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Chapitre 4 Un paysage de la Belle Rivière

Les premiers Français qui explorèrent l’Amérique septentrionale furent séduits par les rives de l’Ohio.
Ce cours d’eau, qui traîne ses capricieux méandres à travers le pays le plus accidenté et les sites les plus pittoresques, reçut d’eux le nom de Belle Rivière, nom qu’il conserva jusqu’à l’abandon du Canada par la France.

Formé par la réunion de Manongohela et de l’Alleghany après un parcours de plusieurs centaines de milles, pendant lequel il reçoit un nombre infini de ruisseaux et de rivières, l’Ohio se jette dans le Mississipi, ce grandiose Meschacébé, que les Indiens appellent le père des fleuves.

La quantité innombrable d’îles et d’îlots dont son cours est semé, la rapidité de son courant, qui contraint les embarcations à s’abandonner au fil de l’eau, rendent sa navigation des plus dangereuses.

Ses rives assez hautes forment une chaîne continue de collines reliées entre elles par des terrains plats et boisés qui fourmillent de gibier.

Particularité singulière, dans un pays qui a centuplé de vie et d’animation, les contrées traversées par cette rivière ne sont pas beaucoup plus peuplées aujourd’hui qu’elles ne l’étaient à l’époque reculée dont nous parlons.

Il ne s’y installait guère alors que des tribus nomades.

De temps à autre, on y rencontrait des Indiens chasseurs ou des coureurs des bois.

C’était tout.

Nous ne savons à quoi attribuer l’abandon d’une région aussi fertile, couverte de forêts renfermant les essences les plus précieuses.

Tout colon qui s’y fixerait y trouverait sans grand travail des avantages commerciaux et industriels certains.

À coup sûr, la vie n’y serait pas difficile.

Environ à dix milles du fort Duquesne, blottie au milieu d’une épaisse forêt, s’élevait une modeste maisonnette construite selon la coutume des défrichements, en madriers à peine équarris posés les uns sur les autres, et reliés entre eux par de la mousse.

Des arbres deux ou trois fois centenaires, chargés de lianes aux inextricables enchevêtrements, lui servaient de ceinture et en défendaient l’approche mieux que n’eussent pu le faire des fossés et des remparts.

Cette maisonnette assez grande avait trois fenêtres, luxe inouï dans ces régions isolées. Quoique placées sans symétrie, elles complétaient l’ensemble de cette bâtisse irrégulière.

Elles étaient garnies de vitres et garanties à l’intérieur par d’épais volets en chêne solide.

Le toit, en paille de maïs, avançait de plus de trois pieds sur les quatre faces de la chaumière, son rebord formant une espèce d’auvent.

On n’apercevait pas les murs sous les vignes et les plantes grimpantes qui les tapissaient de tous côtés.

À droite et à gauche d’une porte doublée en fer, des bancs travaillés dans un seul bloc de chêne disparaissaient sous des plantes formant berceau.

Cette charmante et pittoresque habitation baignait ses fondations dans une étroite rivière qui, tout en traçant un sillon sinueux à ses pieds, sous une voûte de verdure, allait, quelques milles plus loin, se jeter dans l’Alleghany.

Dans un périmètre de trois hectares, autour de la maison, les arbres avaient été abattus ; le terrain nivelé tant bien que mal, clos d’une haie et ensemencé à la houe.

Deux hangars, construits à cent pas de l’habitation, servaient à rentrer les grains, à renfermer la paille et les provisions des propriétaires.

Pour que rien ne manquât au bien-être de cette délicieuse oasis, attenant à la maisonnette, il y avait un poulailler où caquetaient une vingtaine de poules.

Dans une écurie voisine, deux chevaux de forte encolure broyaient à pleine bouche la provende dont leur mangeoire regorgeait.

Une laie énorme, entourée d’une demi-douzaine de marcassins, se vautrait dans la vase avec des grognements de joie, tandis qu’une troupe de canards pataugeait, criait, voletait à qui mieux mieux sur une mare communiquant avec la rivière.

