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Chapitre 15 Les chasseurs

Berger raconta l’enlèvement de M. de Villiers.
Le commandant du fort Duquesne écouta avec une douloureuse surprise le récit du chasseur.
Cet audacieux coup de main tenté, exécuté presque sous les canons de la forteresse française, en plein jour, sur un de ses principaux officiers, le confondait de toutes façons.

Le motif de cet attentat lui échappait.

En effet, quel résultat se proposaient les ravisseurs en s’emparant de M. de Villiers ? Ce n’était pas un personnage assez important pour que sa prise influât d’une façon quelconque sur la campagne qui commençait. Les maraudeurs s’étaient-ils trompés ? espéraient-ils s’emparer d’un homme plus haut placé ? Cette dernière hypothèse était la plus probable et surtout la plus logique. En tous cas, le fait était là. L’insulte au commandant du fort Duquesne, accomplie presque sous les yeux de toute la garnison, criait vengeance !

Dans le premier moment, M. de Contrecœur, se laissant emporter par la colère et l’orgueil blessé, jura de tirer une éclatante vengeance de cet enlèvement, de ce guet-apens, dont un de ses officiers les plus aimés avait été victime. Les prisonniers anglais faits par M. de Villiers étaient encore dans le fort ; il fit le serment qu’ils répondraient sur leur tête de la liberté du capitaine. Un parlementaire serait immédiatement expédié au fort Nécessité pour réclamer la remise de l’officier ; au cas où on la lui refuserait, il aurait ordre d’annoncer que les prisonniers anglais seraient impitoyablement fusillés.

Mille autres projets, tous aussi fous et aussi impraticables, furent mis en avant par le commandant, que la fureur faisait presque divaguer.

Le chasseur et M. de Grigny le laissèrent ainsi user sa colère, l’écoutant respectueusement, sans discuter les paroles qu’il leur adressait : puis, lorsqu’ils le virent plus calme ou du moins plus disposé à écouter les raisons qu’ils désiraient faire valoir, Berger, après s’être, d’un coup d’œil, tacitement entendu avec M. de Grigny, prit sur lui de jeter un peu de jour sur cette question si embrouillée.

— Pardon, commandant, dit-il, je crois que nous faisons fausse route en ce moment et que nous battons les buissons à l’aventure.

— Hein ? que voulez-vous dire, bois-brûlé ?… Vous êtes un homme sage, vous avez une grande expérience des choses de ce pays ; est-ce que vous ne partagez pas mon opinion ?

— Pas entièrement, monsieur, et, si vous me permettez de m’expliquer, j’ai l’espoir de vous amener à partager la mienne.

— Ainsi, à votre avis, le rapt odieux du capitaine Coulon de Villiers ne constitue pas un outrage odieux au drapeau du roi ?

— Je ne dis pas cela, monsieur, l’outrage est flagrant, au contraire. Seulement, avec votre permission, je crois que vous vous trompez sur les auteurs.

— Ah ! ah ! seriez-vous un ami des Anglais, maître Berger ?

— Dieu m’en garde ! monsieur, et vous-même ne supposez pas que cela soit !

— Vous avez raison, mon ami ; je me suis laissé malgré moi emporter plus loin que je ne l’aurais voulu. Pardonnez-moi ! cet événement m’a mis hors de moi.

— Oh ! monsieur, pour une telle parole prononcée par votre bouche, mon dévouement vous est jamais acquis.

— C’est que ce guet-apens accompli presque immédiatement après celui dont M. de Jumonville a été victime, et cela précisément sur la personne de son frère, m’a mis hors de moi, je vous le répète, et m’a donné d’horribles soupçons. Nos ennemis nous font une guerre de cannibales, dans laquelle le droit des gens et les égards qu’on se doit entre loyaux adversaires, sont complètement méprisés par eux.

— C’est vrai, monsieur, nul plus que moi ne déplore ce qui s’est passé et ne désire une éclatante vengeance, vous le savez. Mais croyez-en un homme qui n’a jamais menti : ce qui est arrivé aujourd’hui est un fait regrettable, mais isolé. Les Anglais n’y sont pour rien ; je dirai même plus, j’ai la conviction qu’ils l’ignorent.

