Chapitre 10 Où Ioussouf raconte ce qu’il n’a pas vu, mais se garde bien de raconter ce qu’il a vu.
Le soleil, en colorant le sommet de la montagne, réveilla Moullah-Nour et ses hommes. Tous se mirent d’abord en prière, puis commencèrent à fourbir leurs armes, à étriller leurs chevaux et à préparer le déjeuner.
— Ton compagnon de voyage a passé une mauvaise nuit, dit en riant Moullah-Nour à son hôte.
— Comment ! Ioussouf ? demanda celui-ci.
— Ioussouf en personne.
— Tu sais donc où il est ?
— Je m’en doute.
— Je t’ai prié deux fois hier de le faire chercher, tu ne m’as rien répondu.
— Parce que je savais où le trouver.
— Et où est-il ?
— À cinquante pas d’ici.
— Que comptes-tu faire de lui ?
— Absolument rien ! te le rendre ; c’est toi qui en feras ce que tu voudras. – Eh ! mes braves, continua Moullah-Nour en s’adressant à ses hommes, portez quelque chose à manger à notre prisonnier, et dites-lui que Moullah-Nour ne veut pas le faire mourir à jeun.
Alors il raconta à Iskander comment Goulchade avait arrêté Ioussouf, l’avait forcé de rendre ses armes, et l’avait ramené prisonnier.
Quand le déjeuner fut fini, Moullah-Nour prit la main d’Iskander et l’appuya contre son cœur et contre sa tête.
— Tu est chez toi ici, dit-il, je te verrai toujours avec joie, je t’aimerai toujours avec reconnaissance. Maintenant, je t’ai indiqué le chemin par où l’on monte au Chakh-Dague et celui par où l’on en descend ; hâte-toi d’être utile à tes compatriotes. Moi, je vais du côté opposé et pour une autre affaire… Adieu ! souviens-toi de Moullah-Nour ; si tu as besoin d’un ami, appelle-le, et l’avalanche n’est pas plus vite au bas de la montagne qu’il ne sera près de toi.
Et, comme une volée de pigeons sauvages, s’envolèrent le chef et toute sa bande.
Iskander descendit alors à la caverne.
Ioussouf était couché les mains liées, les yeux bandés.
Le jeune beg ne put résister au désir d’expérimenter par lui-même le courage de son compagnon.
— Lève-toi et prépare-toi à mourir, dit-il d’un ton rude et en changeant sa voix.
Ioussouf tremblait de tous ses membres ; mais, grâce à un effort suprême, il parvint à se mettre sur ses genoux.
Il était d’une pâleur mortelle ; son nez semblait avoir perdu cette base solide à l’aide de laquelle, dans les temps ordinaires, il formait angle aigu avec sa bouche, angle obtus avec son menton, et retombait inerte sur ses lèvres. Il leva les mains au ciel et implora son pardon d’une voix gémissante.
— Ange Azraël, s’écria-t-il, fais grâce à ma tête, elle n’est pas mûre pour la mort. Par où et par quoi t’ai-je offensé ?
— Ce n’est pas ma volonté, c’est celle de Moullah-Nour. Il a dit : « Ioussouf s’est battu comme un tigre ; maintenant que Ioussouf connaît ma retraite, il n’y a plus de sûreté pour moi dans la montagne. D’ailleurs, le sang de mes camarades, versé par lui à l’assaut de Derbend, crie vengeance et doit l’obtenir. »
— Moi ! s’écria Ioussouf, moi ! je me suis battu à l’assaut de Derbend ? Quel est l’abominable calomniateur qui a dit cela ? Honte à la tombe de ses pères et de ses grands-pères, jusqu’à la dixième génération ! Non, non ! Je ne suis pas homme à me battre contre mes compatriotes, moi. Quand la trompette ou le tambour nous appelait à la muraille, moi, je descendais immédiatement au bazar, et, quand c’était mon tour de marcher, je me réfugiais dans la mosquée et j’y dormais honnêtement et consciencieusement, à la gloire du prophète. C’est vrai, un jour, j’ai tiré trois coups de fusil ; mais il était bien prouvé que l’ennemi était à cinq verstes. Quant à mon sabre, essaie de le tirer toi-même, et, si tu peux en faire sortir la lame du fourreau, je consens à ce que tu m’en abattes la tête. Déjà, du temps de mon père, elle n’en sortait plus. Pourquoi donc me serais-je battu contre Kasi-Moullah, contre un brave homme, contre un saint homme, contre un prophète ? S’il n’avait pas coupé la tête à ceux qui buvaient et à ceux qui fumaient, je serais certainement aujourd’hui un de ses plus dévoués murides.