Une fine et légère pirogue en écorce de bouleau, construite à l’indienne, sur laquelle séchaient des filets de toutes sortes, était attachée par une chaîne à un poteau planté dans le sable de la rivière.

Si nous ajoutons que deux magnifiques venteurs, noir et feu, aux oreilles pendantes, dormaient au soleil devant la porte, nous aurons complété la description de cette demeure, perdue dans une forêt vierge, autour de laquelle rayonnait une auréole de bien-être, qu’elle embaumait d’un parfum de bonheur tranquille.

L’intérieur de cette cabane ressemblait à s’y méprendre à celui des fermes normandes.

C’était la même distribution ; presque les mêmes meubles. La seule différence se trouvait dans le plancher, qui, au lieu d’être en terre ou en pierres comme en France, était en bois.

La cheminée, placée au centre du bâtiment, s’adossait au mur, séparant la cuisine de la salle où se tenaient les habitants.

Aux deux extrémités de cette salle se trouvaient deux chambres à coucher de moyenne dimension. Tout, dans cette pièce, avait un langage expressif et vivant.

Le lit, meuble principal, entouré de serge verte, bénitier et crucifix en tête, la grande table à manger en chêne noirci par le temps, divers coffres en bois brun, renfermant le linge et les habits ; la huche, le dressoir avec la vaisselle de rigueur, le Tulle ou fusil à long calibre attaché au manteau de la cheminée entre la corne à poudre et le sac à balles, tout, jusqu’à la longue pipe à tuyau de merisier, jusqu’aux rideaux des fenêtres en calicot rouge, tout rappelait si complètement la vie normande qu’en pénétrant céans, sans grand effort d’imagination, on aurait pu se croire dans les environs de Dieppe ou de Caen, de Vire ou de Caudebec.

Cependant une sombre légende courait sur cette demeure solitaire, et chaque passant ou chaque colon s’en éloignait avec crainte.

Le maître de cette habitation était mieux défendu par la terreur qu’il inspirait aux maraudeurs blancs ou rouges des nouveaux défrichements que par une garnison nombreuse et aguerrie.

Ces bruits sinistres ne reposaient en réalité que sur des on-dit, sur des récits de veillée ou de bivouac. Nul ne se trouvait en mesure d’articuler un fait positif, ou de citer la moindre preuve à l’appui de ses accusations.

La légende elle-même, cause première de la réprobation dont ce coin de terre était frappé, se perdait dans des ténèbres si mystérieuses et dans un passé si lointain que le plus vieux colon en possédait à peine tous les détails.

L’interrogeait-on à ce sujet, il se contentait de secouer la tête.

Si l’on insistait, ce n’était qu’avec peine qu’il répondait quelques mots craintifs dont les curieux étaient bien obligés de se contenter.

Mais ces renseignements timides ne faisaient que jeter un jour plus sombre sur ce passé mystérieux et redoutable.

Or, quelques semaines avant les événements rapportés dans les chapitres précédents, un samedi, entre sept et huit heures du matin, la porte massive de la chaumière s’entrouvrit pour laisser passage à un homme d’une cinquantaine d’années, et, cet homme sorti, se referma aussitôt derrière lui.

Ce personnage était vêtu d’une large capote grise descendant jusqu’à ses genoux, serrée aux hanches par une ceinture multicolore qui supportait un long coutelas dit langue de bœuf au moyen âge, deux pistolets, une corne à poudre et un sac à balles.

Ses mitasses, pantalon en cuir d’élan, étaient attachées à ses chevilles par les ligatures des mocksens, chaussures indiennes en forme de sandales.

Un bonnet en fourrure couvrait sa tête.

Ce costume simple et pittoresque est encore aujourd’hui généralement adopté par les paysans canadiens d’origine française.

D’une taille haute, bien proportionnée, cet homme semblait doué d’une grande vigueur musculaire.

Ses traits réguliers respiraient l’audace et la fierté.

