‹ La Belle-RivièreChapitre 33 sur 38 · Chapitre 16 Dans la forêt

Chapitre 16 Dans la forêt

Si les circonstances n’avaient pas été aussi tristes, aussi graves, M. de Grigny se fût trouvé ravi de son excursion.
Jamais il n’avait fait un voyage aussi curieux : à chaque instant les accidents du paysage lui réservaient de merveilleuses surprises.

Berger, excellent compagnon, plein d’entrain, complaisant à l’extrême, se faisait un plaisir de montrer dans tous ses détails au jeune homme ce pays admirable, l’un des plus riches, des plus luxuriants et des plus beaux de tout le Canada.

Les quatre hommes voyageaient en touristes, tantôt en pirogue, tantôt à pied, à travers les hautes herbes de la prairie, gravissant les montagnes, traversant des forêts vieilles comme le monde, et faisant à chaque pas lever devant eux du gibier de toute sorte, que souvent ils dédaignaient d’abattre.

La région dans laquelle ils se trouvaient paraissait être complètement inhabitée ; jamais, depuis la découverte du Canada, les Français et les Anglais ne s’étaient risqués à s’avancer aussi loin dans l’intérieur des terres. Seuls, les Indiens et leurs ennemis implacables, les trappeurs et les chasseurs, régnaient en maîtres dans ce désert, qu’ils disputaient aux bêtes féroces qui y avaient leurs repaires.

Le deuxième jour, au moment de camper pour la nuit, contrairement à son habitude, Berger donna quelques marques d’inquiétude : il s’arrêtait, se couchait vers la terre, puis tout à coup il se redressait, allait à droite, à gauche, revenait sur ses pas, recommençait son inspection, puis il semblait, pour ainsi dire, humer l’air, et hochait la tête avec humeur en fronçant les sourcils et frappant fortement la crosse de son fusil contre terre.

M. de Grigny, assez intrigué par ce manège du chasseur, auquel il ne comprenait rien, le suivait anxieusement du regard, sans cependant se hasarder à lui demander la cause de son inquiétude ; mais, comme plus la journée avançait, plus l’agitation du Canadien semblait cloître le jeune homme allait se décider à lui adresser quelques questions à ce sujet, lorsque tout à coup Berger le prévint :

— Monsieur le baron, lui dit-il en s’arrêtant devant lui, il se passe aujourd’hui quelque chose d’insolite dans les bois et qui me préoccupe fortement.

— Que voulez-vous dire, mon brave ami ? répondit-il en regardant curieusement autour de lui ; je vous avoue que quant à moi je ne vois rien d’extraordinaire.

— Vous, c’est possible, monsieur ; vous n’avez pas l’habitude du désert ; les choses qui nous frappent, nous coureurs des bois, passent pour vous complètement inaperçues.

— Mon Dieu ! mon ami, cela est probable. Est-ce qu’un arbre ne ressemble pas toujours à un autre arbre et une forêt à une autre forêt ?

— C’est juste, vous devez parler ainsi, car vous ne savez pas ; non, monsieur le baron, un arbre ne ressemble pas à un autre arbre.

— Expliquez-vous, je ne demande pas mieux que de m’instruire, moi. Voyons ! qu’est-ce qui vous préoccupe si vivement ?

— Ah ! vous avez remarqué cela ?

— Pardieu ! à moins d’être aveugle, ce n’était pas difficile.

— Eh bien ! je vais vous le dire.

— Vous me ferez plaisir.

— Oui, d’autant plus que cela vous intéresse encore plus que moi.

— Voyons donc ! Je vous écoute.

Les voyageurs s’étaient arrêtés, et, appuyés sur leurs fusils, ils entouraient le Canadien. Au bout d’un instant, celui-ci reprit d’une voix contenue, comme s’il eût craint d’être entendu par quelque espion invisible embusqué dans les taillis voisins :

— Nous sommes en ce moment dans une forêt que jamais les blancs n’ont visitée, depuis le jour où ils ont, pour la première fois, mis le pied sur cette terre, les Indiens seuls et quelques bois-brûlés aventureux osent se hasarder à la parcourir.