— Vous me dites là une chose étrange, convenez-en, Berger ?

— En effet, commandant, mais demandez à M. de Grigny s’il n’est point de mon avis.

— Complètement, mon brave chasseur, dit le jeune homme avec animation. Oui, commandant, mon ami M. de Villiers est tombé dans un piège ; mais ce piège lui a été tendu par ses ennemis personnels, et non par d’autres.

— Ses ennemis personnels ? je ne vous comprends pas ; M. de Villiers est adoré de tous ceux qui le connaissent…

— Trop adoré, peut-être, reprit le baron avec un sourire triste ; voilà d’où vient le mal. Tenez, monsieur de Contrecœur, vous me connaissez, n’est-ce pas ? Eh bien ! je vous engage ma parole d’honneur de gentilhomme et de soldat du roi, que cette embuscade était dressée, non pas seulement contre M. de Villiers, mais encore contre moi…

— Contre vous ? Mais vous me parlez par énigmes, mon ami.

— Je le sais ; malheureusement, je ne puis m’expliquer plus clairement ; ce secret n’est point à moi seul. Tout ce qu’il m’est permis de vous dire est ceci : J’ai la certitude morale que les gens qui ont enlevé le comte sont des aventuriers payés pour exécuter ce hardi coup de main, par des ennemis acharnés de mon ami. Comme vous l’a assuré Berger, les Anglais ne sont pour rien dans cette affaire, dont ils n’ont pas même connaissance.

— Voilà, dit le chasseur en hochant la tête d’un air approbatif ; c’est bien cela.

— Les ténèbres se font pour moi de plus en plus épaisses, mon ami.

— Un jour, je l’espère, monsieur, il me sera permis de déchirer le voile et de tout vous révéler : alors vous reconnaîtrez combien est juste le raisonnement que je vous tiens en ce moment.

— Je n’insiste pas, mon cher de Grigny ; vos secrets vous appartiennent. Mais, en admettant que vous ne vous trompiez pas, la situation de M. de Villiers n’en est que plus précaire pour cela ; je ne sais trop comment nous pourrons lui venir en aide.

— Ici encore, monsieur, si vous le permettez, nous écouterons Berger ; lui seul peut, à mon avis, nous sortir de l’embarras où nous nous trouvons.

— Soit, il est homme de bon conseil et surtout dévoué. Parlez, mon brave.

— Mon commandant, je vous prie de me laisser complètement la direction de cette affaire, et je réponds du succès sur ma tête.

— Voilà de bonnes paroles, Berger ; mais quels moyens comptez-vous employer ! Vous savez que nos ressources sont fort restreintes, et que, malgré mon vif désir de vous aider, je ne sais pas trop comment j’y réussirai.

— Que cela ne vous inquiète pas, commandant. Je ne vous demande que l’autorisation d’emmener avec moi les chasseurs bois-brûlés qui ont fait en volontaires l’expédition des pelleteries ; leur secours me suffira. Ce n’est pas une guerre régulière que je me propose de faire, c’est une lutte d’adresse et de ruse ; pour cela, tous autres auxiliaires que mes vieux compagnons de chasse me seraient non seulement inutiles, mais encore nuisibles.

— Soit ! vous partirez avec eux dès que vous le croirez convenable.

— Ce soir même, si vous le permettez.

— Très bien ! vous prendrez les munitions de guerre et les provisions de bouche que vous jugerez nécessaires ; je vous y autorise, pour vous et vos compagnons. Est-ce tout ce que vous désirez ?

— Absolument tout, oui, commandant ; je vous remercie.

— Et vous m’assurez que vous ramènerez M. de Villiers ?

— Je vous répète, commandant, que je réponds du succès sur ma tête.

— Tout va bien alors ; vous désirez quelque chose, de Grigny ?

— Mon cher commandant, je me flatte que vous ne me refuserez pas la faveur que je souhaite obtenir de votre amitié.

— Bien ! bien ! je vois ce dont il s’agit : vous voulez faire partie de l’expédition, n’est-ce pas ?

