SCÈNE XV. LES MÊMES, moins L’ÉPOUSE ; puis ANDRÉ, puis CHAMPAGNE.
ROSALIE. Deux brevets !… Pourquoi deux brevets ?
BONAVENTURE. C’est drôle tout de même ; la bourgeoise, j’ai r’eu mon parapluie !
ROSALIE. Bah ! ça prouve que j’avais plus d’un protecteur !
BONAVENTURE. C’est certain… (Caressant son parapluie.) J’avais peur de ne pas le ravoir. (André paraît sur la porte en costume de postillon.)
MINON, l’apercevant. Ah !
ROSALIE. Qu’as-tu, toi ?
MINON. Rien, ma sœur.
BONAVENTURE, apercevant André. Oh ! le braconnier qui est devenu postillon !
MINON, à part. Tout à l’heure, à la fenêtre, il avait un habit de gentilhomme.
ANDRÉ, s’avançant rondement. Salut, la bourgeoise… Ce garçon-là dit vrai ; de braconnier je me suis fait postillon ; et si vous voulez, je serai des vôtres à la poste de Nonancourt.
ROSALIE. Vraiment !… (À Bonaventure et Minon.) Qu’en dites-vous, vous autres ?
BONAVENTURE, vivement. Moi, je dis que je ne l’engagerais pas. (À part.) Il est trop bien !
ROSALIE. Et toi, Minon ? (André fait des signes suppliants à Minon.)
MINON, avec effort. Je suis du même avis que Bonaventure.
ROSALIE. Tiens, tiens… (Elle s’approche d’André et le toise.) Puisque tout le monde est d’avis de ne pas engager ce garçon-là… moi, je l’engage.
ANDRÉ. À la bonne heure ! Merci, la bourgeoise.
MINON, à part. J’ai fait ce que j’ai pu, ce n’est pas ma faute.
ROSALIE, à André. Allons, partons pour Nonancourt !… C’est toi qui nous conduiras.
ANDRÉ. Oui, la bourgeoise.
ROSALIE. Il faudra marcher droit…
ANDRÉ. On marchera droit, la bourgeoise.
TOUS. En route ! en route !
CHAMPAGNE, paraissant au fond, à part. Le chevalier de Rieux en postillon !… Moi, sans changer de costume, je lui prendrai son maître et sa maîtresse. (Préparatifs de départ.)