Malgré son âge, ses yeux d’un bleu sombre n’avaient rien perdu de leur vivacité.

Ses cheveux blonds, nuancés de gris, s’échappant de son bonnet et tombant en désordre sur ses puissantes épaules, donnaient à son visage une expression d’une indicible sauvagerie.

Néanmoins, pour un observateur sagace, il y avait plus de tristesse que de méchanceté dans la physionomie de cet individu, qui n’était autre que le propriétaire de la chaumière.

Il tenait un fusil de boucanier à la main.

Une gibecière en parchemin, passée en bandoulière, complétait son costume.

Après avoir jeté les yeux autour de lui, pour s’assurer que tout était bien en ordre dans son défrichement, il plaça son fusil sous son bras gauche, fit le signe de la croix et s’avança à grands pas dans la forêt.

Peu après le bruit de sa marche se perdit dans l’éloignement.

À peine cet homme eut-il disparu que la porte de la chaumière s’ouvrit de nouveau.

Une tête apparut par l’entrebâillement, inquiète et curieuse à la fois.

Cette tête appartenait à une délicieuse et blonde jeune fille de seize ans au plus.

Pendant deux ou trois minutes, elle demeura l’oreille tendue, écoutant et analysant les bruits les plus légers.

Une fois sûre qu’elle se trouvait réellement seule, l’enfant franchit brusquement la porte et s’élança au dehors avec la vivacité d’une chevrette effarouchée.

C’était bien la plus charmante créature qu’il fût possible de rencontrer.

Créole de pied en cap, elle séduisait au premier aspect.

Sa taille svelte, souple et cambrée donnait à sa marche des ondulations pleines de grâce.

Sa chevelure, blonde comme une gerbe d’épis mûrs, voltigeait autour d’elle éparpillée par le vent du matin et lui formait une auréole radieuse.

De ses lèvres fines et coquettement modelées, légèrement entrouvertes et laissant apercevoir ses dents mignonnes et blanches, s’échappait un rire argentin naïf et insouciant à la fois.

Son œil d’un bleu azuré aux regards de flamme empreints de rêverie, son pied et sa main d’une petitesse rare en faisaient un tout parfait.

Son être pouvait se résumer par ce seul mot : Séduction.

Elle portait un costume simple et gracieux comme elle-même.

Un jupon de gros drap sombre, bordé de rouge, descendant jusqu’à mi-jambe, un corsage garni de passementeries, une collerette blanche, des bas de soie rose à coins d’or, bien tirés, et des mocksens brodés de laine aux couleurs variées entremêlées de perles de verre et couvrant à peine le cou-de-pied, c’était tout.

Étrange assemblage de charme sauvage et de hardiesse capricieuse.

Elle s’arrêta un instant, attentive et frissonnante, le corps penché en avant, le cou tendu.

Elle interrogea le souffle du vent, le bruit du feuillage des arbres, le chuchotement des oiseaux.

Enfin, elle se crut sûre de ce qu’elle voulait savoir.

Se redressant tout à tout, elle frappa joyeusement ses mains l’une contre l’autre et murmura avec un sourire expressif ce seul mot :

— Enfin !

Cela dit, la blonde jeune fille rentra dans la maisonnette.

Elle s’enveloppa d’une mante en gros drap, semblable à nos cabans de marine, et décrocha du manteau de la cheminée un léger fusil à canon damasquiné, coquet, élégant, arme de femme assurément.

Après s’être assurée qu’il était chargé en passant la baguette dans le canon, elle le mit en bandoulière, avec le sans-souci et l’air déterminé d’une fille des frontières accoutumée à se protéger elle-même.

Un des deux venteurs l’avait suivie depuis qu’elle avait entrouvert la porte.

Au moment où elle achevait ses préparatifs de sortie, il se trouvait derrière elle.

— Tout beau, mon brave Phœbus, fit la jeune fille d’une voix caressante, en passant sa main dans les poils soyeux du chien, tout beau, mon chien ! Couchez là… et faites bonne garde. La maison va rester seule. Je la mets sous votre garde.