— Moi et ce brave soldat que voilà.

— Rameau-d’Or, je crois ?

— Oui, commandant, répondit le soldat. Dame ! ce n’est pas ma faute si je ne me suis pas fait tuer pour défendre le capitaine ; il ne l’a pas voulu.

— Il a eu raison ; les braves comme toi sont rares. Eh bien ! mon cher de Grigny, c’est convenu, puisque vous le désirez, je vous autorise, ainsi que Rameau-d’Or, votre soldat, à suivre l’expédition ; pendant votre absence, je ne perdrai pas mon temps, soyez tranquille. Aussitôt que vous verrez M. de Villiers, vous lui annoncerez de ma part que je m’occupe activement de remplir la promesse que je lui ai faite, et que, dès son retour, tout sera prêt ; cette nouvelle, je le crois, lui fera plaisir et lui mettra de la joie au cœur.

— Je vous remercie pour mon ami, commandant.

— Maintenant, messieurs, je vous dis adieu ; je forme les vœux les plus sincères pour que cette nouvelle expédition réussisse aussi bien que la première.

— Dieu le permettra, commandant, dit le chasseur.

— Ainsi, bon voyage et à bientôt !

Les trois hommes se retirèrent alors, afin de tout préparer pour être en mesure de partir le soir même ainsi que l’avait annoncé Berger.

Le chasseur préférait quitter le fort pendant la nuit, cela pour plusieurs motifs ; d’abord le départ de sa troupe ne serait pas remarqué, ensuite l’expédition ne s’ébruiterait pas, et les espions anglais mêlés à la garnison se trouveraient dans l’impossibilité de donner à ceux qui les payaient des renseignements sur une chose qu’ils ignoraient.

À minuit, les chasseurs, prévenus individuellement par Berger, descendirent un à un dans la première cour du fort ; les sentinelles, averties à l’avance, les laissèrent passer sans les interroger, et ils s’envolèrent comme une nuée de noirs fantômes, par une poterne que M. de Contrecœur lui-même, par excès de prudence, tenait entrouverte.

La nuit était sombre, quelques gouttes de pluie commençaient à tomber : excepté les sentinelles, tout le monde dormait dans le fort. Personne n’eut connaissance du départ de l’expédition, dont le dernier retardataire, après avoir serré la main du commandant, disparut bientôt dans les ténèbres.

Berger, le baron et les deux soldats marchaient côte à côte. Le chasseur l’avait exigé ainsi, parce qu’il supposait avec raison que les Français, ne connaissant pas le pays, et peu accoutumés à des marches de nuit dans des régions aussi accidentées que celles qu’ils parcouraient en ce moment, couraient le risque de s’égarer si on les abandonnait à eux-mêmes, ce qui aurait eu le double inconvénient de faire perdre un temps précieux d’abord, puis à cause de cela même, de donner l’éveil sur le départ de la colonne expéditionnaire.

La marche se fit prudemment ; pas une parole ne fut échangée entre les chasseurs jusqu’à ce qu’on eut atteint l’endroit où avait eu lieu l’attaque. Il était environ deux heures du matin lorsqu’on l’atteignit ; il tombait une pluie battante qui n’avait pas cessé depuis le départ du fort, et qui tournait peu à peu l’ouragan. Les Français, moins bien précautionnés que les chasseurs, de vêtements contre l’eau et le froid, étaient transis et traversés ; mais ils ne se plaignaient pas et enduraient stoïquement leurs souffrances, plutôt que de décroître dans l’opinion des hommes qu’ils accompagnaient. Ceux-ci ne semblaient pas s’apercevoir de la pluie glacée qui ruisselait sur leurs corps ; seulement, de temps en temps, ils se secouaient comme des barbets mouillés, puis ils continuaient à marcher de leur pas gymnastique et uniformément relevé.

Arrivés sous le couvert, par un sifflement aigu, le Canadien ordonna la halte, puis appelant deux ou trois chasseurs auprès de lui, il leur parla pendant quelques instants à voix basse.