— Elle est donc bien dangereuse ?

— Oui, passablement ; elle est immense, foisonne de gibier de toute sorte, de bêtes fauves ; les naturels eux-mêmes ne la connaissent pas tout entière. Lorsque arrive la saison des grandes chasses d’hiver, les Peaux-Rouges se réunissent, plusieurs tribus ensemble, et font des battues qui durent pendant deux mois environ ; excepté à cette époque, la forêt demeure complètement déserte, nul n’y entre. Pourquoi irait-on ? Elle ne conduit à aucun village indien ni à aucune exploitation.

— Nous y sommes bien, nous, fit M. de Grigny.

— Pour nous le cas n’est plus le même. J’ai adopté ce chemin parce que, bien qu’il soit plus rude, son abandon même nous servait en dissimulant nos traces, et par conséquent augmentait notre sécurité, en nous laissant libres de marcher à notre guise, sans crainte d’être épiés ou suivis ; d’ailleurs, ce soir même, nous en sortirons.

— Fort bien ! mais, dans tout cela, je ne vois rien jusqu’à présent qui justifie votre inquiétude, qui me surprend d’autant plus que vous n’êtes pas homme à vous effrayer pour une bagatelle.

— Vous me rendez parfaitement justice, monsieur. Voici ce qui cause cette inquiétude, qui, je le confesse humblement, est vive : j’ai, il y a deux heures environ, découvert une piste.

— Une piste ! s’écria le jeune homme avec surprise.

— Oui, une piste dissimulée avec soin, c’est vrai, et qui aurait trompé des yeux moins clairvoyants que les miens ; cette piste suit le même chemin que nous. Chaque fois que cela a été possible, elle a été soigneusement cachée ; cependant assez de traces sont demeurées visibles pour que je sois certain de ne pas me tromper.

— Voilà qui est sérieux, en effet, mon brave Berger. Et à qui pensez-vous que puisse appartenir cette piste ?

— Voilà justement ce qui m’embarrasse. Les individus, quels qu’ils soient, qui marchent devant nous, sont au nombre de trois ; il y a deux hommes et une femme, voilà ce dont je suis sûr.

— Une femme ?

— Oui ; elle est même très jeune encore : son pas est léger, à peine imprimé sur le sol. Les hommes qui l’accompagnent sont beaucoup plus âgés ; ils appuient fortement le talon en marchant, ce qui prouve que ce ne sont pas des Indiens ; de plus, ils ont des mocksens comme en portent les coureurs des bois. Maintenant quels sont ces voyageurs ? Si ce sont des chasseurs inoffensifs ou des ennemis, voilà ce que je ne saurais dire.

— Hum ! murmura le jeune homme fort préoccupé de cette confidence, tout cela est très grave, mon ami ; je ne vois pas trop ce que nous pouvons faire dans cette circonstance.

— Nons avons deux partis à prendre, reste à savoir celui qu’il sera préférable d’adopter.

— Voyons ces deux partis ?

— Le premier est de retourner sur nos pas, de sortir de la forêt et de rejoindre nos amis en suivant une des deux routes qu’ils ont prises ; seulement nous perdrons un temps précieux

— Jamais je ne consentirai à retourner en arrière…

— C’est ce que je pensais, mais cependant je devais prendre votre avis.

— C’est juste, voyons l’autre ? celui-ci ne vaut rien.

— Vous demeurerez, avec vos deux compagnons, à la place où nous sommes. Moi, j’irai à la découverte ; je marcherai jusqu’à ce que j’aie joint ceux qui nous précèdent et qui ne doivent pas être fort éloignés, d’abord parce qu’ils n’ont que peu d’avance sur nous ; ensuite parce que la nuit sera tombée avant une heure. Or, ils camperont pour manger, se reposer et attendre le jour. Lorsque j’aurai vu ces mystérieux voyageurs, que je saurai à quoi m’en tenir sur leur compte, je reviendrai auprès de vous, et nous aviserons sur ce qui nous reste à faire. Nous sommes quatre hommes résolus, en cas d’attaque, nous saurons nous défendre. Que pensez-vous de ce plan, monsieur ?