— Soit ; mais il y a une affaire de religion dans la vengeance de Moullah-Nour contre toi : il sait que tu es partisan d’Ali, et il a juré de faire tuer tout ce qui croit à Ali.
— Partisan d’Ali, moi ? Mais je lui arracherais la barbe, à cet Ali et à ses douze califes ! Mais, si j’avais vécu en Égypte du temps des Fatimides, je n’aurais pas été content que je ne les eusse détrônés. Je suis sunnite, entends-tu bien ! sunnite de cœur et d’âme. Qu’est-ce qu’Ali ? Une poussière : je souffle et elle s’envole ; un grain de sable : je marche dessus et je l’écrase.
— Mais, par-dessus tout cela, vois-tu, ce que ne te pardonnera jamais Moullah-Nour, c’est ton amitié pour Iskander, son ennemi mortel.
— Mon amitié ? s’écria Ioussouf.
— N’est-ce donc pas une preuve d’amitié que tu lui donnais en l’accompagnant au Chakh-Dague ?
— Par amitié sans doute, mais pour mon plaisir surtout.
— Eh bien, la chose lui a encore plus mal réussi qu’à toi, et sa tête est tombée avant la tienne.
— Sa tête est tombée ? répéta Ioussouf. Eh bien, ce n’est pas une grande perte qu’il a faite là. Elle ne valait pas grand-chose, sa tête. Mais, au lieu de m’en vouloir, Moullah-Nour devrait me remercier, moi qui lui ai conduit Iskander, qui le lui ai livré pieds et poings liés. Iskander mon ami ? En voilà encore un fameux ami ! mais, de son vivant, je l’aurais donné pour un pain d’épice ! Iskander mon ami ! un des plus grands débauchés de Derbend, qui mange du jambon avec les officiers russes ? lui, mon ami ? Je brûlerais la barbe à sa mère.
— Malheureux que tu es ! laisse en paix les morts. Si la peur ne te faisait pas perdre la tête, tu réfléchirais que sa mère ne pouvait pas avoir de barbe.
— Pas de barbe ? Je te dis, moi, qu’elle se rasait. Par Allah ! combien de rasoirs ne m’a-t-elle pas ébréchés ! L’ami d’Iskander, moi ? Mais comment aurais-je eu la sottise de faire mon ami d’un homme dont le père était un brigand, la mère une folle, et l’oncle un bottier ?
— Je suis fatigué de t’entendre te parjurer, renégat ! mentir, langue de chien ! Baisse la tête, le sabre est levé.
Iskander fit siffler sa schaska autour de la tête d’Ioussouf ; mais, au lieu de le toucher avec le tranchant, de la pointe il lui enleva, avec son adresse ordinaire, le mouchoir qu’il avait devant les yeux.
Ioussouf regarda avec terreur son prétendu bourreau et reconnut Iskander.
Il poussa un cri et resta stupéfait.
— Eh bien, qu’as-tu à me regarder, sanglier bourré de bêtise ? Voyons, répète-moi donc que mon père était un brigand, que ma mère était folle et que mon oncle faisait des bottes.
Ioussouf, au lieu de s’excuser et de paraître confus, éclata de rire, en se jetant au cou d’Iskander.