Bien qu’il demeurât silencieux, le baron était assez inquiet de la façon dont il passerait la nuit dans cette forêt, où chaque feuille formait gouttière et augmentait ainsi la masse de pluie déjà considérable qui tombait du ciel ; mais l’inquiétude du jeune homme fut de courte durée. Avec une adresse et une rapidité extrêmes, les chasseurs abattirent, à l’aide de leurs coutelas, une quantité énorme de branches qu’ils entrelacèrent les unes dans les autres.

En moins d’une demi-heure, ils eurent construit un vaste hangar, sous lequel toute la troupe s’abrita, et que la pluie ne put traverser ; en même temps, d’autres chasseurs réunissaient du bois mort, et, bien qu’il fût mouillé ils parvinrent en moins de dix minutes à allumer un immense brasier qui pétilla joyeusement, et dont les flammes rougeâtres réchauffèrent les Français. Leurs vêtements ne tardèrent pas à fumer et à les envelopper ainsi dans un nuage de vapeur grisâtre.

La joie était revenue, la fatigue oubliée ; les chasseurs, accroupis autour du leu, dans lequel ils poussaient incessamment de nouveaux aliments, causaient gaiement entre eux.

M. de Grigny admirait l’insouciance de ces braves gens, la discipline qui régnait parmi eux, et leur empressement à obéir aux moindres ordres de Berger, qu’ils avaient librement choisi comme chef ; du reste, celui-ci ne leur parlait jamais qu’avec la plus extrême politesse. Il ne leur disait jamais : Je veux, mais seulement : Je vous prie, ou Il me semble que, deux formules qu’il avait invariablement adoptées.

Après s’être chauffés pendant une heure environ, cinq ou six chasseurs se levèrent et sortirent du hangar.

Berger avait étalé dans un coin un monceau de fourrures, lorsque les Français se furent bien réchauffés et que leurs habits se trouvèrent à peu près secs, le Canadien les obligea à se livrer au repos et à se jeter sur ce lit improvisé.

Lorsqu’ils se réveillèrent, il faisait jour, le soleil et les oiseaux chantaient gaiement sous bois ; le temps s’était remis au beau, la journée s’annonçait bien.

Le Canadien était seul sous le hangar ; accroupi devant le feu, il fumait philosophiquement sa pipe. En s’apercevant que ses hôtes ne dormaient plus, il les salua gaiement. Ceux-ci vinrent le rejoindre aussitôt auprès du feu.

— Allons ! dit-il, tout va bien ! vous voilà frais et dispos comme de jeunes demoiselles…

— L’apprentissage a été rude, mais il est fait maintenant, dit en riant le baron.

— Pendant votre sommeil, je vous ai procuré certains vêlements, moins riches que les vôtres, sans doute, mais plus convenables pour courir le désert, et dont je vous engage à vous couvrir sans tarder.

— Vous songez à tout, mon ami, dit le baron en lui tendant affectueusement la main.

— C’est mon devoir. Que dirait M. Louis si je n’avais pas soin de vous ? d’ailleurs vous êtes mes hôtes, je dois veiller à votre bien-être.

Il leur montra alors les vêtements qu’il leur destinait et qui étaient en tout semblables à ceux des chasseurs.

Les Français s’en emparèrent et les endossèrent immédiatement à la place des leurs.

— Eh ! fit en riant Rameau-d’Or, c’est chaud et commode, ces habits-là ; je m’y abonnerais bien !

— Je défie bien que maintenant on nous reconnaisse pour ce que nous sommes ! ajouta sentencieusement Risque-Tout.

— Vous avez du premier coup deviné le véritable motif qui m’a engagé à vous faire changer de vêtements, mon brave ; il est important que votre présence parmi nous soit ignorée.

— N’ayez peur, dit Rameau-d’Or, quand le moment sera venu, ils me reconnaîtront à la façon dont je taperai ou ils y mettront de la mauvaise volonté.

— Et maintenant que faisons-nous ?

— Dans un instant, nous déjeunerons. Quelques-uns de nos compagnons sont partis en chasse cette nuit, nous avons de la venaison. Puis, après le déjeuner, nous tiendrons conseil.