— Je pense qu’il est excellent ; je vous engage à le mettre à exécution sans retard, mon ami.

— Très bien ! Pendant mon absence, ne bougez pas d’ici ; sans cela, vous risqueriez de vous égarer, et alors Dieu sait combien de temps il me faudrait pour vous retrouver.

— Soyez tranquille, nous nous garderons bien de nous éloigner.

— Voilà qui est convenu… Ah ! une dernière recommandation : si vous causez, parlez à voix basse, on ne sait jamais qui peut entendre ; au désert, les arbres ont des yeux et les feuilles des oreilles ; surtout n’allumez pas de feu. En un mot, ne faites rien qui puisse donner l’éveil ni attirer l’attention.

— C’est convenu.

— Alors, patience et au revoir ! Avant une heure, peut-être serai-je de retour.

— Bonne chance !

Les deux hommes se serrèrent affectueusement la main ; puis le chasseur s’enfonça dans les broussailles, où il disparut presque aussitôt, et le baron demeura seul avec ses soldats, intérieurement fort inquiet du résultat de l’expédition tentée en enfant perdu par le brave Bois-Brûlé, mais faisant bonne contenance quand même.

Le temps s’écoule avec une insupportable lenteur lorsqu’on attend, surtout lorsque celui qui est contraint d’attendre se trouve, non pas dans un salon confortable, mais au contraire dans une forêt vierge dont les sentiers lui sont complètement inconnus, quand les ténèbres s’épaississent autour de lui, quand les objets les plus rapprochés changent d’aspect, aux dégradations successives de la lumière, pour prendre les formes les plus fantastiques. Ajoutez à cela des bruits mystérieux courant dans les buissons, le vent sifflant lugubrement à travers les branches des arbres et les fauves éveillés au coucher du soleil faisant entendre leurs sinistres rauquements et leurs pas saccadés résonnant dans le fond des ravins, répercutés par les échos qui semblent les rires ironiques de démons invisibles.

Dans ces moments d’attente, les secondes sont longues comme des heures ; les heures semblent ne devoir jamais finir. L’homme le plus brave sent des frissonnements nerveux parcourir tout son corps, une sueur froide inonder ses tempes, les cheveux se dresser sur sa tête, il a peur ! Le corps penché en avant, les yeux démesurément ouverts ; l’oreille au guet, le doigt sur la détente de son fusil, il demeure immobile, respirant à peine, en proie à un horrible cauchemar, luttant contre un ennemi, enfant de son imagination, d’autant plus redoutable qu’il appartient au monde des rêves.

Deux heures s’écoulèrent. Les trois Français avaient d’abord causé et ri entre eux de l’abandon dans lequel ils se trouvaient, de leur situation précaire au cas où, par impossible, leur guide ne reviendrait pas, et mille autres choses encore ; puis, peu à peu, le rire s’était glacé sur leurs lèvres, la conversation s’était ralentie et avait fini par cesser tout à fait. Ensuite, au fur et à mesure que la nuit devenait plus noire, ils s’étaient rapprochés, serrés à se sentir les coudes ; et enfin, mornes, silencieux, haletants, le fusil à la main, prêts à s’en servir, ils étaient demeurés immobiles et froids comme des statues de marbre.

Tout à coup un rire joyeux résonna à leurs oreilles ; une lueur rougeâtre brilla entre les arbres, qu’elle diapra de reflets sanglants, et un homme parut.

Cet homme était Berger.

Un cri de satisfaction et de soulagement s’échappa de la poitrine oppressée des trois hommes, et l’orgueil rentrant aussitôt dans leurs cœurs, ils s’écartèrent furtivement comme des écoliers pris en faute, et ils affectèrent les poses les plus bizarrement négligées, les plus naïvement indifférentes.

Sans paraître rien remarquer, le Canadien s’avança vivement à leur rencontre, et bientôt il se trouva au milieu d’eux.