L’animal fixa sur elle ses grands yeux intelligents. On eût dit qu’il comprenait les paroles de sa maîtresse.

Puis, remuant la queue, poussant deux ou trois grognements de plaisir ou de contentement, il alla s’étendre sur le seuil de la maisonnette, non pas comme un concierge désœuvré et paresseux, mais en sentinelle active et vigilante, comprenant toute la responsabilité qui pesait sur elle.

— Bien, Phœbus ! reprit la jeune fille, en riant de l’air important que venait de prendre le venteur ; vous êtes une belle et noble bête. Je pars et j’ai confiance en vous.

Après avoir fait une dernière caresse à son chien, elle se dirigea vers le petit port que nos lecteurs connaissent ; elle entra dans la pirogue.

Son fusil déposé à ses pieds, elle détacha la pirogue, saisit les rames et prit le fil de l’eau.

La légère embarcation descendit la rivière dans la direction de l’Alleghany, sous un dôme de verdure ne laissant que faiblement percer à travers le feuillage les rayons d’un soleil déjà ardent.

La maîtresse de Phœbus se laissait aller pensive au courant, ne se servant de ses rames que pour maintenir sa pirogue au milieu de la rivière.

Ses regards rêveurs erraient sous la feuillée.

Parfois elle murmurait :

— Est-il là ? S’il ne venait pas !

Son sein se gonflait, ses yeux se remplissaient de larmes et des soupirs étouffés s’échappaient de sa poitrine.

Mais un poète l’a bien dit : Comme chez les enfants, le rire est près des pleurs.

Aussi, au bout d’un instant, ses papillons noirs s’envolaient et elle reprenait gaiement :

— Non, non ! Tout me le dit ! Je le sens au fond de mon cœur, il est là, il est venu !

Et elle se mettait à sourire au milieu de ses tristesses.

Pendant près d’une heure, la pirogue descendit ainsi le cours de plus en plus obstrué de la rivière.

Enfin, la jeune nautonière se redressa. Elle pesa sur la rame droite, refoulant l’eau de la rame gauche.

La pirogue pivota lentement sur elle-même et disparut bientôt après, sous un fouillis de plantes de toutes sortes.

L’embarcation fut vite amarrée à un tronc d’arbre qui plongeait dans l’eau.

Abandonnant les rames et écartant doucement le rideau de verdure qui s’étendait devant elle, la jeune fille se pencha en avant, anxieuse et frémissante.

Rien n’arrêtait plus sa vue.

Elle regarda, mais presque aussitôt après avoir regardé elle lâcha le feuillage qui se rejoignit, et se rejeta en arrière.

De la sorte, elle était cachée à tous les regards indiscrets.

— Je savais bien qu’il viendrait ! fit-elle en mettant la main sur son cœur pour en contenir les battements précipités.

Cette première émotion vaincue, elle se remit à son poste d’observation ; mais cette fois elle prit ses précautions.

Maintenant d’une main nerveuse les branches qui lui servaient de masque, elle regarda de nouveau à travers une mince éclaircie.

Voici ce qu’elle voyait.

À une cinquantaine de pas environ de l’endroit où elle se trouvait, la rivière, sur le point de se jeter dans l’Alleghany, faisait un brusque détour formant un cap assez avancé.

À l’extrémité même de ce cap, auprès d’un arbre immense, aux branches déployées en panache au-dessus de l’eau, se trouvaient deux hommes.

L’un de ces deux hommes dormait étendu sur l’herbe mousseuse ; le second péchait, une ligne à la main, tout en lisant un livre à la lecture duquel il donnait une plus grande attention qu’à sa pêche.

Nous ne dirons que quelques mots du premier :

C’était un soldat. Jeune encore, bien découplé, à la mine narquoise, il dormait à poings fermés.

Il servait d’ordonnance au second de nos personnages.

