‹ La Bourgeoise ou Les Cinq aubergesChapitre 11 sur 58 · ACTE II. L’hôtellerie de la Belle Hollandaise à Paris. Grande et riche salle commune. Le matin. · SCÈNE PREMIÈRE. L’ÉPOUSE VAN ZUYP, UNE COUTURIÈRE, DEUX OUVRIÈRES. Mme Van Zuyp entre suivie par la couturière, qui examine sa robe. Elle se carre et va se mettre devant une glace.

ACTE II. L’hôtellerie de la Belle Hollandaise à Paris. Grande et riche salle commune. Le matin. · SCÈNE PREMIÈRE. L’ÉPOUSE VAN ZUYP, UNE COUTURIÈRE, DEUX OUVRIÈRES. Mme Van Zuyp entre suivie par la couturière, qui examine sa robe. Elle se carre et va se mettre devant une glace.

L’ÉPOUSE, accent prussien. Gomtesse Pfafferlhoffen, safez fus ? Foilà ce que je veux qu’on n’ouplie pas… mon mariache afec meinherr Cornil Van Zuyp est une messalliance… Gomprenez-fus ? guand on me bârle, je veux qu’on ajoute à ce nom d’épouse Van Zuyp, que j’ai la douleur de bôrter, le titre qui m’appartient par droit de naissance : Gomtesse Pfafferlhoffen…

LA COUTURIÈRE. Madame la comtesse…

L’ÉPOUSE. Pfafferlhoffen !

LA COUTURIÈRE. Pfaffer…

L’ÉPOUSE. …lhoffen.

LA COUTURIÈRE, disposant les plis de la robe. Madame la comtesse Pfafferlhoffen… plus j’examine votre robe, plus je trouve… voulez-vous me permettre de vous parler avec une entière franchise ?

L’ÉPOUSE. Che fus bermets.

LA COUTURIÈRE. Eh bien ! madame la comtesse, jamais je n’ai vu comtesse si miraculeusement habillée… C’est une noblesse de coupe… une grâce de draperie… une harmonie d’ensemble…

L’ÉPOUSE, s’admirant. Eine noplesse… gomprenez-fus !… eine grace… eine… harmonie ! (Aux deux ouvrières.) Barlez sans gompliments…

LES DEUX OUVRIÈRES. C’est admirable !

L’ÉPOUSE, fronçant le sourcil. Eh bien ! moi… moi… ché suis fort megondente, safez-fus ?

LA COUTURIÈRE. Est-il possible !

L’ÉPOUSE, sévèrement. Ché fus afais dit de ne pas me mettre… fus gomprenez ? (Elle montre sa gorge.)

LA COUTURIÈRE. Je n’en ai pas mis.

L’ÉPOUSE. Fus afez eu tort !… Che fus avais dit : eine rope très-simple…

LA COUTURIÈRE. Il n’y a pas un ruban.

L’ÉPOUSE. Foilà le mal… ça ne ressemble bas à la rope de la gomtesse Pfafferlhoffen.

LA COUTURIÈRE. Si madame la comtesse voulait… (Elle fait signe à l’ouvrière, qui ouvre son carton.)

L’ÉPOUSE. J’ai trop l’air de l’épouse Van Zuyp !… Quoique meinherr Van Zuyp ne restera has tuchurs ein pourcheois… Il fa acheter un pon marguisat cette année… gombrenez-fus ?

LA COUTURIÈRE, lui mettant le carton devant elle. Que madame la comtesse veuille bien choisir quelques rubans.

L’ÉPOUSE, faisant son choix. Ce n’est pas pour plaire à l’autre sexe, safez-fus ?… Ah ! je ne m’occupe bas de l’autre sexe !… Je brends ces rupans ferts pour mettre à l’épaule.

LA COUTURIÈRE. Ce sera d’un goût parfait ! (Elle les attache.)

L’ÉPOUSE. Je brends ces rupans roses pour mettre à la corge.

LA COUTURIÈRE, les attachant. Ces deux couleurs se marient à merveille.

L’ÉPOUSE. Ces deux touffes au-dessous… celle-ci à la ceinture…

LA COUTURIÈRE, avec admiration. Ah ! madame la comtesse… quel goût délicieux !

L’ÉPOUSE. Faites en sorte que ce soit touchours pien simple.

LA COUTURIÈRE, attachant les nœuds dans le dos. C’est facile, madame la comtesse.

L’ÉPOUSE. Ch’aime ce qui est simple… Gomment me trufez-fus ?…

LA COUTURIÈRE. Les paroles me manquent… ces demoiselles aussi sont muettes.

L’ÉPOUSE, retournant le carton. Il n’y avait pas peaucoup de rupans, safez-fus, dans fôtre gârton ! (André entr’ouvre la porte de gauche.) Oh Ciel ! une bersonne de l’autre sexe !… ne me guittez bas !

LA COUTURIÈRE. Nous restons auprès de madame la comtesse…

ANDRÉ, entrant. Madame la comtesse… (Il s’arrête comme frappé d’admiration.)

L’ÉPOUSE, à la couturière. Ne me guittez bas… Si ce gentilhomme me manque de respect…

ANDRÉ. Ah ! madame !… béni soit le sort qui m’a permis de pénétrer jusqu’à vous… Je vous cherchais…

L’ÉPOUSE, à la couturière. Il me cherchait, alors, fus safez, allez-fus-en !

LA COUTURIÈRE. Madame la comtesse ne craint pas…

L’ÉPOUSE. Puisqu’il me cherchait… fus gomprenez ?

LA COUTURIÈRE. C’est juste !… Allons, mesdemoiselles…

L’ÉPOUSE. Une autre fois, mettez plus de rupans dans fôtre garton.

LA COUTURIÈRE, sur le seuil. Ah ! quelle robe ! quelle robe ! (Elles sortent toutes les trois en faisant de grandes révérences et des signes d’admiration.)

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