— Fort bien ! mais que ferons-nous de ces vêtements ? les emporterons-nous avec nous ?

— C’est inutile, ils nous embarrasseraient, je les mettrai dans une cache où vous les trouverez quand vous en aurez besoin : ce soin me regarde.

Il prit les vêtements, les roula, en forma un paquet qu’il enveloppa dans plusieurs peaux, de daim, puis il ficela le tout avec soin.

— Voilà qui est fait, dit-il. Un de mes hommes creusera la terre au pied d’un arbre ; ce paquet sera placé dans le trou, qu’on rebouchera ensuite, et, quand il faudra, vos habits vous seront rendus en aussi bon état qu’à présent. Les caches sont nos magasins, à nous autres chasseurs.

En ce moment les Bois-Brûlés entrèrent ; après un échange de salutations cordiales, chacun prit place autour du feu, et le déjeuner commença. Il fut court comme tous les repas de chasseurs ; dès qu’il fut terminé, chacun alluma sa pipe et le conseil s’ouvrit sur un signe de Berger.

Le Canadien, par déférence, donna d’abord la parole à M. de Grigny, mais le jeune homme s’excusa et refusa de donner son avis.

— Mon cher Berger, dit-il, je suis ici dans un pays que je ne connais pas, nous poursuivons des gens dont j’ignore les coutumes et la manière de combattre, mon opinion qui, s’il s’agissait de troupes réglées et d’une guerre à l’européenne, pourrait avoir une certaine valeur, dans la circonstance présente serait mauvaise. Veuillez donc, je vous prie, me dispenser de vous la donner. Ces braves gens savent beaucoup mieux que moi ce qu’il convient de faire.

« Considérez-moi donc comme un de vos soldats, je ne veux pas être autre chose ; je prétends donner à tous nos compagnons l’exemple de l’obéissance à vos ordres. J’ai choisi ce rôle, le seul qui me convienne ; aucune considération ne m’en fera accepter un autre.

Cette déclaration, faite franchement et le sourire sur les lèvres, obtint un grand succès chez les chasseurs et leur plut d’autant plus qu’ils craignaient que le jeune officier ne prétendît diriger l’expédition et les contraindre à agir en dehors de leurs habitudes, exigences qui auraient pu compromettre gravement le succès de l’expédition que l’on tentait.

Le baron ayant aussi péremptoirement décliné sa compétence, les chasseurs parlèrent tour à tour. Berger les écouta avec la plus sérieuse attention sans les interrompre ; puis il recueillit tous les avis, les résuma, et, personne n’ayant plus d’opinions à donner, ni d’observations à faire, il prit la parole. Son discours fut court, simple et surtout clair ; lorsqu’il se tut, chacun inclina la tête sans répondre : son avis avait prévalu.

Il fut convenu que la troupe, composée d’une centaine d’hommes, serait divisée en trois détachements. Berger et les trois Français formeraient le premier ; leur voyage se ferait par eau. Les deux autres détachements, forts chacun de cinquante hommes, se dirigeraient, l’un en suivant autant que possible la piste laissée par les ravisseurs dans leur fuite ; le dernier, en prenant à travers les montagnes.

Les trois détachements devaient se diriger à marches forcées vers l’ouest.

Le rendez-vous choisi était un groupe de rochers nommés les Châteaux-Blancs, auprès d’un monolithe, dernier vestige laissé par un peuple disparu, et qui s’élevait comme un gigantesque obélisque au milieu d’une plaine dénudée.

Cette plaine était remplie de pierres levées, dont on ignore l’origine et qui, aux yeux du voyageur étonné, rappellent à s’y méprendre les dolmens et les menhirs du Karnac celtique, autant par leur nombre que par la symétrie avec laquelle elles se trouvent rangées.

Dix minutes plus tard les chasseurs avaient quitté le hangar, et il ne restait plus auprès du feu que le baron, Berger et les deux soldats.

Au bout d’un instant la Canadien se leva :

— À notre tour, dit-il.

Ses compagnons le suivirent silencieusement.

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