Celui-ci, beau jeune homme de vingt-cinq ans, aux traits aristocratiques, aux yeux d’un bleu plein de feu, au front large et uni comme celui d’une jeune fille, coiffé à l’oiseau royal, selon la mode du temps, portait avec grâce l’élégant uniforme de capitaine au régiment de Royal-Marine. Charmant cavalier qui aurait fait florès à l’Œil-de-Boeuf auprès des coquettes marquises encombrant les salons de Versailles, et qui, à plus forte raison, devait produire une grande sensation sur le cœur un peu sauvage des créoles de la Nouvelle-France.

Une pirogue amarrée à quelques pas des deux militaires indiquait qu’ils s’étaient rendus par eau dans ce lieu de repos.

La jeune fille ne se lassait pas de contempler l’élégant pêcheur qui continuait imperturbablement sa lecture sans se douter de l’attention dont il était l’objet.

Il va sans dire que les poissons s’ébattaient et folâtraient à qui mieux mieux autour de sa ligne inoffensive.

Certes, pour un peintre habile, c’eût été un sujet attrayant que le contraste de cette blonde enfant blottie sous la frondaison et guettant, au milieu de ce paysage grandiose, ce bel officier si calme et si indifférent.

Ah ! si le jeune homme avait pu se douter que des regards ardents et purs à la fois pesaient sur lui, la situation eût été singulièrement modifiée.

Tout à coup le tableau changea.

Le calme plat se rompit.

La jeune Canadienne, poussant un cri étouffé, se rejeta en arrière avec un frémissement de terreur.

Son visage se couvrit d’une pâleur mortelle.

Elle venait de voir surgir dans les hautes herbes, à dix pas à peine de l’officier, la tête hideuse et menaçante d’un Indien.

Rampant comme un reptile, le Peau-Rouge rasait le sol et s’approchait lentement et sans bruit du jeune homme absorbé par sa double tâche.

Ses lèvres crispées par un rire terrible décelaient l’espérance qui le faisait mouvoir.

Sa main armée d’un de ces longs couteaux de fabrique anglaise qui déjà à cette époque remplaçaient les armes de pierre des premiers Indiens se levait à la hauteur du front de sa future victime.

N’étant plus séparé du capitaine français que par une longueur de bras, le Peau-Rouge se dressa sur les genoux.

Ce fut un moment cruel pour la jeune fille.

L’Indien couvrait d’un regard étincelant de rage satisfaite les deux soldats qu’il croyait être entre ses mains.

L’un dormait toujours d’un sommeil tranquille.

L’autre lisait et pêchait.

Rien ne pouvait les sauver.

L’Indien, auquel sa haine pour les Blancs ne faisait pas oublier la prudence de sa race et le soin de sa sûreté, s’assura rapidement qu’il était bien seul avec ses victimes.

Une fois certain qu’il n’avait rien à redouter, il se leva tout droit, bondit comme un jaguar sur l’officier désarmé, le saisit par les épaules et le renversa silencieusement en arrière, brandissant son couteau à scalper au-dessus de sa tête.

C’en était fait du Français.

Son camarade dormait toujours.

Lui-même, attaqué à l’improviste, maîtrisé par une main de fer qui lui serrait la gorge à l’étouffer, n’essaya pas une défense inutile.

Il se vit perdu.

Tout brave qu’il fût, il sentit un frisson glacial courir dans ses veines, et, fasciné par les éclairs bleuâtres lancés par l’arme prête à se plonger dans son cœur, il ferma les yeux, invoqua mentalement le nom du Seigneur une dernière fois et il attendit la mort.

Un coup de feu retentit.

La main qui le tenait se desserra.

La respiration lui revint.

Machinalement il bondit sur ses pieds, poussant un cri d’alarme et tirant son épée.

Quand le soldat s’éveilla, le jeune officier, encore tout ému de cette chaude alarme, se tenait l’arme haute à quelques pas du Peau-Rouge, gisant immobile sur le sol, le crâne fracassé par une balle.

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