— Ah ! je suis donc arrivé à te mettre en colère ! Ce n’est pas maladroit de ma part. Cela a été long, mais c’est venu, à la fin. Ah ! tu tends des filets pour prendre un rossignol, et tu attrapes un corbeau ! Mais crois-tu que, dès les premiers mots, je n’aie pas reconnu ta voix ? Ta voix, la voix de mon meilleur ami ! mais je la reconnaîtrais au milieu des cris des chacals, des miaulements des chats et des aboiements des chiens.
— Très bien ! Tu m’as reconnu.
— Tu en doutes ?
— Non, tu t’es moqué de moi.
— Pour rire, pour plaisanter, pas pour autre chose ; tu comprends bien.
— Mais comment t’es-tu rendu à la femme de Moullah-Nour ? Comment t’es-tu laissé désarmer par elle ?
— Est-ce que tu ne te rappelles pas avoir vu chez le commandant de Derbend une gravure qui représentait une fort belle femme, ma foi, délaçant la cuirasse du beg que l’on appelait Mars ? Au-dessous, il y avait en russe : Mars désarmé par Vénus. Voilà comment je me suis laissé désarmer, mon cher ami. Mais, à une si belle créature, je lui eusse tout donné, Iskander, depuis ma bourka jusqu’à mon cœur. J’aurais bien voulu voir, coquin, ce que tu eusses fait en te rencontrant tête à tête avec elle. Quel nez ! quels yeux ! et une bouche pas plus grande que le trou d’une perle ! Et sa taille donc ! Tu as dû remarquer sa taille, un amateur comme toi ! J’avais envie de lui voler sa ceinture pour me faire une bague.
— Alors, c’est par amour que tu t’es laissé garrotter par elle et que tu l’as suivie au bout d’une corde.
— Je l’eusse suivie au bout d’un cheveu.
— Soit ; mais il y a une chose encore dont je suis sûr, c’est que tu ne raconteras pas à Derbend, et surtout devant moi, tes amours avec Goulchade.
— Goulchade ? Elle s’appelle Goulchade ! Quel nom charmant ! Mais tu me fais bavarder, toi ; ce qui est cause que je ne te demande pas comment tu te trouves ici.
Iskander lui raconta en deux mots ce qui s’était passé entre lui et Moullah-Nour. Quand il en fut à la chute du brigand dans le précipice, Ioussouf l’interrompit.
— Mais il est mort, dans ce cas ? dit-il.
— Non.
— Comment, non ?
Iskander lui dit comment il avait sauvé Moullah-Nour et l’avait ramené à ses hommes.
— Alors il est là, ce cher Moullah-Nour ? demanda Ioussouf.
— Non, il est parti.
— Pour où ?
— Pour une expédition.
— Tu en es bien sûr ?
— J’ai vu disparaître la poussière de son dernier cavalier.
— Et il est tombé de cinq cents pieds, dis-tu ? et le diable ne lui a pas cassé le cou ? et il ne s’est pas brisé les bras et les jambes en mille morceaux ? Je cracherai un jour dans le canon de ce brigand-là. Ah ! s’il était venu pour m’arrêter lui-même, au lieu de m’envoyer sa femme, je lui eusse appris avec quelles lettres on écrit le mot brave. Mais il n’a pas osé, le lâche !
— Allons donc ! te tairas-tu, fanfaron ? Mais, si tu avais rencontré Moullah-Nour en personne, tu en aurais fini avec tous tes mensonges et toutes tes vanteries, car tu serais mort de peur.
— De peur ! moi ? Apprends, mon cher Iskander, qu’il n’y a qu’un homme au monde qui puisse me faire peur, c’est celui que je vois dans une glace quand je m’y regarde.
Cette fois, Iskander n’y tint pas. Pour un Tatar, la gasconnade était si forte, qu’il éclata de rire.
— Allons, dit-il, assez sur ce chapitre. Tu viens encore de m’apprendre du nouveau sur ton compte, et cependant je croyais te bien connaître. À cheval ! et en route, brave Ioussouf !
— Tu sais le chemin ?
— Oui, Moullah-Nour me l’a indiqué.
— Eh bien, marche devant, je te suivrai, et malheur à celui qui viendrait nous attaquer par derrière !
