M. de Villiers et son ami obéirent au chasseur qui se mit aussitôt en marche.

Au bout d’une heure à peu près les trois hommes débouchèrent dans un carrefour, au centre duquel une centaine d’hommes se trouvaient réunis.

Ces hommes étaient des chasseurs bois-brûlés ; Rameau d’Or et Risque-Tout attendaient avec eux.

Berger salua les chasseurs d’un geste amical ; puis jetant un regard circulaire sur les Canadiens :

— Où est Jan-Pol ? demanda-t-il.

— Me voilà ! répondit une voix rude et brève.

Et le proscrit, se dégageant d’un groupe au milieu duquel il se trouvait, fit quelques pas en avant.

— Cet homme ici ! s’écria le comte avec surprise.

— Silence ! dit Berger en lui serrant le bras.

— Mais, reprit-il, ne m’expliquerez-vous pas ?…

— Silence ! je vous réponds de lui. Ne jugez pas cet homme sans le connaître.

Dominé, malgré lui, par l’accent du chasseur, le comte se tut et baissa la tête d’un air soucieux.

Berger et le Proscrit commencèrent alors à s’entretenir à voix basse.

Leur conversation ne dura que quelques minutes ; puis le Proscrit, après avoir échangé une poignée de main avec le chasseur, s’éloigna sans jeter un regard sur les deux officiers et sans même paraître s’être aperçu de leur présence.

— Ah çà ! que signifie tout ceci ? demanda le comte avec impatience ; je marche en aveugle ; éclairez-moi…

— Cela signifie, monsieur Louis, répondit froidement Berger, que si vous le voulez, avant deux jours, vous aurez capturé les traitants anglais.

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