— Vous avez bien tardé ! lui dit le baron d’une voix qu’il cherchait à raffermir de son mieux.

— Vous trouvez, répondit-il naïvement, il y a à peine deux heures que je vous ai quittés.

Le jeune homme demeura muet : d’après ses calculs, il y avait au moins six heures.

— Enfin, reprit Berger, me voilà ; c’est le principal, n’est-ce pas ?

— Certes. Eh bien ! qu’avez-vous découvert ?

— Que je ne m’étais pas trompé d’abord : ce sont bien deux hommes et une femme que nous avons devant nous.

— Ah ! ennemis ou bien amis ?

— À cela, je ne puis vous répondre comme je le désirerais. Tout ce qu’il m’est permis d’affirmer, c’est que, quant à présent, nous n’avons rien à redouter d’eux ; de plus, ils nous offrent l’hospitalité, ce qui n’est point à dédaigner pour nous en ce moment.

— Vous avez donc causé avec eux ?

— Pardieu ! ce sont de vieilles connaissances. Dès que je les ai reconnus, je me suis montré : cela allait tout naturellement, d’autant plus que ce sont des gaillards solides ; ils m’avaient éventé, et, si je n’avais pas été franchement au-devant d’eux, ils n’auraient pas hésité à venir à ma rencontre.

— Sont-ils campés bien loin d’ici ?

— À une demi-lieue à peine.

— Et vous êtes demeuré si longtemps !

— On voit bien, monsieur, que vous ignorez ce que c’est que de suivre une piste, sans cela vous ne m’adresseriez pas ce reproche.

— C’est juste, j’ai eu tort, pardonnez-moi !

— Bah ! vous vous êtes trompé, voilà tout ; il n’y a pas besoin d’excuses pour cela.

— Bref ! que faisons-nous maintenant ?

— Nous allons nous rendre le plus vite possible au campement de nos nouveaux amis ; ils comptent sur nous ; ne les faisons pas attendre.

— Soit, marchons.

— Encore un mot.

— Dites !

— Vous les connaissez, c’est-à-dire vous les avez vus déjà ; ne témoignez ni surprise ni curiosité. Je ne sais trop qui les amène de ce côté, ils doivent machiner quelque drôlerie. Dans tous les cas, riez et plaisantez avec eux tant que vous voudrez, cela n’en vaudra que mieux pour nous tous ; mais, comme ils ont complètement négligé de me parler de leurs affaires, il est inutile de les entretenir des nôtres. Vous me comprenez : chacun pour soi…

— Ne craignez rien, nous serons prudents ! Et se tournant vers les deux soldats, le baron ajouta : Bouche close surtout, vous autres !

— Oui, oui, reprit le Canadien, d’autant plus qu’on ne se repent jamais de s’être tu. C’est une maxime vieille comme le monde, cela, et je la trouve fort sage.

— Alors, en route !

Ils partirent.

Après avoir marché environ trois quarts d’heure sur les pas du Canadien, ils aperçurent la lueur d’un feu sur le sommet d’une colline peu élevée et entièrement dépouillée d’arbres : cette lueur brillait comme un phare dans les ténèbres.

— C’est là ! dit le Canadien.

La vue du feu rendit le courage et la gaieté aux Français : il doublèrent le pas.

Arrivé au pied de la colline, Berger s’arrêta et imita le cri de la hulotte, un cri pareil lui répondit aussitôt.

— Maintenant, dit le chasseur, nous pouvons avancer sans crainte d’être salués par une balle : nous serons bien reçus.

Ils commencèrent aussitôt à gravir la colline ; en mettant le pied sur le sommet, ils furent reçus par deux hommes, sans armes, qui leur souhaitèrent la bienvenue, d’une voix joyeuse et cordiale.

Le baron réprima avec peine un mouvement de surprise.

Dans ces deux hommes, il avait reconnu Jan-Pol, le Proscrit et son inséparable compagnon la Couleuvre ; la jeune femme demeurée auprès du feu, pour surveiller sans doute le souper, était Angèle, la fille du Proscrit.