Iskander prit le sentier que lui avait indiqué le bandit.
En les voyant d’en bas, on n’eût certes pas cru que des créatures humaines se risquassent par un tel chemin.
Lorsqu’on fut arrivé à la région des neiges, Iskander donna son cheval à tenir à Ioussouf, et lui-même, son aiguière à la main, se mit à escalader le plus haut sommet.
Pour la première fois, cette neige virginale avait reçu l’empreinte du pied d’un homme.
Iskander se prosterna sur ce pic où, avant lui, les anges avaient seuls prié.
Lorsqu’il releva la tête et regarda autour de lui, il vit la terre merveilleusement belle.
Devant lui se déroulait toute la chaîne de montagnes qui s’étend de la mer Caspienne à l’Avarie ; son œil plongeait jusqu’au fond des vallées, et, dans leur profondeur, il voyait les rivières, minces et brillantes comme un fil de soie.
Tout était muet et tranquille. Iskander était trop loin pour distinguer ni hommes ni animaux ; trop haut pour entendre aucun bruit.
Il fût resté plus longtemps à admirer le splendide spectacle, si l’air, complètement dégagé, à cette hauteur, de toutes vapeurs terrestres, n’eût été trop pur pour une poitrine humaine.
Toutes les artères du jeune beg commencèrent à battre, comme si son sang, n’étant plus suffisamment comprimé par l’atmosphère, était près de s’échapper à travers ses pores.
Il pensa alors qu’il était temps de s’acquitter de sa commission, et, dans sa croyance profonde que tout était possible à ce Dieu dont rien ne semblait plus le séparer, il forma une boule de neige, la mit dans son aiguière et commença à redescendre en tenant le vase élevé au-dessus de sa tête, pour que, selon la prescription, il ne fût point souillé au contact de la terre.
La descente était bien autrement difficile que la montée ; mais une puissance supérieure avait, pendant tout ce voyage, paru veiller sur Iskander.
Au bout d’une heure d’absence à peu près, il se retrouva près d’Ioussouf.
Ioussouf l’interrogea, mais Iskander secoua la tête.
Ioussouf essaya de plaisanter, mais Iskander leva gravement le doigt vers le ciel.
Il redescendait sur la terre, plein de la sublimité des hautes cimes.
— Ah çà ! lui dit Ioussouf, il paraît que tu as mangé du soleil, là-haut, et que tu crains d’en laisser échapper un morceau en parlant.
Mais Ioussouf eut beau dire, il ne parvint pas à tirer une seule parole d’Iskander.
Il finit donc par se taire à son tour.
Les voyageurs, malgré toute la hâte qu’ils firent, n’arrivèrent à Derbend que bien avant dans la nuit et quand les portes étaient déjà fermées depuis longtemps.
Le cœur d’Iskander battait à lui rompre la poitrine : la crainte, le doute, l’espoir s’en disputaient chaque pulsation. Il accrocha l’aiguière à une branche d’arbre, regarda tristement tantôt la muraille noire qui le séparait de ce qu’il avait de plus cher au monde, tantôt le ciel qui lui semblait s’obscurcir. Il avait l’air de demander à toute la nature : « Dois-je craindre ? dois-je espérer ? »
Bientôt il vit avec joie que des nuages s’amassaient au ciel et glissaient sur la surface brillante de la lune.
Il poussa, tout joyeux, le bras d’Ioussouf, qui s’endormait, et lui dit :
— Regarde donc, Ioussouf, regarde donc ces nuages qui courent au ciel, plus pressés qu’un troupeau de moutons !
— Un troupeau de moutons ! balbutia Ioussouf. Achète le plus tendre et prends la baguette de mon fusil pour en faire du chislik. Je meurs littéralement de faim.
— Allons, dit Iskander, voilà mon animal qui, comme toujours, ne pense qu’à son estomac. Les moutons dont je te parle sont des nuages, Ioussouf ; il va pleuvoir, mon ami.
— Ah ! murmura Ioussouf, si ça pouvait être des alouettes, comme je me mettrais sous la gouttière, et la bouche toute grande ouverte encore !
— Eh bien, dors donc, brute, puisqu’il y a un proverbe qui dit : « Qui dort dîne. »
— Bonne nuit, Iskander ! dit Ioussouf en bâillant.
Et il s’endormit sur sa bourka. Quant à Iskander, il ne ferma pas l’œil de la nuit et ne cessa de regarder le ciel, qui se couvrait de plus en plus.
Au point du jour, les portes de Derbend s’ouvrirent, et, au bout de quelques minutes, on sut par toute la ville qu’Iskander était arrivé avec de la neige du Chakh-Dague.
Tous les habitants se réunirent : le chœur de la mosquée, la mosquée, la cour, tout était plein de curieux qui voulaient voir porter à la mer l’eau du Chakh-Dague.
Après une courte prière, les moullahs, accompagnés du peuple, prirent le chemin du port.
Iskander portait timidement l’aiguière contenant la neige fondue ; mais Ioussouf, au milieu d’un groupe immense, racontait à grand bruit les événements de leur voyage. Seulement, dans ce récit d’Ioussouf, Iskander disparaissait complètement. Quant à lui, Ioussouf, il s’était si fort approché du ciel, qu’il avait entendu ronfler les sept dormants et parler les houris. Il avait horriblement souffert du froid ; mais, heureusement, il s’était réchauffé en combattant deux ours et un serpent d’une effroyable grandeur. Il avait voulu rapporter la peau de ce serpent et l’avait dépouillé à cet effet ; mais son cheval s’en était tellement effrayé, qu’il avait été obligé de la laisser en route. Toutefois il savait parfaitement l’endroit où elle était restée, et, le lendemain, il enverrait le muezzin pour la prendre.
Mais, si intéressants que fussent les récits d’Ioussouf, il n’eut plus un seul auditeur au moment où Iskander s’apprêta à jeter à la mer l’eau de son aiguière.
Depuis le matin, il faisait grand vent ; mais le vent n’était pas de la pluie, et il n’était pas tombé une goutte d’eau.
Lorsque, après une longue prière du moullah, Iskander fut prêt à vider son aiguière dans la Caspienne, il se retourna vers Festahli, qui marchait au premier rang.
— Rappelle-toi ta promesse, lui dit-il.
— Rappelle-toi nos conditions, répondit à son tour Festahli : ton sort n’est pas dans la neige, il est dans la pluie. Tu m’es bien cher, si tu es cher à Allah.
Iskander leva l’aiguière au-dessus de sa tête et, aux yeux de tous, il versa dans la mer l’eau de la neige du Chakh-Dague.
Aussitôt, et comme par miracle, une grande tempête s’éleva ; des nuages, qui semblaient chargés de pluie, couvrirent le ciel ; on entendit le tonnerre gronder au loin ; les feuilles, agitées violemment par le vent, secouèrent la poussière qui les couvrait. Les jeunes filles tatares regardaient gaiement, à travers leur voile que le vent arrachait de leur tête. Toutes les mains étaient tendues pour sentir les premières gouttes de cette pluie si impatiemment attendue ; enfin, un éclair déchira la voûte de vapeurs amassées au-dessus de Derbend, et il sembla que, pour un déluge nouveau, toutes les cataractes du ciel s’ouvraient en même temps.
Une pluie torrentielle se précipita des nuages et inonda la terre du Daghestan.
Cette fois, personne ne songea à fuir, personne ne pensa même à ouvrir son parapluie.
Ce n’était pas de la joie ; c’était du délire.
Les papaks volaient en l’air et retombaient dans l’eau ; les prières, les cris de joie montaient tout ensemble au ciel. On s’embrassait, on se félicitait, on se montrait l’eau qui descendait comme une cascade gigantesque, ou plutôt comme cent cascades, de la ville tatare à la ville russe, et qui se précipitait de la citadelle à la mer.
Iskander était plus joyeux à lui seul que les habitants de Derbend tous ensemble.
Une femme lui tombait du ciel avec la pluie !
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