Lorsque les premiers compliments eurent été échangés, chacun prit place autour du feu avec un sentiment évident de plaisir. Le froid était assez vif.

On soupa gaiement ; puis, après le souper, les pipes furent allumées, et, pendant que les hommes restaient à causer devant le feu, la jeune fille, après leur avoir souhaité le bonsoir, se retira modestement dans une hutte en branchages, probablement faite exprès pour elle par son père et par la Couleuvre.

La conversation était assez languissante entre nos personnages ; elle menaçait de se maintenir longtemps sur le même pied ; mais tout à coup le Proscrit jugea à propos de rompre la glace d’une façon qui porta à son comble l’étonnement de ses hôtes.

— Eh ! mon brave Sans-Piste, dit-il en passant au chasseur sa gourde pleine d’excellente eau-de-vie, vous ne comptiez guère me rencontrer aujourd’hui, hein ?

— Pardieu ! ni vous non plus, je suppose, maître Jan-Pol ?

— Moi, fit-il avec ce ricanement qui lui était particulier, voilà ce qui vous trompe ; je vous attendais.

— Vous ? Ah ! par exemple !

— Voilà deux jours que nous marchons côte à côte. Aujourd’hui seulement, j’ai voulu vous dépasser ; sans cela nous aurions pu aller ainsi jusqu’à… jusqu’à…

— Où ? s’il vous plaît, Jan-Pol, jusqu’où ?

— Dame ! jusqu’où vous allez, seulement maintenant nous irons probablement ensemble.

— Eh ! reprit le baron, ceci me semble assez risqué, mon maître ; il faudrait, il me semble, savoir d’abord où nous allons.

— Qui vous dit que je ne le sais pas ?

— À moins que vous ne l’ayez deviné…

— Il n’y aurait rien d’impossible à cela ; mais je ne veux pas jouer au fin avec vous, nous tendons au même but ; mettons-nous donc d’accord, au lieu de nous tenir sur la réserve, ce qui pourrait nuire à nos projets et les empêcher de réussir.

— Je ne vous comprends pas, monsieur, dit le jeune homme, et, à moins que vous ne vous expliquiez plus clairement, il me sera, à mon grand regret, impossible de vous répondre.

— Bien parlé, sur mon âme ; je vois avec plaisir que, tout jeune encore, vous êtes prudent, monsieur, répondit-il d’un air goguenard. La route que vous suivez suffirait seule pour me renseigner, si je ne savais parfaitement quel est le coup de main que vous prétendez tenter. Ne vous fâchez pas, ajouta-t-il sur un geste d’impatience du baron ; je m’intéresse autant que vous au capitaine de Villiers. Il m’a sauvé la vie ; c’est une vieille dette que j’ai contractée envers lui, et que j’ai à cœur d’acquitter le plus tôt possible !

— Il serait vrai !

— L’ignorez-vous donc ?

— Mon ami n’a pas pour coutume de publier les services qu’il rend.

— C’est vrai, et je lui en sais gré. Cette réserve augmente encore ma sympathie et ma reconnaissance pour lui et envers ses amis.

— Ainsi, dit Berger, au cas où notre intention serait réellement d’essayer de délivrer le capitaine, nous pourrions compter sur vous ?

— Autant que sur vous-mêmes. Mais tenez, nous nous connaissons, vous et moi ; donc, soyons francs : je vais vous prouver que je sais tout. Vous attendez Kouha-Handé, n’est-ce pas ? Eh bien, avant de se rendre auprès de vous, il doit d’abord me venir trouver.

— Ah ! par exemple, maître Jan-Pol, pour cela…

— Vous doutez ? dit-il en souriant.

— Certes, à moins de le voir de mes propres yeux !

— Eh bien ! puisqu’il en est ainsi, regardez !

Et il l’obligea à tourner la tête.

Berger fit un bond de surprise. En ce moment, Kouha-Handé, le chef indien, après avoir gravi la colline, s’avançait à pas lents vers le campement.

Le doute devenait impossible : le Proscrit avait dit vrai.

q

Page 1